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398 (an 536.)
par-devant les juges séculiers, pour quelque cause que ce soit. Si des évêques de même province ont un différend ensemble , ils seront jugés par le métropolitain assisté des autres évêques de la province, et pourront en appeler au patriarche, mais non au-delà : ce qui ne doit s'entendre que des affaires civiles, comme il est clair par toute la suite de cette loi. Il en sera de même , si un particulier , clerc ou laïque, a une affaire contre son évêque. Le métropolitain ne peut être cité que devant le patriarche; les clercs et les moines, en matière civile, seront d'abord poursuivis devant l'évêque , et le juge du lieu exécutera la sentence, si les parties y acquiescent. Si l'une des parties réclame, pourvu qu'elle le fasse dans les dix premiers jours , le juge prendra connoissance de la cause, et le jugement qu'il rendra sera sans appel, s’il confirme la sentence de l'évêque. que s'ill'infirme, on pourra appeler en la manière accoutuméc. En matière criminelle, les ecclésiastiques peuvent être attaqués, ou par-devant l'évêque, ou par-devant le juge laïque, au choix de l’accusateur. Si l'on commence par le tribunal de l'évêque; après que l'accusé sera convaincu et déposé, le jnge séculier le fera prendre, et le jugera suivant les lois. Si l'on s'est d'abord 2dressé à ce juge, il communiquera le procès à l'évêque, dès que l'accusé aura été convaincu; et si l'évêque juge aussi l'accusé coupable, il le déposera canoniquement , afin que le juge le punisse selon les lois, S’il ne le trouvoit pas convaincu , il différeroit la dégradation , l'accusé demeurant en état. Dans cette conjoncture, l’évêque ct le juge feront chacun leur rapport à l'empereur.
Les détails précédents peuvent donner quelques notionssur l'article intéressant du concours des deux juridictions dans les procédures ecclésiastiques. Ce qui suit va nous présenter l’idée que les Grecs avoient encore de la dignité du pontife romain , et nous convaincre qu'ils n’avoient par prétendu y déroger dans ce qu'ils avoient fait à la fin du concile de Chalcédoine. Nous regardons , dit Justinien , les quatre conciles comme les saintes Ecritures; et suivant leurs réglements, nous voulons que le très-saint pape de l'ancienne Rome soit le premier de tous les prêtres. Le bienheureux archevêque de la nouvelle , ou de Constantinople, n'aura le premier rang qu'après le saint Siége apostolique.
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DE L'ÉGLISE. in 536 399
On aura peut-être été surpris de voir Justinien stwmer sur le droit d'intronisation des souverains pontifes, comme sur ceux des patriarches d'Orient. La raïson en est que cet empereur, alors maître temporel de Rome et de l'Italie, y exerçoit le même pouvoir de législation que dans le reste de l'empire. Bélisaire, chargé de la guerre des Goths, comme il l’avoit été de celle des Vandales, n'y eut pas des succès moins rapides. L'empereur, pour le rendre plus respectable aux Romains, en réveillant les idées de leur ancienne grandeur, l'avoit honoré da consulat, et l’avoit même créé seul consul : dignité qu'il abolit tout-à-fait par la suite. Ge général n'eut pas plutôt passé de Sicile dans le continent de l'ltalie, que toutes les villes de l'Abruzze et de la Lucanie se soumirent. La Campanie plia de même. Naples, munie d’une bonne garnison , se mit en devoir de résister : mais ayant été surprise par une partie des assiégeants qui s'y coulèrent de nuit par un aqueduc, elle essuya toutes les calamités d’une ville prise d'assaut. La terreur de cet exemple soumit les mocilleures places et les plus belles provinces !.
En vain Théodat espéra-t-il arrêter la défection, en confiant l'armée à Viligès, l’un de ses sujets qu'il se croyoit le plus affidé, et qui dans une condition médiocre avoit une haute réputation de valeur. L’infortuné roi comptait se l'attacher à jamais par une élévation supérieure à sa naissance, ct il ne fit qu'accélérer sa propre chute. Les Goths qui accusoient leur souverain de lâcheté, proclamèrent Vitigès en sa place. Théodat à cette nouvelle, s'enfuit vers Ravenne, mais il fut assassiné en chemin.
Rome n'en fut pas mieux conservée pour avoir changé de maître. Cette grande ville chassa la garnison des Goths, et se rendit à Bélisaire qu'elle avoit appelé en même temps; de telle façon que les Romains entrèrent par une porte, tandis que par Ja porte opposée tous les Goths s’'échappèrent avec précipitation, excepté leur nouveau roi qui préféra la captivité an déshonneur de la fuite. Ainsi la ville de Rome rentra-t-elle, sans effusion de sang , sous la domination des empereurs, le 10 dé-
1 Procou. Bell. Goth.
cembre 536, soixante ans après qu'elle avoit été prise par Odoacre, roi des Hérules et premier roi d’Italic. L'historien Procope dit que ce fut par les conseils du pape Silvère que Rome se rendit.
Il avoit été élevé au pontificat, au mois de juin de cette année 536, c'est-à-dire, environ deux mois après la mort de son prédécesseut Agapit , vers le temps où la nouvelle en avoit pu parvenir de Constantinople à Rome. L'autorité du roi Théodat avoit eu pour le moinis autant dé part à l'élection, que les suffrages du clergé, dont quelques membres refusèrent d'abord de reconnoître le notiveau pontife. Toutefois quand ils le virent ordonné, ils se soumirent à lui, comme à leur pasteur légitime. Soit donc en vertu de cette élection, soit par cette ratification unanime, Silvère étoit incontestablément le chef de l'Eglise, quand l'impératrice Théodore se mit en tête de lui substituer Vigile, diacre de l'Eglise romaine, et resté à Constantinople :.
1 Tout ce qu’on ratonte du pape Vigile, sur son élévation au pontificat , est trés-suspect, pour ne pas dire plus. Lors qu'il fut nommé, saint Silvère étoit sorti de Rome depuis cinq jours, et ses ennemis, maîtres de la ville et intéressés à le faire remplacer , durent laisser crnire qu’il ne vivoit plus, puisqu'il étoit, selon eux, convaincu d'un crime d'état ou d'intelligence avec Vitigès qui alors assiégeoit Bélisaire dans Rome. Rren donc d’extraordinaire daris la nomination de Vigile ( qui quatre ans plus tôt avoit déjà été désigné ) en la place de Silvère qu'on re devoit plus revoir et que dés-lors on pouvoit croire avoir été mis à mort. Ce qui vient à l'appui, c'est qu'il n°y eut aucune réclamation dans l'Occident et que son ordination ne fut nullement contestée. Quant à la prétendue convention avee l'impératrice, les événements démontrent le contraire : il débuta par frapper d'anathème Anthime et Sévère , c'est-à-dire les personnages qu'il eût été intéressé à ménager, d'abord pour tenir sa promesse, et ensuite pour n'être pas lui-même traité comme Silvère par l'implacable Théodora. Un fourbe, un simoniaque, un ambitieux , tel qu'on l'a dépeint, eût craint de déplaire à cette femme toute-puissante, et ne se füt pas fait scrupule de lui tenir parole, ( si cette parole eñt été donnée. ) Il faut donc que Visile ait été calomnié dans l'histoire ; ce qui d’ailleurs ne Jui seroït pas particulier. Or, on sait quels furent ses démélés avec les Grecs au 3.e concile général et à l'accasion des trois chapitres ; et on sait aussi que tous les faits qu’on lui impute reposent sur les accusations et les manœuvres des lérétiques acéphales et de ces Grecs qui, malgré leur crédit à la cour, ne purent le faire condescendre à tout re qu'ils désiroient. Lenrs calomnies ont servi de base aux premiers historiens, dont la critique n'éioit rien moins que sévère; et répétées de proche en proche, elles nous sont arrivées sous les dehors de l’histoire véritable. C'est ce qu'ont déjà reconnu de savants et laborieux critiques, qu'on nc sauroit
DE LEGLISE. (AN 536.) 401 rise par Elle l'avoit sondé, ei avoit cru découvrir en lui toutes Îes CEE ra qualités convenables au dessein qu'elle méditoit ; une passion ère que de s'élever à qui rien n'étoit sacré > une audace capable de tout
| tenter, eten même temps assez d'empire sur lui-même, ou assez de dissimulation, pour tromper tous les yeux ouverts sur la plus
Er | éruinente et la plus sainte dignité de l'Eglise, et pour en sauver disc toutes les bienséances par sa régularité extérieure:. L’impératrice | ! du roi l'ayant foit appeler ; lui proposa, avec tous les artifices de la sé- | ion, que duction, les vues qu’elle avoit sur lui. Elle lui dit qu’elle regar- | fusèrent duit comme une indignité dans l'Eglise, d’ÿ laisser le premier
5 quand mérite au rang subalterne ; qu'il falloit justifier cette estime par
eur pas- une grandeur de zèle et de courage, capable de faire triompher | soit par de l'ignorance et de l’adulation la vérité presque anéantie; qu l | Ébrent le etoit question de proscrire le concile de Chalcédoine, de s’unir | ten tête pour cela, et de communiquer avec les véritables évêques des
grands siéges, Anthime de Gonstantinople, Théodose d'Alexandrie et Sévire d’Antioche ; qu’à ces conditions, elle lui donneroit des ordres pour Bélisaire, et sept cents livres d’or, moyens qui étoient nécessaires dans les conjonctures présentes pour le bien de l'Eglise, et qui lèveroient infailliblement toute
t resté à
tificat , est > étoii sorti
éressés à le difficulté. C’est ainsi qu'elle coloroit l'attentat le plus odieux,
oit, selon
; assiégeoit soupçonner d'avoir entrepris de justifier ou de flatter le saint Siége. Voici ce qu'on de Vigile | lit, sur Vigile, dans l'Art de vérifier les dates :
qu'on re \ « Vigile, fils du consul Jean, et Giacre de l'Eglise romaine, ordonné le 22 no- ! rt. Ce qui »-vembre 339 , du vivant de Silvére: Jut reconnu pour pape legitime depuis son
t que son ordination ; quoiqu'elle füt contre les règles. La réputation de ce pape a beau-
tion avee » coup souffert; et n’est pas encore lavée ‘des accusations formées contre lui au
pper d'a- » sujet de son entrée sur le saint Siége, Ses différentes démarches , par rapport aux | intéressé à » trois fameux chapitres, qu'il a approuvés et condamnés à l'alternative , unt encore # lui-même » fait beaucoup de tort à sa mémoire, et lui ont attiré grand nombre d'ennemis. ‘à aque, un » Mais D. Coustant a demontre, dans une dissertation manuscrite qui est d ute-puis- » entre nos mains, gue tous les reproches fuits à ce pape n’ont d'autre fondee eût cté » ment que des lrttrés fabriquees sous son nor et envoyees en Italie par les ui d’ail- » acephales, lorsqu'il refusoit à Constantinople de condamner les trois chapitres,
avec les » dans la crainte de donner atteinte au concile de Chalcédoine. Il est parlé de ces #1 aussi que » lettres dans celle que le clergé d'Italie adressa aux ambassadeurs de France qui se ; Livres des » trouvoient à Const: antinople, pour leur recomimander ce pape, alors détenu pri-
e purent » sonnier en cette ville, C’est duns ces faux actes que Libérat., défenseur outre des i de base » trois chapitres depuis le 5.e concile , a puisé ( peut-être sans malice ) tout ce qu'il
répétées wraconte au désavantage de Vigile, Ain on Suit d'ailleurs que l’entree dns le réritable. » pontificat n'excita aucune plainte duns POccutent, » ic sauroit à Liber. Brev.c. 22. Chron. Marcel 556.
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4os (An 537.) HISTOIRE
et la simonie la plus criante employée à le faire réussir. L’smbiticux Vigile promit tout ce qu'on exigeoit, et partit aussitôt pour Rome, où il trouva Silvère, siégeant sans nulle inquiétude sur la chaire de saint Pierre. On proposa à ce pontife, de la part de l'impératrice, de rétablir Anthime sur le siége de Constantinople. On s’attendoit bien au refus, après une déposition si éelatante et si légitime de ce patriarche ; mais il falloit un prétexte pour troubler Silvère dans sa possession paisible, et peut-être pour faire agir Bélisaire, qui avoit toujours révéré la religion. Vigile alla sans retardement trouver ce général, lui remit les lettres de l'impératrice ; et pour surmonter plus aisément ses scrupules sur les sept cents livres d’or, il lui en promit deux cents. 1l économisoit habilement ses fonds, pour faire face de tout côté, et surtout pour donner quelques couleurs à son usurpation, en gagnant des voix dans le clergé.
L'affaire en étoit là quand on accusa le pape Silvère d’avoir écrit aux Goths pour leur livrer les remparts de Rome. L’accusation n'avait aucune vraisemblance. Tout le monde au contraire se persuadoit que c’étoit par les soins du pontife, que les Romains, appelés par la reine Amalassonte contre l'usurpateur des droits de la royauté, avoient chassé les Barbares de leur ville, qui, par le cours ordinaire de ces sortes d'événements, resta sous la domination de ceux dont on avoit imploré le secours. Il passoit même pour constant , que deux faussaires qu'on nommoit, avoient contrefait des lettres, dont on faisoit un crime d'état à Silvère, et que ses ennemis disaient avoir été adressées au roi Vitigèst. Mais il importoit à Bélisaire d'être crédule, ou de le paroître. Il fit néanmoins venir le pape au palais. Là, de concert avec sa femme Antonine, encore mieux initiée que lui aux intrigues de l'impératricz , il dit secrètement à Silvère, qu'il y avoit un moyen de sortir de ce mauvais pas ; qu'il falloit pour cela renoncer au concile de Chalcédoine, et approuver par écrit la croyance contraire. Au sortir du palais, le pape communiqua aux personnes de sa suite ce qu'on venoit de lui proposer, puis se retira daus l’église de Sainte-Sahine,
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DE L'EGLISE. (AN 537.) 403 comme dans un asile inviolable : mais on trouva moyen de le surprendre, et il fut arrêté. Dès le lendemain, Bélisaire assembla les prêtres, les diacres, tout le clergé romain, et leur ordonna d’élire un autre pape. Les uns résistoient, les autres paroissoient chanceler, soit qu'ils crussent en effet que la puissance royale avoit eu la première part à l'élection de Silvère , soit plutôt que l'or de Vigile, en les corrompant, leur fit prétexter de mauvaise foi ce motif spécieux. Quoi qu'il en soit, la tentative réussit, et Vigile fut ordonné pape le 22 novembre 537. Alors Bélisaire pressa le simoniaque de lui payer ses deux cents livres d'or, et d'accomplir la promesse faite à l'impératrice.
Quant au pape Silvère, il avoit été envoyé de suite à Patare en Lycie. Mais l'évêque du lieu, dans la première horreur d'un attentat inouï jusque-là parmi les fidèles, alla trouver à Constantinople Justinien , qui ne savoit rien des ordres donnés à Bélisaire par l'impératrice, et le menaça des jugements du Fils de Dieu outragé dans son vicaire. L'empereur commanda que Silvère füt par provision reconduit à Rome ; qu'on fit une information en règle de la conspiration dont il étoit accusé; que si l’on en trouvoit des preuves certaines, il iroit habiter quelqu’autre ville, toujours dans la possession des droits du pontificat, et que si l'accusation étoit mal fondée, il seroit rétabli dans le lieu et avec tous les honneurs de son siége, On dit que le diacre Pélage, qu'Agapit, rualheureux dans le choix de ceux qu'il honoroit de sa confiance , avoit laissé en qualité de légat à Constantinople, empêcha de tout son pouvoir que la volonté de l'empereur n'eût son effet, et que Silvère ne retournât à Rome, Mais quels qu'aient été les agents de la cabale, l'ordre du prince fut néanmoins exécuté, et Silvère reconduit à Rome.
Vigile n'abandonna point pour cela le fruit de ses crimes. Continuant d'intéresser Bélisaire : Faites remettre Silvè en mon pouvoir, lui écrivit-il., sans quoi je ne me crois plus obligé à vous faire corapter ce que je n'ai promis qu'à cette condition. Silvère fut donc livré aux gens de Vigile, qui le menèrent par son ordre dans l'île de Palmarie, et l'y resserrèrent étroitement. La liberté avec laquelle il condamne
404 (An 538) HISTOIRE dans son exil le profanateur de sa chaire, et les témoignages du profond respect qu'il y recut des plus dignes évêques , ne servirent qu'à lui attirer des traitements plus indignes. Enfin la cruauté alla jusqu'à le faire périr de faim et de misère, non d'une manière précipitée qui eût fait donner à ses persécuteurs le nom de bourreaux, mais avec un artifice perfide et d'autant plus iohumain, qu'il fut prolongé plus long-temps : car on attribue deux ans à la durée de son pontificat, et par conséquent à sa persécution, qui commença peu de mois après
u'il fut sur son siége, et ne finit qu'avec sa vie, le 20 juiliet 538 r.
Alors Vigile, en exécution de ses engagements sacriléges , écrivit à Théodose d'Alexandrie, ainsi qu'aux évêques déposés de Constantinople ct d'Antioche, Anthime et Sévère, .confessa la même foi qu'eux, en leur recommandant de n'en rien divulguer, et d'affecier au contraire de la défiance par rapport à lui. C'est ainsi qu'il ménageoit le parti de l'impératrice , pour se maintenir dar ‘à possession du saint Siége. Mais tandis qu'il flattoit les hérétiques , et témoignoit secrètement qu'il pensoit comme eux, il professa publiquement la foi orthodoxe, et en donna le témoignage le plus authentique à l'empereur. Le patriarche de Constantinople, selon la coutume, avoit envoyé sa profession de foi au nouveau pape, qui étrangement embarrassé par la disposition diverse des esprits , ne se pressa point de répondre, Ces tergiversations, jointes à quelques bruits sourds de ses liaisons avec les schismatiques , donnerent de l’ombrage à Justinien, qui en écrivit à Vigile de telle manière, que le pontife ne pouvoit se dispenser d'exposer sa croyance.
llloua dans sa réponse le zèle et la foi de l'empereur, ét déclara que la sienne n'étoit autre que celle de ses prédécesseurs Célestin, Léon, Hormisdas, Jean et Agapit; qu'il recevoit, avec les quatre conciles, la lettre de saint Léon, et anathématisoit tous ceux qui croyoient le contraire, en particulier, Sévère, Pierre d'Apamée, Anthime, Théodose
1 Toute cette histoire est racontée d'après Libérat de Carthage, qui l'écrivoit luimême d'après les faux actes ou les fausses lettres de Vigile à ces acéphales. Voir {a note, p. 400.
Ignagcs ues , ne . Enfin €, non cuteurs l'autant car on ar conis après , le 20
riléges , ues dé- Sévère, de n’en nce par le l'imit Siége.
it secrèment la entique selon la
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iales. Voir
DE L'ÉGLISE. (An 5jn.) 40û d'Alexandrie, et le moine Zoare. Il ajouta que tous ces novateurs étant déjà suffisamment condamnés, il n'avoit pas cru nécessaire d'écrire là-dessus à Mennas'. Pour lever tout soupçon à ce sujet, il écrivit enfin à ce patriarche dans le même goût qu’à l'empereur2. En un mot, le pape, dès qu'on: put lui donner justement ce titre, c'est-à-dire , depnis la mort de Silvère, non-seulement parut orthodoxe, mais donna lieu de croire qu'il avoit repris des sentiments beaucoup plus dignes qu'auparavant de la place qu'il occupoit. Certains auteurs prétendent qu'il se démit du pontificat, jusqu'à ce qu'il lui eût été conféré légitimement dans une nouvelle élection : prétention très-gratuile, et dans le fond parfaitement inutile. Mais il est constant qu'on lui vit prendre l'alarme sur ce qu'il présumoit pouvair nuire aux saints conciles, montrer au moins par intervalle beaucoup de courage et de résolution, et soutenir assez constamment une persécution, qui fut regardée comme le châtiment de sa première conduite.
Ce fut principalement sur Bélisaire que le Seigneur punit l'énorme attentat commis contre le chef de son Eglise. Malgré ses lumières, les reproches de sa conscience et sa magnanimité naturelle, il s’étoit fait l'instrument des passions d'autrui ; et tandis que les Goths ariens épargnoient religieusement l'église de Saint-Pierre, située hors des murs de Rome qu'ils assiégeoient, il en avoit traité le successeur avec une cruelle impiété. La vengeance divine ne tarda pas longtemps à éclater. Le général romain fit encore lever le siége de Rome; il vint même assiéger Vitigès dans Ravenne, engagca ce prince à se rendre, et l’envoya à Constantinople, où, de roi, il fut réduit à la condition de patrice, Mais ces succès étonnants, et par leur importance et par leur rapidité, ne lui éloient accordés par l'Arbitre suprême de nos fortunes et de nos revers, que pour contraster d'une manière plus frappante avec l'humiliation de ses dernières annces.
À la nouvelle de la captivité de Vitigès, les Goths élurent
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l'un après l’autre plusieurs rois, dont ils ne furent pas contents, puis enfin Totila, qui rétablit leurs affaires, Déjà Bélisaire avoit été rappelé d'Italie, sur des soupçons donnés à Justinien, comme si son général eut pensé à se faire empereur d'Occident. Il l'envoya contre les Perses, qui,sous leur roi Cosroës, faisoient des ravages effroyables en Mésopotamie et en Syrie. Antioche, après une infinité d'autres places, fut prise d'assaut, et tellement ruinée, que Justinien, en la rétablissant dans la suite, ne put jamais lui rendre son premier lustre, ni sa première grandeur. Bélisaire ne répondit point aux grandes idées qu'on avoit conçues de lui. Tout ce qu'il fit de remarquable en Orient , ce fut d'emporter un poste qui lui ouvrôit un champ avantageux. Mais il le perdit presque aussitôt, et les Perses s'avancèrent de toutes parts avec une audace insolente , tandis qu'une morne et lâche terreur sembloitengourdir les Romains , qui se laissèrent ruiner en détail, et perdirent les deux tiers de leur armée dans une obscure et déshonorante inaction!,
Les choses n'alloient pas mieux en Italie. L'empereur fit repasser Bélisaire sur ce théâtre, si glorieux peu auparavant pour ce guerrier, Mais ce n'étoit plus le même homme ou le mème bonheur.
lotila reprit Ravenne presqu'à la vue de ce capitaine renommé , el il emporta Rome d'assaut. On fit à Bélisaire le mème crime de ses malheurs, qu'autrefois de sa fortune, Pour comble de disgrâce, les intrigues de cour se mirent de la partie. Pendant cinq ans consécutifs, on le laissa en Jtalie sans lui envoyer ni troupes ni argent. Ce qu'il en avoit se consuma sans rien faire, et il fut réduit à revenir à Constantinople avec les restes délabrés d'une armée, qui au lieu de l'admiration n'excitoit plus que la pitié. La cominisération des citoyens ne fit qu'augmenter les soupçons de l'empereur, qui plus d’une fois s'éloit montré jaloux de sa gloire. Et sur l'accusation d'être entré dans une conspiration, où se trouvoit impliqué un de ses domestiques, Bélisaire passa les cinq dernières années de sa vie dans une entière disgrâce et privé
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DE LÉGLISE. (AN 540.) 407 de tuutes ses dignités; humiliation bien assez grande pour le triomphateur de Gélimer et de Vitigès, et preuve assez éclatante de l’inconstance de la fortune, sans qu'on ajoute foi aux récits de quelques auteurs sur la fin de sa vie, récits dont le sujet (Bélisaire aveugle et mendiant) n'est connu que depuis le 11.° siècle.
Justinien avoit une démangeaison plus grande que jamais de se mêler des choses de religion. Les affaires des acéphales ne furent pas terminées, qu'il entreprit les origénistes. Leurs dogmes bizarres, quitenoient autant de l’extravagance que de l'hérésie, à la faveur du calme et du désœuvrement, s'étoient fortement enracinés dans les têtes foibles et les imaginations exaltées des faux contemplatifs. Du vivant de saint Saba, plusieurs moines de son observance s’étoient prévenus en faveur de ces erreurs surannées, à qui l'on rendoit un air de nouveauté, en les reproduisant sous de nouvelles formes. Mais le respect du saint abbé empêcha qu'on ne fit du bruit pendant qu'il vécut, On ne garda plus de mesures après sa mort. Parmi les moines des diverses communautés, la fermentation divisa tellement les esprits, que ceux de la petite laure, bâtie en dernier lieu par saint Sabas, et fort infectée de l'origénisme, prirent la résolution de détruire la grande, d'où l'an venoit de chasser environ quarante de ces perturbateurs. Pleins de fureur et de précipitation, ils s'arment tous ensemble de pieux et de leviers, entraînant à leur suite des troupes auxiliaires de paysans, et marchent à la grande laure, comme à une citadelle, dans le dessein de n'y pas laisser pierresur pierre. Mais quoique ce füt au milieu du jour, ils furent enveloppés d’un brouillard si épais, qu'ils ne voyoient pas leur chemin, et qu’errant toute cette journée et la suivante, ils se trouvèrent le lendemain , auprès d'une autre habitation de solitairest. Cet incident fut pris pour un miracle, et attribué aux prières de saint Sabas, qui sauvoit ainsi son école de la fureur même de ses disciples. Mais l'empereur n’en fut pas moins irrité. Il résolut la perte des origénistes, et dressa une longue déclaration, où il exposa les erreurs attribuées à Origène, pour les faire proscrire sévèrement.
1 Vit S. Sab. p. 366.
Nous voyons par cette piècer, qu'elles consistoient en grande partie à nier l'éternité des peines de l'enfer. Après un certain temps, selon les origénistes, la punition de tous les méchants esprits, tant hommes que démons, devoit finir, Jésus-Christ, suivant eux, devant être crucifié pour les démons comme il l'a été pour les hommes, et toutes les intelligences devoient être enfin rétablies dans leur premier état, c'est-à-dire, dans l'état d’esprits purs : car les substances raisonnables, dans ce système, et en particulier les âmes humaines, préexistantes à leurs corps, y avoient été renfermées comme en des prisons, pour s'être dégoûtées dela contemplation divine, et s'être tournées au mal. L'âme de Jésus-Christ même, ajoutoit-on, existoit avant que d’être unie au Verbe; comme son corps, avant son unionavec son âme et avec le Verbe, avoit élé formé au sein de la Vierge. Sur la nature et la puissance de Dieu, on débitoit de vrais blasphèmes, en mettant de l'inégalité entre Jes personnes divines, et une sorte de proportion continue de l'homme au Fils de Dieu, et du Fils de Dieu à son Père. On bornoit la toute-puissance divine à ne pouvair faire qu'un certain nombre d’esprits, ainsi qu'une quantité déterminée de matière. On disoit les genres et les espèces coéternels à Dieu, qui n’avoit jamais existé sans créatures, et pour comble d'absurdité, on soutenoit que les cieux et tous les astres étoient animés par des âmes raisonnables, parce qu'étant de figure ronde, qui est la plus parfaite, ils surpassoient en perfection toutes les autres créatures. Par la même raison, les corps humains devoient prendre cette figure en ressuscitant.
Justinien commanda au patriarche Mennas d’assembler tous les évêques qui se trouvaient dans la capitale, et de les obliger d’anathématiser par écrit Origène avec ses dogmes, et spécialement les articles ci-dessus énoncés; puis d'envoyer des copies de tout ce qui auroit été fait sur ce sujet, à tous les autres évêques et à tous les supérieurs des monastères, afin qu'ils souscrivissent l'anathème. Qu'à l'avenir, ajoutoit l'empereur, on n'ordonne, ni évêque, ni abbé, qu'il n'ait anathématisé Origène avec tous les autres hérétiques qu'on a coutume de
LTom, v Conc p. C3 ete, = 2 Ibid. 670.
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DE L'ÉGLISE. (AN 544.) 409 condamner. Il avertit enfin Mennas, que la même déclaration a éé envoyée aux autres patriarches et au souverain pontife, Elle fut effectivement portée el souscrite dans tout l Orient, aussi-bien qu'à Constantinople.
En Palestine, les moines origénistes témoignèrent un dépit furieux. Les disciples hérétiques de saint Sabas se séparant aussitôt de la communion de ceux qui étoient orthodoxes, désertôrent la petite laure, où tous les frères n'étoient pas du même parti, et ils demeurèrent en plein air au milieu de la campagne, Mais ils se pressèrent d'implorer Théodore, archevêque de Césarée, qui étoit leur principal appui, et qui se trouvoit pour lors à Constantinople. Il avoit été moine luimême dans la nouvelle laure de saint Sabas, et il y étoit parvenu au titre d'exarque ou visiteur. Mais étant allé à Constantinople , sous prétexte de défendre le concile de Chalcédoine, avec un autre abbé origéniste comme lui, nommé Domitius, ils s’insinuérent si bien à la cour, et y acquirent tant de crédit, qu'ils devinrent tous les deux évêques métropolitains , Théodore de Césarée en Cappadoce, sa patrie, et Domitius d'Ancyre en Galatie. L'intrigant Théodore conseilla par écrit aux moines schismatiques d'aller pied à pied, et de se borner pour le moment, à obtenir du patriarche de Jérusalem, que pour la consolation de leurs âmes, il déclarât nnl, généralement ct sans explication, tout anathème qui n'est point agréable à Dieu. Le patriarche Pierre,qui pensoit bien, rejeta d'abord cette demande singulière, à laquelle néanmoins il ne voyoit pas grand inconvénient : mais enfin, soit mauvaise politique, soit espérance de rapprocher les esprits, il fitla déclaration qu'on désiroit. On vit bientôt que la condescendance n'étoit pas le vrai moyen de ramener ces apostats hérétiques, Les plus modérés d’entr'eux, qui déjà étoient rentrés dans la laure, ne gardèrent plus eux-mêmes aucune mesure, et se mirent à dogmatiser, non-seulement avec leurs frères, mais dans toutes les habitations voisines. Bientôt ce zèle effréné se changea en haine contre ceux qui ne les écoutoient pas, et surtout contre leurs confrères. S'ils rencontroient quelques moines orthodoxes, ils les insultoient publiquement, les nommoient sabaïtes, en dérision de leur saint instituteur, et donnoient
41o (An 544.) HISTOIRE quelquefois de l'argent à la populace pour les faire maltraiter.
Cependant les moines catholiqu:s, qui faisoient le plus grand nombre, ne se laissèrent point ébranler; mais ils perdirent de vue la profession humble et mortifiée qu'ils exerçoient. Sans réfléchir que le courage militaire et religieux ne sont pas moins différents que le casque et la haire, ils mirent leur gloire, non à souffrir, mais à repousser la violence. 11 y avoit près du Jourdain une colonie de moines thraces, qui, malgré le changement du climat et la sainteté de leur profession, conservoient la rudesse d'humeur avec la taille et la force ordinaire anx gens de leur pays. Ils se persuadèrent qu'ils n’en pouvoient faire un meilleur usage, qu’en prêtant mainforte aux zélateurs de la saine doctrine, Ils accoururent par détachements, etles plus fervents faisoient consister leur religion à arriver les premiers. On se disposa aussitôt à en venir aux mains, Toutefois les orthodoxes, qui n'oublioient pas tout-à-fait l'Evangile et ne vouloient pas être les agresseurs, attendoient assez tranquillement dans l'hospice de la grande laure. Leurs ennemis moins scrupuleux, insultant à ce qu'ils traitoient de Jâcheté, vinrent en foule pour forcer ce poste avancé. Déjà ils rompoient les barreaux des fenêtres , et charseoient à coups de pierres leurs antagonistes, quand l'un des moines thraces , nommé Théodule, perdant patience et s’armant d’une pelle qui lui tomba sous la main, fil une sortie sur les assiégeants, avec une démarche et d'un air si résolu, qu'il les dissipa lui seul, quoiqu'ils fussent environ trois cents. On dit que brave de sang froid, et parfaitement maître de son courage, il eut attention à n'en blesser aucun. Mais on ne le vaya point de retour : il reçut un coup de pierre, dont il mou- ; ul peu de jours après!.
Les schismatiques s’attendoient bien que le bruit des vio- Jences dont ils étoient les auteurs parviendroit tôt ou tard aux oreilles de Justinien. Ils s’efforcèrent au. moins de tirer parti de leur éloignement de Constantinople; et ils réussirent, toujours par l'adresse et le crédit de T'héodore de Cappadoce, a
U Vit. S. Sab, p. 366,
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DE L'ÉGLISE. (An 546.) 4ut gagner un temps suffisant pour pervertir le grand nombre des moines. Le supérieur de la grande laure étant mort dans ces conjonctures, ils en élurent abbé un origéniste nommé Georges, qu'ils mirent en possession à main armée. Alors saint Jean le Silencieux, si renommé par son amour de la retraite et du recueillement, ne fit point de difficulté de quitter la cellule où il étoit comme enseveli depuis long-tems, et se retira au mont des Olives, préférant à toute autre considération la sûreté de sa foi, ou l'édification publique : son exemple eut beaucoup d'imitateurs parmi ses plus dignes confrères.
Cependant l'évêque hérétique de Césarée sentoit que les succès de sa faction ne portant que sur Ja violence et le manége qui en déroboit la connoissance à l'empereur, ils ne
ourroient être de longue durée. Prenant donc ce prince par son foible, c'est-à-dire, par son penchant à se mêler des affaires de religion, il lui mit en tête de condamner Théodore de Mopsueste. Par là , il ne faisoit pas seulement diversion, mais il vengeoit directement Origène, contre qui Théodore avoit beaucoup écrit, et il s'imaginoit porter le plus terrible coup au concile de Chalcédoine, qu'il disoit avoir approuvé Théodore, quoiqu'on s'y füt contenté de ne pas le condamner. Ainsi satisfaisoit-il à tous ses méchants desseins à la fois, étant en même temps acéphale et origéniste. Il avoit d'autant plus de complaisance à flétrir la mémoire de Th#odore de Mopsueste, mort depuis long-temps, qu'il espéroit tourner contre les orthodoxes leurs propres armes, je veux dire la méthode qu'ils venoient d'accréditer par la condamnation d'Origène, de ne pas épargner les morts. Ayant communiqué le gros de ses vues à ses partisans, et plus en détail à l'impératrice, la grande protectrice des schismatiques, il se fit introduire chez l'empereur, dans un moment où ce prince étoit plus occupé que jamais des moyens d'abattre les acéphales. Seigneur, lui dit-il, rien n'est plus facile que de dissiper les vréventions de tant de personnes : ce qui leur fait peine ans le concile de Chalcédoine, c’est l'éloge de Théodore de Mopsueste, et le témoignage de catholicité rendu à la lettre d'Îbas, qui est entitrement nestorienne. Faites condamner Théodore avec cette lettre, et le concile n'ayant
412 (An 546.) HISTOIRE
plus rien qui les arrête, ils le recevront en tous ses points : c'est ainsi qu'en peu de temps votre majesté peut rendre tant de dignes enfants à l'Eglise, et s'acquérir à eile-même une gloire immortelle.
Le piége eût été visible pour l'homme du plus médiocre savoir, puisqu'on y donnoit lieu de présumer qu’un concile œcuménique, déclaré par l'empereur même aussi infaillible que les divines Ecritures, avoit approuvé des erreurs capitales, Mais combien n’a-t-on pas vu de personnes éclairées en tout autre matière, faire les bévues les plus inconcevables en fait de religion ? La présomption ce Juslinien le rendit la dupe de Théodore et des acéphales. Hs le plongèrent dans les plus grands embarras, en lui faisant faire le personnage d’arbitre de la foi et des conciles, et en l'engageant à publier une condamnation dogmatique contre les écrits qui sont devenus si fameux sous le nom des trois chapitres. © est ainsi qu’on désigna les ouvrages de Théodore, ancien évêque de Mopsueste, da fameux Théodore de Cyr, contre les douze anathè:1es de saint Cyrille, et la lettre d'Ibas, évêque d'Edesse, à un Perse nommé Maris. IL arriva tout ce que Théodore de Césarée avoit prévu. Quand l’empereur se fut une fois engagé, il eut honte de reculer, et ne fit qu'aller en avant , au risque de tout confondre et de tout renverser. H prit grossièrement le change, oublia les acéphales qu'il abhorroit uniquement, et ne s'occupa plus qu'à poursuivre les trois chapitres, qui méritoient sans doute l'animadversion de l'Eglise, mais qui ne la méritoient pas seuls.
On vit bientôt paroître un écrit bizarre, composé par Théodore , et revêtu du nom de l’empereur. C’est tout à la fois un ouvrage théologique et un rescrit impérial, une profession de foi et un jugement dogmatique , aussi décisif dansles termes et aussi absolu dans le fond que celui des conciles. Les anathèmes y sont prodigués, même contre les personnes mortes en paix dans le sein de l'Eglise, quoique le pouvoir d’en porter de cette nature fût encore une question très-délicate, et jusquelà réputée indécise. On obligea néanmoins tous les évêques à souscrire, et il yen eut un très-grand nombre qui eurent la foiblesse de le faire, moins coupables dans la réalité, que dans
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Jeur conscience prévenue que c’étoit donnératteinte au concile de Chalcédoinet.
Le patriarche Mennas eut lui-même la complaisance de signer, après en avoir d'abord fait difficulté, et représenté que c'étoit contrevenir au saint concile. Etienne, légat du pape à Constantinople , depuis que Pélage en étoit reparti pour Rome, fit de vifs reproches à ce prélat,d’autant moins excusable, qu'il avoit promis solennellement de ne rien faire sans le saint Siége. Ïl répondit au légat, qu'il n’avoit souscrit que sous promesse confirmée par serment, qu'on lui rendroit sa souscription et qu'elle seroit censée nulle, si l'évêque de Rome ne l'approuvoit pas3. Mais Pélage, avec un très-grand nombre de prélats zélés, ne laissa pas de se séparer de commanion, tant de ce patriarche que de tous ceux qui communiquoient avee lui, jusqu'à ce qu'ils eussent donné satisfaction.
L'empereur sentit que les difficultés et les troubles ne feroient qu'’augmenter, tandis que le souverain pontife n’auroit pas prononcé. Il écrivit avec instance au pape Vigile de venir à Constantinople , sous prétexte que sa présence étoit nécessaire pour l'intérêt capital de toute l'Eglise. Vigile partit d’autant plus volontiers, qu'il prétendoit de son côté engager l'empereur à envoyer du secours en ftalie, contre les Goths qui reprenoient le dessus de toute part, Mais au lieu de s’appliquer comme autrefois aux soins de la guerre ,.au maintien des lois, etaux autres affaires dont il étoit surchargé, Justinien commencoit àse couvrir de honte ou de ridicule , en nes’amusant plus qu’à des conférences doctrinales, à de vaines disputes de controverse et de dialectique; en sorte qu'un certain Acace, qui conspira contre lui, s’appcsantissoit principalementsur ce travers, pour le rendre mébprisable aux autres conjurés. Il est, disoit-il, perpétuellement assis dans un cabinet , pourordonner ce qu'il n’entend pas : au lieu d'officiers et de gardes, on le trouve bien avant dans la nuit entouré de vieux évêques , feuilletant les livres de religion par une curiosité insatiable, et se perdant dans des spéculations chimériques sur l’Etre divin.
Le pape étoit encore en route, que le prince l’exhorta par
1 Tom. v. Conc. p. 513, —- 2 Facund, 1v. ce 3,
414 (ax 550.) HISTOIRE de nouvelles lettres à garder la paix avec le patriarche Mennas et les évêques qui avoient suivi son exempler. Sitôt que Vigile fut arrivé, l'empereur le pressa de condamner lui-même les trois chapitres; et comme il résistoit, Justinien marqua tant de violence, que le pape s'écria publiquement dans une assemblée nombreuse : Sachez qu'en tenant Vigile captif, vous ne tenez pas Simon-Pierre, et que les craintes de l'homme ne me feront pas trahir les devoirs du pontife2. Quelque temps après néanmoins, il donna sa première décision, qu'on nomma son jugement , ou son prononcé. C’est une condamnation des trois chapitres, sans préjudice du concile de Chalcédoine, et à la charge que personne n’agiteroit plus ces questions , ni de vive voix, ni par écrit.
Ce décret déplut aux deux partis, aux ennemis des trois chapitres ou aux acéphales , à cause de l'hommage qu'il rendoit au concile de Chalcédoine, et aux défenseurs des chapitres, même à ceux qui, sans en approuver la doctrine, en jugeoient simplement la condamnation dangereuse dans les circonstances où l’on se trouvoit. Il se répandit des bruits trèsdésavantageux sur cette première déclaration de Vigile, parmi les évêques de l'Illyrie, de l'Afrique, et jusque dans les églises des Gaules, où deux diacres de sa suite et de ses plus intimes confidents écrivirent contre lui. Le pontife, alarmé de ces nouvelles, qu'il eut le temps d'apprendre pendant le long séjour qu'on le contraignit de faire à Constantinople, proposa à l'empereur de rassembler les évêques de toutes les provinces, au moins cinq ou six de chacun, pour régler, d’un commun consentement, une affaire qui devenoit si importante d'autant plus que le dangereux évêque de Césarée ne paroissoit pas encore satisfait, Je ne saurois me résoudre, dit Vigile au prince , à prendre sur moi seul ce qui paroît , dans les préjugés de plusieurs, nuire à l'autorité du saint concile de Chalcédoine, et scandaliser extrêmement les foibles. Justinien lui promit que, sans nul égard à ce qui avoit été fait jusque-là, on examineroit en concile ce qu'il falloit faire, et qu’on inviteroit principalement les prélats les plus choqués de ce qui
1 Fac. ibid, — 2 Ad Leg. p. 407.
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DE L'EGLISE, An (551.) 415 s'étoit passé; mais surtout que jusqu à la décision du conaie, qui que ce soit n'entreprendroit rien au sujet des trois chapitres. Cette convention entre les personnes augustes du pape et de l'empereur eut encore pour témoinsles personnes les plus considérables des deux partis , tous les grands de la cour, etle sénat en corps. Elle n'en fut pas mieux observée,
Au préjudice de la surséance accordée avec tant d'appareil, on recommença aussitôt après cet accord , à exiger du pape qu'il condamnäât les trois chapitres, avec les évêques de la Grèce, si les autres n'en vouloient rien faire. Vigile refusa , et Théodore de Gésarée fit de nouveau publier le fameux édit fait en premier lieu, autant par lui que par l'empereur. 1] poussa l'audace jusqu'à le faire afficher publiquement à la maison de Placidie, où le pape étoitlogé, 11 se porta à plusieurs autres excès également contraires aux conventions arrêtées et à l'ordre hiérarchique. Alors Vigile ne voulut plus communiquer avec ce factieux novateur, ni même lui parler, et Justinien en conçut une telle colère, que le pape fut réduit à chercher sa sûreté dans l’église de Saint-Pierre. Pour l'en tirer de force, on envoya la troupe employée d'office à la poursuite des malfaiteurs. Les satellites entrèrent dans le saint lieu , l'épée nue et l'arc bandé. Le pape se mit sous l'autel, et s'entrelaça des bras et des jambes dans les piliers qui en portoient la table. On écarta brutalement, en les traînant par les cheveux, les diacres et les autres ecclésiastiques du cortége du pontife, qui environnoient l'autel et lui servoient comme de barrière, puis on se mit en devoir de l'en arracher lui-même, ea le tirant par les pieds, par les cheveux et par la barbe, Mais comme il résistoit de toute sa force, et qu'il étoit grand et robuste, on rompit quelques piliers sans le faire céder. Alors le peuple qui étoit accouru à cet étrange spectacle, quelques-uns même des soldats de la troupe, indignés de la violence des autres, poussérent des cris tout semblables à un commencement de sédition 1.
L'officier qui commandoit l'expédition crut ne pouvoir mieux faire que dechercher sonsalut dans la fuite. La cour même fut épouvantée, fit succéder la négociation à la violence; et
'Theoph. an. 20, p. 192.
l'on fit tant auprès du pape, par promesses et par serments, qu'on l’engagea à vetournerà son logis ordinaire. Il n’étoit pas sans inquiétude en quittant son asile ; mais il crut encore moins risquer, en faisant de bonne grâce ce qu'il sentoit que la puissance souveraine, dans un moment ou dans un autre, lui feroit faire de force. Toutes les paroles qu'on lui avoit données furent observées à la manière accoutumée de ces Grecs, et l'indignité fut portée jusqu'à maltraiter le pape en personne, et plus indignement encore les évêques de son parti. Plus il se plaignit, plus il réclama la foi des serments, et plus les mauvais traitements augmentèrent. Enfin il s’aperçut que l'on gardoit toutes les avenues du palais où il étoit logé, et même avec si peu d’égards, qu'on entendoit de son appartement les cris des soldats. Dans cette extrémité, il se déroba pendant la nuit, franchit un mur, et dans les j'lus grandes rigueurs de l'hiver, deux jours avant Noël, avec des peines infinies et non moins de périls, il s'échappa de Constantinople et se réfugia au-delà du Bosphore, dans l'église de Sainte-Euphémie de Chalcédoine, où s’étoit tenu le concile qu'il défendoit contre les acéphales.
Justinien entreprit encore de le faire revenir, et lui envoya une députation des seigneurs de sa cour les plus qualifiés, le fatmeux Bélisaire à la tête. Le pape répondit très-décidément qu'il ne sortiroit pas de Sainte-Euphémie, à moins que la cause de l'Eglise ne fût terminée comme il convenoit : qu'il n'avoit que faire de serments tropsouvent vivlés, quesans cesgaranties insuffisantes , il reviendroit dès qu'on auroit rétabli les choses dans l'ordre naturel , et levé le scandale qui désolait le troupeau de Jésus-Christ. Là. dessus il exposa d'un ton pathétique tous les maux arrivés depuis quel'empereur, usurpantles droits du sacerdoce par l'impulsion d'un évêque schismatique, avoit donné son édit doctrinal sur les trois chapitres. En finissant : Ministres illustres et religieux, dit-il aux députés, allez, je vous en conjure par le redoutable jugement du Maître éternel, alles, et dites de ma part à celui qui n'est maître que pour quelques moments : Vous vous chargez d'un énorme péché, en prenant confiance aux ennemis déclarés de l'Eglise, parti-
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DE L'EGLISE, (Au 552.) 417 cülièrement à Théodore de Césarée. Ces paroles prononcées avce véhémence produisirent leur effet : on donna satisfaction à Vigile, au sujet de Théodore et de ses partisans; ils lui adressèrenit une profession de foi, où pour conserver l’unité ectlésiastique; disoient-ils, ils recevoient les quatre conciles gé-
inéraux , de Nicée, de Constantinople, d'Eplièse et de Chal-
cédoine, et s'éengagcoientàsuivre iniviolablement tout ce qu'ils avoïent décidé du consentement des lépats du saint Siége, par lesquels les papes y avoient présidé chacun en leur temps : preuve des plus remarquables que les papes avoient en effet présidé; par leurs représentants, à tous les conciles généraux, et que les Orientaux n’en doutoient pas.
Cette profession de foi fut aussi donnée par Mennas de Constantinople, et c’est la dernière action ue nous sachions de lui. 11 mourut peu de temps après, ayant ainsi pleinement réparé le scandale de ses liaisons avec des schismatiques artificieux, qui, en s'exprimant comme lui; pensoient bien différemment. Il avoit, avec de grandes vertus, des initentions droites, et un véritable amour pour l'Eglise qui le compte entre les saints.
Il arriva de son temps un miracle trop éclatant et trop bien attesté pour être passé sous silence. C'étoit une ancienne coutume à Constantinople, où elle dura au moins jusqu'au quatorzième siècle, de faire venir les élèves innocents des petites écoles, pour consommer les particules du corps de Jésus-Christ qui restoient après la communion des adultes. Avec ces jeunes enfants, vint un jour celui d'un juif, verrier de profcssion. Comme il s'en retourna plus tard que de coutume à la maison paternelle, ses parents lui en demandèrent la cause, et il leur raconta ingénument ce qui s’étoit passé. Le père en fureur lia son fils, attendit le moment que la mète étoit absente, et le jeta dans sa fournaise. Cette femme afiligée chercha son enfant par toute la ville. Au bout de trois jours, désespérée de n’en rien apprendre, et cédant à l'excès de son chagrin, elle court par toute sa maison, comme hors d'elle-même, en appelant à grands cris l'enfant par son nom. De la porte de la verrerie, elle l'entend qui répond au fond du fourneau. Elle enfonce la porte, sa tendresse lui donnant des forces, et le voit
aoû en: es de |