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DE L'ÉGLISE. (An 496.) 281 cupation qui ne l’empêcha point de lire et de méditer assidàment les saintes Ecritures, d'acquérir une tendre piété et d’être d’une pureté angélique, au milieu des distractions extérieures et des relations qu'elles lui donnoïent avec toutes sortes de personnes. Îl étoit beau de visage, bien fait de toute sa personne; mais d'une modestie encore plus grande, qui n’inspiroit que le respect et la retenue. Il avoit la voix belle, et je ne sais quoi de doux et d'insinuant dans le discours et les manières, qui pénétroit dans les cœurs les plus durs, et gagnoit les esprits les plus difficiles. Son évêque, dont il étoitla consolation et le soutien dans la vieillesse, avoit coutume de l’employer à intercéder pour les malheureux, quand il n’avoit pu réussir à Jeur obtenir du soulagement par lui-même. Cet heureux talent dela médiation, qui rendit la personne d'Epiphane précieuse et infinu.ent chère à tout le monde dès sa jeunesse, en fit l'intercesseur public et comme le patron de toute l'Italie, quand il fut fait évêque, âgé seulement de 28 ans. Tantôt il rétablissoit la bonne intelligence, si nécessaire pour le bien du peuple, entre les grands et les foibles empereurs de son temps; tantôt il réconcilioit les princes entr’eux ; tantôt il obtenoit la remise destrihuts aux villes épuisées par les exactions; souvent il s'engageoit dans de longues et périlleuses ambassades, pour demander des peuples entiers de captifs qu'on avoit emmenés des provinces demeurées désertes et incultes, C’est ainsi qu'il obtint sans rançon, du roi Gondebaud , jusqu’à six mille sujets du roi Théodoric, qui avoient été menés esclaves d'Italie en Bourgogne. Ilétoit également cher aux princes les plus ennemis. Quand le roi des Ostrogoths ou Goths orientaux le vit pour la première fois à son entrée en Italie, i! s’écria, comme par inspiration : Voici un bomme à qui tout l'Orient n'a point de semblable. Quelque animosité qu'il y eût entre ce prince et Ouoacre;roi des Hérules, le saint évêque eut constamment la confiance de l’un et de l’autre. Il avoit l'âme d’une telle bonté, qu’uniquement attentif à faire du bien, sans considérer à qui il en faisoit, on lui vitnourrir dans Pavie ceux qui venoient da piller ses terres au dehors,
Cinq jours après la mort du pape saint Gélase, Anastase, comme lui romain de naissance et compté au uoimbre des suinis
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fut élevé sur la chaire de sant Pierre. Il eut la consolation dans le court espace deson pontificat,qui ne futpas de deux ans, de voir Clovis, roi des Francs, embrasserla religion chrétienne et la communion catholique. Il y avoit plus de deux siècles que ce peuple de Germanie étoit connu, etse rendoit dejour en jour plus fameux par son génie martial. Il avoit passé le Bas-Rhin et pénétré dans les Gaules dès les commeneements du cinquième siècle , et il n'avoit cessé d'y étendre sa domination, sous le gouvernement successif de trois de ses princes. Clovis le quatrième,poussa beaucoup plus loin ses conquêtes , s'empara de tout ce qui restoit aux Romains dans les Gaules, et généralement de tout ce quin’y appartenoit point aux Bourguignons ou aux Visigoths. Après quoison génie,bien supérieur à eclui des coups de main et des invasinns barbares, voulut donner à sa maison et à sa nation une forme constante et fixe. Il porta ses vues, pour une alliance, sur la nièce de Gondebaud, roi de Bourgogne, nommée Clotilde, extrêmement vantée, non-seulement pour sa beauté, mais pour l'élévation de son esprit et toutes les qualités estimables.
Les Bourguignons , sortis de la Germanie comme tant d’autres Barbares, s'étoient d’abord établis, vers l'an 413, dans les provinces voisines du Rhin ; mais ceux-ci n'avoient de barbare que le nom1. Ils étaient bien faits, d’une taille extraordinairement avantageuse, et communément hauts de six pieds ; doux, modérés, non de cette humeur féroce et vagabonde de la plupart des peuples du Nord; très-laborieux au contraire, amis des arts et de tous les exercices de l'industrie. Avec un naturel si heureux , ils eurent beaucoup moins de peine à goûter les maximes du christianisme, dès qu'ils les connurent. Désolés par les incursions que les Huns faisoient souvent sur leurs terres, ils résolurent, après une délibération publique, de se mettre sous la protection du Dieu des Romains, après avoir observé, dit l'historien Socrate, qu'il est le puissant défenseur de tous ceux qui le craignent. Ils allèrent à une ville des Gaules, prier l'évêque de les admettre au nombre des serviteurs de Jésus-Christ. Il les prépara par sept jours de jeûne,
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DE L'ÉGLISE. (An 4of.) 285 per. {ant lesquels il les instruisit des vérités de la foi; après quoi il leur donna le baptême et les renvoya chez eux, pleins de consolation et de confiance. Leur espérance ne fut pas trompée : Uptare, roi des Huns, étant mort subitement dans une débauche nocturne, les Bourguignons attaquèrent ces redoutables ennemis avec des forcesbeaucoup moins nombreuses et les défirent néanmoins entièrement. Leur constance dans la religion et dans les vertus qu'elle enseigne, égala leur première docilité, Ils menèrent une vie beaucoup plus innocente qu'auparavant, obéirent aux prêtres qu'on leur envoya, comme à leurs pères, et traitèrent les Gaulois plutôt en frères qu'en vaincus. Mais ce peuple liant et facile eut malheureusement trop de rapport avec les Visigoths qui s'établirent dans son voisinage. Les Bourguignons se laissèrent tellement infecter de l'arianisme dans ce funeste commerce, que presque tous leurs princes professoient cette hérésie, quand Clotilde, qui avoit su s'en préserver, fut recherchée par le roi des Francs.
La princesse, qui joignoit beaucoup d'esprit à une vraie piété, n'étoit rien moins qu'attachée à une cour où, avec bien d’autres sujets de douleur, sa foi couroit des périls continuels. D'un autre côté , l'époux qu'on lui proposoit étoit encore idolâtre. Une nouvelle difficulté à la conclusion de cette alliance, c’est qu’il s’agissoit de tirer Clotilde des mains d’un oncle indigne de sa naissance et de la belle nation qu'il gouvernoit : prince dissimulé et perfide, parent cruelet dénaturé, qui ayant fait mourir le père de la princesse, craignoit qu’e'le ne fit passer son ressentiment à un époux capable de la ven: er. On s'assura d'abord des dispositions de Clotilde, par le moyen d'Aurélien l'un des favoris de Clovis, quoique chrétien et Gaulois. Le confident pr! la princesse par sa religion , lui représenta que Clovis traitoit favorablement les chrétiens en toute rencontre, témoignoit de la vénération pour toutes les personnes pieuses et beaucoup de respect pour les églises ; que son esprit juste et solide commençoit sans doute à sentir la vanité de ses dieux de pierre et de métal ; que pour elle, il y avoit tout lieu dela croire destinée par le ciel à convertir, avec son roi, un peuple renommé entre tous les autres pour sa valeur, et à ménager une protection si puissante à la vraie fni, dans l'extrême besoin
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qu'elle en avoit. Ces grancs motifs, joints aux penchants de Clotilde pour se tirer de la contrainte où elle se trouvoit auprès de l'assassin de son père, l’engagèrent à donner son consente. ment : après quoi, Gondebaud n'osa refuser ouvertement le sien à un jeune conquérant , peu d'humeur à essuyer impunément un affront. Le Bourguignon fit partir la princesse , et remit à ses conducteurs des sommes assez considérables pour lui servir de dot, suivant l'usage. Mais ce prince perfide comptoit apparemment faire tout manquer en route, par quelqu’une de ces atrocités secrètes où il étoit exercé. La troupe fut en effet poursuivie dès le lendemain du départ , et l'on ne devoit point prévoir de difficulté à l’atteindre, la princesse étant montée sur un char attelé de bœufs. Mais elle eonnoissoit le génie de son oncle : dès le premier jour, se voyant à peine à quatre lieues de Vienne, elle avoit proposé à Aurélien de la faire monter à cheval, pour être plutôt hors des terres des Bourguignons. L'argent resté en arrière fut pillé; Clotilde échappa et arriva heureusement à Soissons, où le mariage se célébra magnifiquement. Il fallut même que Gondebaud, malgré tous les palliatifs dont il entreprit de couvrir ses artifices, restituât la dot, de peur d'une guerre qu'il eraignoit eneore
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Clotilde ne fut pas long-temps sans parler du christianisme au roi son mari, avec le succès qu'on pouvoit attendre d’une jeune épouse tendrement chérie et pleine de mérite. Le roi fut d'abord ébranlé, et conçut la plus haute estime de la foi chrétienne : mais il ne parloit pas de changer; ces grands changements n'étant pas le pur effet de la conviction, et ne s’opérant qu'avec les graces victorieuses que le Seigneur donne quand il lui plaît. Clovis permet cependant à la reine de faire baptiser ses enfants. Malheureusement le premier, nommé Ingomer , mourut dans la semaine même de son baptême. Le roi éclata en reproches, et ne manqua pas d'attribuer cette mort à la colère de ses dieux. La sainte reine soutint l'épreuve avec un courage digne de la foi qui l’animoit : elle répondit que, loin de regarder cette mort comme un malheur, elle s'estimoit heureuse d’avoir enfanté un fils que le T'out-Puissant appeloit
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DE L'EGLISE. (An 496.) 285 diadème. Dès l’année suivante, elle mit au monde et fit encore baptiser un second enfant, qu'ellenomma Clodomer. Il tomba aussitôt malade très-dangereusement, et déjà le roi menaçoit de chasser tous les chrétiens de son royaume. Maisle ciel, content, pour cette seconde fois, de la préparation du cœur de la vertueuse princesse, rendit la santé à l'enfant aux prières de la mère. Les préventions du roi se dissipèrent avec son chagrin et sa confiance pour Clotilde ne souffrit plus d'altération.
11 voulut dès-lors lui assurer un douaire digne d'elle et de lui. Seigneur , lui dit la reine, qui n'avoit d'autre ambition que d'étendre le règne de Jésus-Christ, le bonheur d'une chrétienne est pour la vie future : je ne vous demande d'autre faveur que la liberté de vous entretenir souvent de cette félicité suprême, que jene désire pas moins pour vous que pour moi. En conséquence, elle ne cessa plus de l’exhorter à quitter les idoles pour adorer le Dieu véritable ; le seul, disoit-elle, qui d'une parole à tiré la terre et la mer du néant, qui les remplit de créatures vivantes de toute espèce, et qui orne les cieux de cette multitude innombrable d'astres éclatants. Un jour surtout qu'il la quittoit pour aller faire la guerre aux Allemands, nation redoutable de la Germanie, et dont toutes les autres ont enfin pris le nom : Seigneur, lui dit-elle, si vous voulez vous assurer la victoire , invoquez le Dieu des chrétiens : c'est le Dieu des armées ; c'est le maître des succès et des revers. N'oubliez pas la parole qu'à ce moment je vous engage en son nom : si vous recourez à lui, rien ne pourra vous résister 1. Clovis s’en souvint un peu tard : ses troupes plioient de tous côtés, et il se voyoit au moment d'une déroute entière, quand il s'écria en gémissant et en se prosternant, à la vue de toute son armée : Dieu de la vertueuse Clotilde, c’est à toi que j'ai recours : fais-moi vaincre, et je n'aurai plus d'autre Dieu que toi. Tout change à ces mots : un courage imprévu et tout divin anime les Francs ; les Allemands sont frappés d’une terreur panique; ils lâchent pied de toute part , leur roi tombe entre les morts, et le champ de bataille reste à Clovis. C'étoit la plaine de Tolbiac, aujourd'hui Zulpich, entre Bon ct Julicrs.
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Le vainqueur tint parole : dans la route même, en repassant par Toul, il emmena avec lui un saint et savant prêtre, nommé Védaste ou Vaast, depuis évêque d'Arras, afin de se faire instruire. Saint Remi, évêque de Reims, et l’une des plus grandes lumières de son siècle, joignit ses soins à ceux de saint Vaast, et baptisa le roi dans l’église de saint Martin deReims, le jour de Noël de l’année 496, avec un grand nombre de Francs du premier rang qui avoient prévenu les vœux du prince,
Remi, qui avoit les idées grandes, voulut donner à la cérémonie un lustre et un appareil digne de son objet. On avoit tapissé les rucs , depuis le palais jusqu'à l’église qui étoit hors des murs de la ville. L'église même et le baptistère étoient ornés beaucoup plus magnifiquement. Il y avoit une quantité prodigieuse de cierges, dont la cire, mêlée des parfums les plus exquis, embaumoit les airs en se consumant, et faisoit une impression peu ordinaire sur un peuple naturellement vif et accoutumé à une vie toute militaire. Maïs ce qui frappa surtout ces Barbares idolâtres, beaucoup plus guerriers encore ou plus négligés dans le culte de leurs dieux que dans tout le reste, ce fut le nombre et la modestie angélique des ministres sacrés, et l'appareil majestueux de nos cérémonies. Le roi, transporté d'admiration et comme hors de lui-même, dit à saint Remi qui le conduisoit par la main : Mon père, est-ce là le royaume de Dieu que vous m'avez promis ? Non, prince, répondit l'évêque, ce n’en est que l'ombre; et en lui montrant les fonts sacrés : voilà, poursuivit-il, la porte qui nous y conduitt,
Clovis demanda le baptême avec empressement, le saint archevêque lui dit : Courbez la tête, fier Sicambre, sous le jong du Tout-Puissant; adorez ce que vous avez blasphémé, et foulez aux pieds ce que vous avez adoré jusqu'ici. Lui ayant fait ensuite confesser la foi de la Trinité, il le baptisa. Trois mille Français qui l'accompagnoient, sans compter les femmes ni les enfants, reçurent en même temps le baptême de la main des évêques et des prêtres, que Remi avoit invités en grand
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nombre, pour rendre la cérémonie plus auguste. Clovis avoit deux sœurs avec lui, Alboflède et Lenthilde, La première fut baptisée, et l’autre, qui étoit déjà chrétienne, mais engagée dans l’arianisme , fut réconciliée par l’onction du saint chrême. Une troisième , nommée Audoflède, et mariée depuis quelque temps à Théodoric , roi d'Italie, où elle étoit demeurée, persista dans l’arianisme, ct périt, en communiant, du poison que sa propre fille avoit mis dans le calice.
Le roi, voulant que rien ne manquât à la joie de sa conversion , mit en liberté un grand nombre de prisonniers, et fit aux églises des libéralités si prodigieuses, qu'une partie fut suffisante pour établir l'évêché de Laon , jusque-là du diocèse de Reims. Génebaud, qui avoit épousé la nièce de saint Remi et s'en étoit séparé pour une vie plus parfaite, fut le premier évêque de ce nouveau siége.
À près le baptême de Clovis, saint Remi continua d'instruire lillustre et fervent néophyte, qui entroit avec l'impétuosité de son tempérament tout de feu dans les pieux sentiments que le saint évêque cherchoit à lui inspirer. Un jour qu'il lui faisoit la lecture de la passion du Sauveur : Ah ! s’écria le prince, que n'étois-je là avec mes Français! ! I] fit publier une déclaration, pour engager tous les peuples de son obéissance à se faire chrétiens : doux objet de consolation pour l'Eglise, qui voyoit le chef de la nation la plus belliqueuse et la plus puissante depuis la décadence de l'empire, se déclarer pour la vraie foi; tandis que tous les souverains qui n'étoient pas idolâtres, ou professoient ou protégenient l'hérésie. En Orient, l'empereur Anastase étoit livré aux eutychiens. Les rois goths en Espagne et en Italic, le roi des Bourguignons dans les Gaules et celui des Vandales en Afrique, faisoient profession de l'arianisme, pendant que les Anglo-Saxons en Bretagne, et tous les peuples du Nord demeuroient ensevclis dans les ténèbres de l'idolâtrie. Ainsi Clovis, par une exception unique, se trouva dans le monde entier le seul souverain qui professât la religion catholique; et par une exception pareillement unique et plus glorieuse encore, tous ses successeurs, pen-
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dant plus de douze cents ans, méritant ou soutenant le titre de rois très-chrétiens et de fils aînés de l'Eglise, ont seuls donné le spectacle d’un empire où l’hérésie ne s’est pas fixée sur le trône durant un seul règne, et n'a jamais dominé dans l'état,
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