L'ART RUES
220 (An 466.) HISTOIRE témérité des évêques qui désignent en mourant leurs successeurs.
L'empereur Léon fit de son côté plusieurs lois favorables À l'Eglise. Celle de l'année 466, en date du dernier jour de février, dut son origine à un événement qu'il est difficile de ne pas regarder comme miraculeux. Un homme qui avoit encouru l'indignation du patrice Ardabure, l’un des plus puissants seigneurs de l'empire, se réfugia au monastère des acémètes, alors gouvernés par le saint abbé Marcel. Ardabure le fit aussitôt redemander ; et sur le refus de l'abbé, il envoie des soldats qui menaçoient des dernières viclences. Les moines épouvantés pressèrent le saint de céder, plutôt que de les exposer à périr avec leur monastère ; mais il fut inébranlable, et déjà les soldats furieux avoient mis l'épée à la main. Tout à coup ils aperçurent à l'endroit le plus élevé du monastère, un feu terrible d’où il s’échappoit vers eux des rayons semblables à la foudre. Ils se prosternèrent en jetant leurs armes et en priant pour apaiser le Seigneur. Ce prodige fut si frappant, qu'Ardabure pardonna au réfugié.
La loi faite, comme on le croit, à cette occasion, défend de tirer personne des églises, ni d’inquiéter les évêques ou les économes , pour les dettes de ceux qui s’y réfugioient. Elle permet cependant de leur notifier la sentence du juge, afin qu'ils constituent procureur pour se défendre. Que s'ils le refusent, on procédera contre eux par les voies de droit, et l'on vendra leurs meubles ou leurs immeubles, suivant les formes, en exécution du jugement, S'ils cachoient leurs meubles dans l'enceinte de l’église ou chez quelqu'un des clercs, ces eflets seront représentés, à la diligence de l'économe ou du défenseur. et l'évêque interposera son autorité pour empêcher qu'on neles recèle. Quant aux esclaves et domestiques, sitôt que l'Économe ou le défenseur seront avertis par ceux à qui ils appartiennent, ils doivent les renvoyer avec tout ce qu'ils auront apporté, après avoir fait prêter serment aux maitres de ne point s écarter , en les châtiant , des lois de l'humanité. En général, les ministres des asiles doivent s'informer sans délai de la qualité des réfugiés, de la nature de leur affaire , er avertir les juges et les personnes intéressées. Dans les différentes
us A
1rs suc-
rables à jour de licile de voit enus puisdes aecabure le voie des
moines e les exlable, et
Tout à tére, un nblables es et en appant,
défend ues ou nt. Elle ve, afin Îs le reroit , el vant les rs meuclercs, e ou du pêcher es , SitÔt x à qui e qu'ils îtres de ité. En s délai r aver= érentes
DE L'ÉGLISE, (AN 471.) 221 dispositions de cette loi, on peut voir l'usage légitime des asiles , avec les mesures qu'on prenoit contre les abust.
Il y eut plusieurs autres lois, sous le même règne et vers le même temps, en faveur de la religion. Léon confirma les anciennes ordonnances portées contre les païens. 11 défendit, sous peine de bannissenient perpétuel , à quiconque professoit toute autre religion que la catholique, de faire la fonction d'avocat en aucun tribunal. Il accorda aux clercs et aux moines le privilége de n'être point traduits par-devant les tribunaux
étrangers, ni obligés, pour se défendre , à quitter leurs églises ou leurs mo:, atetes : ce qui fait voir, malgré les murmures de l'envie et de ji ignorance, que les Conceiots de nos princes en faveur des ecclésiastiques trouvent des exemples dans la plus haute antiquité.
Par une autre loi, l’empereur Léon confirma tous les priviléges des hôpitaux et des monastères2. Il en fit encore une pour l'observation des fêtes, défendant tout acte judiciaire le dimanche, même les citations ou assignations, ct tous les spectacles publics , sous peine aux officiers de perte de leurs charges et de confiscation de leurs biens. En exécution du second canon de Chalcédoine et de quelques conciles particuliers , il défendit sévèrement la simonie; et nous apprenons que dès lors tout clerc ou laïque qui trafiquoit du saint ministère, devoit être déposé ou excommunié, L'empereur veut que, suivant les canons, les évêques ne soient choisis que pour leur mérite, et qu'ils fuient positivement l’épiscopat, loin de le briguer. 11 déclare en termes formels, que l'évêque est manifestement indigne du sacerdoce, s’il n’est ordonné malgré lui. Ù
Léon ayant donné le gouvernement d'Orient à Zénon son gendre, celui-ci emmena avec lui, à Antioche, un prêtre nommé Pierre, qui occasiona les plus grands troubles en Orient$. C'étoit un intrigant hypocrite, qui de moine acémète et de simple foulon , dont le surnom lui resta, parvint, par la protection des grands qu'une apparente piété séduisit , jusqu'à envahir le siége patriarcal d'Antioche. Chassé de son monas-
» Lib. 6, cod. — 2 Cod, lib. ult. — 3 Liber. Breviar. c, 163 Evagr. Il, c. 11e
msi}
N fi
222 (AN 471.) HISTOIRE tère pour son audace à rejeter le concile de Chalcédoine, il se retira dans la ville impériale, où il mit en œuvre son génie entreprenant, souple, flatteur, et fit particulièrement sa cour à Zénon. Etant allé en Syrie avec ce prince, il gagna par argent quelques apollinaristes , hérétiques imbus des mêmes principes que les eutychiens. Il se mit ensuite à calomnier Martyrius, patriarche d’Antioche, qu'il accusa de nestorianisme. La cour se laissa prévenir, la division se mit parmi le peuple d'Antioche, et Martyrius n'avoit pas une fermeté d'âme capable de faire face à tant d'obstacles et de contradictions. Quand il vit son peuple divisé à un certain point , et que Zénon favorisoit ouvertement l'usurpateur; après de foibles tentatives et quelques exhortations fort disertes , il quitta la partie, et crut avoir beaucoup fait en prononçant un dernier discours parsemé d'expressions assez énergiques'. Il déclara publiquement qu'il abandonnoit une église en désordre, un indocile clergé et un peuple rebelle ; mais qu’il se réservoit la dignité du sacerdoce. Il n’en fallut pas davantage à l'ambitieux foulon , qui s'empara dès lors du siége comme vacant, et se fit reconnoître pour patriarche. Gennade de Constantinople, qui aimoit Martyrius, peignit cette usurpation à l’empereur avec les couleurs convenables, et Léon ordonna que Pierre seroit exilé dans les déserts tant redoutés de l'Oasis, Mais le coupable fut averti avant qu'on pôt l'arrêter, et prévint l'exécution par une prompte fuite. Après quoi Julien fut élu évêque d’Antioche d’un commun consentement.
Gennade vécut peu de temps depuis cette bonne œuvre, et eut pour successeur Acace, directeur de l'hôpital des orphelins de Constantinople. 1l paroît que le saint évêque Gennade, plus avide des biens célestes que des prérogatives temporelles, se mit peu en peine de faire ratifier ou exécuter les canons de Chalcédoine , touchant la préséance du siége patriarcal de la nouvelle Rome. Ce fut vraisemblablement Acace, qui, sous le pape Simplice, renouvela cette prétention ; mais Probus, évêque de Conuse et légat du saint Siége , s'y opposa en présence même de l'empereur Leun. Simplice avoit été élu le
à Theod, Lect. lib, t,
ne , ilse n génie a COUT à ir argent rincipes arlyrius , La cour le d'Anpable de nd il vit favorisoit et quelrut avoir parsemé nent qu'il rgé et un acerdoce.
s'empara itre pour it Martycouleurs é dans les fut averti par une Antioche
œuvre, €t es orpheennade, porelles, anons de cal de la i, sous le Probus, a en prété élu le
DE L'ÉGLISE. (An 474) 2923 vingtième de septembre 467, à la place d'Hilarius, mort dix jours auparavant. On observe que celui-ci, dans le cours d’un pontificat de moins de six ans, avoit distribué à différentes églises, en vase: * “rés, quatre-vingt-quatre livres d'or et douze cent cinquante-deux livres d'argent, sans compter bien d’autres effets d’une piété aussi magnifique : ce qui peut donner une idée de l’opulence et de la puissance del'Eglise romaine en des temps si malheureux.
L'empire d'Occident depuis plusieurs années n’étoit plus que le vain simulacre de son ancienne grandeur. Peu après le pillage de Rome, que le lâche Maxime n'avoit osé défendre contre Genséric, Avitus, préfet du prétoire dans les Gaules, y fut fait empereur. Mais étant venu en Italie et ayant été vaincu par Ricimer, on le fit ordonner évêque de Plaisance. Après lui, Majorien fut déclaré empereur à Ravenne , du consentement de l'empereur Léon, et régna ou sembla régner pendant quatre ans; car c’étoit Ricimer, maître de la milice, qui jouissoit véritablement de ce qui restoit de puissance impériale en Occident. Quand il fut las de Majorien, qui soutint cependant au dehors la dignité du nom romain beaucoup mieux qu'on ne devoit s’y attendre, il lui fit quitter la pourpre, et la vie peu de temps après. Sévère, qui étoit consul, lni succéda , et finit bientôt par le poison. Après un assez long interrègne, le sénateur Anthémius, parent de Julien l’Apostat, par Procope qui avoit lui-même porté la pourpre, fut proclamé l'an 467, au mois d'août, du consentement de Ricimer, qui trouvoit plus de sûreté à faire des empereurs qu'à l'être luimêmer. 1] convint à ce souverain précaire de cimenter encore sa propre dépendance, en donnant sa fille en mariage à ce dangereux protecteur. Il périt enfin par l'ordre de son beau-père, Je r1 juillet 72. Son successeur, Anicius-Olibrius, mourut le 233 octobre de la même année, Glicérius, mis en sa place le 5 mars de l'année suivante, ne l'occupa qu'environ quinze mois, au bout desquels il fut détrôné par Julius-Nepos, qui le fit ordonner évêque de Salone en Dalmatie. Deux mois après, le patrice Oreste, que Nepos avoit fait maître de la milice, fit
tEvagr. 11,0. 16; Jornand. p. 477.
eriime
Rise sx
PT LUN ous
224 (An 474.) HISTOIRE proclamer son fils Romule ou Momille, autrement nommé Augustule, qui ne règna que dix mois et fut le dernier empereùr d'Occident,
Ainsi se précipita la chute du plus puissant des empires. avec plus de rapidité et beaucoup moins d’éclat encore qu'il ne s’étoit établi. Odoacre, rui des Turcilingues et des Hérules, qui avoit été appelé par le parti de Nepos, se rendit maître de Rome le 23 d'août 476.11 fit mourir Oreste, et se contenta de reléguer le jeune Augustule en Campanie. Pour lui, il ne prit ni le nom ni les ornements d’empereur, mais le titre de roi d'Italie ; mettant fin à l'empire, et laissant en paix les différents peuples qui en occupoient ou envahissoient les provinces, devenues la proie de tous les Barbares. Il ÿ avoit jusqu'à trois nations étrangères dans les Gaules; savoir, les Goths, les Bourguignons et les Francs, qui s'arrachoiïent ce que les Romains y avoient possédé. Le peu de contrées qui en restoient encore à ceux-ci, ils ne les devoient qu’à la jalousie de leurs vainqueurs , qui aimoient mieux les sentir entre les mains d'un ennemi oisif, que de voir l’un des conquérants prendre l'ascendant sur les autres. Une bonne partie de la Grande-Bretagne se trouvoit au pouvoir des Anglo-Saxons, encore idolâtres ainsi que les Francs. Tous les autres professoient l’arianisme. Les Visigoths suivoient la même religion dans les Espagnes, qu'ils avoiert subjuguées presque tout entières. Genséric , naître de l'Afrique, étoit non-seulement arien, mais persécuteur plus obstiré et plus violent que n'avoient été les empereurs idolâtres.
La foi chrétienne n’étoit pas sur un meilleur pied en Orient, sous l'empire de Zénon, qui succéda, en 4794, à Léon son beau-père, Ainsi , dans tout l'univers , il n'y avoit pas un seul royaume, pas même une province, qui eût un souverain catholique. Le patrice Ricimer, qui, sans aucun titre de domination, jouit si long-temps d’un pouvoir beaucoup plus absolu que ceux qui en étoient revêtus publiquement , professoit la religion de ses pères, c’est-à-dire l'arianisme, car il étoit Goth de naïssance. Ainsi les fidèles n'eurent pas alors un moindre besoin du secours d’en-haut, que dans celles des persécutions anciennes qui firent le plus de martyrs. Le Sei-
DE L'ÉGLISE. (An474) 225 F
N su gneur ne manqua point à son Eglise. Il parut clairement au ë contraire qu'il ne permettoit ces bouleversements et ces trou- 3!
mpires. bles, que pour la montrer supérieure aux révolutions des re qu'il temps et aux attaques de la barbarie , autant qu'à tous les au- L Xérules, tres efforts des puissances infernales. Les loups furieux, qui “ âtre d sembloient n'entrer dans le saint bercail que pour le dévaster, 4 ape 0 la main du Tout-Puissant les dépouilla de leur férocité natu- à enta de : £ | ne prit relle. Odoacre è dont le seul nom avoit répandu l'alarme dans F dou toutes les églises de l'Italie , la fit cesser dès qu'il fut maître du è | ff pays. Tout attaché qu'il étoit à l'arianisme, il accorda des à PE grâces insignes à plusieurs saints évêques en faveur de leurs É ur peuples. Il abolit même ou diminua considérablement les & ras wributs excessifs dont les avoient accablés les derniers empe- 5 paie reurs, tyrans d'autant plus durs envers les citoyens, qu'ils ÿ Lx no étoient plus incapables de faire tête aux Barbares. & coins Cette conduite provint principalement de ses rapports avec A de leu un solitaire d'une admirable sainteté, qui habitoit les rives du “ Se d'un Danube assez près de Vienner. Comme Séverin, c’est le nom 3 Fascens du solitaire, étoit dans la plus grande vénération parmi tous pe retagne $
les hsbitants de l'Autriche et de la Bavière, qui le nomment leur apôtre, Odoacre ne put passer dans le voisinage sans être fa frappé de sa renommée. Avant d'entrer en Italie, il voulut î obtenir sa bénédiction : il vint dans l'appareil le plus modeste ; il pénétra jusqu'au fond de la grotte où le saint étoit comme E enseveli , et qui étoit si basse, que le prince barbare, d’une taille extraordinaire, fut obligé de se tenir courbé pour ne pas toucher à la voûte. Odoacre n’avoit rien dans ses vêtements U ni dans tout son extérieur qui pût le faire connoître : toutefois comme il prenoit congé, Séverin ne le salua pas seulement comme le chef de la nation , mais il lui prédit toute la suite de fi. ses prochains succès. Vous allez en Italie, lui dit-il, et vous ue l n'êtes vêtu que de pauvres fourrures ; mais vous serez bientôt il LA l'arbitre des plus hautes fortunes. Il lui dit même avec préci- Fi sion qu'il régneroit treize à quatorze ans. Quand Odoacre se vit en effet roi d'Italie , il se souvint de l’homme de Dieu, et 4 lui écrivit de lui demander tout ce qu'il voudroit, avec assu-
dolâtres anisme.
s Boll. ad 8 Januar.
2oû (AN 474.) UISTOIRE
rance de l'obtenir. L'humble Séverin ne voulut point paroître dédaigner la libéralité du prince, et demanda le rappel d'un exilé, qu'il obtint aussitôt.
On ignore le lieu de la naissance de cet illustre solitaire, qui prit le plus grand soin de la tenir cachée. Dans une assemblée où toutes les personnes distinguées par leur piété et par leur rang témoignoient une grande envie d'apprendre quelle terre l'avoit vu naître, un prêtre, nommé Parménius, fort considéré du saint, avec qui il vivoit dans une sorte de familiarité, lui demanda, au nom de tous les autres, dans le style figuré de ces peuples, sur quel bord s’étoit levé l’astre qui éclairoit enfin la Norique. Mais l’homme de Dieu, détournant la louange sans s’effaroucher , et le prenant sur un ton badin : Parménius, lui dit-il, ne m'aimez-vous pas assez pour payer ma rançon, en cas que je sois un esclave fugitif P croyez-moi, ajouta-t-il, l'existence que nous avons ici-bas est si peu de chose , qu'il ne faut nous connoître que par celle que nous devons avoir dans l'éternité. Epargnons-nous, moyennant une discrétion qui coûte si peu , la tentation de la vanité , qui pour être ridicule, n’en est pas moins dangereuse, On n'importuna pas le saint davantage; mais on ne douta point qu’il ne fût d’une très-noble extraction , que sa modestie sans cela n’auroit pas cachée si soigneusement. La pureté même avec laquelle il parloit la langue latine, montroit qu'il étoit né dans quelque bonne ville d'Italie, et très-probablement à Rome , où il y avoit une famille sénatoriale et consulaire du nom de Séverin.
Il s'étoit d’abord retiré dans les solitudes de l'Orient, pour s’y former à la perfection ; puis il étoit revenu dans la Haute- Pannonie, par une inspiration spéciale de l'Esprit de Dieu, qui vouloit présenter ce grand objet d'édification aux regards de tant de nations qui alloient changer la face de l’univers. 11 converlit beaucoup de Barbares, et leur imprima à tous le respect de la vraie religion. Dans ces calamités publiques, il étoit le refuge du peuple fidèle, à qui souvent il apprenoit par révélation les desseins des ennemis. Il les avertissoit de leurs marches, ou du moins il les exhortoit à détourner par la prière et les bonnes œuvres, les fléaux qui les meneçoient , et à en faire un salutaire usage. Plusieurs églises le demandèrent pour