‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 87 sur 146 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

DEPUIS LE COMMENCEMENT PE L'EMPIRE DE JUSTINIEN EN 527, JUSQU'À LA CONCLUSION DU CINQUIÈME CONCILE EN 53.

Les conquérants barbares ayant forcé de tout côté les barrières élevées contre eux par les anciens Romains, et ayant déjà envahi les plus bcaux apanages de l'Eglise ainsi que de empire, bientôt ils eussent tout englouti, tout ruiné ou tout confondu par l'influence trop soudaine de le. mœurs sauvages, si celui qui n’opère ses miracles de protection qu'avec poids et mesure, et souvent en les voilant sous des moyens naturels, n'eût opposé à se débordement général un empereur tel que Justinien. Rome, à qui ce nouveau maître rendoit une partie de son ancienne splendeur, n’en avoit point vu de si grand ou de si heureux depuis Théodose, et le peuple romain, sous son: règne, put encore rappeler quelque souvenir du peuple roi qui avoit comr:1nclé à l'univers. Plus grand même à quelques égards qu'au an de ses prédécesseurs, Justinien. survéout à eux tous et à lui-même, par ces lois sages qui étoient si nécessaires au’ onde dans le renourellement des nations et des dominations, et l'on peutdire que duus ce corps de jurisprudence il règne encore sur la plupart des euples, Il soutint presque. tout l'éclat de .a gloire jusqu'à la vieillesse , ei n’en perdit une partie avant e terme, que pour avoir suivi les impressions de sa femme Théodore, qui porta sur le trône les mœurs basses et les malignes intrigues du lieu honteux d'où il l'avoit tirée. Alors il s'ingéra malheureusement dans les affaires de la religion, et fit clairement connoître que, pour avoir été le vengeur des martyrs de l'Afrique, le soutien des confesseurs de l'Italie, menacés d’une rude perséeution , le vainqueur des Goths et des Vandales, le législateur même le plus intelligent dans le: ‘traits de la société politique ou civile, il

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360 (An 527) HISTOIRE

n'en étoit pas plus habile dans la science de la religion, ou du oins qu'il n’avoit point de mission pour tenir des concules et

faire des décrets en matière de foi.

Justinien dut son élévation à l’empereur Justin, son oncle maternel, qui se sentant près de sa fin, le déclara auguste, et le fit couronner avec sa femme Théodore, le premier jour d'avril de l’année 527. Le vieil empereur mourut quatre mois après, à l’âge de soixante-dix-sept ans, dont il avoit régné neuf. Justinien, qui en régna trente-neuf, étoit alors au période de la vie le plns propre à régir l'empire; âgé de qua-rante-cinq ans, d'une belle taille, l’air et !e visage agréables, le front majestueux, en un mot, la physionomie et tout l’extérieur auguste.et vraiment romain. Tel est-il représenté dans une peinture en mosaïque qu'on voit encore dans l’église de Saint-Vital de Ravenne, et que l’on croit être deson temps. 11 y a la barbe rasée à la romaine, peu de cheveux, la tête couverte d’une espèce de mortier orné de perles ; ce qui revient à la tiare des Perses , dont on reprachoit à Justinien d’imiter le luxe dans les vêtements. Il dormoit et mangeoit peu. Durant le carême, il ne prenoit de nourriture que de deux jours l'un, encore n'étoit-ce que des herbes détrempées au sel et au virigre, en fort petite quantité, sans vin et sans autre boisson que de l’eau. Le propre jour de son couronnement, il se défit de tous ses biens de patrimoine, les distribua aux pauvres et en autres bonnes œuvres, annonçant en toutes choses le plus grand zèle pour la religion. D'abord il donna par écrit sa profession de foi, contraire à toutes les hérésies et à toutes les nouveautés dangereuses , l'envoya dans toutes les provinces, et soumit aux peines décernées contre les hérétiques toutes les personnes que les prélats trouveroient dans les sentiments ap posés à cette confession.

Il défendit aux évêques de quitter leurs églises pour venir: à la cour, sous quelque prétexte que ce fût, à moins qu'ils n'en eussent obtenu de lui une permission expresse. L'absence des évêques, dit-il2, est cause que le service divin se fait sans dignité et sans édification; que les affaires des églises

1 Procop. Ancd. c. 8, 12,17. —-2 Lib, 43, c. de Episc.

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DE L'ÉGLISE. (AN 528.) 361 sont mal administrées, et leurs revenus employés en vaines dépenses, non-seulement par les prélats, mais par les clercs et les domestiques qui les accompagnent,

Par une autre loi, il défendi! aux évêques, en exécution des conciles, de disposer par testament, par donation ou par quelqu'autre sorte d’aliénation, des biens qu’ils auroient acquis depuis le comn -ncement de leur épiscopat, à moins qu'ils n’en eussent leurs père et mère, oncles ou frères. Après cette 4 le législateur entre dans le détail de plusieurs | ages pour la sûreté générale des biens ecclésiastiqu ue le compte qu'on doit exiger des économes, et l'admiustration des hôpitaux, qui étoit alors une fonction ecclésiastique. T'ous les clercs, ajoute-t-il, chanteront dans chaque église les offices de la nuit, du matinet du soir, c’est-à-dire, matines, laudes et vêpres. Les petites heures ne se disoient pas encore en public. Ils ne doivent pas, poursuit le prince, se contenter du nom de clercs, en consumant les biens de l’église sans faire leurs fonctions. Car il est absurde qu'ils établissent des mercenaires pour chanter à leur place, tandis que plusieurs laïques ont la dévotion d'assister aux saints offices, Nous enjoignons de tenir la main à ce que l'intention des fondateurs soit remplie, et permettons à quiconque de dénoncer les délinquants.

Les soins de la religion n’absorbèrent pas la capacité du nouvel empereur, et ne lui firent nullement négliger les affaires de l’état. Dès le commencement de son règne, il entreprit de réformer les lois romaines; et d’abord il fit composer ce qu'on appelle son code, qui est le recueil des constitutions ou ordonnances choisies des empereurs précédents depuis Adrien, avec quelques lois qu'il avoit déjà faites lui-même. Ensuite il ordonna qu'on mit en corps d'ouvrage les meilleurs morceaux des anciens jurisconsultes, rangés sous certains titres, et leur donna le nom de Pandectes ou de Digestes. Pour rendre ces livres plus utiles, il y falloit une introduction, et c’est à quoi servent les Institutes, qui sont comme la clef de la jurisprudence romaine , ou l'explication méthodique de ses principes. Enfin il corrigea son code, et abrégeant la première édition, il publia Ja

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