‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 79 sur 146 · AE CARE ET OR NES · texte numérisé non relu

AE CARE ET OR NES

Le monarque français se trouvoit en Poitou pour faire la guerre au roi Alaric. En vain ce prince et ses Visigoths, bien moins eu réputation de bravoure que les Français, évitoient attentivement toutes les occasions de les irriter. Clovis sentoit tout son ascendant : la rivalité et la politique lui fournissoient toutes sortes de prétextes pour le faire valoir. I] paroît néanmoins que des motifs d'un autre ordre le guidèrent principalement, soit qu'ils fussent fondés ou non sur la justice et sur des sujets réels de plainte. Il relevoit de maladie, et sa guérison étoit miraculeuse. Miné pendant plus d’un an par une fièvre Jente qui avoit épuisé toutes les ressources de la médecine, il tourna ses vues , par le conseil de son propre médecin, vers le Maître suprême de la maladie et de la santé. Il y avoit dans le royaume de Bourgogne un saint abbé nommé Séverin :, qu gouvernoit le monastèred’'Agaune, bâti à l'endroit où les martyrs de la légion Thébaine avoient été mis à mort. Clovis envoya un officier de sa cour , afin d'amener le saint, qui n'attendit pas qu il füt à son terme pour justifier l'idée qu'on avoit conçue de lui. En passant à Nevers, il trouva l'évêque Eulalius consumé depuis plus d’un an par une affreuse maladie qui l’avoit privé de l’ouie et de la parole. Il le guérit parses prières avec une promptitude si miraculeuse, que l’évêque se leva sur-le-champ, alla le même jour à l’église, et y exerça toutes les fonctions pontificales. En arrivant aux portes de Paris, Séverin trouva un lépreux qu'il guérit en l'embrassant.

Entré dans le palais , il se prosterna pour prier devant le lit du roi, se releva en silence, défit sa chasuble, et en revêtit le prince, que sa fièvre opiniâtre quitta sur-le-champ. Clovis se jeta aux pieds du saint abbé, en bénissant celui qui se rend si admirable dans ses saints, et en disant : Mon père, je vous offre mon trésor, prenez-en tout ce qu'il vous plaira pour les pauvres, et signalez avec la même liberté la miséricorde évangélique envers tous les prisonniers de mon royaume. Insensible à tous les honneurs, Séverin guérit plusieurs autres malades dans la maison du roi et dans tous les quartiers de la capitale. Après quoi il partit aussitôt, comme pour s’en retourner : mais

Act. Ben.t.1,p. 558. Boll, 11 'ebr, 20,

308 (An 508.) HISTOIRE ilsayoit par révélation qu'il mourroit à Château-Landon,en Gatinois. Trois jours après son Arrivée, il y rendit en effet sa sainte âme, et il s'opéra une multitude de miracles à son tombeau, où Childebert, fils de Clovis, fonda par lasuite une église.

Clovis, étant guéri, dit à ses Français qu'il voyoit avec peine une partie des Gaules entre les mains des Goths ariens, et il leur proposa d'en faire la conquête sur les hérétiquesr. Tous applaudirent avec de vives acclamations , et cette nation, tonte guerrière fut bientôt en état de marcher vers Poitiers, où Alaric , roi des Visigoths , étoit alors. Pour attirer les bénédictions du ciel sur cette grande entreprise, Clovis fonda à Paris, près du tombeau de sainte Geneviève, une église qui passa pour l’une des plus magnifiques de son temps, et qui ne fut achevée qu'après la mort du roi, par les soins de la reine Clotilde On observe qu'il y avoit dans sa vaste étendue, beaucoup de peintures qui représentoient des saints de l’un et de l'autre Testament. Il s’y fit beaucoup de miracles ; et dès le même siècle on y invoqua sainte Geneviève pour la guérison de la fièvre, comme on le fait encore aujourd'hui. Le roi défendit à toute son armée, avant que de mettre lc pied sur les terres ennemies, d'y piller aucun vase, ni aucun ornement des autels , de faire aucune insulte aux vierges ou aux veuves sacrées . aux clercs, à leur famille, leurs domestiques, ni même aux serfs des églises. Après la guerre, il fit dire aux évêques que cha- « cun pouvoit répéter ce qu'il avoit perdu, et demander la liberté des esclaves . Tous ces ordres furent exécutés ponctuellement. Par le respect tout particulier que ce prince portoit à saint Martin, il fit publier , en passant près de Tours , la défense d'y rien prendre que l'herbe et l'eau. Un soldat prit du foin à un pauvre homme, en disant que ce n'étoit que de l'herbe. Le roi le fit mourir sur-le-champ : et comment remporterions-nous la victoire, dit le monarque, si l'on offensoit le grand saint Martin ? Quand il fut près de Poitiers , il fit de même conserver avec grand soin lesterres de cette église, en mémoire de saint Hilaire.

Cependant Alaric sortit de la ville, et s'avançant dans les

a Greg. 11, Hit. c. 37.

DF LEGLISE. (An 508.) 300 plaines de Vouillé, il vint présenter la bataille au roi des Francs, qui ne désiroit rien avec plus d'ardeur. On combattit avec tout l’acharnement de deux nations rivales, dont l’une étoit animée par le double motif de sa propre gloire et de la défense de sa foi contre Îles persécuteurs du nom catholique, l'autre, par l'horreur dela servitude et d’une ruine entière. Mais tandis que de si grands intérêts font balancer la victoire, Clovis distingue dans la mélée le roi Alarie, perce tout ce

.… qui est devant lui, suspend les efforts des Goths étonnés, charge

son rival, le renverse et lui arrache la vie. Mais le moment de la victoire fut celui du plus grand péril pour le vainqueur. Deux Goths fondent sur lui en désespérés, l’assaillent avec une espèce de rage, lui portent mille coups avant qu'il ait eu le temps de se reconnoître, et malgré la trempe excellente de ses armes et toute son habileté dans les combats, on erut ne devoir sa conservation qu'à une protection spéciale d'en haut. Ce fut la seule résistance que firent les ennemis après la mort de leur roi, tous s'étant mis à fuir, suivant leur coutume, dit Grégoire de Tours, excepté une troupe auxiliaire d'Auvergnats, qui eombattirent encore quelque temps sous la con-

. duite d'Apollinaire, fils de saint Sidoine , et le même qui fut

élevé quelques années après sur le siége épiscopal d'Auvergne.

Le prince Amalaric, fils du roi défait, se sauva en Espagne, et fut reconnu roi des Visigoths, qui en occupoient déjà la plus grande partie. Pour l'Aquitaine, Clovis la conquit presque tout entière; et dès l'année suivante, il s'avança jusqu'à Toulouse, où les rois Gotks avoient fait jusque-là leur séjour, et où se trouvoient les trésors d'Alaric, qu'il enleva : de là il revint à Tours, comblé de gloire et de richesses , fit son entrée avec pompe, et marcha en triomphe, depuis le tombeau de saint Martin qui étoit hors de la ville, jusqu'à l'Eglise cathédrale. Il venoit de recevoir une ambassade de l'empereur Anastase, qui lui envoyoit le titre de patrice, avec la robe de pourpre, le cercle d’or et les autres marques du patriciat. Revêtu de ces ornements et la couronne en tête, c'est-à-dire le cercle d’or, il s’avançoit lentement sur un cheval d'une beauté et d'une grandeur extraordinaires, jetant au peuple pendant la marche une grande quantité de

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pièces d'argent. L'église de Saint-Martin ne fut pas oubliée dans la joie de cette fête : le roi lui fit des présents inestimables , aussi-bien qu’à celle de Saint-Hilaire de Poitiers. 1] se rendit quelque temps après à Paris , où il établit son séjour d'une manière fixe; et cette ville devint ainsi la capitale du royaume, sous le règne même du premier de nos rois, On croit qu’il choisit pour sa demeure l'ancien palais qu’avoit bâti et habité l’empereur Julien , hors de la ville, du côté du midi, assez près du tombeau de sainte Geneviève, où, en exécution de son vœu, il fit aussitôt creuser les fondations de l’église de Saint-Pierre et Saint-Paul.

Les Visigoths conservoient encore la Gaule Narbonnoise, où Théodoric, roi d'Italie, soutint les intérêts de leur jeune roi Amalaric, son petit-fils du côté maternel. Les Bourguignons, non moins ennemis des Goths que les Français, s’unirent avec eux pour former le siége important de la ville d'Arles. Ainsi la place fut vivement p :ée, et l'alarme se répandit parmi les citoyens. Un jeune clerc, parent du saint évêque Césaire, crut ne pouvoir échapper autrement au péril, qu'en se rendant aux ennemis; et pour cela, il descendit de nuit le long du mur avec une corde. Cette fuite ne put être si secrète qu'elle ne parvint à la connoissance de quelques Goths. On ne manqua point d'en rendre l’évêque responsable, et comme supérieur, et comme parent du trans: fuge. Il n'en falloit pas davantage pour former des soupçons, qui en cette matière, tiennent souvent lieu de conviction. On accusa l'évêque d'avoir envoyé son clerc aux ennemis, pour leur livrer la place, On ne voulut pas faire attention que les principaux accusateurs étoient les juifs, opposés par état au clergé et à l'évêque : on ne voulut pas se souvenir que le saint prélat avoit déjà été calomnié sur le même sujet, du vivant d'Alaric, et que relégué à Bordeaux, il y avoit marqué sa fidélité et toutes ses vertus d'unemanière sipeu équivoque, que le ciel leur avoit rendu témoignage par un miracle éclatant, en arrêtant à sa prière un furieux incendie; en un mot, que son innocence avoit cté reconnue si authentiquement que le roi avoit condamné le délateur à être lapidé:,

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