‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 82 sur 146 · OPEN · texte numérisé non relu

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DE L'EGLISE. (an 511.) 315 maître. Les abbés sont soumis aux évêques aussi-bien que les clercs; en sorte que ni les uns ni les autres ne doivent aller sans la permission épiscopale , demander des grâces au prince.

Quant aux biens de l'Eglise, on voit que l’évêque avoit l'administration de tous les fonds donnés tant à la cathédrale qu'aux paroisses. Pour les oblations, on lui attribue la moitié de celles qui se font à la cathédrale, et le tiers de celles des paroisses.

Il est défendu à tout citoyen de célébrer à la campagne les fêtes de P‘ jues, de Noël et de la Pentecôte. On ordonne à toutes les églises d'observer les rogations. On défend à la veuve d’un prêtre ou d’un diacre de se remarier , c'est-à-dire, à celle qui avoit consenti à l'ordination de son mari, puisque l'usage du mariage ne fut jamais légitime dans l'Occident pour les cleres supérieurs. L’on excommunie, avec les devins, ceux qui observoient le sort des saints , ou prétendoient puiser la connoissance de l'avenir dans le premier passage qui s’offroit , en ouvrant au hasard quelqu'un des livres sacrés : abus introduit depuis quelque temps, et que ces défenses ne firent pas cesser. |

Ce concile est souscrit par trente-deux évêques, dont les cinq premiers étoient métropolitains. On regarde saint Gildard de Rouen comme l'un des plus célèbres, sans néanmoins donner aucun détail certain de ses œuvres. Il ne paroît nullement assuré qu'il soit frère de saint Médard, comme on l'a prétendu ; encore moins, que tous deux soient nés , aient été ordonnés, et soient morts le même jour. Au moins est-il indubitable que s'ils furent ordonnés le même jour, ce ne fut pas la même année, puisque Sophrone, évêque de Vermandois , assista avec saint Gildard à ce concile d'Orléans, qui fut le premier, et que saint Médard ne fut pas le successeur immédiat de Snphrone.

On sait plus de particularités de la vie de saint Melaine de Rennes! : toute son affection étoit pour la retraite, et il ne s'étudioit qu'à se sanctifier par tous les exercices de la vie monastique, quand les principaux citoyens de Rennes vinrent le

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316 (An 511.) HISTOIRE

conjurer d'obéir aux dernières volontés de leur saint évêque Amand, qui avant de mourir l’avoit désigné pour son successeur. Melaine craignit de résister à la voix du ciel, et se soumit avec d'autant plus de facilité, que la place qu’on lui destinoit Ini offroit moins d'agréments et plus de travaux, les habitants de Rennes étant encore païens en très-grande partie. Mais le saint pasteur eut le bonheur de les convertir. Ses talents et son génie égaloient son zèle. Clovis , qui venoit de soumettre l’Armorique à sa domination, discerna le mérite de Melaine, l'appela souvent auprès de lui, et se conduisit principalement par ses conseils dans les affaires de la religion. Le saint évêque n'en travailla pas avec moins d’ardeur ni moins de succès à la conversion des idolâtres ,' qui infectoient surtout le pays de Vannes. Ayant un jourressuscité sous leurs yeux un enfant qui venoit de mourir, la plupart embrassèrent aussitôt le christianisme.

Le roi Clovis mourut l’année même du concile d’Orléans, 511, la cinquième depuis la défaite d’Alaric, et la quarante-cinquième seulement de son âge : il fut enterré à Paris où il étoit mort, dans l'église des saints apôtres, quoiqu'elle ne fût pas encore achevée.

Théodoric, roi d'Italie, restoit maître de la ville d'Arles lont il s’étoit emparé, ainsi que d’une bonne partie des états lu roi des Visigoths, son petit-fils, sous prétexte de les mieux défendre. Malgré l'inutilité des anciennes tentatives de la calomnie contre saint Césaire, le saint archevêque fut encore accusé auprès de ce prince, et la persécution poussée jusqu à l'arrêter et le conduire à Ravenne sous bonne garde. El parut à la cour, comme partout ailleurs, avec cette liberté et cette assurance que donnent l'innocence et la sainteté. Quand on le présenta au prince, il l'aborda d’un air si ferme et si noble, que Théodoric en fut saisi d'admiration ;et poussé parun mouvement comme irrésistible, il se leva, se découvrit avec un empressement et une honnêteté qui tenoient du respect. Puis il lui demanda s’il étoit fatigué du chemin ; et sans lui dire un mot des accusations intentées contre lui, il s’informa seulement de l'état où il avoit laissé son église et son peuple. Il paroissoit plus erabarrassé que le saint, ne cherchoit dans la

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DE L'ÉGLISE. (An 511.) 7 conversation qu'à écarter l'idée des soupçons injurieux qu'on lui avoit inspirés ; et quand l’évêque fut sorti : Dieu punisse, dit le roi à ses co"trtisans, ceux qui ont fait faire ce pénible voyage à un si saint homme : j'ai tremblé à son aspect, et j'ai cru voir un ange descendu du ciel. Il lui envoya un grand bassin d'argent qui pesoit soixante livres, trois cents sous d’or, et chargea les porteurs de lui dire : Le roi votre fils vous prie de recevoir ce vase, et de vous en servir pour l'amour de lui. Le saint évêque, qui n'usoit d'autre argenterie que de quelques couverts, fit vendre le bassin, en employa le prix au soulagement des pauvres et à la rédemption des captifs. On vint le dire au roi, et l’on ajouta qu'il y avoit tant de pauvres à la porte du saint qu'on avoit peine à entrer. Le roi en fut si édifié et s'en exprima d'une manière si touchante, que faisant passer ses sentiments dans les cœurs des grands qui l’entendoient, tous s’empressèrent à l'envi de fournir aux pieuses libéralités du saint pasteur. Par ce moyen il se vit en état de délivrer une infinité de captifs, particulièrement entre les Provençaux, auxquels il fournit encore de quoi retourner chez eux1.

Les miracles suivirent les aumônes. Un jeune homme bien né, qui pour faire subsister sa mère s’étoit mis aux gages du préfet du prétoire, tomba malade, et mourut en peu de temps. La mère, réduite à une espèce de désespoir, vint trouver saint Césaire, et l'engagea, presque malgré lui, à se transporter auprès du mort, et à demander au Seigneur qu'il lui rendit la vie. Il y alla secrètement, fit sa prière avec cette confiance qui présage et obtient les miracles; puis se retira, en laissant Messien son secrétaire, avec ordre de l’avertir de ce qui se passeroit. Au bout d'une heure, le jeune homme ouvrant les yeux, dit à sa mère d’une voix forte : allez au plus tôt remercier le serviteur de Dieu, dont les prières me rendent la vie2.

La nouvelle de ce prodige se répandit non-seulement dans Ravenne où il s'étoit opéré, et dans toute la province, mais jusqu’à Rome, où, sans s’y être encore montré, Césaire également chéri des ecclésiastiques et des gens du monde, du peu-

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A8 (AN 513.) HISTOIRE ple et des grands, fut invité par tous les ordres de Ja république à les honorer de sa présence.

Il y avoit d'importantes affaires, le différend de son église avec celle de Vienne, élevé depuis si long-temps et déjà jugé par le saint Siége, subsistant toujours. Après avoir entendu les raisons du saint évêque, le pape Symmaque confirma le jugement de saint Léon, qu'il eut soin de rappeler. 11 ordonna que, suivant les anciens réglements, l’évêque de Vienne n'auroit de juridiction que sur les églises de Valence, de Tarantaise, de Genève, de Grenoble, et que l’évêque d'Arles seroit maintenu dans la possession des droits qu'il exerçoit sur les autres villes de la même province : il lui accorda aussi l’usage du pallium, permit aux diacres de son église de porter la dalmatique, comme ceux de Rome. Tous les Romains, à l'exemple du souverain pontife, le comblèrent d’honneurs et de présents. Les largesses dont on lui voyoit faire un si saint usage, furent si prodigieuses, qu'après les sommes immenses qu'il employa, suivant son goût dominant, à racheter des captifs, il rapporta huit mille sous d’or pour les pauvres de la Gaule. Tel fut l’ascendant de la sainteté de Césaire, et l'issue glorieuse d’un voyage commencé en criminel d'état.

De retour en Provence, l'éclat des faveurs qu’il venoit d'obtenir lui attira des contradictions. L'évêque d'Aix, fier du lustre qu’acquéroit de jour en jour la ville dont il étoit le pasteur, en des temps où l’on étoit accoutumé à régler le rang ecclésiastique des cités sur le rang civil, refusa de prendre l'ordre de Césaire pour se rendre aux conciles et aux ordinations. Le saint archevêque en écrivit à Rome, et le souverain pontife lui répondit, que sans donner atteinte aux priviléges des autres églises, il le chargeoit de veiller à toutes les affaires qui s’élèveroient en matière de religion dans les provinces de la Gaule et de l'Espagne; que ce seroit à lui de convoquer les conciles dans le besoin , et d’en référer au saint Siége ; que tout ecclésiastique seroit même obligé, dans l’étendue de ces régions, de prendre l’attache de l’évêque d'Arles. On voit par-là que le pape l’établissoit, avec la plus grande étendue de privilèges, eon vicaire en Gaule et en Espagne.

La plainte de saint Césaire fut portée à Rome par son secré-

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DE L'ÉGLISE. (AN 514) 319 taire Messien, et par l'abbé Gilles, qu'on croit être le célèbre saint Gilles, dont la mémoire est honorée le premier de septembre. On ne sauroit faire fond sur les actes de la vie de ce saint solitaire, qui fourmillent des plus grossiers anachronismes; maïs il est probable qu'il étoit originaire de Grèce, d'où étant passé dans les Gaules , il s’attacha à saint Césaire , et se retira ensuite vers les extrémités du diocèse de Nîmes, dans un antre de la vallée Flavienne, qui paroît avoir pris ce nom de la famille Flavienne, c’est-à-dire, de la maison royale des Goths, comme faisant partie du domaine spéciale de ces princes, C'est aussi par un de ces princes, et vraisemblablement par Amalaric, roi des Visigoths, que saint Gilles fut découvert de la manière merveilleuse dont on le raconte. On a bâti un monastère en ce lieu , et il s’y est formé une ville qui prit ensuite le nom du saint , aussi-bien qu'une partie du Languedoc appelée autrefois la province de Saint-Gilles : ce qui fait concevoir à quel dégré de célébrité parvint la sainteté de ce merveilleux solitaire.

Saint Césaire obtint encore du pape la condamnation de plusieurs abus qui avoient cours dans les Gaules, et dont le plus considérable paroît avoir été l’aliénation des fonds de l'Eglise. Par un rescrit ou une décrétale du 6 novembre 513, Symiuaque défend d’aliéner ces biens, si ce n’est en faveur des monastères, c'es hospices de pélerins , de clercs qui auront bien mérité de l'Eglise; et dans ce cas même, les biens doivent retourner à l'Eglise après la mort de ceux à qui on les aura cédés. On voit encore ici l'origine des bénéfices ecclésiastiques , avec les conditions requises pour les obtenir L'une des plus essentielles, et que le pape a soin d'exprimer formellement , c’est de ne point aspirer au sacerdoce, en vue de ces récompenses.

Dès l'année précédente, tous les évêques d'Orient, gémissant de se voir séparés de la communion de Rome, écrivirent une lettre célèbre au pape Symmaque pour le supplier de les réunir à son Siége apostolique. « Quant à vous, lui disoient-ils, Père plein de tendresse envers vos enfants, en nous voyant, non pas en vision mais en réalité , périr par la prévarication de notre père Acace, ne tardez pas , mais hâtez-vous de venir

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à notre secours ; car il vous a été donné la puissance, non-seu- Jement de lier, mais encore à l'exemple du Maître, de délier ceux qui sont depuis long-temps dans les fers : non-seulement d’arracher , de renverser, mais encore de planter et d'édilier , comme Jérémie, ou plutôt comme Jésus-Christ dont Jérémie étoit la figure : non-seulement de livrer à Satan pour la perte de la chair, mais encore de ranimer par la charité ceux qui sont rejetés depuis long-temps; de peur, ce qu'à Dieu ne plaise, que Satan, venant à nous plonger dans un excès de tristesse, ne paroisse remporter la victoire sur vous. Vous n'ignorez pas sa malice, vous que Pierre, votre docteur sacré, enseigne tous Îles jours à paître, non par la violence, mais par une autorité qu'elles aiment à prévenir, les brebis de Jésus- Christ, qui vous sont confiées par tout le monde habitable. Nous vous conjurons donc de déchirer ce nouvel arrêt qui pèse sur nous, comme notre Sauveur Jésus-Christ a déchiré l'ancien sur la croix. Tous tant que nous sommes, nous attendons après Dieu la lumière de votre visite et de votre assistance, hâtez vous donc de secourir l'Orient d'où le Sauveur vous a fait sortir deux grands astres, Pierre et Paul, pour éclairer toute la terre. Rendez-lui ce que vous en avezreçu, éclairez-le de la lumière de la vraie foi, comme il vous a éclairé dans le temps de la connoissance de Dieu. Lorsque l'univers, par le crime d’un seul, périssoit dans l’iniquité, lessaints prophètes, pour le guérir, appeloient le souverain Médecin prince des pasteurs. De même, nous aujourd’hui frappés d’une nouvelle plaie par la prévarication d’un autre père, nous élevons nos cris vers votre Béatitude, afin qu’à l'exemple du Fils de Dieu, vous veniez à notre aide, vous rappelant, très-saint Père, ce qui a été dit que ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin , mais ceux qui sont malades. Si le mal n'étoit que médiocre, nous nous empresserions sans doute d'aller nousmêmes trouver notre médecin spirituel, et là honorer les souffrances des glorieux apôtres, vos docteurs, adorer vos pieds sacrés, et recevoir de la bouche même de votre Sainteté le remède de notre prévarication, la délivrance de nos liens, le pardon de notre faute. Mais comme depuis la plante des pieds jusqu'au sommet dela tête, tout n’est qu'une plaie, c'est à vous,

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