‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 68 sur 146 · PATES · texte numérisé non relu

PATES

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triarche Euphémius s’opposa-t-il fortement à son élection , et ne consentit enfin à le couronner qu'après en avoir exigé par écrit une confession de foi claire et nette, avec promesse de ne rien changer dans la religion. Anastase se piquoit lui-même de ne point innover et d'aimer la paix sur tuute chose. En effet, il laissa les églises comme il les trouva, du moins au commencement de son règne qui paroissoit assez mal affermi : chaque évêque en usoit comme il vouloit, à l'égard du concile de Chalcédoine ; ceux-ci le recevant, ceux-là lui disant anathème, les autres gardant une sorte de neutralité : ce qui remplit l'Eglise de plus de divisions peut-être que n'en eût causé le gouvernement d'un persécuteur.

Dans ce nouveau genre de péril que oourut la foi par tout l'Orient, ses plus fermes appuis furent deux saints solitaires, nommés Sabas et Théodose, cappadociens l’un et l'autre. Dès l'âge de huit ans Sabas étoit entré dans un monastère voisin de Césarée, où, prévenu des graces les plus abondantes, il surpassa bientôt en vertu, mais surtout en humilité et en obéissance, les vieillards les plus avancés :. À dix-huit ans, il fut inspiré de se retirer dans les déserts de la Palestine, et son abbé le lui permit. Saint Euthymius entre les mains de qui il tomba, voulut encore l'exercer, à cause de sa jeunesse, avant de lui laisser mener la vie d'anachorète. Ce ne fut qu'à trente ans qu'il lui permit de demeurer seul dans une caverne, cinq jours de la semaine, durant lesquels le fervent anachorète ne prenoit aucune nourriture, En sortant du monastère le dimanche au soir, pour s'y retrouver le samedi, il n'emportoit autre chose que des feuilles de palmier pour en faire des corbeilles,

Voyant l’observance religieuse se relâcher, après la mort de saint Euthymius, il se retira dans le grand désert d'Orient, d'où il revint quelques années après, par révélation, s'établir dans une caverne, près du torrent de Cédron, C'étoit pour profiter à plusieurs que le Seigneur ne vouloit pas laisser plus Jong-temps cette lumière sous le boisseau : bientôt il lui vint des disciples de tous côtés ; en sorte qu'il se vit en peu de temps à la tête d’une communauté de soixante-&'x personnes,

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DE L'ÉGLISE. (An 491.) 269 dont plusicurs multipliant à leur tour ces fruits de salut, établirent de nouveaux monastères. Il bâtit un oratoire avec un autel, et il engagea des prêtres du voisinage à y venir offrir le sacrifice : car son humilité l'empêchoit de recevoir l'ordination. Mais le patriarche de Jérusalem, Salluste, successeur de Martyrius, l'ayant fait venir sous quelqu'autre prétexte, il le fit consentir à recevoir le sacerdoce ; après quoi ilse transporta au monastère pour en consacrer l'église, et pour instituer Sabas abbé, avec une solennité qui pût imprimer le respect à ses moines, dont quelques-uns, peu dignes d'un tel supérieur, tenoicnt à déshonneur la simplicité de ses mœurs et de ses manières,

Mais le saint homme savoit parfaitement allier à la simplicité de l'Evangile les ressources de l'expérience et de la sagesse. Rien n'échappoit à sa connoissance de ce qui regardoit nonseulement la discipline régulière ; mais la science de la religion et les intérêts de la foi. Des Arméniens qui s'étoient venus ranger sous sa conduite chantoient le trisagion dans leur langue, avec l'addition de Pierre le Foulon. Sabas les obligea de le chanter en grec, et dans les termes usités par les anciens Pères. 11 leur permit cependant, parce qu'ils n’entendoient pas la langue grecque, de célébrer séparément dans la leur, la première partie de la messe, qui est pour l'instruction ; mais à charge qu'après la lecture de l’évangile, ils se réuniroient aux autres pour le sacrifice. Comme on l'avoit soigneusement épouvé lui-même avant de le laisser vivre à part, il ne permettoit aussi de demeurer dans les cellules dispersées de la laure,

-qu'après de grandes épreuves. Pour les commençants, il avoit

une petite communauté où il les tenoit jusqu'à ce qu'ils fussent bien instruits de la discipline régulière : après quoi il n'admettoit pas encore auprès de lui ceux qui étoient d'un âge tendre ;

mais il les envoyoit à une licue et demie de là, au monastère

de l'abbé Théodose. Ces deux saints personnages n'avoient d'autre prétention que le service de Dieu, sans nul esprit de gloire propre, ni conséquemment de rivalité.

Théodose avoit été formé dès la jeunesse, comme Sabas, par les meilleurs maîtres de la vie solitaire 1. Craignant dans la

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270 (An 452.) HISTOIRE

suite d'être établi supérieur, il se retita à deux lienes de Jérusalem, dans une caverne où il vécut trente ans de fruits où de légumes, sans jamais manget de pain. On sut bien le trouver dans cette humble retraite. Le nombre de ses disciples croissant à proportion de son humilité, il se vit obligé de bâtir un des plus grands monastères qu'on eût encore vus, et qui ressembloit à une ville, où l’on exérçoit tous les arts et les métiers nécessaires à la vie.

Îl ÿ avoit quatre infirmeries, deux pout les religieux, soit infirmes, soit trop avancés en âge pour suivre les cxercices réguliers ; deux pour Îles séculiers, parce qu'on y voyoit un concours étonnant d'hôtes et de malheureux de toute condition, et que la charité délicate de notre saint vouloit épargner aux personnes d'un certain état, l'humiliation d’être confondues avec la foule, Il y avoit aussi quatre églises, une pour les moines grecs de naissince, du nombre desquels étoit le surérieur ; une pour ceux de Thrace ; la troisième pour les Arméniens, et la quatrième pour certains solitaires ; malades d'’esprit plutôt que de corps; et qui s'étoient engagés dans la vie d'anachorète, sans avoir la tête assez ferme pour soutenir la solitude. Chaque nation faisoit son office à part jusqu'à la fin de l’évangile; après quoi les frères de chaque langue se réunissoient dans la grande église, qui étoit celle des Grecs, et cnmmunioient tous ensemble, verrons bientôt ces hommes suscités du ciel signalerlez uruge pour 1: défense de la foi, quand Anastase croyant son empire bien affermi pensera ne devoir plus rien ménager.

Le pape Félix n'eut pas le chagrin de voir ces troubles scandaleux , le Seigneur l'ayant retiré du monde le 25 de février 492 , après un pontificat de près de neuf ans. L'Eglise le compte au nombre des saints. Après quatre jours de vacance, on mit Gélase, romain de naissance, sur le Sitge apostolique , qu'il occupa quatre ans et huit mois. Le gouvernement temporel de Rome changea vers le même temps, Théodoric, roi des Ostrognths, ayant ôté à Odoacre le royaume d'Italie avec la vie, Le prince goth avoit été donné en ôlage et élevé dès l'âge de huit ans à Constantinople, où il se fit tellement aimer, que Zénon l'adopta pour son fils

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DE L'ÉGLISE. (An 493.) 271 d'armes et le fit consul. Il n'eut pas de peine à obtenir de cet empereur l'agrément de passer avec sa nation, des monts sauvages de l’Illyrie en de plus douces contrées envabies par les Hérules. Après trois batailles gagnéessur Odoacre, il l'obligea de se renfermer dans Ravenne, et de se rendre enfin, après un siége de trois ans. Il lui avoit promis la vie, mais il prétendit ensuite avoir quelque trahison à lui reprocher. Théodoric voulut conserver la paix avec Anastase qui avoit succédé à Zénon , etqui ne demandoit pas mieux que de rester tranquille, Pour cela, il envoya des ambassadeurs à Constantinople. Ceux-ci, sans se borner à l’objet de Jeur commission , firent savoir au pape Gélase, soit de leur chef, soit par l'instigation des Orientaux, que les Grecs formoient de grandes plaintes contre l'Eglise romaine, au sujet de la condamnation d'Acace; qu'ils disoient la sentence pape insuffisante pour condamner leur patriarche, et prétendoient que pour un jugement il falloit un concile général.

Le pape Gélase répondit aux ambassadeurs, et confondit en ces termes les murmures des Grecs'. Quand Acace n'auroit pu être jugé par un seul , ainsi que s'expriment les murmurateurs, n'est-ce pas en vertu du concile de Chalcédoine qu'il a été concamné? Mon prédécesseur a-1-il fait autre chose qu'exécuter un ancien décret sans rien prononcer de nouveau? Tout outre évêque auroit pu le faire comme celui du siége apostolique ; mais ne sont-ce pas ceux qui nous opposent les canons qui les violent eux-mêmes , en refusant d'obéir au premier siége qui n'exige rien d'eux que de raisonnable et de légitime? C'est par l'autorité des canons que les appellations ce toute l'Eglise doivent être portées à notre siége : en sorte qu'il juge de toutes les églises, et qu'il ne soit jugé par aucune, lls n'ont jamais ordonné de juger ses jugements, mais ils ont statué, qu'au lieu d'y donner atteinte, il falloit religieusement s'y soumettre. En cette même affaire, Timothée d'Alexandrie, Pierre son successeur, Pierre d’Antioche, et les autres qui se prétendoient évêques, ont été déposés par la seule autorité du Siége apostolique : Acace fut lui-même l'exécuteur de ce ju-

9 Epist. 4, tom. 1V, conc,

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