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DE LEGLISE. (ax 314) ai Médecin charitable, de voler vous-même à notre secours, pour guérir les membres défaillants du corps de l'Eglise , ranimer la main qui n’a plus de force, raffermir les genoux qui fléchissent et redresser nos pieds dans les sentiers de la vérité ; de peur que ce qui est boiteux ne se rompe tout-à-fait, mais qu’au contraire tout se répare par votre zèle et vos soins. Car si votre prédécesseur , le saint archevêque Léon, n'a pas cru indigne de lui de courir au devant du farouche et barbare Attila pour arracher à la captivité corporelle non-seulement
‘les chrétiens mais encore les juifs et les païens, combien plus votre Sainteté ne s'empressera-t-elle pas d’arracher à une captivité beaucoup plus funeste tant d'âmes qui déjà y gémissent où y tombenttous les jours, et de nous montrer d'une manière plus expresse la voie droite de la vraie foi, entre les deux voies trompeuses et diaboliques d'Eutychès et de Nestorius. »
C'est ainsi que, même après deux conciles œcuméniques à cesujet, toute l'église d'Orient supplioit le pape de lui indiquer la voie droite, et reconnoissant solennellement qu'après Dieu son unique salut étoit le chef de l'Eglise universelle. Mais, malgré de si bonnes dispositions, la réunion publique ne put avoir lieu et la division subsista encore quelque temps, parce que l'eutychien Anastase prétendoit, comme autrefois l’arien Constanee, que lui empereur, avec son conseil d'état, devoit être le régulateur suprême de la foi et de la conscience de ses peuples, En conséquence de ses prétentions il continua de persécuter, déposer, emprisonner, exiler les évêques selon qu'il les connoissoit plus ou moins disposés à s’unir au chef de l'Eglise. S'il suspendit par intervalle le cours de la persécution, ces moments furent très-courts ; et il ne s'arrêta jamais que par la crainte de voir les soulèvements se multiplier dans les provinces; car les fidèles, bien que retenus par la charité des pasteurs , ne souffroient qu'avec peine de se trouver contraints et violentés dans l'exercice du droit le plus libre et le plus sacré, celui de la religion, dont l’enseignement n’appartient pas aux princes de la terre.
Le pape Symmaque mourut le 9 juillet de l’année 514, après un pontificat de quinze ans et près de huit mois. On äit qu il srdonus le premier de chanter le Gloria in excelsis, Îles
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322 (an 514) HISTOIRE
dimanches et les fêtes des martyrs. Il fit de grandes largesses aux éplises , et mit dans plusieurs des ciboires ou tabernactes d'argent du poids de six-vingt livres chacun, ct dont le travail répondoit à la richesse de la matière, On vante surtout l’un de ces chefs-d'œuvre, où l'on admiroit les figures du Sauveur et des douze apôtres. Le saint Siégc ne vaqua que sept jours, an bout desquels on élut le diacre Hormisdas , natif de Campanie et qui occupa neuf ans la chaire de saint Pierre.
Ce fut à lui que recourut l'empereur Anastase , pour apaiser des mouvements séditieux causés par sa propre impiété et ses vexations sacriléges. Aucune démarche ne lui coûtoit quand il s’agissoit de se tirer des mauvais pas où l'engageoit souvent sa fausse politique, et plus encore ses travers en fait de religion. Il savoit, dans ces conjonctures, faire toutes sortes de personnages, sc plier aux souplesses les plus basses, endurer les affronts et dissimuler jusqu'à ce qu’il trouvât un moment plus favorable pour satisfaire sa vengeance. Ainsi parut-il ne pas entendre les injures dont le chargèrent publiquement les habitants de Constantinople, quaudils apprirent le dessein qu'il avoit conçu de leur ôter leur patriarche Macédonius, zélé défenseur du concile de Chalcédoine. Attachés sur toutes choses à la saine doctrine, ils traitèrent l'empereur de manichéen , et parcoururent en troupe les rues de la ville, en criant : Voici, chrétiens , le temps de la persécution ; n’abandonnez pas votre saint pasteur au tyran. L’empureur laissa évaporer cette première chaleur; et quelques jours après, il fit enlever et transporter le patriarche en Paphlagonie. On voulut lui trouver des
crimes, et deux témoins subornés l'accusèrent d'un péché honteux 1, Mais le patriarche ayant été reconnu pour eunuqne, l'accusation ne couvrit de honte queses calomniateurs , et l'on ne put attribuer les mauvais traitements que la tyrannie lui fit endurer, qu'à son éloignement des nouveautés héréliques qu'elle protégeoit.
On éleva sur le siege de Constantinople le prêtre Timothée, qui n'avoit rien de recommandable auprès d'Anastase que son attachement à l’hérésie, ]1 étoit si décrié par son inconti-
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DE L'EGLISE. (An 514.) 323 nence, quela populace lui donnoit publiquement les surnoms les plus flétrissantst, Il affectoit néanmoins un réspect extraordinaire pour le concile de Nicée, et il le fit réciter publiquement chaque dimanche , au lieu qu'on ne le disoit avant Jui qu’une fois l'an, le jour du vendredi-saint, Dans le fond de son âme, il étoit d'une indifférence parfaite sur les points même de Ja religion qu'on lui voyoit soutenir avec le plus d'ardeur, s’accommodoit à tous les temps et à toutes les conjonctures, et n’avoit d'autre principe de conduite, que la diversité des affaires ou des intérêts qui piquoient sa cupidité ou sa légèroté.
L'abbé des acémètes étant mort, il se transporta au monastère pour en instituér un autre. Le sujet destiné à cette place étoit fort attaché à la saine doctrine, et refusa d’être béni par un évêque qui n'admettoit pas le concile de Chalcédoine. Timothée feignit de l’accepter, dit sans façon anathème à quiconque lerejetoit, et on lui laissa faire la cérémonie. Cette nouvelle fut bientôt portée à l'empereur, qui envoya chercher Timothée, pour lui reprocher son inconstance ou son imposture. Timothée nia le fait avec impudence, sans paroître délibérer, sans aucun air d'embarras ni d'inquiétude, etsur-lechampil se mit à dire anathème à ceux qui recevoient le concile de Chalcédoine.
Toutefois ce même homme, qui se jouoit ainsi de la foi et des conciles, ne voulut point rentrer dans l'église qu'on lui confioit avant qu'on n'en eût Ôté les portraits de son prédécesseur, sous le prétexte calomnieux que Macédonius étoit l'ennemi du concile de Nicée. Mais il mit dans les dyptiques le nom de Jean Nicaïoté, nouveau patriarche d'Alexandrie, ét déclaré ouvertement pour le schisme, puis lui envoya ses lettres synodiques. Il les envoya aussi à Flavien d’Antioche et à Elie de Jérusalem. C'étoient des prélats assez bien disposés, mais qui, par prévention ou par foiblesse, firent beaucoup de fautes, qu'ils expièrent sans doute dans l'exil qu’ils souffrirent ensuite pour la foi, puisque leur mémoire, aussi-bien que celle de Macédonius, a toujours élé en vénération dans l'Eglise de-
8 Niceph, EL, xvt, c, 26; Theod, L ct, p. 565; Theoph, p. 133,
324 (An 514.) HISTOIRÉ puis leur mort. Ils recurent les lettres de Timothée ; mai toutes les instances de l'empereur ne les purent engager à approuver la déposition de Macédonius.
Le prince en conçut un violent dépit, et le patriarche de Jérusalem, voyant la persécution prête à éclater sur lui comme sur toute l'Eglise, envoya à Constantinople les abbés de la Palestine en corps, saint Sabas à la tête. Comme l’empereur marquoit beaucoup d'affection pour les moines, on crut qu'une pareille légation seroit plus propre qu'aucune autre à contrebalancer les efforts des hérétiques du Levant, qui inondoient la cour et la capitale. Le danger ne pouvoit être plus pressant, l'empereur faisant déjà assembler à Sidon un concile des évêques de la Syrie et de la Palestine, les plus opposés au concile de Chalcédoine. C'est pourquoi la troupe des pénitents et des solitaires députés fit une extrême diligence; elle ne tarda point à arriver. Il ne lui avoit point fallu de longs et dispendieux préparatifs, et les incommodités de la route ne l'arrètèrent pas davantage,
Aussitôt qu'ils sc présentèrent au palais , on les fit tous en- -trer, excepté saint Sabas, à qui les gardes refusèrent la porte, à cause de son habillement extraordinairement négligé. Cependant on remit au prince la lettre du patriarche Elie, qui commençoit en cette sorte : Nous députons vers vous, pour le bien de nos églises, l'élite de nos solitaires, et à leur tête, le grand Sabas, la gloire de nos monastères, L'empereur demanda où étoit ce saint chef: les autres abbés, qui ne s'étoient point aperçus qu'on l'empéchât de les suivre, regardoient de tout côté, en le cherchant des yeux, Les officiers de Ja cour se répandirent hors du palais pour le découvrir, et on le trouva enfin dans un endroit écarté, où il chantoit fort tranquillement des psaumes. On le fit entrer avec empressement. L'empereur se leva par respect, dès qu'il l’aperçut, puis le fit asseoir avec tous les autres 1, On remarqua que la présence de Sabas donnoit au prince un air plus doux et plus humain. Il dit avecbonté, que chacun eût à lui proposer sans crainte ce qu'il lui plairoit.
d Vit. S. Seb. p. 198 et seq .
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DE L'EGLISE. (An 514.) 325 Si l’on connoissoit moins l'étrange FE mg que fait toujours l'appareil de la majesté ou l'appât de la fâveur, on seroit fort étonné, que pres tant d'hommes détachés par état des choses terrestres, la plupart aient paru d’abord oublier les intérèts spirituels de l'Eglise. Entre tous ces abbés, l'un ne pensa qu’à demander un champ voisin de son monastère ; l’outre, quelque décoration pour son Eglise ou des fonds pour la rétablir, sans. faire mention de l'objet capital et délicat pour lequel ils étoient venus de si loin.
ÂAnastase soutenant ses démonstrations de bienveillance, souscrivit aux vœux de tout le monde: et se tournant vers Sabas qui n'avoit encore rien demandé : Vénérable vicillard, lui dit-il, pourquoi donc avez-vous entrepris un si long voyage, puisque vous ne sollicitez aucune grâce P Sabas répondit: Après avoir eu. le bonheur de rendre mes hommages à mon souverain, si j'ai quelque chose à désirer, tandis que je suis encore au.monde, c'est qu'il rende la paix à l'Eglise, plutôt que d'accabler du poids de sa colère la ville sainte avec son. pasteur. Le prince n'admira pas moins sa liberté que son désintéressement, et lui fit d'abord donner mille sous d’or pour les, monastères qui lui étoient soumis, puis renvoyant les autres abbés en Palestine, il retint Sabas à Constantinople, sous prétexte que son grand âge l'empêchoit de repartir pendant les rigueurs de l'hiver, ordonnant qu'il eût ses entrées libres au palais, et jusque dans l'appartement impérial.
Un. jour qu'il s'entretenoit familièrement avec lui : Votre évêque, lui dit-il, ne se contente pas desoutenir le concile de Chalcédoine qui autorise les impiétés nestoriennes , mais il a séduit Flavien d'Antioche, et il empêche lui seul que la mauvaise doctrine ne soit généralement anathématisée par le concile qui se ticnt à Sidon, Il croit nous en avoir: imposé par une condamnation vague de toute hérésie : mais nous ne voyons que trop qu'il persiste dans les sentiments qui l'ont empêché de consentir SA déposition d'Euphémius et de Macédonius, tous deux infectés du nestorianisme, Afin que les saints lieux ne soient pas profanés plus long-temps pas. ce: impiétés , nous. prétendons y établir un pasteur distingué pac la pureté de sa foi,
326 (An 514.) HISTOIRE
Seigneur, répondit Sxbas, tenez paur certain que notre archevêque a une horreur sincère de toute hérésie ; que fidéle à des maîtres fameux par le don des miracles, et gnidé par les plus pures lumières du désert, il n'abhorre pas moins la division faite de Jésus-Christ par Nestorius, que la confusion enseignée par Eutychès. Nous vous conjurons de ne pas plonger dans le trouble et la désolaiion la sainte cité de Jérusalem ; de ne point flétrir le sacerdoce de la loi nouvelle dans la nersonne d'Elie, dans le digne imitateur de Cyrille. Entre deux hérésies pernicieuses, il se tient à une égale distance de l’une et de l’autre, et suit invariablement le vrai chemin de la foi. Anastase, touché de la fermeté et de la simplicité du saint vieillard, dit avec admiration : Les auteurs sacrés ont bien eu raison de dire que celui qui marche avec simplicité, marche avec confiance, Priez pour moi, mon père, et n'ayez point d'inquiétude ; je veux que vous retourniez avec un plein contentement. En votre considération , je n’ordonnerai rien contre votre archevêque. Ainsi le patriarche Elie fut-il maintenu pour lors dans son siége; mais Flavien fut chassé d'Antioche,
Le saint, après avoir quitté l'empereur, passa chez l'impératrice Ariane, qu’il exhorta à soutenir la religion de l’empereur Léon,sun père. Elle lui répondit en gémissant : Que ce conseil est digne de vous, saint vieillard! mais qu'on est loin d'écouter la triste fille de Léon! Après que ce saint homme eut servi l'Eglise autant qu’il le pouvoit , le séjour de la cour lui devint ennuyeux. En attendant le temps de son départ, il se retira dans un faubourg, loin de tout tumulte. Là il fut visité de tout ce qu'il y avoit de personnes considérables et bien disposées pour la saine doctrine, dans laquelle il les instruisit et les affermit de plus en plus.
Il voulut encore obtenir une diminution de tribut aux citoyens de Jérusalem , et demanda pour eux la remise de quelques arrérages qui montoient à cent livres d'or, Anastase donna ses ordres pour que le saint vieillard fût encore satisfait en ce point. Mais un certain Marin arrêta cette grâce, en disant que les nestoriens et les juifs qui remplissoient Jérusalem étoient indignes d'une pareille faveur. Marin, reprit Sabas d'un air inspiré, cessez de vous opposer à la bienfai-
c notre e fidèle par les la diviion enplonger em ; de ersonne x hérél’une et i. Anaeillard, ison de ec coniétude ; ent. En archeors dans
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reprit enfai-
VE L'ÉGEISE. (AN 514.) 327 sanre de l’empereur, autrement votre maison sera brûlée, votre famille dépouillée de ses biens, et l'empire même exposé à sa ruine. Après eette menace, le saint demanda et obtint son congé de l’empereur, quilui donna de sa prepre main mille pièces d'or pour de bonnes œuvres, sans néanmoins confirmer la remise du tribut. Sabas s’embarqua au mois de mai;et quelques mois après, une sédition s'étant élevée à Constantinople, la maison de Marin fut brûlée, et la prophétie accomplie avec exactitude dans toutes ses circonstances.
Saint Sabasr étoit le supérieur général des anachorètes de l'église de Jérusalem, comme saint Théodose l'étoit des cénobites. Les évêques avoicnt cru devoir préposer ces illustres chefs sur tous les solitaires de la Palestine, pour remédier à une espèce d'anarchie, et au triste relâchement où ils étoient tombés en donnant dans les nouvelles doctrines, c’est-à-dire, dans le schisme des acéphales. Entre les disciples de Sabas, il y en avoit un nommé Jean, capable lui seul de dédommager son saint maître de la peine que lui causoient une infinité d'autres. Son avancement dans la vertu parut si rapide , qu'au bout de sept ans saint Sabas le voulut élever au sacerdoce. Il le présenta au patriarche Elie, qui sefit un plaisir del’ordonner de sa main, et l'amena, malgré sa résistanee, à l'église du Calvaire. Quand ils y fureut arrivés, Jean dit au patriarche: saint Père, trouvez hon que je vous dise deux mots en particulier , après quoi je me soumettrai avec docilité à votre décision. Le patriarche l'ayant pris à part, Jean commença par se faire promettre le secret le plus inviolable, puis il lui dit: Mon père, j'ai reçu la consécration épiscopale ; mais le sentiment de mon indignité m'a fait fuir bien loin de mon église, etje me suis fixé dans ce désert, en attendant l'heure formidable où doit venir le Fils de l'homme. Le patriarche fort étonné, appela saint Sabas, et lui dit : Jean m'a confié un secret qui m empêche absolument de l'ordonner, Qu'on le laisse à jamais tranquille. Saint Sabas se retira fort afiligé, et répandant son âme devant le Scigneur avec une grande effusiun de larmes, il apprit ce secret par révélation.
4 Vit. S. Sah. n, 40.
328 (An 514) HISTOIRE
C'est cet évêque suiitaire qu'on a nommé pour son humble et inviolable discrétion , saint Jean le Silencieux, Il étoit Arménien, d'une famille illustre, et frère du gouverneur de la province. À l’âge de dix-huit ans, il fonda un monastère à Nicopolis, lieu de sa naissance; mais il fut arraché de sa solitude par les habitants de Colonie, qui le firent ordonner évèque. Il les gouverna pendant quelque temps, sans rien quitter des observances monastiques, Enfin il conçut le dessein de s'affranchir de toute sollicitude, et dans un voyage, ayant écarté sous divers prétextes les clercs qui l’accompagnoient, il s’embarqua secrètement pour Jérusalem , d’où il se rendit à la laure de saint Sabas, Depuis qu'il fut reconnu, il vécut encore plus retiré qu'auparavant, et demeura toujours seul dans sa cellule, d’où il ne sortit qu’une fois en quatre ans, pour venir féliciter le patriarche Elie, quand il vit enfin sa foi triompher de toutes les épreuves et de toutes les tribulations, que le saint regardait comme autant de glorieuses faveurs.
Cependant Tiriothée de Constantinople ne gardoit plus aucune mesure. Il fut assez audacieux pour entreprendre de faire anathématiser par tout son peuple, le concile de Chalcédoine. L'entreprise étoit de la dernière imprudence, dans une capitale si ardente pour la saine doctrine. On s’arma pour résister à la persécution, et la sédition s'échauffa au point de massacrer plusieurs schismatiques distingués, et de brûler leurs maisons, Le peuple attroupé campa sur la grande place, où il fit apporter les clefs de la ville et les étendards militaires. On brisa les images et les statues d'Anastase, en criant qu'il falloit faire un autre empereur, et déjà l’on nommoit, pour le remplacer, Vitalien, maître de la milice. Cet officier, e:cité par les catholiques de la Thrace et de la Mésie, se trouvoit aux portes de Constantinople avec une armée formidable composée de Huns, de Bulgares et de quelques troupes romaines, Anastase, qui n’avoit pas des forces égales à lui opposer, qui d'ailleurs savait mieux faire la guerre aux prêtres et aux évêques qu'à des gens armés et pleins d'audace, commença par se cacher dans le faubourg de Blaquerne,
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DE L'ÉGLISE. (An 515.) ” 329 Alors l’impératrice Ariane osa lui parler pour la foi, et lui fit des reproches sur les maux continuels qu’il faisoit aux catholiques.
Il perdit tout courage et toute idée de dignité, tenta d'exciter la pitié, et vint sans couronne à la place de l'Hippodrome, Là, prenant un ton soumis et le plus rampant, il dit au peuple assemblé, qu'il étoit prêt à quitter l'empire, qu’au moins il ne le vouloit tenir que de leur bienveillance, et leur fit les plus imposantes promesses, qu’il confirma par des serments. L'artifice lui réussit. Le peuple attendri le pria de re-. prendre la couronne, et avec beaucoup plus de sincérité que le persécuteur, il promit de rentrer dans le devoir : chacun retoui na aussitôt chez soi, et la sédition se calma après que le peuple se fût tenu trois jours attroupé dans la place. Il ne s’agissois plus que d'éloigner Vitalien, qui parott n'avoir prétendu servir que la religion, et à qui la seule ignorance la faisoit défendre les armes à la main. Anastase lui fit aussi de magnifiques promesses, et protesta surtout qu'il alloit rétablir dans leurs siéges Macédonius de Constantinople et Flavien d’Antioche ; après quoi il lui fit délivrer de l'argent pour contenter les troupes qui l’avoient suivi. Vitalien parut satisfait du côté de l'empire, et n'eut plus d’autre soin que de supplier le souverain pontife de mettre la dernière main à la pacification des églises de l'Orient.
Anastase écrivit lui-même et envoya des ambassadeurs à Rome, aucune démarche ne lui coûtant pour sortir d’un si mauvais pas. Il pria Hormisdas de se rendre le modérateur des esprits échautfés, lui proposa d’assembler un concile général à Héraclée, cette année-là même, et le pria de s’y trouver en personne, Le pape renvoya vers l'empereur avec un notaire, quatre légats, dont le premier étoit Ennodius, évêque de Pavie, fameux par ses écrits. Il les munit d'une instruction fort circonstanciée : pièce la plus ancieane qui nous reste en ce genre, et qui marque l'esprit vraiment apostolique , ainsi que la prévoyance ou la pénétration admirable de ce pontife, I] y semble avoir déjà entendu l'empereur; tant sont justes et précises les répliques suggérées d'avance contre les abjections et es défaites de ce prince artificieux !
330 (AN 515.) HISTOIRE Comme les légats avoient aussi des lettres pour Vitalien., ils étoient chargés d'en prévenir l'empereur, moins pour ménager sa bienveillance dans l'état de foiblesse où il étoit réduit , que pour justifier la doctrine de l'Eglise sur les vrais principes de la soumission aux puissances établies de Dieu. Vous direz à l'empereur, portoit l'instruction des légats : Nous avons aussi des lettres du pape pour votre serviteur Vitalien , qui lui avoit envoyé des députés avee votre permission , à ce qu’il éerivoit alors; mais le pontife a ordonné que ces lettres ne fussent remises que de votre consentement. Afin que vous connoissiez encore mieux la drsiture de nos procédés , nous serons charmés que vous envoyiez avec nous quelques personnes de con fiance, en présence desqueïies on fasse la lecture de ces lettres. Soyez cependant assuré que nous ne sommes chargés d'aucun ordre qui ne concerne uniquement la cause de Dieu. Notre très-saint pape, conformant sa conduite à toute la simplicité de l'Evangile, n'a rien autre chose en vue que de purger l'Eglise du venin de l’hérésie, et de ne pas laisser altérer la doctrine recue des Pères.
L'instruction pontificale prescrivoit encore aux légats de ne as se déclarer sur le compte de Timothée, patriarche intrus de Constantinople; mais de répondre à cet égard, qu'avant de traiter de ces incidents particuliers , il falloit régler les affaires générales de l'épiscopat , et rétablir la communion catholique. Toutefois ils devoient bien se donner garde d’enfreindre les canons par rapport à la communication avec les schismatiques. Il leur étoit même secrètement enjoint d’'obliger les évêques qui voudroient rentrer dans le sein de l'unité, à déclarer publiquement dans l’église, non-seulement qu'ils recevoient le concile de Chalcédoine et le lettre de saint Léon, mais qu'ils anathématisoient, outre Eutychès et Nestorius, les fauteurs de l’un et de l’autre, spécialement Acace de Constantinople. L’opiniâtreté de l'empereur et des évêques d'Orient à ménager la mémoire de ce coupable patriarche , ne put jamais engager Symmaque, et bien des papes après lui, à rien relâcher sur cet article de la sévérité des canons.
Outre qu'on ne gagne rien avec les sectaires , par une dangereuse condescendance, ces sages et saints pontifes ne fai-
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DE L'ÉGLISE. (AN 515.) J31 soient pas comparaison entre la réputation mal acquise d'un méchant pasteur, et le salut éternel de tout le troupeau, Il est souvent impossible de conserver le sacré dépôt, si l'on ne proscrit nommément les enseignements des faux docteurs qui l'altérent, Si l'on veut que les ouailles évitent les pâturages empoisonné , il faut bien les Jeur faire connoître. Ge seroit annoncer des dispositions très-suspectes, que de blâmer une méthode accréditée par l'usage de l'antiquité la plus respectable et de tous les siècles,
La fourberie de l'empereur Anastase fut elle-même découverte par cet expédient. 11 déclara bien qu'il condamnoit les erreurs attribuées à Eutychès; il alla jusqu’à recevoir le concile de Chalcédoine ; mais sur le chapitre des .ectateurs de cet hérésiarque , et d'Acace en particulier, il vit qu'en s’expliquant avec cette clarté, il ne restoit plus à la secte aucun fauxfuyant. Continuant toutefois à dissimuler , il répondit au pontife, qu'il étoit dur de chasser de l'Eglise les vivants, à cause de leur respect pour les morts; que d’ailleurs on ne le pourroit faire sans beaucoup de tumulte, sans s'exposer même à une grande effusion de sang. Il se rejeta ensuite sur son projet de célébrer un concile, où toutes ces affaires, disoit-il, se régleroient beaucoup mieux.
Après cela, il ne fit plus que traîner en longueur, pour laisser dissiper le reste de l'orage, dont la crainte l’avoit engagé en tant de déinarches humiliantes. Il envoya cependant encore de loin en loin des agents à Rome, afin d'entretenir quelque sorte de correspondance avec le pape et les Occidentaux, et se ménager une ressource en. cas de besoin. Mais il procédoit d'une manière si fausse et si visiblement illusoire, qu'il congédia , sans avoir rien fait, environ deux cents évêques venus pour le concile qu'il avoit convoqué à Héraclée. Comme le sénat et le peuple lui reprochoient son parjure , il ne rougit pas de répondre, qu’il n’en étoit pas des particuliers comme de l’empereur, qui est autorisé par les besoins de l’état à wnentir et à se parjurer. Ainsi il les confirma dans l’idée qu'ils avoient déjà conçue de lui, comme d’un scélérat infecté des maximes damnables de Manès.
1 manqua de même à la promesse faite à saint Sabas pour le
332 (AN 515.) HISTOIRE patriarche de Jérusalem'. Flavien avoit d'abord été chassé d'Antioche, et l’on avoit mis en sa place le moine Sévére, eutychien si déterminé qu'il ne recevoit pas même l'Hénotique de Zénon : génie brouillon d’ailleurs, d'une inquiétude et d’une inconstance qu’il avoit portée de tout côté, sans pouvoir sc fixer nulle part. D'abord méchant avocat à Béryte, ouis frère dyscole et dogmatiseur turbulent dans un monastère e Palestine, d’où il se fit chasser; de là réfugié chez des moines aussi vicieux que lui, il avoit été envoyé à Constantinople pour défendre leur cause, et y avoit gagné les bonnes grâces de l’empereur Anastase, à qui il étoit digne de plaire par la conformité des mêmes vices et des mêmes ridicules. Elie de Jérusalem refusa eourageusement la communion d’un pareil évêque ; et l'empereur, oubliant tout ce qu'il avoit promis à saint Sabas, bannit Elie, et lui substitua Jean, fils de Marcien, qui promettoit d'y embrasser la eommunion de Sévère. : e
Dans un revers si aceablant, saint Sabas et les autres Pères du désert ne perdirent point espérance; ils vinrent trouver Jean, plus capable d'une foiblesse que d'une noirceur, lu offrirent de s'attacher sincèrement à lui et de le soutenir de tout leur pouvoir, s’il vouloit professer la foi de Chalcédoine qu'il avoit dans le cœur, et refuser la communion d’un parti qu'il regardoit comme hérétique 2. C'étoit une maxime assez généralement reçue dans ces temps de trouble, qu’on pouvoit reconnoître au moins par dnterim les évêques substitués aux véritables titulaires , pourvu qu'ils eussent d’ailleurs les qualités convenables. On jugeoit que l'intérêt du troupeau deveit l'emporter sur celui du pasteur; et rien en effet n’étoit plus nuisible à une église, dans ces tristes conjonctures, que la privation de tout chef légitime. Jean se laissa persuader, et s’abandonna sans réserve à la direction de ces exc2llents guides.
On peut juger quel fut le dépit de l’empereur. Un courtisan, nommé Anastase comme ce prince, crut ne pouvoir mieux lui faire sa cour, qu’en contraignant le nouvel évêque. à changer une seconde fois, et à rentrer dans la communion