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DE L'ÉGLISE. (AN 474.) 227 évêque. Comme il ne voyoit dans l’épiscopat qu’un engagement à la peine et aux travaux il répondit, qu'il lui étoit assez pénible de se voir privé de sa première solitude, et confiné par l’ordre du ciel , dans des provinces où il avoit la douleur de n’apercevoir autour de lui que des malheureux. Il établit différents monastères, dont le plus considérable est près de Vienne , au bord du Danube.
Dans la plupart des régions exposées aux invasions des Barbares, il y avoit de même de saints personnages, ménagés par la Providence, comme de puissantes ressources en de pareilles extrémités. Saint Mamert, évêque de Vienne dans les Gaules, s’y rendit fort utile, malgré la faute qu'il fit de vouloir étendre sa juridiction sur l’église de Dieu , qui n'étoit pas des quatre attribuées par le pape saint Léon à la métropole de Vienne : mais un avertissement de la part du vicaire de Jésus-Christ , en conséquence de la relation d’un concile tenu sur les lieux. suffit pour établir les choses dans l’ordre accoutumé. Le saint métropolitain , réduit à des devoirs moins étendus, ne pensa qu’à les remplir avec plus de zèle. Le Seigneur lui en fournit bientôt une ample matière, par le choix qu'il fit de lui pour détourner de nos provinces les fléanx qui les menaçoient, et auxquels préludèrent des présages d'autant plus affreux, que la divine justice vouloit engager plus efficacement les peuples à se mettre en état de la désarmer.
Ce n'étuient de tous côtés qu'incendies soudains dont on ne pouvait devenir la cause, que tremblements de terre sans interruption, que gémissements lugubres durant la nuit ; des spectres épouvantables apparoissoient même en plein jour, et l'on vit, jusque dans les places et les rues de la ville les plus fréquentées , des bêtes sauvages se montrer à l'heure de midi. Les alarmes étoient telles à Vienne, que les principaux habitants en sortirent avec précipitation, de peur d’être enveloppés sous ses ruines. La veille de Pâques, le peuple étant rassemblé dans l'église avec le saint évêque, on entendit un fracas plus terrible qu'à l'ordinaire , et l'on vint annoncer que Je palais , situé dans le lieu le plus élevé de la ville, étoit tout en feu et la menaçoit d'un embrasement général, Chacun craignant pour sa propre maison, l'on abandonna l'église, 1).
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l'évêque demeura seul prosterné devant l'autel, où il se dévoua à la divine justice pour tout son peuple. Le Seigneur l'exauça, et on lui rapporta bientôt la nouvelle que le feu étoit éleintt,
Dès lors il forma la résolution d'instituer des jeûnes et des supplications ou processions solennelles, pour désarmer toutà-fait le bras du souverain Juge; cet l’on choisit pour cela les trois jours qui précèdent l'Ascension. C’est ainsi que les Rogations commencèrent dans l'église de Vienne, d'où elles passèrent dans les autres provinces des Gaules, et en assez peu de temps dans toute l'Eglise; puisque saint Avit, qui succéda à Hésychius, successeur immédiat de Mamert, disoit que cette pratique étoit déjà répandue par tout l'univers.
Le saint évêque de Vienne avoit un frère prêtre de la même église, nommé aussi Mamert et surnommé Claudien. C'est un des auteurs qui font le plus d'honneur à l'église de France, pour ce temps-là2. Poète, orateur, théologien, géomètre même et musicien , il eut tous les talents, etles consacra uniquement à la gloire de Dieu et au service de lareligion. Ilavoit été moine dans sa jeunesse, et c'étoit dans la tranquillité de sa retraite qu'il avoit approfondi tous les bons auteurs grecs et latins, chrétiens et profanes. Ses vertus égaloient sa capacité. Toute son ambition se bornoit à soulager son saint frère dans les travaux de l’épiscopat, sans aspirer à nul titre d'honneur. {1 nous reste de lui un traité d” la nature de l'âme où l’on en trouve la spiritualité , et la continuité essentielle de la pensée, établies avec une précision qui feroit honneur aux meilleurs philosophes de nos jours. Il s'est néanmoins trompé touchant les anges, qu'à l'exemple de quelques anciens docteurs il fait de deux substances , la corporelle et la spirituelle. Il passe pour avoir composé l'hymne de la passion, qui commence par ces mots : Pange, lingua. On doit encore le regarder comme l'auteur de quelques autres poésies chrétiennes de bon goût, que la ressemblance de nom a fait attribuer mal à propos au poète Claudien, qui étoit indubitablement païen.
& S, Avit. Hom, de Rogat, Sidon. vis, Epist, 1, — 2 Gennad, de Script. ce. 81; Bibl. Patr. t. 4.
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DE L'ÉGLISE. (An 474.) 229 L'église d'Auvergne, c'est-à-dire de Clermont, fut une des premières à recevoir la solennité des Rogations. Elle se trouvoit des plus exposées aux calamités qu'on espéroit détourner par cette pratique relig'euse. Evaric, roi des Visigoths ou Goths d'Espagne, possédoit encore les provinces des Gaules de ce côté-là, et s'étendoit autant qu'il pouvoit dans les autres. Comme il étoit arien passionné, ilne cherchoit qu'à ruiner la religion catholique, sans commettre néanmoins ces violences d'éclat qui auroïent trop aliéné les Gaulois. 1t sentoit au moins l'intérêt qu’il avoit à ne pas affectionner ces peuples, solidement chrétiens, aux autres conquérants qui partageoient les Gaules avec lui : ce qui ne l'empêcha pas de faire quelques martyrs, entr'autres les saints évêques Valère d'Antibes , dontlesiége a été transféré à Grasse; Gratien de Toulon; Denterius de Nice et un saint Léon de Fréjus. Mais il faisoit un mal infiniment plus grand, en empéchant d'ordonner des évêques à la place de ceux qui mouroient. Aussi n'en vit-on point, pendant untemps fort long, à Comminges, à Auch, à Bazas, à Bordeaux, à Périgueux, à Rodez, à Limoges, à Mende, et faute d'évêques, on y manquoit aussi de prêtres ct de tous les autres ministres de la religion. Les églises et les fidèles abandonnés se trouvoient dans l’état le plus déplorable. Non-seulement les temples étoient dépouillés, suivant le tableau que nous en fait Sidoine de Clermont, témoin oculaire:; mais ils tomboient en ruines, les toits étoient enfoncés, les portes n'étoient plus fermées que par les ronces qui les bouchoient et qui croissoient avec l'herbe jusqu'autour des autels, où l'on voyoit paître les animaux. Cette désolation s’étendoit aux villes comme à la campagne; et partout les assemblées et les instructions religieuses devinrent extrêmement difficiles. Mais les grands pasteurs qu’eut alors l’église de Gaule, surmontèrent tous les obstacles.
Sidoine, évêque de la capitale d'Auvergne, étoit né à Lyon, de la race des Apollinaire, une des plusillustres des Gaules, Son aïeul et son père y avoient été préfets du prétoire. Lui-
, Lib. vit, episte 6.
230 (An 474.) HISTOIRE
même fut préfet de Rome, patrice , et allié à la maison impériale puisqu'il épousa Papianille, fille de l'empereur Avitus, et en eut plusieurs enfants, Ses qualités personnelles répondoient aux avantages de sa fortune. Il passa pour le poëte le plus célèbre de son temps ; et à ce titre, on lui éleva à Rome une statue couronnée de lauriers. La vertu étoit comme héréditaire dans cette famille. Avant que Sidoine fût évêque, il lui arriva plusieurs fois de donner aux pauvres des pièces de son argentcrie , afin que sa femme, qu'il vouloit rendre aussi charitable que lui, leur fit d'abondantes aumônes pour retirer ces meublest. Etant venu en Auvergne, où étoit mort saint Eparque, évêque de cette église, il fut élu malgré lui quoiqu'encore laïque.
Les Gaules avoient plusieurs autres prélats, qui ne se rendirent ni moins illustres ni moins nécessaires à leurs peuples, Saint Patient de Lyon se signala surtout par ses libéralités envers les malheureux. Il étendit ses aumônes en plusieurs provinces, et fit conduire une grande quantité de blé pour leur subsistance , à Orange, à Viviers, à Valence, à Avignon, à Arles et jusqu'en Auvergne. C'est ce que nous apprenons d'une lettre de remercîtment que lui en écrivit saint Sidoine.
A Tours, saint Perpétue se montra un des plus dignes successeurs de saint Martin , et fut très-zélé p our la gloire de ‘et illustre thaumaturge. Trouvant son église trop petite pour le concours immense des personnes que les fréquents miracles y attiroient, il en fit construire, à cinq cents pas de la ville, une beauco up plus grande, qui passa pour un modèle du goût et de la magnificence du cinquième siècle. Elle avoit, selon Grégoire de Tours2, cent soixante pieds de longueur, soixante de largeur, quarante-cinq dehauteur jusqu'à la voûte; trente-deux fenêtres dans le chœur et vingt dans la nef; huit portes dans toute l'église, etsix-vingts colonnes, Saint Perpétue en fitla dédicace le 4 juillet, jour auquel on célébroit déjà l'ordination de saint Martin ; il fiten même temps la première translation descs reliques. Saint Euphrone d'Autun fourait le marbre dont on orna le tombeau.
0 Greg, Tur, Lu n ist, Co 22, — à Lib, 11 * C, 14.
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DE L'ÉGLISE. (an 474) 231
Saint Aprucule de Langres florissoit aussi dans ces tempslà, mais ayant été chassé de son siége, il se retira en Auxergne, et fut choisi par saint Sidoine même pour son successeur. Auspice de Toul, Censurius d'Auxerre, et Prosper d'Orléans, le successeur et l'imitateur de saint Agnan, sont tous honorés comme saints.
Alors aussi éclata une des plus grandes lumières de l'église de Gaule dans la personne de saint Remi de Reims : aurore fortunée de la foi française, qui brilla aussitôt de la plus pure splendeur ; et qui conserve encore la même pureté après tant de siècles, Remi, né dans le territoire de Laon, d’une trèsillustre famille, étoit fils d'Emilius et de Célinie, aussi-bien que Principe, qui fut évêque de Soissons, Mais Remi fut un enfant de rairacles, prédit par un saint solitaire nommé Montan, et conçu contre l’ordre naturel dans le sein stérile de la vieillesse. Par un prodige non moins extraordinaire; sa naissance rendit la vue à son prophète, c’est-à-dire au saint vicillard Montan, qui étoit aveugle:. Tout fut également merveilleux dans sa jeunesse : il renchérit sur les vertus héréditaires de sa famille, et dès l’âge le plus tendre, il se distingua tellement par l'excellence de son esprit et par ses progrès dans les lettres, qu'au jugement de l'éloquent Sidoine, il devint l'homme le plus éloquent de son temps. En un mot, il se rendit si recommandable, que Bénage, évêque de Reims, étant venu à mourir, Remi fut élu d’une voix unanime, et contraint, malgré la plus forte résistance et l'empêchement de son âge qui n'étoit que de 22 ans, à remplir ce siége, l'un des plus distingués et des plus importants de toutes Îles Gaules,
Ces régions ne furent pas moins édifiées par l’éclatante piété de leurs solitaires et de leurs cénobites. Des côtes méridionales qui avoient plus de commerce avec l'Orient, où cette vie angélique avoit commencé, elle pénétra pied à pied dans toutes nos provinces. Il y avoit dès lors des monastères dans le voisinage de Vienne et de Lyon : celui de l'île Barbe, dans la Saône , renommé dès le commencement du cinquième
L Fiodoard., Wist 2,6, 11, Hincm, ap. Sur. 13 Januar.
siècle, passe pour le plus ancien, Saint Martin en avoit établi plusieurs dans le pays de Tours, saint Victrice à Rouen et saint Germain à Auxerre, où ils laissèrent quantité de disciples zélés à perpétuer les exemples et les lecons qu'ils avoient reçus. Ainsi, vers le milieu du cinquième siècle, il n’y avoit presque point de contrées dans les Gaules, où l'on ne vit de ces communautés plus angéliques que terrestres.
Saint Romain , né dans le pays des Séquanois ou Franche- Comté, étudia les règles de la vie parfaite dans le monastère d'Ainay, bâti à Lyon au lieu où souffrirent les premiers martyrs de cette ville ancienne :. À l’âge de trente-cinqans, il se retira dans les forêts du mont Jura, avec un exemplaire de la Vie des Pères et des Institutions de Cassien , que son abbé Sabin voulut bien lui laisser. Il s'arrêta dans un lieu nommé en celtique Condat ou Condé, à cause du confluent des rivières de Bienne et d’Alière, entre trois montagnes, où il trouva une fontaine , quelques fruits sauvages , et un coin de terre propre à être cultivé. Il avoit passé quelques années dans cette solitude, lorsque son frère Lupicin fut averti en songe de l'aller joindre. Quoique frères et saints l’un et l’autre, c’étoient deux caractères tout différents : Romain , doux , indulgent , toujours prêt à excuser les fautes d'autrui ; Lupicin , naturellement sévère , et d'une fermeté inflexible à maintenir la règle comme à en punir toutes les infractions. Mais unis par l'Esprit de Dieu beaucoup plus que par la nature, et tendant invariablement au même but; de leur différente méthode il resulta un régime mitoyen, qui produisit le plus heureux effet. La réputation de leurs austérités et de leurs vertus leur attira tant de disciples , que le monastère de Condat ne suffisant plus au grand nombre de ceux qui survenoient de jour en jour, ils défrichérent dans la forêt voisine un lieu nommé Laucone, où ils établirent un second monastère dont Lupicin fut abbé, les deux frères continuant néanmoins à se comrauniquer leurs vues et | leurs conseils réciproques.
Ils avoient une sœur qui voulut imiter leur manière de vivre. Ils bâtirent pour elle un troisième monastère sur une |
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DE L'ÉGLISE. (An 474.) 233 montagne voisine, pleine de cavernes : ce qui fit appeler cette maison la Baume, nom quisignifie caverne en langue celtique. On y vit bientôt plus de cent religieuses : elles gardoient une clôture si exacte, que quoique plusieurs d’entr'elles eussent leurs frères ou leurs fils dans le monastère de Laucone, éloigné seulement d’une petite lieue, elles ne leur parloient jamais , et n'avoient pas plus de commerce avec eux que s'ils eussent déj à été morts. Quant à l'enceinte de leur monastère, ellzs n’en sortoient que pour être portées en terre; la sépulture des religieuses se trouvant, selon l'usage ancien, hors de la clôture.
Romain, suivant son naturel indulgent et facile, recevoit tous les sujets qui se présentoient. Un ancien religieux lui en faisant un jour des remontrances : Mon frère, lui répondit le saint abbé, savez-vous ceux qui persévéreront ? Combien n’en avez-vous pas vus dans ces monastères qui se sont démentis après les commencements les plus fervents? d’autres au contraire , après des infidélités et des traits scandaleux d'inconstance, sont rentrés dans la carrière avec un redoublement de ferveur, et ont atteint à une haute perfection. Saint Romain fonda encore, au diocèse de Lausanne, un monastère appelé de son nom Romain-Moûtier. Il mourut vingt-ans avantson frère Lupicin, qui parvint à une extrême vieillesse, malgré l’austérité de sa vie et son abstinence effrayante. 1l ne permettoit pas qu'on assaisonnât, soit de lait, soit d'huile, les légumes qui faisoient toute sa nourriture. Il n’avoit point bu de vin depuis qu'il étoit entré dans le monastère. Les huit dernières années de sa vie, il ne but rien du tout; ne se désallérant, quand il étoit trop pressé de la soif, qu’en trempant dans l’eau le pain qu'il prenoit alors , uniquement pour ne pas mourir de faim.
Le monastère de Condat fut dans la suite environné d'habitations et devint une ville où se trouvoit autrefois la célèbre abbaye de Saint-Claude, érigéeen évêché versle milieu dusiècle dernier. Laucone est aujourd'hui un bourg qui porte le nom de Saint-Lupicin. Les grands exemples de la perfection évangélique secommuniquoient ainsi dans toutes les Gaules, quoique soumises à la domination de princes Barbares, tous infectés de l'idolâtrie ou de l'hérésie, Chilpéric, roi des Bourguignons, fut même le bienfaitcur insigne des disciples de Romain, aux-
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quels il assigna un reve 1 annuel de trois eents boisseaux de blé et de trois cents mesures de vin pour la subsistance, et de cent sous d'or pour le vestiaire.
L'Orient , gouverné en apparence d’une manière plus favorable à la vraie foi, étoit au fond dans un état beaucoup plus déplorable. Aussitôt que Zénon s’étoit vu le maître de l’empire, il avoit lâché la bride à tous ses mauvais penchants, sans que nul sentiment d'équité ou de pudeur, ni aucun principe de modération ou d'humanité püt le retenirt. Il sembloit persuadé que la gloire des souverains eonsiste à faire le mal avec éclat, et qu'il n’y a de honte qu'à marquer de la crainte en le commettant. Du reste, absolument insensible aux injures qu'on faisoit de toute part à l'empire, tandis qu'il étoit abîmé dans la dissolution et la débauche, les Sarrasins ou Arabes au levant, au couchant les Huns quiavoient passé le Danube sans obstacle, pilloient les frontières et pénétroient bien avant dans les provinces. À peine daignoit-on s'opposer à leurs progrès ; et peutêtre en effet le peuvle avoit-il moins à craindre des Barbares, que de la dureté et de l'avidité insatiable de son empereur, Un état si violent ne pouvoit durer. Dès l'année 475 , la seconde du règne de Zénon , qui venoit de se brouiller avec l’impératrice Vérine, veuve de Léon, Basilisque, frère de Vérine, se fit proclamer auguste , et réduisit le méprisable empereur à se tenir caché dans l'Isaurie sa patrie2.
C'étoit sortir d'un précipice, pour retomber dans un plus affreux. Le gouvernement de Bssilisque, qui ne dura que deux ans, parut encore plus tyrannique que celui de Zénon. Le tyran se déclara aussitôt pour les eutychiens, et rappela Timothée Elure, exilé depuis dix-huit ans. Ce faux patriarche d'Alexandrie parut fièrement à Constantinople, où il fut reçu en triomphe par ceux desa doctrine, Le fanatisme alla si loin, que l'on contrefit de point en point l'entrée triomphante du Sauveur à Jérusalem; Timothée montant un âne, et ses sectateurs s'écriant : Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Mais comme il alloit du palais à l'église, il tomba si rudement qu'il se rompit le pied, Il n’en perdit rien de son crédit auprès
t Evagr.Lu,c. — 2 Id, 1. 3, c. 3
x de de Basilisque, à qui il persuada de condamner publiquement | et de le concile de Chalcédoine, avec la lettre de saint Léon à ! Flavien.
favo- La condamnation fut adressée, en forme delettre circulaire, plus à tous les évêques. Sous prétexte de procurer l'union de l'El'em- glise et de conserver les décrets des trois premiers conciles y sans généraux, on proscrivoit le quatrième , même quant aux défi-
ncipe nitions de foi. Il est vrai que la lettre de Basilisque condamne
t per- en même temps ceux qui supposent la chair de Jésus-Christ
‘avec d'une autre nature quela nôtre, ou qu'il ne s'estincarné qu'en
en le apparence. Mais c'étoit un adoucissement à l'hérésie d'Euty- |
qu'on chès, pour lui sauver l'opprobre des anciennes impiétés plus , À
ans la connues et tout-à-fait décriées; modification qui n'en ruinoit
>vant, pas moins les décrets du concile et la soumission qu'on leur \
tacle, devoit. Ja lettre circulaire ajoute que chaque évêque en sou-
pro- ‘ scrivant, anathématisera expressément tout ce qui s’est fait à
peut- Chalcédoine ; que ceux qui oseront dans la suite en faire men-
bares,, tion, seront punis comme perturbateurs de l'Eglise et de l'état ;
ir, Un qu'à ce double titre, les évêques et les clercs seront déposés,
conde les moines et les laïques bannis avec confiscation de biens. péra- Basilisque autorisa aussi un concile, qui abolit le privilége e, se attribué au siége de Constantinople sur la fin du concile de
Chalcédoine: ce qui influa beaucoup dans le zèle d'Acace contre cet empereur.
Timothée-Elure commença par souscrire. Pierre le Foulon disgracié par la même cause que lui sous le règne précédent, | et qui, chassé d'Antioche, s’étoit tenu caché dans un monastère d'acémèles, reparut alors, et signa après Timothée, en qualité de second patriarche, On dit même qu'Anastase, patriarche de Jérusalem, souscrivit aussi. Dans la Palestine, en effet, les désordres occasionés alors par les moines schismatiques, renouvelèrent toutes les scènes d'horreur et de scandale données vingt ans auparavant sous l'abbé Théodose. En un mot, la défection fut telle, que l'on compte environ cinq cents évêques qui condamnèrent par écrit , et la lettre de saint Léon, et le concile de Chalcédoine. Acace de Constantinople fut le seul des patriarches qui refusa de souscrire : conduite qui lui feroit plus d'honneur , si elle se fût soutenue parla suite,
236 (An 476.) HISTOIRE
etsi dès lors il ne se füt pas abandonné à un enthousiasme qui décèle trop souvent l'affectation, et que l'intérêt propre inspire bien plutôt quel'Esprit de Dieu. Il prit des habits de deuil, et couvrit de drapsnoirs la chaire épiscopale ainsi que l'autel. El avoit pour lui les moines et tout le peuple de Constantinople.
Le pape Simplice s’y prit d’une manière plus paternelle et plus pontificale. 1} écrivit à Basilisque une lettre touchante:, par laquelle il l’exhortoit à suivre les exemples religieux des empereurs Marcien et Léon d'’illustre mémoire, dont il avoit été témoin. Il écrivit aussi au patriarche de Constantinople, qu'il fit même son légat, à l'effet de s'opposer à l'usurpateur du siége d'Alexandrie. I bornoit cependant le légat au personnage de solliciteur auprès de Basilisque , que le pape vouloit détourner de penser à un nouveau concile, parce qu'on n’en a jamais tenu , dit-il, que quand des esprits inquiets répandant de nouveaux nuages sur le dogme, il a fallu les dissiper par les lumières réunies et l'unanimité du suffrage des pasteurs.
Tous les soins du pontife furent inutiles. Mais un homme sanstitre, sans bien, avec la seule autorité que donnent la vertu et le mépris du monde, fit une vive impression sur le tyran ; et sans réussir à changer le fond deson âme, il empècha du moins les plus grands excès, par la terreur qu'il lui inspira des jugements de Dieu. Tel fut le merveilleux ascendant du saint homme Daniel, surnommé le Stylite pour la même raison que saint Siméon , auquel il avoit succédé dans sa manière de vivre sur une colonne : plus admirable que Siméon même, en ce qu'il habitoit un climat beaucoup plus dur, près l'embouchure du Pont-Euxin, surune montagne exposée à des vents continuels et à des froids rigoureux. On le regardoit comme la sauvegarde de l'empire, dès le temps de l’empereur Léon qui le visitoit souvent, et à qui il obtint un fils par ses prières. Les Barbares avoient eux-mêmes tant de respect pour lui, que le roi des Lazes étant venu traiter avec les Romains, et l’empereur l'ayant mené voir Daniel, le saint fut l'arbitre du traité entre les deux princes. Dans le péril où se trouvoit l'Eglise, le patriarche de
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DE L'ÉGLISE. (AN 476.) 237 Constantinople manda Daniel, qui d'abord refusa de venir, ne pouvant se résoudre à interrompre sa manière de vivre toute sprituelle et toute céleste, pour rentrer dans la fange de ce monde. Mais Acace lui renvoya plusieurs évêques, avec charge de lui faire les plus fortes instances , et de lui proposer l'exemple du Fils de Dieu descendu du ciel même pour notre salut.
Daniel descendit alors de sa colonne, et vint à la capitale, où il fut reçu avec une joie incroyable. Le peuple toujours extrême s'anima tellement contre les fauteurs du schisme, qu'il y auroit eu dès lors une révolution dans le gouvernement, si le saint n'eût calmé les esprits. Basilisque épouvanté sortit de la ville, et se retira au château de l’Hebdomon. Mais Daniel le suivit, accompagné d'une multitude de soiitaires et d’autres personnes vénérables parleur piété. Sa manière de vivre toujours debout lui avoit tellement enflé les pieds, qu’il ne pouvoit marcher et qu'il fallut le porter, Un mauvais plaisant dit, en le voyant d'une fenêtre : Voilà une espèce toute nouvelle de consul. Mais ce bon mot lui coùûta cher : il tomba mort surle-champ; le Seigneur qui pénètre le fond des cœurs jugeant tout autrement que les hommes de certaines légèretés 1, Les gardes craignant pour l'empereur , refusèrent l'entrée à Daniel, qui en se retirant secoua la poussière de ses pieds, selon le conseil de l'Evangile. Basilisque, tout autrement disposé que ses gens quand on lui cut fait lerécit de ce qui venoit d'arriver, fit courir après le saint , pour le supplier de revenir. L’inquiétude redoublant de moment en moment, il lui envoya messager sur messager, qui tous furent inutiles. Le prince accourut lui-même , se jeta aux pieds de l’homme de Dieu, et lui demanda publiquement pardon. Mais cette humilité, ou cette basse et servile crainte, inspira aux spectateurs du mépris pour le tyran, sans faire illusion au prophète. Il dit aux assislants que ce vain artifice ne feroit pas révoquer les arrêts de la justice divine; et après avoir prédit la chute prochaine de Basilisque et fait plusieurs miracles, il retourna sur sa colonne,
Timothée-Elure, étoit en route pouraller reprendre le siége
3 Theod, Lect. Pe 556.
d'Alexandrie, quand il apprit ces nouvelles. Il eut peur que les catholiques ne vinssent à bout de faire: révoquer la lettre circulaire de l'empereur. Rassemblant donc à la hâte tout ce qu'il put des évêques de son parti, il tint à Ephèse une espèce de concile. De là ils envoyèrent tous ensemble une requête en cour, par laquelle ils se plaignoient qu’on les accusât, contre la vérité, d’avoir souscrit par force la lettre circulaire; et ils mandèrent d’ailleurs tout ce que leur artifice put leur suggérer pour se conserver les bonnes graces du prince : après quoi Timothée-Elure continua sa route. Timothée-Solofaciole, patriarche catholique d'Alexandrie , apprenant l’arrivée de cet usurpateur , se retira dans les monastères de Canope, dont il avoit pratiqué la règle. Sa douceur et sa bonté d'âme le rendoient si cher à tout le monde, même aux schisinatiques, que la jalouse animosité d'Elure ne put jamais le découvrir. L'arrivée de celui-ci répandit au contraire la dissension et la zizanie parmi les sectaires de l'Egypte, dont la plupart étoient eutychiens rigoureux; au lieu que Timothée-Elure, quoique ennemi du concile de Chalcédoïi:.e, soutenoit que le Verbe étoit consubstantiel au Père selon la divinité, et que sa chair étoit consubstantielle à la nôtre,
Pierre le Foulon retourna de même, par ordre de Basilisque, dans le siége qu'il avoit usurpé, et qu'il trouva vacant à son arrivée dans la ville d'Antioche, le patriarche catholique Julien étant mort de chagrin à la vue des désastres qui boule. versoient son église. Mais les schismatiques ne furent pas mieux d'accord en Orient qu’en Egypte. Pierre attribuant la passion à la nature même de Dieu, et non pas à la seule personne du Verbe incarné, ajoutoit au trisagion ces paroles qui devinrent si fameuses : Vous qui avez été crucifié pour nous, ayez pitié de nous. Entêté de son invention, selon la manie de tous les novateurs , tandis que l’ancienne foi lui étoit si indifférente, il lançoit des anathèmes contre quiconque refusoit de prier à sa façon, et causoit chaque jour un nouveau tumulte. Les ordinations qu'il fit pour se fortifier ne lui réussirent pas mieux, Il fut enfin supplanté par un mauvais prêtre de Constantinople, nommé Jean , qu'il avoit ordonné évêque d'Apamée, quoique déposé par un concile, el qui, ayant été rejeté
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DE L'ÉGLISE. (AN 477.) 23) par le peuple, fut obligé de revenir à Antioche, dont il envahit le siége à son tour.
A Constantinople, le clergé, les moines et le peuple témoignoient un grand zèle pour la foi, et nommoient publiquement hérétique l’usurpeteur de l'empire. Cependant le bruit se répandit que Zénon, caché jusqu à ce moment, s'étoit montré en lsaurie, et avoit levé une armée avec laquelle il s’avançoit vers la capitale, Le lâche Basilisque accourut à l'église, fit satisfaction publique!, et annula sa lettre circulaire par une nouvelle ordonnance, où il déclaroit qu'il avoit été surpris, et vouloit que la foi reçue dans les églises catholiques demeurûât invariablement, sans quil fût plus question de concile ni d'examen nouveau. Il disoit anathème à Nestorius, à Eutychès, à tons les hcrétiques, et rendoit au patriarche Acace, qu’il craignoit particulièrement, la juridiction sur les provinces dont il avoit consenti peu auparavant qu'on le dépouillât. Quand Zénon fut en effet de retour, ce qui arriva en {77 , vingt mois après sa fuite, le tyran toujours plus lâche vint remettre sa couronne sur l'autel, et se réfugia dans le baptistère, avec son fils Marc et sa femme Zénonide, qui l'avoit engagé dans l’hérésie. Zénon promit de ne point verser leur sang; mais il les envoya en Cappadoce, dans un château dont il fit murer les portes, et ils y moururent de fai:n2. Aussitôt il publia une loi, pour casser tout ce qui avoit été fait pendant la tyrannie , tant contre la foi qu'à l'égard du privilége des églises, principalement de celle de Constantinople, qu'il rétablit dans ses prétentions, en des termes qui semblent avoir été dictés par Acaces. Il fit, en action de grâces de ses succès, plusieurs bonnes œuvres d'éclat, bâtit au lieu de sa retraite une superbe basilique en l’honneur de sainte Thècle, qu'il prétendoit lui avoir apparu et révélé son prochain rétablissement. Mais il ne changea rien dans ses mœurs dépravées ; et s’il favorisa d’abord la religion, dont les intérêts étoient liés si étroitement avec les siens propres, il parut peu après que son cœur n'étoit nullement touché,
31 déféra volontiers aux vœux du souverain pontife, qui lui écrivit pour déposer Pierre le Foulon ; parce que ce faux pa-
1 Theod. Lect. 1. — 2 Ibid. p. 557. — 3 Evagr.Il, c. 8.
triarche d'Antioche avoit été attaché à Basilisque. Ce fut alors que Jean d’Apamée trouva moyen d'occuper la place de son coupable bienfaiteur, d'où il fut aussi chassé trois mois après. Un ecclésiastique pieux, nommé Etienne, fut aussitôt élu ct ordonné canoniquement. Mais à peine eut-il le temps de recevoir les lettres de communion du pape, du patriarche de Constantinople, et de relever l'espoir de la religion affligée, que les héréliques s'ameutèrent avec fureur , et lui firent endurer la mort la plus cruelie. Au milieu de son église, profanée avec une impiété barbare, ils le percèrent de mille coups de cannes aiguisées comme des lances; après quoi ils traînèrent son corps par les rues, et le jetèrent dans l'Oronte 1. L'Eglise l'honore comme martyr, le 25 d'avril.
L'empereur le regretta sincèrement, en écrivit au pape, et fit punir les auteurs de la sédition. Peut-être même que toute la ville en eût souffert, si elle n’eût envoyé une députation pour fléchir le prince. Les citoyens se déportèrent-pour cette fois du droit d'élection, et demandèrent que, pour prévenir le désordre, on leur consacrât un évêque à Constantinople. Ainsi Acace ordonna pour Antioche, un autre Etienne, qu'on nomme le jeune pour le distinguer du premier, et qui se rendit pareïllement recommandable par sa piété. Comme cette
ordination avoit quelque chose d'irrégulier, et que le besoin
pressant ne permettoit pas d'obtenir la dispense préalable, on en écrivit immédiatement après au chef de l'Eglise, qui ratifia ce qui s’étoit fait, par égard à la nécessité des circonstances, et sans tirer à conséquence pour l'avenir. Lalendion, ordonné de la même manière après la mort d'Etienne qui ne siégea pas long-temps, fut encore reconnu par le pape , que les mêmes circonstances engagèrent à porter le même jugement.
La vieillesse décrépite, ou plutôt la mort de Timothée- Elure, empêcha qu'il ne fût chassé d'Alexandrie. On dit qu'il avança sa fin, pour éviter la honte de la déposition, et qu’après s'être empoisonné, il prédit sa mort, pour soutenir sa réputation de prophète ; usant, à la fin de sa carrière, de la même hypocrisie qu'il avoit employée à jeter les fondements
3 Evagr. IIT, c, 10.
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DE L'ÉGLISE. (AN 477.) 241 de sa fortune t. 1] laïssa des disciples nommés timothéens, qui, sans être tout-à-fait eutychiens, continuérent à rejeter le concile de Chalcédoine. Les évêques hérétiques lui donnèrent pour successeur Pierre-Monge, c’est-à-dire, le Bègue, qui fut ordonné clandestinement par un seul évêque : ce qui déplut tellement à l'emperenr, qu'il donna ordre de le chasser, de punir les auteurs de cette instrusion, et de rétablir le patriarche légitime Timothée-Solofaciole.
La douceur extrême de ce Timothée l’avoit engagé dansune démarche qui faisoit peine au pape Simplice, comme nous l'apprenons d'une lettre où ce pontife se plaint à Acace, de ce que Solofaciole avoit souffert qu'on récitât à l’autel le nom de Dioscore. Mais Simplice fut satisfait peu de temps après, par trois députés que lui envoya le patriar:he d'A':xandrie, pour lui donner avis de son rétablissement, et pou: l’assurer que le nom de Dioscore étoit effacé des dyptiques. On demanda même pardon au souverain pontife, ©! on lui prése:ta l'abjuration des Egyptiens, qui avoient ét‘ subornés par Timothée-Elure et par Pierre-Monge. Les évêques d'Asie, séduits en grand nombre par la lettre circulaire de Basilisque, firent aussi leur rétractation, qu'ils adressèrent au patriarche de Constantinople. Pour diminuer la grièveté de leur faute, ils protestoient avec serment qu'ils n'avoient souscrit que par contrainte, et n’avoient jamais eu d'autre foi que celle du concile de Chalcédoine,
La réunion se fit en Palestine, sous le patriarche Martyrius successeur d'Anastase, avec des circonstances beaucoup plus frappantes. Martyrius, qu'il ne ‘ut pas confondre avec le patriarche d'Antioche de même nom, étoit né en Cappadoce; mais sa ferveur l’avoit conduit en Egypte et dans lessolitudes de Nitrie, où il menoit la vie d'anachorète, lorsque Protère, successeur de Dioscore, fut massacré par les schismatiques. Alors tout fut en confusion dans les plus pieuses solitudes, aussi-bien que dans les villes, et le fervent anachorète se vit réduit à prendre la fuite avec un compagron nommé Elie. La réputation de saint Euthymius les attira en Palestine,
1 Evagr. II, c. 10.
2.44 (An 480.) HISTOIRE où ce saint abbé, par un premier pressentiment de ce qui de-
voit leur arriver, sentit d'abord pour eux une affection toute particulière. Bientôt il eut une révélation précise, que l’un
et l'autre seroient élevés successivement sur le siége patriarcai de Jérusalem. Après la mort de saint Euthymius, le patriarche Anastase les fit venir auprès de lui, les ordonna prêtres, et les agrégea au clergé du Saint-Sépulcre.
C'est de là que Martyrius fut tiré, pour occuper le siége patriarcal. Dès qu'il fut ordonné, il envoya le diacre Fidus à Constantinople, pour se ménager de la protection contre l’audace effrénée des hérétiques, qui lui causoient de continuelles alarmes par rapport au salut de son peuple. Fidus s’embarqua à Soppé; mais il fit un naufrage où il ne pouvoii manquer de périr, sans l'assistance miraculeuse de saint Euthymius, qui étoit mort depuis peu et qui lui apparut. Votre voyage, lui dit le saintt, n'est pas nécessaire : retournez à celui qui vous envoie, et dites-lui de ma part qu'il ne se mette point en peine de ses ouailles séparées : bientôt elles rentreront dans le bercail. À ces mots, il enveloppa de son manteau le diacre Fidus, qui se trouva, sans savoir comment, sur le rivage, et peu de moments après à Jérusalem, où il se pressa de raconter au patriarche ce qui venoit de lui arriver.
Toutes les apparences étoient contraires à la prédiction ; et quelque espace de temps s'étant écoulé depuis ce récit, le paiarche l'avoit presque oublié, quand l'abbé Marcien, chef des schismatiques, les rassembla inopinément dans son monastère de Bethléem. Là il leur tint ce discours inattendu: : Jusqu'à quand tiendrons-nous l'Eglise divisée, sans autres principes pour nous rassurer que nos propres raisonnements? Cherchons à connoître la volonté de Dieu par la méthode qu'employèrent les apôtres : jetons le sort entre les moines et les évêques. Si le sort tombe sur les premiers, nous demeurerons comme nous sommes; et s’il tombe sur les pasteurs, nous nous réunirons à eux. Tout le monde applaudit à cette proposition : on jeta le sort ; il tomba sur les évêques, et les moines se soumirent, ne doutant point que telle ft la volonté de
a Vit, S, Eutlüm.p 8e, — » Cotel, I. a, Monum. p. 586 #t 307.
ni detoute e l'un riarcai atriarres, et
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DE L'ÉGLISE. (AN 482) 243 Dieu. Le patriarche les reçut à bras ouverts, et fit une grande fête à cette occasion. Il n’y eut que deux abbés qui s'obstinèrent dans le schisme , et qui, ayant été chassés, menèrent jusqu’à la mort une vie errante et malheureuse.
C'est ainsi que prospéroient de toute part les intérêts de la foi, quand la superbe délicatesse d'Acace de Constantinople, offensée d’un léger défaut d'attention , renversa toutes ces espérances. Le principe de cette triste révolution vint encore d'Alexandrie. Le patriarche Timothée-Solofaciole , sentant ses forces et sa vie décliner, envoya à Constantinople Jean Talaïa, prêtre économe de son église, pour représenter à l'empereur les périls que la foi alloit courir en Egypte, et pour Je supplier de ne lui laisser donner pour successeur qu’un sujet d’entre les clercs catholiques, La supplique et le suppliant plurent également à Zénon, qui renvoya le prêtre Jean T'alaïa comblé de louanges, et assuré qu'on auroit égard à ce qu'il avoit demandét. Dès lors on le regarda comme désigné pour le siége patriarcal. En effet, celte grande place étant venue bientôt à vaquer, les catholiques élurent Jean d’un concert unanime, Il en donna aussitôt avis au pape et aux évêques des grands siéges; mais il chargea Lllus , maître des offices et son ami particulier, de remettre au patriarche de Constantinople et à l'empereur les lettres qu'il leur écrivoit à ce sujet.
lus se trouvuit malheureusement en Syrie. Tandis que le
porteur l’alla chercher, le fier et pointilleux Acace «pprit par
la voix publique l'ordination de Jean Talaïa, et tint à injure de n'avoir pas reçu ses lettres synodales. Il éclate sur-le-champ contre lui, se joint aux protecteurs que Picrre-Monge avoit encore à la cour, et de concert avec eux, il charge Jean de différents crimes, entr'autres d'avoir brigué le siége où il étoit parvenu, après avoir juré de n'y pas prétendre. On proposa à l'empereur, pour couper court à toutes les difficultés, de rétablir Pierre, que l'on dit agréable aux Alexandrins et seul propre à réunir les esprits. Zénon persuadé en écrivit au pape, qui avoit déjà reçu la lettre synodale de Jean, et qui, mal instruit de ce qui se passoit si loin de lui, promit par sa
1 Gresta Acac. p. 1081, nn
réponse de suspendre la confirmation de ce nouveau patriarche. 11 déclara néanmoins, dès ce moment, qu'il ne consentiroit jamais ‘au rétablissement de Pierre-Monge, non-seulement le complice, mais le chef des hérétiques ; que la profession récente qu'il faisoit de la vraie foi pouvoit tout au plus le faire rentrer dans la communion de l'Eglise, et non lui conférer une dignité, qui, dans le cas justement présumé d’une abjuration peu sincère, le mettoit en liberté d'enseigner l'erreur '. Tout bien motivé qu'étoit le refus, l'empereur choqué écrivit à ses officiers en Egypte, de chasser Jean d'Alexandrie, et de remettre Pierre en possession de la chaire épiscopale.
Zénon voulut cependant donner quelques couleurs plausi- ‘bles à cette étrange conduite, en paroïssant s'assurer de la foi du prélat suspect qu'il rétablissoit; et ce fut alors qu'Acace, de concert avec les protecteurs et les partisans de Pierre- Monge, engagea l'empereur à dresser une formule de foi,
que Pierre devoit souscrire pour rentrer dans le siége d'A- :
Jexandrie. Telle fut la manœuvre qui donna lieu au fameux édit de Zénon appelé Hénotique, c'est-à-dire union, et qui ne servit qu'à remplir l’église d'Orient de divisions, de troubles et de scandale , en paroissant vouloir lex ieindre. C'est de ce prétexte, toujours si abusif entre les mains des sages du siècle, et toujours employé avec une supercherie nouvelle, que cet édit de schisme et de subversion est coloré dès son préambule. Voici comment l'empereur s’y exprime 2:
« Des abbés et d'autres personnes vénérables nous ont présenté requête, pour demander la réunion des églises, et pour faire cesser les funestes effets de leur division, qui a été cause que plusieurs ont été privés du baptême ou de la sainte communion, et qu'il s'est commis une infinité de meurtres. C'est pourquoi nous déclarons qu'il ne faut point recevoir d'autre symbole que celui des 318 Pères de Nicée, confirmé par les 150 Pères de Constantinople, et suivi par ceux d'Ephèse, qui ont condamné Nestorius et Eutychès. Nous recevons aussi les douze anathèmes d1 bienheureux Cyrille, et
* Siwpl. ep, 47. — 2 Evagr, au, 14; Niceph. xvi, 16,
che.
\seneuleofesplus n lui sumé igner r cho- , d'A-
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ux édit e servit s et de présiècle,
DE L'ÉGLISE. (An 482.) 245 nous confessons que Notre-Seigneur Jésus-Christ, Dieu , Fils anique de Dieu, qui s'est incarné véritablement, consubstantiel au Père selon sa divinité, et à nous selon l’humanité, le même qui est descendu du ciel, s'est incarné du Saint-Esprit et de la viergeNfarie, Mère de Dieu, estun seul fils et non deux. Nous disons que c'estle même Fils de Dieu, qui a fait des miracles, et qui a souffert volontairement en sa chair ; et nous ne recevons aucunement eeux qui divisent ou confondent les natures : mais nous anathématisons quiconque croit ou a cru ci-devant autre chose , à Chalcédoine, ou en quelque concile que ce soit, principalement Nestorius, Eutychès et leurs sectateurs. Réunissez-vous donc, dans les mêmes sentiments que nous, à l'Eglise notre mère spirituelle, » Tel est le fameux Hénotique de Zénon, qui semble aussi opposé aux erreurs d'Eutychès qu'à celles de Nestorius et de tous les hérétigres. Il faisoit néanmoins triompher les eutychiens, parce qu'il ne recevoit pas le concile de Chalcédoine comme les trois autres, et qu il paroissoit au contraire lui attribuer des erreurs.
Aussi cet édit fut-il bien vite reçu des envoyés et de tous les partisans de Pierre-Monge , quoique notoirement hérétiques. Après eette formalité perfide de leur part, Acace communiqua sans difficulté avec eux, remit dans ses dyptiques le nom de Pierre-Monge, et le reconnut pour légitime pa triarche d'Alexandrie, sur la promesse que firent pour lui :les gens dont la foi n’étoit guère moins suspecte que la sienne. Pergamius, qui venoit d'être nommé nouveau duc d'Egypte, y porta, conjointement avec les députés, les ordres de l'empereur. Le bruit de ces nouvelles avoit déjà mis en fuite Jean Talaïa. Ainsi l'intrus, seul maître du siége, ayant reçu l'Hénotique en triomphe ,se mit en mouvement pour le faire recevoir par toute l'Egypte. Il rétablit dans les tables d'Alexandrie les noms de Divscore et de Timothée-Elure, après en avoir ôté ceux de Protère et de Timothée-Solofaciole. Il déterra le corps de ce dernier, et le fit jeter honteusement hors de la ville, Passant même les bornes de l’édit, et démentant tout ce qu'on venoit de promettre pour lui à l'empereur et au patriarche de Constantinople, il anathématisa avec la der-
246 (An. 483.) HISTOIRE nière audace Je concile de Chalcédoine et la lettre de saint Léon 1.
Acace parut fort intrigué , à la nouvelle de ce dernier attentat, qu'il avoit peine à se persuader, et il envoya sur les lieux pour s'en éclaircir?. Mais Picrre, à qui le mensonge ne coûtoit rien après tant d'autres excès, paya d'effronterie, nia tout sans pudeur etsans crainte d'être bientôt confondu. Alors il approuva même expressément le concile de Chalcédoine, et il en parla très-honorablement dans sa réponse à Acace, Il écrivit pareillement au souverain pontife qu'il admettoit avec respect ce concile, et cela au moment même où il le rejetoit avec le plus d'éclat devant les Egyptiens. Cette inconstance, ou plutôt cette fourberie et cette impiété , aliéna plusieurs de ses partisans. La division , compagne inséparable de l'erreur et de la mauvaise foi, partagea les schismatiques en une multitude de conventicules sans subordination, sans harmonie, sans chef et sans patriarche.
Pour l’évêque légitime, il appela au siége apostolique, à l'imitation de son illustre prédécesseur le grand Athanase ; et comme lui, il se rendit à Rome. Le pape le reçut avec une tendresse paternelle. Il entreprenoit sa défense avec chaleur, quand la mort priva l'Eglise de ce digne chef, après un pontificat de quinze ans et cinq mois. Nous avons plusieurs lettres de Simplice, entre lesquelles il en est trois qui méritent une attention particulière. La première est adressée à Zénon, évêque de Séville, qu'elle constitue, à cause de son zèle, vicaire du saint Siége en Espagne, pour y veiller à l'observation des canons.
La seconde, écrite à Jean de Ravenne, le reprend sévèrement de ce qu'il avoit ordonné un nommé Grégoire malgré lui. C’est pourquoi le pape assigne à ce Grégoire le gouvernement de l'église de Modène, à la charge de n'avoir rien à démêler avec Jean, et sous la seule dépendance du saint Siége. ll lui attribue même l'usufruit d'une terre de l'église de Ravenne pour le temps de sa vie, la propriété en demeurant à cette église. 11 déclare à l’évêque Jean, que s’il retombe jamais dans
8 Vict, Tur, Chron, —- 2 Fvagr. 117, 16,
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DE L'ÉGLISE. (An 483.) 247 Ja même faute, il sera privé de toutes les oruinations de sa province.
Par la troisième de ces lettres, le pape ête le pouvoir d'ordonner à Gaudence, évêque d’Aufinium, pour avoir fait des ordinations illicites ; et il charge un évêque voisin de s'acquitter de cette fonction dans le diocèse, 1] fait une disposition bien plus remarquable encore des revenus de cette église. Que Gaudence, dit-il, n'en ait que la quatrième partie, ainsi que des oblations des fidèles, dont il ne sait pas user. Deux parties seront employées aux réparations des bâtiments, à l'hospitalité et au soulagement des pauvres; la dernière sera distribuée aux cleres, selon leur mérite, Qu'on ait même soin, ajoute-t-il, de faire restituer cestrois parties du revenu, que l'évêque s'est appropriées durant trois ans.
Le saint Siége, à la mort de Simplice, ne vaqua que six jours , au bout desquels on élut Félix II, romain de naissance, le 2 de mars 483. Ce nouveau pontife s'attacha religiensement à suivre les tracesdeson prédécesseur, Simplice alloit condamner l'Hénotique de Zénon , lorsqu'il fut prévenu par la mort: Félix, sans le flétrir par une condamnation formelle, pour ne pas afiéner davantage l'esprit de ce prince, l’improuva suffisamment pour empêcher les effets de cet édit suborneur, qui, sous prétexte de réunir le troupeau de Jésus-Christ , en égaroit les ouailles et les soustrayoit aux pasteurs même des plus grands siéges : monument injurieux d'ailleurs, qui attentoit visiblement aux droits les plus sacrés de la puissance spirituelle , lui prescrivoit des lois sur les objets où elle étoit la plus indépendante , s'ingéroit à enseigne: {es docteurs , et obligeoit les premiers prélats de souscrire un nouveau symbole de croyance.
Cependant Talaïa qui avoit eu recours au saint Siége demeuroit toujour: : Rome, et cantinuoit de solliciter son rétablissement. En attendant qu’: pôt réussir dar: ::ne affaire si épineuse, et qui importoit au repos de toute l'égiise orientale , le pape lui donna l'évêché de Nole, où il mourut avant qu'on eût pu terminer sa cause. Mais il fut assez long-t:: 8 auprès du pontife Félix, pour lui faire parfaitement connoître le caractère alticr et faux d’Acace de Constantinople, ses vues
pernicieuses , son instabilité dans les bons principes, et tout ce qu’on avoit à craindre d’un pareil prélat. Pour procéder plu: mürement, le pontife assembla un concile des évêques de l'Italie; et l'on y conclut à envoyer des députés à l'empereur, pour s&æ plaindre des maux causés à l'Eglise, po:.r demander iristamment que Pierre-Monge füt chassé d'Alexandrie, et Acarx cité pour répondre aux accusations de Jean "Taiaïa, En couséquence, le pape écrivit à Zénon et au patriarche Acace.
La lettre à l’empereur, toute remplie qu'elle étoit de protestations de respect et de déférence bien propres à toucher ce prince, n’en témoignoit pas une magranimité moins apostolique, et montroit dans Félix un digne succcsseur de Pierre, que nulle considération humaine n'empêcherc:t de soutenir courageusement la vérité. Il rappeloit à Zénont cequi avoit fait iomber le tyran Basilisque , et l'avoit rétabli lui-même sur le trône, que ses ennemis s’étoient perdus en attaquant le concile de Cualcédoine, et qu'ilavoit recouvré la souveraine puissance en rejetant leurs erreurs ; que la reconnoissance devoit l'engager à délivrer l'Eglise de ses perfides ennemis, comme Dieu avoit délivré son état d’un rebelle et d’un tyran. Il le conjuroit par tout ce qu'il y a de plus touchant et de sacré, de chercher à se rendre le Seigneur propice, en se proposant l'exemple des empereurs Léon et Marcien, dont il étoit le successeur légitime. 1] lui représentoit enfin ses propres exemples ; comment, en remontant sur le trône, il avoit écrit à Rome en faveur du concile de Chalcédoine, et s’étoit déclaré contre l’usurpateur du siége de saint Mare, c’est-à-dire contre Pierre-Monge, contre ses sectateurs et ses fauteurs.
Dans la letire à Acace:, le pontife reproche à ce politique irréligicux ses tergiversations et son silence affecté sur des objets où il importoit si fort à l'édification de l'Eglise qu'il s'expliquât nettement. Revenant encore ici à l'étrange conduite de l'empereur, sicontraire à ce qu’ilavoit donné lieu d'espérer : Vous deviez, dit-il, représenter à ce prirse tout ce qu'il a fait contre Pierre d'Alexandrie et pour Tir:..thée le catholique; Car on sait assez le crédit que vous a: 1uprès de Zénon.
8 Epist. : om. 3 Conc, — 2 Ibid, ep. 1
out ce r plu e l'Ita- , pour 1stam- Lx cité LU1SÉ-
Jrotesher ce postojerre , utenir oit fait
sur le -oncile ssance t l'ene Dieu njuroit
DE L'ÉGLISE, (An 484.) 249 Pourquoi ne l'employez-vous pas à détourner l'empereur de rétablir l'hérésie qu'il avoit abattueP À quoi vous servira sans cela le zèle que vous avez montré contre le premier fauteur de l'impiété, c'est-à-dire contre le tyran Basilisque ? Voulez-vous en perdre l'éternellc récompense ? voulez-vous vous perdre à jamais vous-même, pour avoir livré aux loups dévorants le troupeau du Seigneur, ou du moins pour avoir pris la fuite comme un lâche mercenaire? Vous ne sauriez même vous couvrir du prétexte honteux de la crainte et de la Jâcheté, puisqu'on sait très-bien que vous n'avez rien à risquer pour ce monde ; mais craignez pour l'éternité : c’est pour vous que je tremble. Je me rassure sur le sort de l'Eglise, qui ne dépend ni de vos efforts ni des miens, après les promesses de Jésus-Christ; mais craignons le sort du coupable pilote qui abandonne le gouvernail pendant la tempête. Le vaisseau de l'Eglise sera conservé; mais ceux qui l’abandonnent comme ceux qui s’en écartent, périront infailliblement ; et c'est l'abandonner, que de ne pourvoir point à sa sûreté, Acace avoit pris son parti : toute l'éloquence pontificale ne fut pas capable de le faire changer.
L'empereur n'étoit pas mieux disposé. Ainsi, les évêques Vital et Misène, envoyés par le pape à Constantinople, et porteurs de ses lettres , au lieu des honneurs accordés en pareil cas au premier siége , au lieu de voir accourir l'évêque et le clergé pour leur réception, trouvèrent à l'entrée du détroit une troupe de soldats qui les fouillèrent et les mirent en prison, après leur avoir enlevé leurs papierst. On craignoit surtout qu'ils ne remissent des lettres de Rome, capables d'émouvoir les esprits dans Constantinople. On ne trouva rien de semblable , maison connut par les instructions du pape à ses légats qu'ils avoient défense de communiquer avec Pierre-Mon ;e, el même avec le patriarche Acace. On employa la menace de mort, les: caresses ct les présents, pour leur faire promettre le contaire , et l'on réussit. Alors on les tira de la tour d'Abydes, où on les avoit emprisonnés. Ils entrèrent dans la ville; on les fit parottre en publi: et dans le lieu saint avec Acaceet les apo-
8 Liber, Prev. c. 18; Fel. Ep. 6. ad Ac,
250 (An 484.) HISTOIRE crisiaires de Pierre-Monge, qu'ils reconnurent pour évêque légitime d'Alexandrie : scandale énorme, qui donna tant d'assurance à l'hérétique faction, que dès-lors on lut tout haut dans lestables sacrées le nom de Pierre-Monge, qu'on se contentoit de lire bas avant Farrivée des Romains.
Tel est l’opprobre dont le saint Siége fut couvert par denx de ses légats : ear pour le troisième, qui étoit Félix, défenseur de l'Eglise romaine, il répondit à tout ce que cc titre cxigeoit de lui. Etant tombé malade en chemin, il ne put arriver à Constantinople qu'après ses collègues, qu'après même qu'ils furent tirés de prison. On l'y remit à leur place, et on le traita encore plus mal qu'eux ; mais il fut inébranlable , et se montra constamment digne de l'Eglise qu'il représentoit. Plus glorieux dans les fers que ses collègnes à la eour, it ent la consolation d'être vivement applaudi du peuple orthodoxe de la ville impériale , qui fit une protestation en forme contre le procédé des deux antres, et trouva moyen, dans une assemblée publique, d'en attacher une copie à leurs vêtements.
Cyrille, abbé des acémètes , et d’autres abbés de Constantinople écrivirent avec zèle au souverain pontife; et Cyrille fit partir pour Rome un de ses religieux nommé Siméon, afin que ces avis y parvinssent plus sûrement et y produisissent un plus grand effet. Cet abbé, par diflérents traits de zèle et de prudence, avoit tellement mérité la confiance du pape Félix, qu'il étoit prescrit aux légats de ne rien faire sans le voir auparavant, et sans avoir concerté toutes leurs “pérations avec lui. Siméon arriva heureusement à Rome , et assez tôt pour informer le pape avant le retour des deux légats Misène et Vital quirevinrent peu detemps après, etse présentérenttout pleins de confiance, chargés des lettres de l’empereur et du patriarche. de Constantinople. Tout y étoit pallié, tout y étoit présenté sous une face avantageuse. On y parloit en termes honorabledu concile de Chalcédoine, qu’on assuroit avoirété souscrit par Pierre-Monge; et l'on prodiguoit les éloges à cet intrus, tandic qu'on accusoit grièvement Jean Talaïa. Le pape tint un concile : on examina mürement l'affaire des légats, on Int les lettres des catholiques de Constantinople, on entendit les légats cuxmêmes, et on les confronta avec le moine Simi‘on, qui n'eut
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pas de peine à les confondre. Aussitôt après, Vital et Misè ne furent excommuniés et déposés de l’épiscopat.
On confirma les sentences portées par le saint Siége contre Pierre-Monge, déjà qualifié d’hérétique. Pour Acace, on se contenta de blâmer sa conduite peu conforme à elle-même, en ce qu'ayant taxé Pierre d'hérésie dans ses lettres au pape Simplice, loin de lefaire connoître pour tel à Zénon , il avoit fait voir, par une duplicité et des ménagements indignes d’un évêque, que la faveur dela cour lui étoit plus chère que la foi. Le pape voulut encore tenter de le ramener, et lui représenta paternellement qu'il avoit péché, mais qu'il étoit toujours temps d'obtenir le pardon de sa faute par un repentir sincère, en n'y retournant plus, et en s’efforçant de la réparer.
L'obstiné patriarche, qui dans le fond ne pensoit pas mieux
que Pierre-Monge, ne quitta point la communion de l'hérétique , et même ne lui conseilla pas ouvertement de recevoir le concile de Chalcédoine. Bien informé detoute cette conduite, le pape, vu l'importance de l'affaire, rassembla en concile les prélats d'Italie, et prononcçalasentence de condamnation contre Acace. Elle contient tous les griefs dont on le chargeoit , ses usurpations sur la juridiction deses confrères, sacommunication avec les hérétiques condamnés par le saint Siég:. :i autrefois par lui-même, leur promotion au sacerdoce et à l'épiscopat, le mauvaistraitement des légats, et plusencore son personnage de suborneur à leur égard. Enfin vousn'avez pas voulu répondre, ajoute-t-on, devant le siégeapostolique, où vousétiez cité selon les canons par l’évêque Jean. Que votre partage soit donc avec les scélérats dont les intérêts vous sont si chers, et sachez que par la présente sentence vous êtes privé, tant de l'honneur du sacerdoce, que de la commv:: catholique, Soixante-sept évêques souscrivirent avec le pape, qui signa, Coœlius Félix, évéque de l'Eglise catholique de Rome.
Il s’agissoit après cela de notifier ce jugement à Constantinople : commission fortdélicate dans les circonstances Tutus ancien clerc de l'Eglise romaine , en fut fait défenseur à cette fin. Ilsemit en route, plein de bonne volonté, et il eut l'adresse de se dérober aux gardes qui le guettoient à l'entrée du Bos-
phore; mais il ne put parvenir à remettre la lettre du pape au
252 (An 484.) HISTOIRE patriarche. Par le conseil du défenseur , quelques moines acémètes eurent le courage de l'attacher au manteau d’Acace, comme il entroit dans l’église. Ils furent surpris, jetés dans les fers et si rrucllement traités, qu'il en périt quelques-unst. Alors le ii! ‘e L'cienseur fit voir qu'il est plus difficile de surmonter le périi que de l'affronter. I} entra en composition , il se laissa suborner , il communiqua avec eelui qu'il venoit exclure de la communion. |
Ce fut un surcroît aceablant de douteur, d’humiliation et d'embarras pour lep=pe , jüand il reçut à ce sujet les lettres de quelques abbés zélés. Il avoit mandé par Tutus même, au peuple et au clergé de Constantinople, la sévère condamnation des légats Misène et Vital : afin de lever ce premier scandale, il fallut encore plus vite user de la même rigueur contre Tutus. Dès qu'il fut de retour à Rome, on le convamnquit en plein concile , par les lettres éerites contre lui. IL confessa lui-même sa lâcheté ; il fut honteusement privé de la charge de défenseur avant le temps où elle devoit cesser , car elle étoit passagère, et outre cela privé de la communion. La pape eut soin d'en informer les plus religieux cénobites de £onstantinople les chargea de publier cette réparation du dernier scandale. et d’avertir les fidèles quetous ceux qui voudroient être réputés catholiques eussent à se retirer de la communion d'Acace2.
Bien assuré de la protection de l'empereur, et content de la faveur des puissances du siècle, le patriarche méprisa tous les décrets du chef de l'Eglise, et se porta dès-lors aux plus grands excès. Pour comble d’audace aussi-bien que d'impiété, il Ôta le nom du pape des sacrés dyptiques , et par toutl'Orient fit chasser de leurs siéges une multitude d'évêques orthodoxes, leur en substitua d'hérétiques, et ne laissa tranquilles que ceux qui professoient ou favorisoient l'hérésie. Ainsi, les prélats catholiques furrrt contraints de chercher des asiles dans l'Occident, - 1 l'Eglise étoit moins tourmentée par les Barbares ariens et: lâtres, que dans l'Orient par le successeur des Constantin et des Théodose. Acace fit traiter avec une rigueur particulière Celendion, patriarche d'Antioche, qu'il
4 Nixeph. xv1, 17. — 2 Gest. denuin. Acac. in fin.
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DE L'ÉGLISE. (An 484.) 253 avoit ordonné lui-même, ct qui fut relégué dans les affreux déserts de l'Oasis. Il colora cette inconséquence de prétextes spécieux : mais la vraic raison, c'est que ce digne prélat demeuroit dans la communion du pape et du patriarche légitime d'Alexandrie, Jean T'alaïa, et qu'occupant unesi grande place, son autorité et son exemple étoient du plus grand poids pour la bonne cause. Il rétablit aussi Pierre le Foulon, qu'il avoit tant de fois condamné, n’exigeant autre chose de ce scélérat diffamé que la signature de l'Hénotique.
Zénon, de son côté, afin d'appuyer la séduction , se para de tous les dehors du zèle pour le progrès et la pureté de la foi. 11 s’intéressa auprès d'Hunéric, roi des Vandales, fils et successeur de Genséric, en faveur de l’église de Carthage, qui étoit sans évêque depuis vingt-quatre ans. Sur les instances redoublées de l’empereur, elle eut permission de se choisir un pasteur, quoiqu'à des conditions dures et onéreuses; ce qui n'empécha point que le peuplene conçût une joie extrême quand il vit crdonner Eugène. Il y avoitune grande partie des citoyens qui n’avoient jamais vu d'évêque assis dans cette première chaire de l'Afrique. Mais tous se crurent au comble du bonheur, quand ils virent éclater les vertus du nouveau prélat; sa douceur, son humble affabilité, sa charité tendre et agissante, ses aumônes prodigieuses, une bienfaisance à laquelle personne n'échappoit, et qui étoit inépuisable, quoiqu’il ne réservât jamais rien pour le lendemain. Les Barbares s’étoient emparés de tous les fonds de l’église; mais le digne usage que l’évêque faisoit des oblations, engageoit une multitude de personnes à lui apporter journellement des sommes considérables, qu’on lui vit toujours distribuer avant la nuit, à moins qu’on ne les lui eût remises trop tard. Ainsi s’attirat-il indistinctement l’affection et le respect , non-seulement des catholiques, mais des Vandales même. Telle fut néanmoins la première cause d’une persécution plus cruelle que n'avoit été celle même de Genséric,
Tant d'hommages rendus à la vertu d'Eugène excitèrent une jalousie furieuse dans les évêques ariens, principalement dans le cœur de Cirila, le plus puissant d'entr'eux. Ils exagérèrent au roi les dangers que couroit sa communion ; et l'on
commença par empêcher que personne ne parût dans l'église catholique en habit de barbare. C'est ainsi que les Vandales se nommoient eux-mêmes, pour témoigner leur sversion et leur mépris de la mollesse romaine. Hunéric fit mettre à la porte de l’église des gardes, ou plutôt des bourreaux, qui voyant un homme ou une femmeentrer avecl’habit de vandale, leur jetoient sur la tête de petits bois dentelés, dont ils leur entortilloient les cheveux; puis les retirant avec force, ils leur arrachoiïent la chevelure avec la peau de la tête. Quelques personnes en moururent , et un grand nombre en perdit les yeux. On promena des femmes, la tête ainsi écorchée, précédées d’un crieur, pour leur faire honte et pourintimider la multitude. Il ÿ avoit à la cour d'Hunéric un assez bon nombre de catholiques, dont les talents rares et les vertus éprouvées les avoient jusque-là maintenus dans plusieurs charges de confiance et de distinction. Non-seulement on les chassa du palais; mais on les fit conduire dans les plaines d'Utique, et on les réduisit impitoyablement, malgré la délicatesse de leur complexion et la différence de leurs habitudes, à couper les blés, aux plus grandes ardeurs du soleil. Mais ce ne fut là que le prélude de la persécution d'Hunéric, monstre de cruauté, qui fit périr tous ses proches pour assurer le royaume àses enfants, et crut sanctifier ses penchants sanguinaires en les tournant contre les ennemis de ses vices et de ses erreurs. Plusieurs saints personnages furent instruits, par des visions effrayantes, de ce que l'Eglise alloit souffrir : l'effet ne tarda point à confirmer ce qu'ils avoient annoncé.
Les premières violences tombèrent sur les personnes consacrées à Dieu. Le roi commanda qu'on fit assembler les vierges catholiques, qu’elles fussent honteusement visitées par les matrones, et qu’à force de tourments on les obligeät de déposer contre les ecclésiastiques. On les suspendit avec de gros poids aux pieds, on leur appliqua des lames de fer enflammées sur le sein et sur les côtés ; et dans cet état, on les pressoit d'accuser les prêtres et les évêques d’être leurs corrupteurs, Plusieurs périrent dans ces tortures, un plus grand nombreen demeura eslropié ; mais pas une seule n’accusa le moindre clerct,
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Le tyran voyant qu'il ne pouvoit déshonorer le clergé par cet indigne stratagème, s'emporta sans prétexte et sans ménagement. Enune seule fois, il relégua dans le désert des ministres ecclésiastiques de tous les ordres, avec d’autres fidèles de ieur famille ou de leur suite, au nombre de quatre mille neuf cent soixante- seize personnes, parmi lesquelles il se trouvoit quantité d'infirmes et de vieillards si décrépits, que plusieurs avoient perdu la vue. Félix d’Abirite, qui comptoit quarantequatre ans d'épiscopat, languissoit d'une paralysie qui ne lui Jaissoit pas même l'usage de la langue. Les fidèles ne sachant comment l'emmener, firent prier Hunéric de le laisser en quelque réduit près de Carthage, où il ne pouvoit plus guère vivre. Le barbare répondit : S'il ne peut se tenir à cheval, qu’on l'attache à des bœufs qui le traîneront où je lui ordonne d'aller: J1 fallut en effet le lier en travers sur un mulet, et le transporter comme une masse insensible.
Les confesseurs furent rassemblés dans la ville de Sicque, d'où les Maures les devoient conduire dans le désert. On les enferma dans une prison qui étoit supportable, et où les fidèles du lieu vinrent les consoler; mais on les priva bientôt de cette satisfaction, parce qu'ils paroïssoient plus fermes que jamais. n'y avoit pas jusqu'aux enfants qui ne signalassent leur constance , en résistant aux efforts de quelques mères aveug’ par leur tendresse, et qui vouluient les rebaptiser rsur soustraire à la persécution. On resserra donc les pi, :: cvs dans un cachot affreux et si étroit, qu'ils étoient e uns sur les autres, sans même avoir l'espace libre faire aux besoins naturels : ce qui produisit une infection contagieuse et une horrible multitude de reptiles, qui, engen- ‘rés dans cette corruption, les y dévoroient tout vivants. L'historien Victor, qui en parle comme témoin oculaire, dit qu'ayant trouvé moyen d'entrer dans ce cachot, en donnant de l'argent aux Maures tandis que les Vandales étoient endormis, il enfoncoit jusqu'aux genoux dans l’ordureet les vers.
On les fit enfin partir, sous la conduite des Maures. Ils sortirent de ce cloaque, non-seulement les habits dégoûtants de
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saletés, mais leurs cheveux même, leur visage et toute leur personne dans un état que la délicatesse des lecteurs ne nous permet pas de peindre au naturel. Ils chantoient cependant des cantiques d'actions de grâces, et s’estimoient heureux de souffrir cesindignités pour la gloire du Fils de Dieu. Les peuples accouroïient detous côtés pour les voir, portant des cierges allumés, demandant leur bénédiction pour eux et pour leurs enfants qu'ils leur présentoient , et se plaignant avec effusion de iarmes, de rester süns pasteurs, en proie aux loups dévorants. Mais on repoussoit avec brutalité ces picux fidèles, ou après leur avoir laissé exercer leur libéralité envers les confesseurs, on prenoit à ceux-ci ce qu'ils leur avoient donné. On remarqua une femme qui avancçoit avec précipitation, tirant un enfant par la main, et lui disant : Cours, mon petit ami ; voistu comment tous ces saints se pressent d'aller recevoir leur couronne? Ceux qui les accompagnoient la blômoient de son imprudence et de sa dureté. Priez pour moi, leur dit-elle, et pour cet enfant qui est mon petit-fils; je l'emmène, de peur que l'ennemi de nos âmes ne le snrprenne seul et ne lui fasse souffrir une mort infiniment plus funeste.
Les confesseurs se montroient plus sensibles aux périls des fidèles qu'à leurs propres maux, quoiqu'on pressât inhumainement leur marche : car plus ils recevoient de témoignages de vénération , moins on leur donnoit de relâche. Quand les vieillards au les enfants n’en pouvoient plus, on les piquoit avec des dards , ou on leur jetoit des pierres pour les faire avancer. Ceux que l'excès de la fatigue abattoit de temps en temps, on commandoit aux Maures de leur attacher des cordes aux pieds, et de les traîner comme des bêtes mortes; en sorte que ces chemins rudes et tout pierreux furent bientôt rongis de leur sang:. Leurs vêtements tomboient par lambeaux, ous accrochoient aux pierres et aux épines. Ils eurent même le corps tout déchiré; l’un la tête brisée, l’autre le côté ou Île ventre ouvert, presquetousles membres disloqués, et plusieurs consommèrent dès-lors leur marty:e. Ceux qui furent assez robustes pour atteindre le désert , n’y trouvèrent pour leur
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leur subsistance que de l'orge qu'on leur donnoit par mesure, | ue comme à des bêtes de somme : encore les en priva-t-on bienà gt ! tôt, et on les laissa mourir de faim. Les bêtes venimeuses les ave plus malfaisantes le furent moins queles tyrans ;et l'on observa erges | que dans une contrée qui n est, pour ainsi dire, qu'un re- LL. à paire des plus dangereux reptiles, aucun des serviteurs de Dieu on | ne périt de leurs morsures, auxquelles ils demeuroient exrase posés sans nulle précaution. . n ee | Lorsque tant de saints et savants ministres de la religion ss furent ainsi éloignés, Hunéric fit proposer à 1 évêque de Car- £ On thage une conférence avec les évêques ariens. Eugène réor : pondit que tout le monde chrétien étant intéressé à des quesva tions où il s'agissoit des premiers principes de la foi, il en alloit SldoE écrire au pape, chef de toutes les églises, et convoquer les FA évêques de tous les pays, Ce n'est pas qu'il n'en restât encore Île, et assez en Afrique, pour faire triompher la vérité par leurs lupeur mières; mais comme ils étoient sous le joug des Vandales, ils ne ävoient beaucoup plus à craindre que des étrangers, soit pour
eux, soit pour leurs troupeaux. Loin d'avoir égard à la remontrance d'Eugène, Hunéric au contraire chercha encore à écarter ceux des Africains qui passoient pour savants. Il bannit l'évêque Donatien après une rude bastonnade, bannit de même Præsidius de Suffétule , et fit tourmenter plusieurs autres en diverses manières. Un miracle éclatant que fit alors le
saint évêque Eugène ne servit qu'à rendre le t;::: plus furieux. Un aveugle très-connu , nommé Félix, recanv.a subitement la vue par le seul attouchement de la mar: :.. prélat,
en présence d'un er-cours extraordinaire de fidèles rassemblés pour la solennité de l'Epiphanie. Il n'y avoit guère moyen | de douter d’un fait qui avoit eu tant de spectateurs. Le roi ne laissa point de se faire amener Félix pour entendre de sa bouche la vérité et tout l'ordre de l'événement. La merveille étant ainsi prouvée jusqu'à la démonstration, on n'osa plus ssez le nier; mais en convenant du prodige, on prit le parti de dire leur j qu'Eugène l'avoit opéré par maléfice, et l'on suivit le projet
| de la conférence !.
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1 Num. 13 et ON A
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258 (AN 484) AISTOIRE
Les évêques du continent de l'Afrique et de toutes les îles soumises aux Vandales, se rendirent à Carthage pour le jour marqué, qui étoit le premier de février 484. L'on en fit encore mourir tout ce qu'on put, sous différents prétextes , mais par le seul motif d'âter à la bonne cause les défenseurs les plus zélés et les plus éclairés. Il en restoit encore trop pour que les évêques ariens osassent entrer en lice. La conférence eommença néanmoins; mais ils suscitèrent mille chicanes pour la rompre. Sur ce que les catholiques demandoient qu'il y eût des arbitres présents, qu'au moins les plus sages du peuple fussent spectateurs, on ordonna de délivrer cent coups de bâton aux laïques homousicns qui oseroient s’y trouver : c’est ainsi qu'on nommoit par mépris les orthodoxes. Sur le nom de catholiques qu'ils ne manquèrent pas de prendre dans leur profession de foi, on éleva de grandes plaintes; et avec quelque modestie qu'ils se missent en devoir d'y satisfaire, on cria au tumulte et à la sédition, et l'on courut dire au roi que les homousiens troubloient tout pour éviter la conférence. Il paroît que ce jeu avoit été concerté entre le prince et ses évêques : car aussitôt il fit porter dans les provinces un décret dressé d'avance, en vertu duquel, tandis même que les évèques orthodoxes étoient à Carthage, on ferma en un seul jour toutes les églises, et l'on attribua aux ariens tous les biens de ces églises ct de leurs pasteurs, en appliquant aux catholiques les peines portées contre l'hérésie par les lois impériales. On publia en même temps que c'étoient les homousiens qui, ne pouvant prouver leur doctrine par l'Ecriture, avoient rompu la conférence et l'avoient tournée en sédition par le moyen du peuple qu'ils avoient soulevé. Afin de donner quelque couleur à cette imputation , par une apparence de modération et d'humanité, on leur marqua un terme pour mériterleur pardon.
Mais sans aucun retardement, sitôt que l'édit fut envoyé pour saisir leurs églises et tout ce qu'ils possédoient dans leur pays, Hunéric chassa de Carthage les évêques quis'y trouvoient rassemblés, après les avoir encore dépouiilés du peu qu ‘ils avoient apporté avec cux, sans leur laisser ni cheval ni esclave, pas même d'habit pour changer. Défense fui faite en même temps, sous peine du feu, soit de les loger, soit de leur fournir