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378 (An 533.) HISTOIRE à Nanteuil, monastère ruiné depuis par les incursions des Normands, et dont le corps du saint fut transféré au diocèse de Laon, dans un lieu qui se nommoit alors Corbigni, et qui a pis insensiblement le nom de Saint-Marcou. Le roi Charles le imple y fit bâtir un monastère, dont l’église est devenue fameuse par les fréquents miracles qui s’y firent, particulièrement pour la guérison des écrouclles.
C’étoitune aneienne coutume de nos rois de visiter les reliques de Saint-Mareou, immédiatement après leur sacre ; mais on en ignore l'origine, ainsi que le temps où ils peuvent avoir reçu du ciel le don de guérison, si convenable à la bienfaisance paternelle qui fit toujours leur caractère, H est certain , par le témoignage de Guibert, abbé de Nogent, qui vivoit sur la fin du onzième siècle, que la eonfiance des peuples attribuoit dès-lors ce privilége aux monarques français, et que les gens éclairés en regardoient les heureux effets comme un miracle véritable. Les malades tourmentés d’humeurs froides, dit cet abbé, accouroient par troupes au roi Louis le Gros, qui leur tendoit la main avec bonté et les guérissoit en faisant sur eux le signe de la croix. On regardoit ee pouvoir merveilleux comme attaché à la piété héréditaire de nos rois; en sorte que la nation se glorifioit de ce que les princes voisins n'osoient rien tenter de semblable. Ce n'est que depuis que les rois d’Angleterre se sont portés pour rois de France, qu'ils ont prétendu au don de guérir la même maladie.
Saint Evroul, homme de qualité de la cour de Childebert, après avoir renoncé à toutes les grandeurs terrestres et engagé sa femme à se faire religieuse, se retira au diocèse de Lisieux, dans la forêt d’'Ouche qui n'étoit qu'un repaire de voleurs et d'assassins. 11 convertit une partie de ces brigands, et se fit un si grand nombre de disciples , qu'il y eut jusqu'à quinze cents cellules autour de la sienne. Bientôt la libéralité des fidèles se condant ses pieux desseins, il bâtit quatorze monastères, tant d'hommes que de filles. Celui d'Ouche, qui porte aujourd'hui Je nom de Saint-Evroul, étoit le principal, et comme le cheflieu de tous les autres. IL est un autre saint abbé de même nom, révéré comme un des patrons de la ville de Beauvais.
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Saint Vigor, quoiqu'évèque, n’honora pas moins la vie monastique. Il établit des monastères pendant son épiscopat, comme il avoit fait auparavant ; mais il n'en subsiste que celui de Cérisi, qui fut détruit avec les autres dans les incursions des Normands, puis rétabli par les ducs Robert et Guillaume son fils. Saint Vigor soutint la gloire du siége de Bayeux, qui se vantoit qu'entre sept évêques, les seuls qui eussent encore occupé ce siége, il n'y en avait pas un qui ne füt compté au nombre des saints.
Saint Fridolin, originaire d'Irlande, donna d'abord de grands exemples au monastère de saint Hilaire de Poitiers, dont il fut abbé. Plein d'un zèle extraordinaire pour la gloire de ce Père de l'Eglise, il passa dans les régions orientales de l'empire français, dans les déserts des Vosges, dans le pays de
Strasbourg, au fond de la Suisse, érigeant partout des églises
sous le nom du grand Hilaire, dont il y plaçoit quelques reliques. On peut juger de la vénération où fut saint Fridolin dans ces contrées, et surtout en Suisse, par les armes du canton de Glaris, qui ne sont autre chose que le portrait de cet illustre solitaire,
Les montagnes sauvages de l'Auvergne se virent également peuplées d'hommes tout célestes. Les plus renommés sont les saints Pourçain et Calais. Celui-ci embrassa la vie monastique dans le monastère de Ménat, passa dans celui de Mici, où il fut ordonné prêtre par l'évêque d'Orléans, puis s'avança dans le Maine, où il fonda le monastère qui porte son nom. Pourçain, d'esclave qu'il avait été, devint abbé de Mirande dans son pays natal, couvrant de l’éclat de ses vertus la bassesse de sa première condition, et se rendant vénérable, tant à son souverain le duc d'Auvergne, qu'au roi Thierri,qui faisoit la guerre dans cette province. Le bruit de sa vertu et de sa puissance auprès de Dieu croissant encore après sa mort, le monastère a quitté son nom de Mirande, pour prendre celui de Saint-Pourçain, aussi bien que la ville qui s’est formée à l'entour. Saint Junien et saint-Léonard, celui-ci abbé, l'autre reclus dans le Limousin, y ont de même changé le nom des villes par la célébrité du leur.
Mais de tous les saints qui honoroient alors la vie monas-
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380 (AN 533.) HISTOIRE tique dans les Gaules, aucun ne l'emporte sur saint Jean, abbé et fondateur dû monastère de Réomay en Bourgogne, ainsi | appelé du ruisseau de la Réome, sur lequel il est situé. Le | fond des observances très-vantées de Réomay, étoit la règle de saint Macaire d'Egypte, autant qu'elle peut convenir à nos climats. Mais le saint abbé Jean parcourut les monastères les plus renommés dans toute l'étendue des Gaules, pour en rapporter à ses disciples des observances entièrement praticables Pour cet effet, il demeura inconnu pendant dix-huit mois, ct non dix-huit ans, comme on Fa dit avec peu de vraisemblance, dans ke monastère de Lérins, qui étoit au plus haut point de sa réputation. Ïl avoit un tek détachement de tout ce que l'homme a de plus cher au monde, et tant de soin d'inspirer à ses disciples l'éloignement des personnes du sexe, que sa mère l'étant venue visiter après une fort longue absence, il refusa de lui parler, et crut beaueoup faire de s’en laisser voir en passant devant elle. Après quoi il lui fit dire qu'ils ne se verroient plus sur la terre, et qu'elle tächôt de vivre de telle sorte qu'ils pus- | sent se réunir dans le ciel. Ses austérités égaloient son abnéga- | tion ; ce qui ne l'empêcha point d'atteindre l’âge de cent vingt ans, sans éprouver aucune des incommodités de la vieillesse, | sans avoir ni Ja vue, ni la mémoire affoiblie, ni même perdu | une seule de ses dents. Il fut enterré dans son monastère, qui devint bientôt fameux par ses mirackes, et prit le nom de Moutier-Saint-Jean. Dans la multitude de ses disciples, le plus célèbre est saint Seine, fondateur du monastère qui porte ce | nom , ainsi que la ville qui s’y est formée proche les sources de | la rivière de Seine, | De saintes vierges, de chastes veuves illustrèrent égalemont l'église de Gaule, et n’y montrèrent ni moins d'ardeur, ni | moins de constance dans les pratiques les plus austères de la | vie religieuse, que les hommes les plus fervents. À Chartres, une dame nommée Nonégonde, ayant perdu deux filles qui faisoient toute sa consolation, conçut si vivement a fragilité de tout de qui nous attache à ce monde, qu'elle résolut d'y renoncer entièrement. Elle vécut d’abord recluse dans sa
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DE L'ÉGLISE. (An 533.) 381 maison, ne mangeant que du pain d'orge qu'elle-même pétrissoit ct cuisoit sous la cendre. La célébrité du culte et du nom de saint Martin l'ayant attirée à Tours, elle y forma une communauté de jeunes vierges auprès de l'église qu'on appelle encore de là Saint-Pierre-le-Puellier, et qui fut dotée par la reine Clotilde:.
Une sainte fille nommée Papule, nous fournit un exemple bien plus extraordinaire, mais qu'une multitude de miracles fait regarder comme l'effet d'une inspiration spéciale, qui seule peut le justifier. Papule ayant long-temps sollicité auprès de ses parents la permission de se faire religieuse, sans pouvoir l'obtenir, sortit enfin de la maison paternelle, prit un habit d'homme, et se fit recevoir en Tourraine dans un monastère de religieux. Elle y passa trente ans habillée en moine, sans être reconnue. Ce ne fut que trois jours avant sa mort, que sa pudeur souffrant de la seule idée de sa prochaine sépulture, elle révéla son secret, afin que l’on commit à des femmes le soin de l’ensevelir 2,
C'étoit alors que le monastère de Mici, où se forma saint Calais, donnoit la plus grande édification au royaume d'Orléans, qui faisoit le partage de Clodomir. L'abbé saint Avit, qui avoit succédé à saint Mesmin, avoit le don de prophétie. Il eut connoissance que le roi Clodomir vouloit mettre à mort Sigismond, roi détrôné de Bourgogne et son prisonnier. L’allant aussitôt trouver: Prince, lui dit-il du ton assuré d’un prophète, si vous faites mourir Sigismond, vous périrez de la main de vos ennemis, et le sort que vous aurez fait subir à sa famille, sera la règle du vengeur des rois sur la vôtre 3, Les conseils inhumains de la politique étoient tout différents de ceux de l’homme de Dieu. Clodomir se voyoit obligé de recommencer la guerre dans la Bourgogne, qu'il avoit crue subjuguée sans ressource ; il lui parut contre la prudence de laisser dans son royaume d'Orléans un ennemi, quoiqu'emprisonné, tel que Sigismond, tandis qu'il s'en éloignoit pour achever
nGreg. Tur. Vit. PP. e: 39. — a Id. de Glor. Confess. c. 16. — 3 Greg. Tur, I 31, Ce 6,
d'écraser la Bourgogne. Il ôta la vie, non-seulement à cet infortuné prince, mais à la reiné sa fémme et à deux princes lcurs fils qui avoient été pris avec eux. Leuts corps furent ensuite jetés dans un puits, qu'on nomma le puits de saint Sigismond : car ce prince est hondré comme martyr, suivant l'usage assez ordinaire alors de déférer ce titre aux personnes vertueuses mises à mort injustement. Le roi de Bourgogne avoit lui-même commis une faute qui crioit vengeance, en faisant mourir son fils Sigeric, sur l'accusation d'une marâtre. Peu après il s’en repeñtit si sincèrement, qu'il pria le Seigneur de le punir en cette vie plutôt qu'en l'autre. Il recut en effet tons ces revers comme de justes châtiments, et ne cessa d'y adoter la main qui le frappoit.
Pour la prédiction de saint Avit, elle s’accomplit l'année même de la mort de Sigismond, Clodomir ayant attaqué les Boutguignons, qui s’étoient assemblés sous la conduite de Godemare, frère de leur malheureux roi, le ciel, pour mieux signaler sa vengeance, voulut que le roi d'Orléans périt en rempoñtant la victoire, Ses frères commencèrent par se partager ses états, et la sainte reine Clotilde se chargea de ses trois enfants encore très-jeunes, Thibauld, Gunthaire et Cloud ou Clodoalde. Elle soutint vivement les intérêts de ces trois princes, ses petits fils, et pensoit à leur faire restituer l'héritage de leur père, quand Childebert roi de Paris, invita Clotaire roi de Soissons, à le venir trouver pour traiter ensemble d’une affaire de grande importance. Les deux rois firent prier Clotildé, leur mère, de leur envoyer les enfants de Clodomir, parce qu'il étoit temps, disoient-ils, de les faire reconnoître pour héritiers du royaume d'Orléans. Rien ne pouvoit être plus agréable à cette digne mère, bien éloignée d'imaginer dans les rois ses fils, les atrocités dont ils alloiént se rendre coupables.
Sitôt que les deux petits princes Thibauld et Gunthaire furent dans le palais, d'où quelques gens affidés éloignèrent secrètement Clodoalde, plus jeune encore, on sépara ses deux aînés de leurs gouverneurs et du reste de leurs gens. Alors Childebert et Clotaire envoyèrent à Clotilde une épée nue et une paire de ciseaux, lui faisant dire de choisir l'unc ou l'autre
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DE LEGLISE. (An 533.) 383 pour ses petits-fils, et de déclarer par: ce qu’elle aimoit le mieux, ou qu'on les fit mourir, ou qu'on les réduisft à l’état de sujets, en leur coupant les cheveux. On seit que c’étoit le privilége de la famille royale de porter les cheveux longs. La reine ne corisultant que ses sentiments d'horreur et d'indignation, fit une réponse que les deux rois parricides interprétérent selon leur cruelle politique, et mirent aussitôt à exécution. Tout étoit prêt puur celte scène affreuse : les victimes tremblantes, le fer nu, les spectateurs tout pâles d’effroi. Le brutal Clotaire tire par le bras Thibauld, l'aîné de ses neveux, âgé de dix ans, le jette par terre, et lui enfonçant un couteau sous l'aisselle, en habile assassin, il le tue du premier coup. A ce spectacle, Gunthaire, plus jeune de quelques années, fuit vers Childebert, et lui serre les genoux, en lui disant : Mon cher père, empêchez qu'on ne me tue comme mon frère. Childebert, qui vraisemblablement n'avoit pas prétendu pousser la tragédie jusqu'à l’effusion réelle du sang, ne put retenir ses larmes, et dit à Clotaire : Mon frère, accordez moi la vie de cet enfant, et je vous céderai tout ce qu'il vous plaira. Mais Clotaire furieux, et levant le poignard dégouttant de sang : C'est toi, lui dit-il, qui m'as enghgé dans cette affaire ; il mourra, où tu mourras pour lui. Childebert lui rejeta Je jeune prince, qu'il poignarda sur le corps du premier. Sainte Clotilde fut inconsolable de la mort de ses petits-enfants, et plus encore du crimé de son propre fils.
Après avoir faitde magnifiques funérailles aux jeunes princes, elle se retira à Tours, où elle acheva sa vic dans les gémissements, les exercices de la pénitence et de toutes les bonnes œuvres. Outre la collégiale de Saint-Pierre-le-Pucllier, possédée autrefois, comme on l'a vu, par des vierges chrétiennes, on compile parmi les magnifiques fondations de cette sainte reine, les monastères d'Andely, de Saint-Germain d'Auxerre et de Chelles. Le jeune prince Clodoalde, ou Cloud, qui avoit échappé au massacre, abandonna d'un grand cœur un royaume qui coûtoit tant de crimes, se coupa lui-même les cheveux, se retira auprès d'un saint solitaire nommé Sévérin, qui vivoit reclus à peu de distance de Paris, et se forma sous lui aux exercices de la vie monastique. Maïs sa sainteté et ses mal-
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heurs l'y rendant trop célèbre, il se retira en Provence, hors des états de ses oncles. Il revint long-temps après à Paris, où l'évêque Eusèbe l'ordonna prêtre; puis il bâtit, pour y finir ses jours, un monastère sur la Seine, dans un village qu'alors on appeloit Nogent, et qui a pris par la suite le nom de Saint Cloud.
Il faut croire qu’au moins le roi Childebert se repentit sin. cèrement d'avoir causé la mort de ses neveux. Si l'emportement passager de son ambilion fut capable de lui faire prendre une résolution dénaturée, ses inclinations naturelles, qui n'ctoient pas mauvaises, le rappelèrent de ces excès avant même qu'ils fussent commis. N'ayant pu empêcher la consommation de ce crime, il le fit presque oublier par une multitude de vertus, et par son amour constant pour la religion. Son neveu Théodebert, roi d’Austrasic, ne montra pas moins de zèle pour la gloire de l'Eglise et la conservation de la discipline. Ce fut de concert qu'ils firent célébrer, au mois de mai de l’an 538, Je troisième concile d'Orléans, qui ordonne si clairement aux sous-diacres et aux clercs supérieurs de garder la continence. Les infracteurs sont réduits à la communion laïque, et les évêques qui leur laisseront exercer leurs fonctions, condamnés à trois mois de pénitence, Le dix-septième canon porte que l'évêque ne pourra ôter à un clerc les biens ecclésiastiques qu'il tient de la libéralité de ses prédécesseurs, à moins qu'il ne lui donne l'administration d’une église ou d’un monastère, On ajoute que le clerc qui jouit de ces bienfaits ou bénéfices, doit rendre service à l'Eglise et obéissance à l’évêque : bénéfices, par conséquent qui faisoient dès-lors une sorte de titre inamovible, et dont l'évêque ne pouvoit priver à son gré les sujets pourvus. On voit aussi dans ce concile l'usage déjà établi dans l'Eglise d'exiger main-forte des magistrats, pour faire exécuter ses lois contre les hérétiques. Le canon trente-unième excommunie pour un an le juge laïque qui ne punira pas les honosiens et les autres sectaires convaincus d’avoir rebaptisé quelque catholique.
Outre les saints prélats que le second concile d'Orléans nous a fait connoître, saint Loup de Lyon qui présida au troisième, saint Pantagathe de Vienne, saint Arcade de Bourges,
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DE L'ÉGLISE. (AN 533.) 385 sain Agricole de Chälons-sur-Saône, et saint Aubin d’Angers qui y assistèrent , donnèrent un grand lustre à l'église de France. Il paroît par le dénombreinent entier de cette assemblée, que le roi Clotaire n “étoit pas de bonne intelligence avec les deux autres rois français, puisqu'on n'y trouve aucun évéque de ses états, quoiqu ‘il y en eût alors des plus distingués par toutes Îles qualités qui font les grands évêques. De ce nombre étoit incontestablement saint Vaast d'Arras, qui soutenant dans un âge très-avancé, la réputition de son plus bel âge, aprés avoir conservé invariablement la confiance du premier des rois très-chrétiens, jouissoit de la même considération auprès de son fils Clotaire , aussi juste estimateur de la vertu que eu vertucux.
Alors florissoit aussi dans le royaume de Soissons l’illustre saint Médard, dont le nom, après tant de temps, est encore honoré d'une manière spéciale en bien d’autres contrées de la Gaule. Îl étoit né au village de Salenci près Noyon, d'un seigneur gaulois nommé Nectard, et d'une dame originaire de Rome, appelée Frpagie}, C’est ainsi qu'on interprète ce que les actes antiques de la vie de ce saint disent de son origine, quand ils donnent à sa mère, avec une précision réfléchie, la qualité de romaine, et à son père celle de gaulois, non de franc ou français. On rapporte la naissance de leur fils Médard, à l'année 456. Vers l'an 530, et par conséquent dans un âge avancé, parce que sa vertu avoit toujours redouté les distinctions, saint Remi l’ordonna évêque de Vermandois. Peu de temps après, Médard transféra son siége dans le château de Noyon, qu'il ne faut pas confondre avec la ville appelée par César Noviodunum Belgarum , et que tous les bons critiques ont prise pour Soissons. Noyon n'étoit alors qu'un château fortifié et peu ancien, construit apparemment contre les incursions des Huns. Le saint, en rapprochant ainsi son siége du lieu de sa naissance, ne pensa qu'à mettre l'église et les choses saintes mieux à couvert qu'elles n’avoient été, soit dans l’ancienne Auguste du Vermandois, aujourd’hui Saint-Quentin, soit dans Vermand , qui n'est plus qu'un village, et qui n’en
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35 (An 533.) HISTOIRE
conserve pas des droits moins plausibles au titre ancien de cité ou de capitale du pays : car il est difficile, pour ne jus dire impossible, de décider dans lequel de ces deux endroits fut le siége épiscopal, avant d’être transféré à Noyon r.
Rien ne montre mieux la haute idée qu'on avoit de Médard, que l'exception qu'on fit bientôt à son sujet des règles ordi-naires dé la discipline. Saint Eleuthère de Tournai étant mort, on crut qu'un tel pasteur ne pouvoit être bien remplacé que par un autre saint, et Médard fut élu, du consentement du roi, du peuple et du clergé, pour gouverner ce diocèse conjointement avec celui de Noyon. Ces deux églises unies de la sorte furent gouvernées par un même évêque pendant plus de six cents ans, chacune conservant sa cathédrale et tous ses droits séparés. Médard fit l'admiration de l’une et de l’autre, par des vertus et des œuvres aussi merveilleuses que cette longue union, dont elles furent le solide principe. 11 mourut dans une extrême vieillesse, sous le règne de Clotaire, qui assista à ses funérailles, et fit transférer son corps près de Soissons, dans une terre qu’il consacra à la fondation du monastère qui porte encore le nom du saint.
Mais ce fut la sainte reine Radégonde qui donna les témoignages les plus affectueux de sa vénération et de sa reconnoissance à l'homme de Dieu, qu'elle regardoit comme son père en Jésus-Christ. Elle avoit été élevée dans le château d'Authies, au diocèse du saint évêque, qui le premier développa les heureux germes de la grâce dans cette âme pure, et visiblement prédestinée. Tous les attraits de la vertu empreints sur son front, une beauté qui avoit quelque chose de céleste , excitoient une sorte de vénération religieuse dans tous ceux qui la voyoient. Son origine étoit illustre, quoiqu'elle eût été réduite à la captivité dès sa tendre jsxrcse, Fille 41 roi de Thuringe, elle devint captive ‘: {''Licire, lorsque ce prince, avec le roi Thierri son frère, conquit les états de l'infortuné Thuringien. Mais tout enfant qu'étoit alors Radégonde, son vainqueur en fut épris au premier coup d'œil qu'il porta sur elle. Jusqu'à ce qu'elle fût en âge de devenir sa femme, il la mit à Authies, qui avoit élé une ville assez importante, à trois licucs de la
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DE L'ÉGLISE. (AN 533.) 38 capitale du Vermandois et qui n'étoit plus qu'un château renommé pour la salubrité de l'air et la beauté du paysage. Il l'épousa dès qu’elle fut nubile; mais il parut bientôt que deux cœurs si différents dans leurs penchants et leurs goûts , ne pouvoient trouver leur bonheur ensemble. L'assiduité à la prière , les œuvres de miséricorde et d'humilité, les austérités même, la haire et le cilice sous les ornements royaux ; telle étoit la manière de vivre qu'aiïmoit la reine, et qui dut paroître bien étrange à la cour de Clotaire. Aussi seplaignit-il, peu après son mariage, d’avoir épousé une religieuse plutôt qu'une princesse’. La sainte, de son côté, liée malgré elle à ce prinee voluptueux, souvent le pressoit pou qu il lui permît de se consacrer uniquement à Dieu. Enfis . comme il eut immolé sur de vains soupçons un frère de Radégomde, fait autrefois prisonnier avec elle, et le seul qui la consolât du massacre du reste de ses proches, elle redoubla ses instances, et obtint ee qu’elle demandoit.
Aussitôt elle se transporta vers son premier direen :r , le saint évêque Médard, etle pria de la consacrer à Dieu sans retardement. Des seigneurs français qui se trouvoient présents, en détournèrent l'évêque, pour faire leur cour 2% roi dont ils connoisseient la légèreté, et dont ils prévoyoiem les regrets. Jls lui firent même quelque serte de violence par meurs importunités, et le retirèrent de l'autel. Alors la génémuse prineesse passa dans la sacristie, s’y revêtit elle-même de l'halit religieux, puis revint à l'évêque, qui fut si touché de sa magnanimité et desa ferveur , qu'il la eonsacra sur-le- champpur l'imposition des mains. I} l’ordonna même diaconesse , nonobstant les canons du second concile d'Orléans, qui défendoient d'en ordonner davantage . mais qui n’étoient pas observés dans les états de Clotaire, dent les évêques n'y avoient point eu de part.
La sainte , après cela, distribua anx pauvres et aux autels ses joyaux et tous les ornements sous lesquels elle n’avoit cessé de gémir depuis qu’elle les portoit; ensuite elle alla au tombeau de saint Martin offrir ce qui lui restoit de plus précieux , et se relira dans une terre que le roi Iui avoit donnée sur les con-
1 Fortunat., Vit. S. Rad. 1 ce. 2.
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fins de la Touraine et du Poitou. Sa nourriture n'y fut que du pain bis et de l’eau, avec quelque peu de légumes. Depuis sa consécration jusqu'à la fin de sa vie, elle s'abstint constamment de viande, de poisson , d'œufs, et même de fruits, et ne but ni vin ni bière. Durant le carême, elle se tenoit recluse dans une cellule, où elle ne prenoit de nourriture que de quatre en quatre jours. À l'exemple de plusieurs saints, elle mouloit elle-même par humilité le grain qui lui étoit nécessaire, et faisoit aussi son pain parle même motif. Clotaire, comme on l'avoit prévu, se repentit d'avoir consenti si vite à la retraite de la reine , et pensa bien des fois à la faire revenir à la cour ; mais la sainte détourna par ses prières ce qu'elle redoutoit comme la plus funeste des infortunes.
Elle obtint même tout ce qu'il fallut pour bâtir un monasière à Poitiers, refusa d'y commander, et fit élire une autre abbesse à qui elle se soumit entièrement sans se réserver la disposition de quoi que ce fût. Les évêques de la province de T'ours étant assemblés en concile, elleleur écrivit pour le bon ordre et la stabilité de son monastère. Suivant l'esprit de la règle de saint Césaire d'Arles, le concile décerna que ces religieuses une fois établies ne pourroient plus quitter leur état; et que si quelqu'une étoit assez malheureuse pour se marier, l'épouse et l'époux sacriléges seroient excommuniés jusqu'à ce qu'ils se séparassent pour faire pénitence : preuve que dès-lors les vœux de religion faisoient une sorte d'empêchement dirimant au mariage. Ge fut pour ce monastère que le prêtre Fortunat composa l'hymne Vexilla Regis, en l'honneur de la vraie croix , dont la reine avoit obtenu de l'empereur Justin un morceau considérable, qu'elle vouloit exposer à la vénération publique avec la plus édifiante solennité,
Fortunat étoit Italien : mais ayant été guéri d’un grand mal aux yeux, avec l'huile d'une lampe qui brüloit devant un autel de saint Martin, il vintà son tombeau par reconnoissance, puis à Poitiers, près de sainte Radégonde, où il passa le reste de sa vie. On a conservé de cet auteur différentes poésies sur des sujets religieux et les vies de plusieurs saints; mais si ses vers ont du sentiment et assez d'harmonie, sa prose est pleine de rimes et d'antithèses affectées, dans le mauvais goût de son siècle.
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DE L'ÉGLISE. (An 533.) 389 Sainte Cloülde vivoit encore dans sa retraite de Tours, quand sainte Radégonde y arriva. Ainsi l'on vit tout à la fois deux femmes égaiement illustres et généreuses, sacrifiant à l'humilité de Jésus-Christ ce que le monde a de plus éblouissant. Leurs inclinations toutes pareilles souffroient également des désordres et des divisions qui régnoient dans les différentes branches de la maison royale. Childebert et Clotaire montroient à toutes les Gaules, que le crime n’est pas le nœud d'une solide alliance. Après le massacre de leurs neveux, ils se brouillèrent avec si peu de ménagement , que Clotaire ayant pénétré dans la Normandie, Childebert et son neveu Théodebert vinrent le surprendre, et le mirent à deux doists de sa perle dans la forêt de Routot , aù il avoit été réduit à se retrancher comme il avoit pu. Mais à la prière des deux saintes Le ciel ordonna visiblement d’une destinée qui les intéressoit avec tant de raison. Un furieux orage survenu tout à coup, porta la consternation dans l'âme des combattants les plus acharnés; et, ce qui est encore plus merveilleux, étouffa l'animosité dans le cœur des deux frères, qui parurent se réconcilier sincèrement 1. Telles étoient alors la plupart des entreprises de nos princes les uns contre les autres : il ne s'agissoit que d’amortir la première impétuosité de l’agresseur, pour faire manquer l'entreprise, en donnant aux sentiments de la nature le temps de se réveiller. 11 n’en fut pas ainsi des deux guerres qu'entreprit vers le même tempsl'empereur Justinien, et qui lui valurent deux couronnes ; celle de l'Afrique, enlevée aux Vandales après cent sept ans de possession, et celle de l'Italie, ou du moins de l'ancienne Rome, reprise aux Ostrogoths après une possession de quarante-trois ans. Le prétexte de la guerre d'Afrique fut la vengeance que Justinien prétendoit tirer de Gélimer qui avoit dépouillé Hildéric, trouvant trop long le règne de ce foible prince auquel il devoit succéder. Dès l'année 533, on fit passer de Constantinople en Afrique une flotte de cinq cents voiles , moins redoutable encore par le nombre et la grandeur des navires, que par le mérite du général Sélisaire qui les commandoit. L'empereur voulut