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La cabale l'emportant sur toutes ces considérations. on arracha l'évêque de son logis qui fut pillé , et on se saisit de sa personne, à dessein de le jeter la nuit suivante dans le Rhône, ou du moins delerenfermer dans le château d'Ugerne, jusqu’à ce qu'on pôt ordonner de son sort. Il est très-vraisemblable que ce château étoit, non à l'endroit où se trouve aujourd'hui la ville de Beaucaire ; mais dans l'île de la Vergne, formée par le Rhône, et nommée autrefois Gernique. Les assiégeants, ou plutôt la Providence empêcha les Goths de faire passer dans cette île la barque où ils avoient mis le saint, et la même Providence ne tarda point à le justifier. Un juif, du haut des remparts, jeta aux ennemis une lettre attachée à une pierre, pour les avertir de se présenter à l'escalade pendant la nuit, dans un endroit où eeux de sa nation étoient de garde, sous la condition de conserver à ceux-ci les biens avec la vie. Mais l'attaque ayant cessé le lendemain, la lettre fut trouvée par quelques habitants, et tous reconnurent sur qui devoient tomber leurs justes soupçons. Ainsi la fidélité du saint évêque fut reconnue pour la seconde fois.
L'attachement qu'il n'avoit pas marqué pour les Francs et les Bourguignons armés contre son souverain, sa charité le leur témoigna de la manière la plus touchante et la plus généreuse, sitôt qu'elle les vit vaincus et souffrants. Théodoric ayant envoyé d'Italie une armée au secours d'Arles, nonseulement les assiégeants épuisés de fatigues se virent contraints de lever le siége; mais ils furent battus dans leur retraite. Le nombre des prisonniers qu'on ramena étoit si grand, que les églises en furenttoutes remplies. Césaire commença par leur fournir des vêtements et des vivres. Ensuite il employa à les racheter tout l'argent qui se trouva dans le trésor de l'église; et cet argent ne suffisant point, il ne fit pas difficulté de vendre les encensoirs et les calices, ni d'arracher les ornements des colonnes et des balustrades. Ce qui animoit principalement son zèle, c'étoit le danger de la séduction pour ces prisonniers, réduits sous le pouvoir, ou des ariens, ou des juifs. Si le Sauveur, disoit-il, a donné son corps et son sang pour la rédemption des hommes, lui déplairions-
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nous en employant au même usage les vases où repose ce corps et ce song? La charité du saint évêque s'attendrissoit encore davantage sur le sort des pauvres honteux. 11 les recommandoit sans cesse au domestique qui le servoit, et souvent il alloit lui-même voir à'la porte s’il n’y en avoit pas quelqu'un qui n'osât entrer.
Il avoit commencé , avant le siége d'Arles, à faire bâtir, pour sa sœur Césarie, un monastère où il ne dédaignoit pas de travailler de ses mains ; mais les assiégeants en ruinèrent une grande partic, et en enlevèrent surtout les bois pour leurs travaux. Après la levée du siége, l'ouvrage fut repris et poussé avec plus de vigueur que jamais. On fit même l'église beaucoup plus grande que ne paroissoit le demander un monastère de filles. Elle avoit deux aîles ou collatéraux, dont l'une fut dédiée sous le nom de Saint-Martin ; l’autre, qui étoit à l'usage particulier des religieuses, sous le nom de Saint Jean, que prit tout le monastère. Le milieu, qui servoit d'église extérieure, fut dédié à la sainte Vierge. Mais le public a insensiblement changé tous ces titres en celui de Saint-Césaire, Aussitôt que les bâtiments furent achevés, Césarie s’y rendit de Marseille, où elle avoit été apprendre et pratiquer la première ce qu’elle devoit enseigner aux autres. Cette ville étoit célèbre par les religieuses fondations de Cassien pour les personnes de l’un et de l’autre sexe, et par ses institutions ou règles monastiques. Le monastère de sainte Césarie ne devint pas moins fameux , sous la règle que lui donna son saint frère ; et quoique la sainte n'eût d'abord que deux ou trois compagnes, en peu de temps une multitude de vierges vinrent de toute part se ranger sous sa conduite.
La séparation du monde et la clôture étoient exactement observées parmi elles ; et c’est le premicr article de la règle de saint Césaire'. Non-seulement il n'étoit pas permis aux religieuses de sortir; mais personne, hors les cas d'une nécessité indispensable , n'entroit dans le monastère, pas même les femines. 11 étoit encore plus strictement défendu de donner à manger à qui que ce füt, même à l'évêque : il n’y avoit
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uniquement d’excepté que les mères des religieuses qui n'étoient pas de la ville et venoient voir leurs filles. Ces religieuses ne devoient parler qu'à leurs parents, et en présence de quelqu'une des anciennes. L’abbesse étoit obligée, par sa place, à des relations plus fréquentes et plus étendues ; mais elle ne devoit aller au parloir, qu'accompagnée de deux ou trois sœurs.
On ne veilloit pas moins attentivement à la simplicité du logement, du vêtement, de tout l'extérieur de la vie. Les habits devoient être uniformes et pauvres, faits dans le monastère, tout entiers de laine, et de couleur blanche. On va jusqu'à spécifier et fixer, par une figure tracée dans le livre de la règle, la hauteur de la coiffure ; en quoi sans doute la vanité des femmes du monde se faisoit dès-lors remarquer. Les ornements mêmes de l'autel ne doivent être que de laine et sans broderie : il ne doit y avoir d’argenterie que pour les vases sacrés. On ne veut point d'ornements en peinture ou en tableaux, si ce n’est pour la basilique de la Vierge, qui, servant d'église extérieure, pouvoit être plus ornée que l’oratoire des religieuses. Les sœurs ne doivent faire aucun ouvrage de tapisserie ni de broderie; mais s'occuper d'un travail aussi humble que le reste de leur vie, et tel que la supérieure le marquera à chacune. Les lits étoient dans le goût des vêtements, sans aucun ornement aux couvertures, et ils se gardoient dans une salle commune, nulle des sœurs n'ayant de chambre particulière, ni d'armoire fermée. Nulle encore, pas même l'abbesse , n’avoit de servante.
On ne prenoit point de pensionnaires ; mais on recevoit de jeunes filles de six à sept an$, pour être religieuses, c'est-à-dire, pour être élevées à cette fin, et faire profession quand leur raison seroit formée. Car il n'y a aucune apparence qu'on laissât contracter un engagement irrévocable à un âge si tendre, quoiqu'il soit constant qu'on pouvoit s'engager dans l'âge de minorité. Cet article de ia règle de saint Césaire fournit l'interprétation du canon où le concile d'Agde défend de donner le voile aux vierges avant l'âge de quarante ans, en nous faisant entendre que ce réglement ne concernait que celles qui habitoient au milieu des dangers du siècle,
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