‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 2)Chapitre 96 sur 146 · RARE PS ES · texte numérisé non relu

RARE PS ES

420 (AN 553.) HISTOÏRE

évêque lévitime d'Alexandrie, et Domnin d'A:tische , avec un grand nombre de métYopolitains , en tout cer cinqnanie et un évêques, dont quelques illyriens, et cinq africains seulement, qui n'éloient rien moins que l'élite de l'église d'Afrique. Le gouverneur de cette province , au contraire, les avoit pris entre les plus mal famés et les plus ignorants, comme les plus propres à se vendre à la cour et à la fortune. Mais toutes ces manœuvres ne purent étouffer la vérité, que le modérateur adorable des conciles fait quelquefois sortir du choc même des passions humaines, et qu'il a attachée non pas aux qualités ptrsonnelles des évêques mais au caractère et au corps de l'épiscopat.

Dans la première et la seconde conférence, le concile prit des mesures pour faire paroître le pape Vigile, ou le mettre en défaut , et cependant il s'appuya des sentiments déjà connus du pontife contre les trois chapitres. Comme toutes les invitations n'opéroient pas, et que le pape ne promettoit autre chose que de donner son avis séparément, on se mit en devoir de procéder en règle contre les écrits et les écrivains dénoncés. On commenca, le 9 de mai, par déclarer qu'on tenoit la foi des quatre conciles généraux et des Pères, nommément des saints Atharese, Hilaire, Basile, Grégoire de Nazianze et de Nysse, Augustin, Jean Chrysostôme, Cyrille, Léon, de Théophile ct de Proclus.

Après cette espèce de préliminaire, on examina dans Îles trois conférences suivantes, qui se tinrent à peu de jours de distance l’une de l’autre, les ouvrages de Théodore et de ‘Théodoret, puis la lettre d'Ibas. Ils étoient clairement infectés des erreurs de Nestorius, et l'examen n’en étoit pas difficile. Depuis long-temps ils mécontentoient les docteurs orthodoxes, puisque les auteurs en avoient été repris au concile de Chalcédoine, et qu'Ibas et Théodoret qui s'y trouvèrent, avoient été obligés d’en faire une rétractation au moins iadirecte, en disant anathème à Nestorius. Si le concile ne poussa point alors les choses plus loin, et s'il n'anathématisa pas formellement les auteurs avec leurs écrits, ce fut uniquement pour le bien de la paix, et afin de faciliter le retour des Orientaux égarés cn si grand nombre,

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DE L'ÉGLISE. (AN 553.) 421 1bas en particulier n'avoit été reçu par les Pères de Chalcédoine, yuecomme pénitent, et par compassion pour sa vieillesse. Sa lettre qui contient des prôpositions vraiment hérétiques, scandalisa constamment les Pères et ne fut nullement approuvée par le concile, au moins quant à cette partie, comme il est notoire par l'inspection des actes. ]ls portent simplement que la lettre de l'évêque d'Edesse ayant été relue, il fut personnellement trouvé catholique, soit parce qu'il en condamna ou expliqua les passages mal sonnants, soit parce qu'il y déclare en termes exprès, qu'il veut suivre la foi à laquelle saint Cyrille avoit enfin ramené Jean d'Antioche avec les Orientanx. D'ailleurs le concile de Chalcédoine ne fut assemblé que pour condamner les erreurs d'Eutychès, et le pape saint Léon avoit expressément restreint à ce seul objet le pouvoir des légats qui y présidoient. On ne fit donc pas un examen approfondi des écrits qui n’y étoient pas relatifs, et nous ne devons-nullement nous étonner que le concile se soit borné à constater la foi de sujets suspects. Si quelques évêques en particulier ont approuvé à Chalcédoine h lettre même d'Ibas, combien de distance y a-t-il d'une pareille approbation à la décision formelle d'un concile qui avoit adopté l'instruction du pape à ses légats de ne point prononcer là-dessus P Il étoit de la prudence de se taire sur des auteurs réputés catholiques, et qui par là se trouvoient en butte à l'hérésie dominante. Un jugement porté contre eux dans ces conjonctures, n'auroit servi qu'à scandaliser les foibles. Mais les circonstances étant changées et les écrits de ces auteurs prenant de jour en jour un crédit plus grand ct vraiment dangereux, il parut nécessaire de Farrèter par leur flétrissure.

Par une conséquence des mêmes raisons, les Pères du cinquième concile jugèrent expédient de flétrir la mémoire même de ces auteurs, quoiqu'ils fussent morts dans la paix et la communion de l'Eglise, au moins pour ce qui étoit de Théodoret ct d'Ibas. Quant à Théodore de Mopsucste, il avoit joui d'une réputation fort équivoque, dans l'idée des prélats de son temps les plus saints et les plus zélés pour Ja foi. On prouva même, par un exainen fait mùruincnt en concile et sur les licux, que son nom, suspect

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422 (ax 553.) HISTOIRE tout temps, n'avoit jamais été dans les dyptiques de son église.

Il s'agissoit après cela de résoudre la question qu'on trouvoit si neuve et si difficile, savoir , s’il étoit permis de condam.ner les morts. Elle fut examinée dans le même temps que les écrits dénoncés, c'est-à-dire, dans la cinquième conférence, et l'on s’y convainquit que ce qui sembloit si nouveau n'étoit pas sans exemple. Bénigne d'Héraclée observa que plusieurs hérétiques avoient été regardés comme tels et anathématisés depuis leur mort, quoiqu'ils n'eussent été condamnés par aucun concile. T'els étoient Valentin, Marcion, Basilide, et en des temps plus récents, Eunomius et Apollinaire. On lut plusieurs passage: de saint Augustin, qui autorisoient à lancer l'anathème contre les écrivains pervers épargnés de leur vivant, quand après leur mort on se scandalisoit de leurs erreurs. Sur ce qui fut représenté que saint Cyrille, tout persuadé qu'il étoit de la perversité des sentiments de Théodore de Mopsucste, avoit néanmoins empêché qu'on ne le condamnät nommément, on répondit que ce n'avoit été que par discréüon, et pour ne pas rallumer le feu de la division à peine éteint ; que lui-même avoit depuis écrit contre cet auteur en voyant le progrès que faisoient ses impiétés.

Nous avons vu que le pape, pressé par Justinien, avoit promis de donner son avis séparément sur les écrits qu’on examinoit. C'est ce qu'il fit après la sixième conférence, tenue le 19 mai, par un décret raisonné et fort long, qui, bien que daté du quatorze, ne fut envoyé à l'empereur que onze jours après, c'est-à-dire le vingt-cinq. On appela cette seconde déclaration de Vigile, sa constitution, pour la distinguer de la première, qu'on nommoit son prononcé, et qui étoit censée non avenue , depuis que le pape l'avoit supprimée, du consentement même de l’empereur, en s'obligeant à s'expliquer d'une autre manière. Vigile y fit néanmoins sentir que les promesses ayant élé réciproques, et que la parole qu'on lui avoit engagée d'assembler en nombre égal les évêques d'Orient ct d'Occident n'étant pas remplie, sa promesse ne l'obligeoit plus à faire sa réponse sur les trois chapitres ; maïs qu'il la faisoit pour ne pas donner lieu aux évêques de violer l'ancienne

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DE L'ÉGLISF. (An 553.) 423 règle, c’est-à-dire, de prouoncer avant que le siégc apostolique eût publié son jugement sur une affaire déjà portée à ce siége, et qui intéressoit toute l'Eglise r.

Après ce préambule, Vigile examine la doctrine des ouvrages en question , la trouve vraiment condamnable, et la frappe d'anathème. Mais pour les auteurs même qui avoient été épargnés par le concile de Chalcédoine, croyant toujours que c'étoit lui faire injure que de les flétrir, il défend à qui que ce soit de les condamner après leur mort, d'autant mieux, ajoutet-il, qu'en observant la conduite de nas prédécesseurs à l’égard des morts qui n’ont pas été condamnés de leur vivant, nous avons trouvé des autorités toutes contraires à cette rigueur dans Léon et Gélase d’heureuse mémoire,

Dès le lendemain de cette déclaration, c’est-à-dire le 26 mai. on s’assembla pour la septième conférence. Il paroît que l'empereur avoit déja pris connoissance de ce qui étoit contenu dans la constitution de Vigile, et que la persévérance de ce pontife à sauver la mémoire des morts l’avoit très-vivement indisposé. Le questenur Constantin entra au concile de la part du prince, et dit aux Pères que le pape avoit envoyé un nouveau décret; mais que Justinien avoit refusé de le recevoir, e avoit répondu que, pour condamner les trois chapitres, l'on n'avoit pas besoiu d’autres décrets pontificaux que ceux qu'un avoit déjà ; et que si cette nouvelle pièce ne les condamncit pas, an devoit y avoir d'autant moins d'égard , que le pape se trouvait par là en contradiction avec lui-même. Pour prouver ce qu'on avançoit, et montrer en même temps aux évéques que l'absence du pape ne devoit pas les empêcher de prononcer, le questeur avoit apporté contre ces trois chapitres différents écrits de Vigile, dont quelques-uns étoient signés de sa main. Il insista encore sur le premier décret, nommé pr'ononcé ou jugement. Iest vrai, ajouta-t-il, que le pape l’a retiré par la suite, mais sous le plus terrible serment de concourir de toutson pouvoir, avec l'empereur, à la condamnation des trois chapitres, et de ne jamais rien faire en leur faveur, ni par lui ou par autrui. On produisit en effet ce serment, qui

à Tom, v, Conc, p. 337.

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