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346 (an 522.) HISTOIRE logent point à part, ils auront avec eux un de leurs confrères our témoin de leur vie. Par le septième canon , ceux qui sont ordonnés dans le célibat, ne doivent point avoir de femmes pour conduire leur ménage, si ce n’est leur mère ou leur sœur. (\: f:it mention de quelques autres conciles tenus en Espague ‘er: le même temps; mais on n’y trouve rien de remarquabie, sinon que ces provinces avoient dès-lors des monastères gouvernés par des abbés. Le plus ancien que nous connoissions est celui d'Asane, fondé en Ibérie ou en Aragon, par saint Victorien , natif de ce royaume.
Les dons d’en-'sut se répandoient de jour en jour avec plus d’abondance sur les nations barbares les plus inconnues. Depuis assez long-temps, les Ibériens de l'Asie, qui habitoient entre le Pont-Euxin et la mer Caspienne, avoient été éclairés des lumières de la foi. Les habitants de l’ancienne Colchide, nommés Lazes, instruils sans doute par ces voisins, les voulurent imiter. Zamnaxe leur roi étant mort, Zathe, son fils et son héritier , au lieu de demander l'investiture au roi de Perse, suivant la coutume, vint à Constantinople pour l'obtenir de Justin 1. Il savoit qu'en Perse on ne le couronneroit qu'après avoir sacrifié et pratiqué les autres exer:ces de la rchigion païenne, qu'il étoit résolu d’abjurer. L'empereur l'accuei:: honorablement, le fit baptiser, l'adopta pour son fils, et lui donna une femme de la première noblesse de l'empire ; enfin, il l'institua roi des Lazes, en lui mettant sur la tête une couronne à la romaine. Le Persan ne manqua pas de se plaindre de cette entreprise, faite sur un état de sa dépendance, malgré la paix et l'amitié qui régnoient entre les deux nations2. Mais l'empire étant en état de se faire respecter, il n’y eut rien de plus que des plaintes. Justin répondit sans détour, qu'il avoit cru devsir en user de la sorte: à l'égard d'un prince verfueux, qui vouloit avec raison renonce? aux superstitions du paganisme.
Il y avoit auss beaucoup de chrétiens parmi ces Arabes, que les Grecs n nent Homérites, et que l'on croit avoir été gouvernés par la reine de Saba du temps de Salomon3. Mais
1 Agath. EL tt, p. 55. — à Proc. 1 Pers. c. 12. — 3 Boll. 24. Oct. Niveph, À avi, ec. 6,
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DE L ÉGLISE. (AN 522.) 347 ils. étoient alors sous la puissance d'un juif, nommé Josepl Dunaan, grand enneni du nom de Jésus-Christ. On l'appeloit aussi le Fossoyeur, parce qu'il faisoit précipiter tous ceux qui ne vouloient pas se faire juifs, dans des fosses proïondes, où il j avoit de grands feux allumés. L'an 522, Dunaan vint mettre le siége devant la ville de Nagran, qui étoit toute chrétienne, et commença par faire passer au fil de l'épée tout ce qu'il trouva de fidèles dans le voisinage. La place se défendit avec une extrême vigueur, et le tyran ne put jamais l'emporter de force ; mais il fit si bien par ses discours artificieux et ses faux serments, qu'on la lui remit. Il tenta aussitôt de pervertir les habitants, et fit d'abord déterrer et brûler le corps de l’évêque Paul, mort deux ans auparavant. Ensuite on fit allumer un immense bûcher, où l’on jeta tous les prêtres, tous les moines et toutes les vierges : spectacle effroyable, mais qui, au lieu de la terreur, inspira l'héroïsme aux âmes les plus foibles ; en sorte qu'il y eut une sainte émulation entre les vierges et les femmes mariées, à qui s'immoleroient les premières pour la gloire de Jésus-Christ. L'Eglise honore ces martyrs tous ensemble le 29 de juillet.
Le gouverneur de Nagran se nommoit Arétas, vieillard encore plus vénérable par sa vertu que par ses années. Le persécuteur se persuada que s’il pouvoit l’engager dans l’apostasie, son exemple entraineroit le reste des citoyens. Il tenta long-temps de le gagner par les offres les plus séduisantes. À la fin, confus de la fermeté et des sages réponses du confesseur , il le fit conduire hors de la ville, au bord d’un torrent, où on Jui coupa la tête. Avec lui souffrirent trois cent quarante de ses concitoyens, entre lesquels on admira surtout une femme qui avoit unfils âgé seulement de cinq ans. Get enfant , voyant qu'on traînoit sa mère à un bûcher allumé pour labrüler vive, courut au tribunal du tyran en demandant grâce. Les pleurs et la figure intéressante de cet enfant touchèrent le persécuteur, qui le prit sur ses genoux, et le voulut amuser par ses caresses. Mais le petit martyr, voyant qu'on jetoit sa mère dans le büûcher, s'échappa des bras du flatteur perfide, et courut de
toutes ses forces se précipiter dans les flammes cn confessant Jésus-Christ.
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Le saint vieillard Arétas, immédiatemeiit avant que de recevoir le coup de la mort, avoit demandé à Dieu que son pays passât au pouvoir d'un prince chrétien. Sa prière, faite avec cet enthousiasme divin et cet air inspiré qui accompagnoit souvent le martyre, fut prise pour une prophétie. En effet, dés l'année suivante , Elesban , roi d'Ethiopie, chrétien fort zélé et vivement animé par l'empereur Justin, attaqua le juif Dunaan par terre et par mer, le prit avec ses principaux officiers, et les fittous mourir. ]1 remédia , autant qu'il put, aux maux de la persécution , bâtit une église en l'honneur de saint Arétas, donna un roi sage et pieux aux Homérites : après quoi, foulant aux pieds tout le faste des conquêtes et de la royauté, il abdiqua la couronne, et se retira dans un lieu écarté , où il finit ses jours dans les exercices de la vie solitaire.
L'église d'Afrique recouvra aussi la paix , après une affreuse persécution de soixante ans ; le roi T'hrasamond ayant terminé par sa mort, arrivée l'an 523, un règne de plus de vingt-sept ans. La rage et le dépit violent qu’il conçut d’une bataille considérable perdue contre une troupe indisciplinée de Maures vagabonds , eut beaucoup de part à sa mort. Quelque temps auparavant, il avoit rappelé saint Fulgence de son exil, non pour faire grâce à cet illustre docteur, mais par une vanité puérile ou une présomption insensée, qui lui faisoit espérer de confondre dans la dispute cet oracle de l'église d'Afrique: : car à l’inhumanité barbare d’un tyran, il joignoit les prétentions pédantesques et toute la suffisance d'un sophiste. Fulgence profita de l'occasion, pour confirmer dans la foi les catholiques de Carthage, qui le vinrent trouver avec empressement.
Un homme de ce génie n’étoit guère embarrassé de répondre à des barbares ignorants et depuis si long-temps accoutumés à n'appuyer leurs erreurs que du poids de la puissance et de l'oppression, On lui tendit des piéges misérables : on exigea qu'il répondit à des livres entiers qu'il n’avoit eus que quelques heures entre les mains, dont souvent on ne lui avoit fait qu'une lecturerapide, sans lui permettre de les lirelui-même. D'autres
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fois, on ne lui remettoit des volumes entiers d'objections que dans les ténèbres, et on ne les lui laissoit que dans les rencontres qui lui en rendoient la lecture impossible. Le saint sut relever , à la gloire de la vérité, toutes ces supercheries; mais il eut un soin extrême de ménager le roi dans ses expressions, et rien ne lui fit jamais oublier le respect qu'il devoit à son souverain. Ce que tout le monde regardoit comme une manie ridicule dans Thrasamond, il en tient compte à ce prince, comme d'une application louable à s'instruire de la verité, Jusqu'ici , lui dit-il, on n'a point vu qu'un roi des Barbares , continuellement occupé de la guerre ou de courses tumultueuses, montrât un désir si vif d'apprendre la sagesse. Les Barbares se piquent au contraire de mépriser les sciences : il n’y a communément que les Romains qui marquent du goût à les cultiver. Il faut se souvenir de ce que nous avons déjà observé, que les Vandales et les autres nations conquérantes, loin de s'offenser du nom de Barbares, le tenoient à honneur, et le prenoient eux-mêmes pour se distinguer des Romains, dont ils affectoient de décrier la mollesse.
Ce fut alors que Fulgence composa ses trois livres adressés à Thrasamond, et qu'il les lui envoya. Toutes les objections du prince s’y trouvoient si bien réfutées, qu’il n’osa plus se commettre avec un pareil athlète. Mais un évêque ar ”. nommé Pinta, fut moins prudent, et Fulgence le poussa beaucoup plus de vigueur. On regrette ces répons © ui que nous n'avons plus ; car l'ouvrage qui est parv nous sous ce titre, n’est pas de saint Fulgence.
Cependant le roi avoit conçu pour le saint docteu. 5e egre de bienveillance qui est inséparable d'une haute estime, et il parut le voir d'un assez bon œil à Carthage, ne remarquant pas, ou ne voulant pas apercevoir de quel secours il y étoit à la doctrine catholique. Mais il se trouvoit chez les Vandales, comme parmi toutes les nations, des génies aussi remuants que remplis d'incapacité, et qui, pour se faire valoir, n’avoient de ressource que dans le tumulte des sectes et des partist. Quelques zélateurs de ce caractère représentèrent à Thrasamond ,
a Var. Sit. Fulg. c. 25.
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350 (AX 523.) HISTOIRE que tont son zèle deviendroit inutile par la seule présence de Fulgence, qu'il avoit déjà séduit quelques évêques, et que. si on ne l’éloignoit au plus tôt, toute la religion des Barbares périroit infailliblement. Le roi eut la foiblesse de céder à ces remontrances, et renvoya Fulgence en Sardaigne, C'est de fà que cet infatigable docteur , voulant tenir les Carthaginois en garde contre les artifices dont on usoit pour les pervertir, leur écrivit une lettre que nous n'avons plus, mais qui passa pour très-éloquente. Il composa , au même lieu et dans le même temps, les deux livres de la Rémission des péchés, qui se trouvent encore parmi ses œuvres. C'est la réponse à la consolation d'une personne pieuse , qui lui avoit demandési Dicu , usant extraordinairement de sa loute-puissance, ne remettoit pasquelquefoisles péchés aux morts, Le saint assure quels rémission des péchés n'est jamais accordée qu’à ceux qui se convertissent sincèrement en ce monde, et qui vivent dans le sein de l'Eglise catholique. Il est évident, par toute la suite de l'ouvrage, qu'il s’agit uniquement du péché mortel , non des fautes légères, nides peines qui peuvent rester à expier dans l’autre vic. On rapporte à la même époque la réponse de Fulgence à plusieurs questions de l’un de ses amis, qu'il appelle Monime. Le second et le troisième livre, car cet ouvrage en comprend trois, ne roulent que sur des difficultés faites par les aricns. Dans le premier, il s’agit de la prédestination; sur quoi le saint docteur s'exprime d’une manière assez semblable à celles des modernes. À ce sujet, il enseigne que le péché n'est pas compris dans la prédestination , mais dans la seule presciencc, c'est-à-dire, que Dieu ne prédestine pas les hommes au péché. La raison principale qu'il apporte en preuve, c'est que le Scigneur ne prédestine que ce qu'il veut faire, etqu’il ne fait pas le mal ou le péché. Pour la peine ou le châtiment, qui n’est pas un mal, maisl'ouvrage de la divine justice, lesaint docteur ne voit rien qui empêche de la comprendre dans la prédestination. Dans ie même temps encore, c'est-à-dire, sur la fin de son exil, Fulgence écrivit plusieurs lettres inpartantes , et par leur objet, et par la qualité des personnes à qui elles s'adressoient, T'elles sont les deux lettres, ou plutôt les deux traités adressés à Rome, à l'illustre vierge E ba; l'un sur la virginité
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DE L'ÉGLISF. (AN 523. ) 301 et l'humilité, l'autre sur la prière. Telles sont encore la lettre au sénateur Théodose, qui, après avoir été consul, s’étoit donné tout entier à Dieu, et l'épitre à Galla, veuve d'un consul , touchant les devoirs d’une veuve chrétienne.
Les évêques relégués en Sardaigne, ayant reçu au milieu des plus grands embarras une lettre des moines de Scythie, chargèrent à l'ordinaire saint Fulgence d'y répondre au nom de tous les autres. Depuis plusieurs années, ces moines inquiets erroient de région en région, importunoient les évêques des plus grands siéges , et le sonverain pontife lui-même, pour quelques expressions nouvelles de leur invention, voulant qu'au milieu des affaires les plus sérieuses , on s'occupât de leurs subtilités et de leurs imaginations , qu'ils donnoient pour un remède inüillible aux maux de l'Église, et pour un supplément à l'insuffisance des conciles. Ils prétendoicnt surtout ériger en article de foi cette proposition : Un de la Trinité à été crucifié. Le pape Hormisdas les traita d'abord avec bonté, parce qu'ils parloient alors fort modestement et qu'ils paroissoient n'avoir que de bonnes vucs, Mais le temps et leur obstination les firent regarder comme des brouillons et des orgueilleux, qui, sous prétexte de religion, ne tendoient qu'à sc faire valoir , aux dépens de la charité ct de la concorde. Leur amour pour la nouveauté, et leur attachement excessif à leur propre sens, commençoient même à rendre leur foi suspecte. Le pape ne les frappa néanmoins d'aucune cure, et ne prononça point sur la proposition qu'ils soutercien:.quoiqu'il parût très-enclin à la rejctert.
La chose en ét:t là depuis quelque temps, quand ces moines oiseux, qui, à force de contempler un atôme le prenoient pour un colosse , importunèrent à leur tour les confesseurs africains dans le plus grand embarras de leur exil en Sardaigne. Saint Fulgence leur répondit par son traité de l'Incarnation cet de la Grace, souscrit de quinze évêques. 11 ne soupçonne pas la religion des moines scythes ; cependant il n'adopte pas leur proposition ; et suivant l'exemple des Pères et des conciles , il dit
non pas simplement qu'un de la Trinité, mais qu'une per-
1 Sug. Gerin, 1v Conc, p. 1514. Sug. Divse. ibid. p. 162.
352 (An 523.) HISTOIRF.
sonne de la Trinité est née de la Vierge. Ce docteur si profond et si éloquent regardoit comme infiniment dangereux d’employer pour nos mystères ineffables, des façons nouvelles de s énoncer,
La seconde partie de ce traité est tout entière sur la grâce, contrele demi-pélagianisme de Fauste de Riez, que les moines de Scythie combattoient avec raison. Car toutes saintes qu'avoient été la vie et la mort de Fauste, abbé de Lérins, puis évêque de Riez, il est certain qu'il ne reconnoissoit pas la nécessité d'une grâce prévenante pour le commencement de toute action qui nous dispose au salut et que sés écrits ont été justement flétris par le saint Siége. Si sa mémoire est toujours en honneur dans l'Eglise, c’est parce qu'il écrivoit avant qu'elle eût condamné comme hérétiques les propositions qu'il soutenoit. C'est pour cela aussi que saint Fulgence, en réfutant les principes de Fauste, s’étudie principalement à établir la doctrine catholique , sans imprimer de flétrissure à l’auteur.
Avec ce dernier ouvrage du saint docteur finit aussi son exil et celui de ses collègues, T'hrasamond étant alors décédé, et laissant la couronne à Hildéric son cousin-germain. Ce nouveau roi des Vandales, fils d'Hunéric et de cette princesse Eudoxie que Genséric avoit enlevée quand il pilla Rome, étoit d'une bonté d'âme qu'on cût admirée dans le plus beau sang, et qui ne put jamais être dépravée par le dernier roi, quelque envie qu'il eût de faire durer la persécution après sa mort. Hildéric ne se crut pas lié par des promesses extorquées de force , et dont l'objet étnit si mauvais. Son premier soin, dès qu'il se vit maître du royaume, fut de rendre à ses sujets catholiques le libre exercice de leur religion, quoiqu'il ne la professât point lui-mêmer. Ainsi finirent les persécutions des Vandales, après soixante-six ans de durée presque sans interruption. Les évêques bannis eurent la liberté de revenir dans leurs églises, et de donner des pasteur à celles qui étoient vacantes, premièrement à Carthage, où l'on élut Boniface, renoramé pour sa doctrine.
Mais à la première nouvelle de l'arrivée des saints confes-
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DE L'ÉGLISE. (An 523.) 353 seurs , tout le peuple de cette capitale accourut pour les recevoir, Dès qu'on les aperçut on poussa des cris d’allégresse, et l’on se mit à chanter les louanges de Dieu en toutes sortes de langues. Les évêquesayant pris terre , allèrent droit à la maison du Seigneur, accompegués d’une multitude innombrable ct serrée, qui marchoit devant et après eux ; de manière que si l'on n’eût fait une haie de jeunes gens les plus robustes, il eût été impossible aux prélats d'avancer.
On s’empressoit surtout vers Fulgence , mieux connu à Car- (hage par le séjour qu'il y avoit fait depuis peu, et par les triomphes qu'il avoit remportés sur l'hérésie. C’étoit à qui recevroit le premier sa bénédiction. Tous les yeux se portoient sur lui : les mères élevoient leurs enfants sur leurs bras pour le leur montrer, Üne grosse pluie qui survint, ne diminua point le concours ; et comme le saint marchoit la tête nue, les plus distingués de la troupe se faisoient un honneur d'étendre sur lui leurs manteaux.
Après quelque séjour fait à la capitale pour la consolation générale des fidèles, il partit pour son diocèse. A peine füt-il hors de Curthage, que, malgré la distance considérable où en est la ville de Ruspe, il rencontra des troupes nombreuses de ses ouailles, qui venoient de toute part au-devant de Jui avec des flambeaux allumés et des rameaux veris, chantant des psaumes et des cantiques. Ces marques de vénération parurent augmenter la modestie du saint pasteur. Quand il fut chez lui , il vécut presque toujour: da: son monastère , où il refusa même de commander. Il se tint alors plusieurs conciles pour le rétablissement de la discipline. Dans celui de Junque, un évêque nommé Qued-vult-Deus, ayant disputé la préséance au saint évêque de Ruspe, tous les Pères jugèrent en faveur de l'illustre Fulgence, qui aocepta cette distinction dans la crainte de préjudicier à l'auiorité ecclésiastique : maïs voyant son compétiteur très-sensible à cette espèce d'humiliation, dans un concile qui setint peu après à Suffecte , il supplia si instamment les Pères de placer Quott-vult-Deus avant lui, qu'ils lui laissèrent quitter un rang qui n’éloit plus qu'une peive pour son humbie charité.
sVit. S. Fulg, c, 29.
354 (An 525.) HISTOIRE
Après divers conciles particuliers, l'évêque de Carthage y en convoqua un de toutes les provinces de l'Afrique, et il s'y trouva soixante évêques 1. Entr'autres dispositions, ils assurèrent le droit d’exemption aux monastères qui en jouissoient, et l'on cita, comme un réglement propre à la province de Bizacène, un décret plus ancien , portant que les monastères de l’un et l’autre sexe ne seroïent pas, comme le clergé séculier, soumis à l'évêque diocésain; mais que différentes personnes rassemblées de plusieurs endroits en communauté, pour se soumettre immédiatement à l'église de Carthage, parexemple, quoique leur monastère füt situé dans un autre diocèse, conüunueroient à dépendre de l'évêque de Carthage, non de l'évêque du diocèse où le monastère étoit situé. On trouva divers exemples de ce privilége, #t l’on prouva même par des écrits de saint Augustin, que les monastères fondés par ses disciples n'appartenoient ni aux fondateurs, ni à l'église d'Hippone, mais à la communauté, C'est ainsi que les évêques les plus zélés pour la perfection évangélique , et les plus intelligents dans le choix des moyens propres à la maintenir, ne regardent pas comme contraire à la hiérarchie, ce que l'Eglise, en réprimant tant d'abus, laisse néanmoins subsister depuis le: premiers âges.
Le repos de Fulgence fut aussi laborieux que l’avoit été son exil. Le premier fruit de son loisir fut son traité en trois livres de la Prédestination et de la Grâce, où l'on remarque, comme en plusieurs autres, qu'entre tous les disciples du grand évêque d'Hippone, nul n’a mieux compris ni expliqué sa doctrine que le pieux évêque de Ruspe. Il fit ensuite son célèbre traité de la foi, pour un pélerin nommé Pierre, qui partoit pour les saints lieux, et qu'il vouloit prémunir contre les hérétiques dont l'Orient fourmilloit. 11 lui donne, sur la fin de l'ouvrage, quarante règles où maximes d'autant plus dignes d'attention, qu'on ne peut s'en écarter, à ce qu'enseigne l'auteur, sans encourir la note d’hérésie. Le dernier ouvrage du saint évêque de R‘'<ne est la lettre au comte Régin, qui l'avoit consulté sur quelqui: articles de la doctrine des sectaires nommés incorruptibles, et
2 Tom, 1. Cone. L: 1630.
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DE L'ÉGLISE. (Aa 525.) 355 sur des points de morale relatifs à la vie militaire. La mort l'empêcha d'achever cet ouvrage : mais Régin conservant au disciple le respect qu'il avoit eu pour le maître, désira recevoir du diacre Ferrand les instructions qu'il avoit demandées à son évêque.
Saint Fulgence , un peu avant sa mort, se retira dans son monastère, où il redoubla ses austérités et toutes ses ferveurs, pour se préparer à ce grand passage:il y tomba malade, et souffrit pendant plus de deux mois des douleurs extrêmes. Les médecins lui conseillèrent les bains et quelques autres remèdes; il les négligea, comme de vains adoucissements qui ne pouvoient empêcher que la douleur, et non le dépérissement de la nature. Cependant, aussi charitable envers les autres que dur à lui-même, il rassembla ses moines et ses clercs quand il se sentit prés de sa fin, et leur demanda pardon de la sévérité dont il craignoit d’avoir usé à leur égard. I distribua aux pauvres le peu qui lui restoit, donna sa bénédiction à tous les assistants, qi la lui demandèrent en fondant en larmes, puis rendit tranquillement son âme à Dieu le premier jour de janvier de l’année 255, la vingt-cinquième de son épiscopat, et la soixante-cinquième de son âge. 11 fut enterré dans une église de Ruspe, où il avoit placé des reliques des apôtres, et où, suivant l'usage ancien, l’on n'avoit encore enterré personne.
Avant cet événement, si considérable pour l'église d’Afrique, on vit, selon la remarque de saint Grégoire le Grand, ce qui étoit jusque-là sans exemple, un pontile romain dans la nouvelle Rome. Ce fut le pape Jean, natif de Toscane, lequel avoit succédé, le 13 août 523, à Hormisdas, mort sept jours auparavant. Comme l’empereur Justin vouloit contraindre les ariens à se convertir, et leur enlevoit leurs églises pour Jes donner aux catholiques, Théodoric, roi d'Italie et arien, obligca le pape d'aller en ambassade à Constantinople, afin d'inspirer plus de modération à l'empereur. Le roi goth étoit d'autant plus choqué de la conduite de Justin, que lui-même n'avoit jamais songé qu'à gouverner en paix tous ses sujets in distinctement, sans aucun égard à ladifférence de leurs religions,
Greg. Dial. e. 3.
On rxconte même qu'il chassa un de ses officiers, dont il étoit fort content d’ailleurs , parce qu'il avoit renoncé à la foi ro- P maine pour embrasser l'arianisme, dans la vue de lui plaire. à Comment me sera-t-il fidèle, dit ce prince, s’il ne l’est pas à son Dieu? Il joignit au pape quatre ambassadeurs de rang sénatorial, leur recommanda instamment à tous de bien s’acquitter de leur commission, et menaça de traiter les catholiques d'Italie, commeles ariens seroient traités en Orient.
Le pape Jean parut à Constantinople en saint et souverain pontife', On prétend qu’en entrant dans la ville, il guérit un aveugle, en lui mettant la main sur les yeux, à la vue de tout le monde : car tous les citoyens étoient venus au-devant de lui jusqu'à douze milles, avec des croix et des cierges allumés. L'empereur se prosterna à ses pieds, voulut être couronné de
sa main, quoiqu'il l'eùt déjà été par Epiphane, alors patriar-
PRÉ Ts FER ARELENT. PES FOR Li a ——
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che ; et ce prélat par honneur invita le pape à officier dans la
grande église : ce qu'il fit en latin le jour de Pâques, avec la pompe la plus auguste, et siégeant dans la première place : A :-déférence qu'on n'avoit pour aucun évêque étranger, quelque ul | distingué qu’il pût être. Jean commuoiqua avec tous ceux des la évêques orientaux qui révéroient le concile de Ghalcédoine; to et l'on n’en rearque point d'autre que Timothée d'Alexan- : l'a
drie, qu'il ait exclu de sa communion. Sans gêner l'empereur d'une façon peu convenable, dans les mesures qu'il pre- pa noit pour la prospérité de l’église orientale, le pontife répondit PO néanmoins avec zèle aux intentions du roi T'héodoric et aux on vœux des fidèles d'Occident, menacés des plus fâcheuses re- ho présailles. En représentant vivement à Justin le péril que cou- no roit la foi en Italie, il en obtint que les ariens de l'empire de- dés meureroient tranquilles, ” k |
Mais les belles années de Théodoric étoient passées. Après : qu'on lui eut sauvé une première occasion de flétrir la gloire
d’un long et beau règne, il ne sut pas se siuver lui-même d’un Loges nouvel écueil. Ce prince vieillissoit, et !a foiblesse de l’âge, es que les principes de la vraie foi ne soutenoient point , le ren- ss doit soupçonneux. I] fit arrêter deux sénateurs romains, les ho
ren
4 Mar. Chr, an, 526, — 2 Mar, Chr. an. 525,
ilétoit foi ro- \ plaire.
st pas à de rang en s’accatholint.
uverain uérit un e tout le it de lui allumés.
onné de patriar- * dans la avec la e place:
quelque ceux des cédoine;
il prerépondit ic et aux
’Alexan- :
DE L'ÉGLISE. (AN 525.) 357 plus hommes de bien et les plus méritants de leur siècle, savoir, Syromaque et son gendre Boëce, tous deux consuhiires, et tous deux honorés. constamment de la confiance du roi!. On les acousoit vaguement de vouloir rétablir l’ancienne autorité du sénat, et d’en traiter secrètement avec l'empereur. Mis Boéee étoit coupable d’un crime plus capital, au jngement du prince arien, ou du moins des turbulents sectaires qui commencoient à obséder sa vieillesse, et e’étoit le zèle de ce savant homme pour la religion catholique qu'il défendoit puissamment par ses écrits. Îl fut arrêté le premier, et pendant six mois que dura sa prison, il composa ses cinq livres de k consolatior de la philosophie : ouvrage parfaitement digne de son titre, et où l’on trouveen effet, avec l'onction d’une confiance filiale en la Providence, tous les motifs de consolation les plus propres à faire impression sur un philosephe chrétien. Il étoit versé dans toutes les sciences. On cite une lettre de Théodoric même à Boëce, qui fait foi, tant de la capacité universelle du savant, que dela haute et stérile estime du monarque. Il eut la tête tranehée l’an 524. Son beau-père Symmaque, qui n'étoit pas moins zélé pour la vraie religion , eut le même sort l’année suivante. |
Il étoit juste que le souverain pontife eût un attachement particulier pour deux fidèles de ce caractère2. Ce fut un crime pour lui, dans l'esprit soupçonneux de Théodoric, dont les orubrages augmentèrent considérablement , à la nouvelle des honneurs extraordinaires que Jean avait reçus à Constantinople. Comme il arrivoit à Ravenne pour rendre compte de son ambassade, n'ayant lieu de s'attendre qu'à des actions de grâces, il fut arrêté avec les sénateurs de la compagnie. Toutefois le roi d ftalie,craiguant le ressentiment de l'empereur, n'osa les faire périr d’une mort violente : mais à les tint dans une rude prison, où le pape Jeen mourut de maladie le 18 mai 526, après avoir tenu le saint Siége près de trois ans. Son corps fut transféré et enterré à Saint-Pierre de Rome, et l'Eglise honore sa mémoire, comme d'un saint martyr, Sa place fut remplie, le 24 juillet suivant, par Félix IT, qui l'occupa plus de quatre ans.
8 Mar. ibid. — : Mist, Miscel, LE 35,
358 (AN 526.) HISTOIRE Théodoric survécut peu à tant d’illustres victimes. Un jour qu'on servoit un grand poisson sur sa table, il s’imagina voir dans le plat la tête du sénateur Symmaque, qui le regardoit d'un œil menaçant, Il lui prit un grand frisson, ou plutôt un accès mortel de frénésie, On le mit au lit, et il expira peu de jours après, en pleurant son crime, sans pouvoir calmer des remords bien semblables au désespoir, Il fit cependant reconnoître roi d'Italie, son petit-fils Athalaric, âgé de huit ans, sous la tutelle de sa mère Amalassonte ; et Amalaric, fils d’une autre de ses filles, fut déclaré roi des Visigoths en Espagne et dans la partie méridionale des Gaules, depuis les Pyrénées jusqu'au Rhône. Théodoric avoit régné trente-sept ans, à compter depuis son entrée en Îtalie sous l’aveu de l'empereur Zénon, et trente-trois depuis la défaite du roi Odoacre, étant r.ort l'an 562, le 30 août, jour qu'il avoit destiné à chasser :::3 églises tous les prêtres catholiques. Telle fut la triste fin -e ce prince, assez grand par la force et la droiture de son âme pour résister à la contagion de la barbarie et de tant d’années de prospérité, mais trop foible, sans le secours de la fui, pour ne pas ternir enfin la splendeur même de ses bonnes qualités naturelles.
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DE L'ÉGLISE. (an527) 359