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254 (An 493.) HISTOIRE
catholiques , ayant une fois prononcé contre une hérésie, ont voulu que leur décision füt irréfragable, sans pouvoir jamais être remise en question ; autrement il n'yauroit rien de solide dans les jugements de l'Eglise. Ils ont pensé qu'il suffisoit de condamner l’hérésie avec l'hérésiarque, en comprenant dans celte condamnation quiconque communiqueroit avec lui ou avec ses fauteurs. Ainsi fut condamné Sabellius; ainsi le furent les ariens au concile de Nicée; ainsi Eunomius, Macédonius et Nestorius.
Tout ceci bien considéré, reprend Gélase, nous nous assurons qu'aucune personne solidement chrétienne ne peut ignorer que c'est principalement au premier siége à faire exécuter les décrets des conciles, approuvés par le consentement de l'Eglise universelle, puisqu'il est en possession de les confirmer par son autorité , et de tenir la main à leur observation, en vertu de sa primauté. Or, étant averti qu'Acace s étoit écarté dela communion catholique, il a employé durant trois ans toutes les voies de la douceur pour le ramener au devoir, et lui a notifié , par une citation légale, qu'il eût à venir ou à envoyer pour se défendre contre les accusations graves de
: Jean d'Alexandrie. Comme il n'y avoit pas lieu à tenir un nouveau concile, nul évêque n'étoit en droit de décliner le ju-
gement du premier siége, auquel s'étoit adressé l'évêque du
Second, qui ne reconnoît point d'autre juge que saint Pierre.
Acace a doncété condamné dans la même forme que Timothée et Pierre-Monge , qui se donnoient pour évêques d'Alexandrie, sans un nouveau concile. Tout le monde chrétien sait que le Siége de Pierre a droit d'absoudre des jugements detout évêque, et de juger toute l'Eglise, sans qu'il soit permis à aucune personne de juger son jugement, puisqueles canons veulent qu'on y recoure de toutes les parties du monde, et qu'il n'yait plus d’ appel de ce tribunal. Or,comme il est constant qu'Acace n'avoit aucun pouvoir d'absoudre Pierre d'Alexandrie, sans la participation du saint Siége qui l’avoit condamné, qu'on dise par quel concile il l'a fait, lui qui n'auroit pas même été en droit de le faire en concile sans le Siége apostolique. Qu'il se souvienne de quelle égliseil est évêque, N'est-ce pas d'un siége dépendant de celui d'Héraclée? Souvent même, sans un concile
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DE L'ÉGLISE. (Ax 494.) 275 précédent, on a vu lesaint Siége absoudre selon les canons, des personnes condamnées injustement par un concile. Il a le même pouvoir, pour condamner sans concile ceux qui le méritent.
Gélase cite ici les exemples de saint Athanase, de saint Jean Chrysostôme, de saint Flavien. Comme ce dernier fait concernoit directement l'affaire en question , il s’y arrête davantage,ainsi qu’au faux concile d'Ephèse, lequel, dit-il, étant contraire à tout ordre, à tous les canons, et ayantété rejeté de tontes les églises, principalement du Siége apostolique, a pu et dà être révoqué par un concile légitime approuvé de ce Siége et recu de l'Eglise universelle. Mais un concile légitime, ajoute-t-il, ne peut être infirmé en aucune manière. Il applique ensuite cette maxime au concile de Chalcédoine; puis il fait sentir les contradictions et la mauvaise foi de ceux qu’on appeloit acéphales, c'est-à-dire des demi-eutychiens, qui, sans admettre ouvertement la doctrine d'Eutychès, ne recevoicnt cependant pas le concile qui l’avoit condamnée.
Passant de là à ce qui avoit servi de mntif aux entreprises d'Acace : Nous avons ri, ajoute le pontife, de la prérogative que s’arrogenit cet ambitieux en sa qualité d’évêque de la ville impériale. Les évêques de Ravenne, de Milan, de Trèves, qui furent long-temps des villes impériales, sont-ils pour cela sortis des bornes que l'antiquité leur avoit prescrites? Mais si l’on veut apprécier sagement la dignité des villes , les évêques du second et du troisième siége ont plus de dignité que l'évéque d’une ville qui n’a pas même le droit €e raétropole. Autre est la puissance impériale, autre est la juridiction ecclésiastique. La présence de l'empereur ne change point l'ordre de la religion. Qu'ils écontent l'empereur Marcien , lequel n'ayant pu rien obtenir pour l'élévation de l’évêque de Constantinople, donna de grandes louanges à Léon, mon saint prédécesseur, pour avoir défendu les canons, Qu'ils écoutent l'évéque Anatolius qui, n'osant avouer la trame de son ambition, l’attribuoit à son peuple et àson clergé, en reconnoissant que l'évêque du premier siége étoit le maître de la décision. L'illustre Léon lui-même, quoiqu'il ait confirmé le concile de Chalcédoine, a cassé tout ce qu’on y avoit innové contre les
canons de Nicée, et au delà du pouvoir confié à ses légats.