‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 77 sur 146 · CRE · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (AN 505.) 301 simple moine, et se croyant à jamais ignoré, quand l'abbé Félix et ses disciples le découvrirent après l'avoir cherché fort long-temps.

Ils engagèrent l'évêque Fauste, comme son premier supérieur , à le redemander, et il se soumit à cet organe du ciel. Aussitôt après son arrivée, Fauste lui conféra la prêtrise, afin de le fixer, et d'empêcher qu'on ne l’ordonnât pour une autre église, Le saint fit peude résistance, quelque éloignement qu’il eût de toute distinction , comptant que ce premier degré l’attacheroit à la retraite , et feroit que les villes d'Afrique où son nom avoit acquis la plus grande célébrité, ne penseroient point à le demander pour évêque. C'étoit d'ailleurs le temps où le roi Trasamond s’opposoit le plus rigoureusement aux ordinations épiscopales. Mais voyant peu après que les prélats ne se conformoient pas aux défenses de la tyrannie, Fulgence se tint si soigneusement caché , qu'on ne put le mettre en place lorsqu'on donna des évêques à la plupart des éolises,

La ville de Ruspe étoit demeurée des dernières sans pasteur par les intrigues d'un diacre jaloux, assez habile pour empécher l'élection de ses compétiteurs, et trop indigne pour se faire élire lui-même. Les citoyens les mieux intentionnés se concertant entr'eux, allèrent trouver le primat Victor, en obtinrent la permission de faire ordonner par les évêques voisins Fulgence, âgé pour lors de 40 ans : et tenant tous ensemble cette résolution fort secrète , ils rassemblèrent en diligence une troupe nombreuse de fervents et zélés fidèles. On marche droit à la cellule de Fulgence,qui ne se défioit plus de rien; on ne lui donne pas le temps de parler; on l'enlève, tout indisposé qu'il étoit, et on le mène au prélat qui devoit le sacrer. Son air, sa modestie, sa répugnance même et son embarras, son humilité profonde mais non sauvage, fixoient tous les regards et ravissoient l'affection de tout le monde. C’étoit là le don particulier de ce saint, de gagner tous les cœurs. Il fallut se rendre aux vœux de l'assemblée, qui témoigna une joie incroyable. 11 n'y eut pas jusqu’au diacre jaloux qui n'applaudit et ne publiât que telle étoit la volonté de Dieu.

L'épiscopat ne fut pour Fulgence qu'un surcroît de travaux ajoutés à toutes les pratiques de la vie religieuse. Il ne re:

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trancha rien de ses austérités ni de ses abstinences, il continua de ne point manger de viande, de n'user de vin que comme d'un remède, et mêlé avec tant d'eau, qu'il ne retenoit presque rien de son premier goût. Son vêtement, l'hiver comme l'éte, n'étoit qu'une tunique fort pauvre. Il ne portoit pas même, comme tous les évêques, l'écharpe de lin d'où est venue l'étole, ni la chaussure des clercs, mais les sandales des moines, et le plus souvent il marchoit nu-pieds, Quant à la chasuble, qui étoit alors un habillement vulgaire et qui couvroit tout le corps , il n'en porta jamais d’étofle précieuse, ni de couleur brillante , et le manteau qu'il mettoit sous la chasuble étoit fort petit, de couleur blanche ou noire, comme les moins recherchés. En un mot, sa simplicité fut telle dans sa manière de se vêtir, qu il ne changeoïit pas même de tunique pour offrir le saint sacrifice , faisant un exercice d'humilité de la liberté qu'on avoit encore d'en user ainsi, et disant qu'il lui falloit plutôt changer de cœur que de vêtement. Tous le temps que les affaires et le gouvernement de son peuple lui emportoient , il le reprenoit sur la nuit pour le donner à la prière, à la lecture, à la méditation des livres saints, et jamais il ne retrancha la moindre partie de ses anciennes pratiques de piété.

La première chose qu'il demanda aux citoyens de Ruspe, ce fut une place pour bâtir un monastère, et il y établit l'abbé Félix avec une bonne partie de sa communauté. Mais de tous les arrangements si sagement conçus pour lebien deson église, il ne recueillit pas à beaucoup près les avantages qu'il avoit lieu de s’en promettre. Avant qu'il eût eu le temps de lui donner la splendeur qu'il se proposoit, il fut exilé en Sardaigne avec les autres évêques persécutés, au nombre de plus de soixante de la seule province Byzacène ; car Trasamond eu bannit une bien plus grande quantité du reste de l'Afrique, et jusqu'à deux cent vingt. Fulgencene plaignit que son peuple : il étoit si détaché des commodités de la vie, qu'ayant été comblé à son départ de présents de toutes les sortes, qu'il recevoit de peur de contrister ses bienfaiteurs, il donna tout aux moines, et s embarqua sans rien emporter ; sûr de trouver partout ce qui lui tenoit au cœur, la contemplation de son Dieu, la prière assidue , le recueillement, la pénitence , tous les exer-

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DE L'ÉGLISE. (ax 505.) 303 cices essentiels de la vie religieuse quil sut y ‘iquer partont on il se trouva. Cc premier exil de saint Fulgence dura environ douze ans; et ce fut de là que sa renommée se répandit avec le plus d'éclat. On venoit de toute part le consulter comme un oracle. Quoiqu'il füt un des moins âgés entre les évêques, tous le regardoient comme leur maître et leur docteur. Il étoit toujours chargé de rédiger les consultations qu’on leur demandoit de toute part, ou pour mieux dire, de les composer tout entières: les autres prélats ne faisoient que les approuver. Il en étoit de même quand il falloit répondre aux ennemis de ja foi, ou leur opposer quelques traités dogmatiques, d'où provinrent tant d'excellents ouvrages qu'on a conservés de cet illustre docteur, et que nous aurons occasion dans la suite de faire connoître plus à fond.

Tandis que les premiers pasteurs étoient ainsi exercés en Afrique, ceux des Gaules jouissoient de la tranquillité la plus profonde et la plus universelle, In’y avoit pas jusqu'aux sujets d'Alaric, maître de nos provinces méridionales , qui ne fussent traités avec douceur. Le partage des Gaules entre plusieurs peuples rivaux, et surtout la sincère conversion du roi des Français à la foi catholique, faisoit que le Visigoth, quoiqu'arien, avoit de grands ménagements pour ceux de ses sujets qui conservoient la vraie foi, c'est-à-dire pour les naturels du pays, appelés Romains, Il fit faire pour eux un recueil du code Théodosien et de plusieurs autreslivres de l'ancien droit, auxquels il apposa le sceau de son autorité, après avoir pris les avis et le consentement , tant des évêques que de la noblesse. Telle est apparemment la raison pour laquelle le droit romain ou droit écrit est demeuré en usage dans ces provinces. Il permit, l'an 5o5, aux évêques de sa domination,de tenir un concile dans la ville d'Agde, où se trouvèrent, entr'autres prélats, les métropolitains de Toulouse, de Bordeaux, de Bourges, avec les députés de Narbonne et de Tours. Ils eurent pour président saint Césaire, archevêque d'Arles, qui n'étoit pas moins digne de cet honneur par ses qualités personnelles que par la prééminence de son siége.

Né dans le territoire de Châlons-sur-Saône, de parents également distingués par leur piété et par leurnoblesse, il fit pré-

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sumer, dès sa tendre enfance, à quel degré d'héroïsme il por. teroit la charité et toutes les vertus'. Souvent alors il se dépouilla d'une partie de ses vêtements, pour en revêtir les malheureux. A l’âge d'environ dix-huit ans, il s’échappa de la maison paternelle, alla se jeter aux pieds de son évêque;saint Silvestre, et le conjura de l'attacher au service de l'Eglise. Se montrant de jour en jour plus ardent à la recherche de la perle évangélique, ou de la perfection, il se retira peu après au monastère de Lérins, où l’on fut étonné de trouver dans un commençant les vertus des plus anciens religieux. Il fut bientôt promu aux charges de la communauté, quelqu'éloignement qu'il en eût, puis ordonné prêtre par saint Eone d'Arles, qui eut occasion de le voir et le reconnut pour être son parent. Ce fut la moindre des raisons qui l’attachèren!: à Césaire, quand il eut eu le temps d’en connoître tout le mérite. Il ne tarissoit pas sur ses louanges , et comme ilétoit infirme, il répétoit sans fin à son clergé et aux principaux citoyens qui le visitoient souvent, qu'on ne devoit pas lui chercher d’autre successeur que Césaire , seul capable , ajoutoit humblement Je saint vieillard, de rétablir la discipline que mes infirmités el ma négligence ont laissé dépérir. Ainsi, après la mort d'Eone, on ne délibéra pas sur le choix d’un évêque, et ce fut en vain que Césaire se cacha jusque dans les cavernes et les tombeaux. On sut le déterrer , et on obligea cette brillante lumière à occuper une place d'où elle pût luire sur tout le bercail. Il n’étoit que dans la trente-troisième année de son âge quand il fut élu en 502 , et par conséquent il n’avoit que trente-sept ans quand il présida au concile d'Agde.

On y fit quarante-sept canons2, sans y comprendre ceux de quelques conciles postérieurs, tels que celui d'Epaone, qui y furent ajoutés. On trouve dans le vingt-deuxième, l'origine de ce qu’on a depuis nommé bénéfice, c'est-à-dire, l’usufruit des biens ecclésiastiques cédé aux clercs; au lieu des gages que l'ancienne discipline leur attribuoit à proportion de leurs services. Îl y est de plus ordonné aux ecclésiastiques d’avoir les cheveux courts; apparemment parce que les con-

1 Act. Bened, tom. 1, p.659. — 2 Tom. 4, Conc. p. 1381.

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