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260 (Ax 1699.) HISTOIRE Jâtres, les deux missionnaires ne balançèrent point à préférer le séjour affreux du Buton, au riche et beau pays du Balistan. Toute leur ardeur pour la croix y trouva bientôt de quoi se satisfaire.
Après six à sept jours de marche qui ne furent pas fort rudes, l'abondance des neiges, un froid extrême et des vents effroyables leur firent payer, durant près de six semaines, la douceur des premières journées. Depuis le mont Cantcl, comparable en hauteur aux Cordilières du Pérou, c'est-à-dire, depuis l'entrée du grand Tibet, jusqu'à la forteresse de Ladak où en réside le roi, la route se fait entre deux chaînes de monlagnes arides, ou plutôt de roches nues, qui telles qu’un long amas d'énormes squelettes et de monstres informes, présentent une image continue de la mort, et comme un reste du chaos. Les masses en désordre sont culbutées les unes sur les autres, et les deux chaînes si rapprochées, qu'à peine il reste assez d'intervalle pour les torrents qui se précipitent des sommets, et qui se brisent aux rochers avec un mugissement épouvantable. Le haut et le bas des montagnes sont impraticables ; on est contraint de marcher à mi-côte par des sentiers si étroits d'ordinaire, qu'il n'y a de place que pour le pied : pour peu qu'on fit un faux pas, on rouleroit sans pouvoir s'arrêter, dans des abîmes dont le seul aspect fait horreur. Il n'y a ni arbre ni buisson à quoi l'on se puisse accrocher ; pas même des plantes d'aucune espèce, nile moindre brin d'herbe. Faut-il passer d'une hauteur à l'autre, et traverser les torrents impétueux qui les séparent, on n'a point d'autres ponts que des cordes tendues et entrelacées de branchages, d'où la tête la plus ferme est en risque de tourner à la vue et au bruit affreux des flots écumants sur lesquels on est suspendu. Au milieu de tant de fatigues, on ne trouve point d'autre nourriture que la farine du sattu, qui est une espèce d'orge dont l’on fait une bouillie; et quand on est forcé de prendre quelque repos, on n’a pour lit que la terre, et bien souvent que la neige ou la glace.
Arrivés enfin dans l'intérieur du grand Tibet, les missionnaires furent accueillis avec humanité par les peuples, qui, tous grossiers qu'ils étoient, leur parurent d'un naturel doux
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DE L'ÉGLISE. (Ax 1699) 261 et docile, spirituels même, quoique très-igrorants, et beaucoup moins superstitieux que les autres idolâtres d'Asie. Ils rejettent la mélempsycose, qui est si accréditée dans les Indes, et la polygamie n'est point en usage parmi eux. Les lamas ou les prêtres, les ministres d'état et le roi lui-même, firent beaucoup d'honnèêtelé aux deux voyageurs, qui, bénissant Dieu de trouver des dispositions si favorables à l'Evangile, se préparoient à ouvrir leur mission, quand ils entendirent parier d'un troisième Tibet. Le portrait fidèle qu'on leur en fit n'étoit pas propre à ieur donner de l'attrait : on teur apprit qu'il y régnoit un hiver éternel; qu’on n'y voyoit ni arbres fruitiers, ni légumes d'aucune espèce ; qu'on y recueilloit uniquement des orges et quelques méchants blés. Mais outre qu'ils aspiroient à Lire fleurir l'Evangile dans les rochers les plus stériles du Caucase, et que l’ objet de leur mission étoit de porter le nom de Jésus-Christ jusqu'au Tibet le plus reculé, celui où ils se trouvoient étoit encore fréquenté par les mahométans, qui, malgré les bonnes dispositions des naturels du pays, leur faisoient déjà ressentir quelques effets de la haine qu’ils portent au nom chrétien.
Ce fut encore un voyage de six mois qu'ils eurent à faire au milieu des neiges et des glaces, des torrents et des précipices ; après quoi ils arrivèrent à Lassa, qui est l: capitale de ce troisième Tibet, et qui n'est éloignée de celle de la Chine que de quatre mois de chemin. Ils y reçurent le même accueil qu'au second Tibet, de la part du roi aussi-bien que des peupiles. Après quelque peu de séjour, le premier ministre leur fit des reproches honnêtes de ce qu'ils ne s'étoient pas encore présentés à l'audience du prince. Le père Desideri s'excusa sur ce qu'il n'avoit rien qui fût digne d'être offert, selon la coutume, à un si grand roi. Le ministre insista malgré cette excuse, et d’une manière si engageante, que le père alla sur-lechamp au palais. [1 y porta néanmoins quelques curiosités d'Europe, mais qui n'avoient point d'autre valeur que d'être incor vues an Tibet. Le prince en marqua la plus grande estime, quoiqu'au même instant il r°gardât à peine des présents considérables qu'on lui faisoit d’ailleurs. I] fit asseoir le père à ses côtés, l'entretint près de deux heures, sans dire un mot à
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aucune autre personne, et, en le quittant, il le combla de marques d'estime et de bienveillance. Sous de si favorables auspices, les missionnaires ne tardèrent point à ouvrir leur mission : mais on n'en a point d'autre détail, ce qui doit peu surprendre; lacommunication del'Europeaveccespays perdus, est une difficulté que tout le monde comprend sans peine. On doute néanmoins que cette mission ait eu des suites proportionnées aux travaux qu'avoit coûtés son établissement ; mais toujours la carrière fut-elle ouverte aux émules de ces premiers apôtres du Tibet, et la prophétie qui concerne la prédication de l'Evangil:: daus tout l'univers, fut remplie dans l’un des points les plus difficiles de son accomplissement. Il est à croire aussi que la parole émanée du sein de Dieu, n'y retournant jamais sans fruit, n'aura pas été plus stérile en cette rencontre.
Après ces travaux apostoliques de la T'artarie supérieure, ceux de la petite Tartarie, dite communément Crimée et antrefois Chersonèse taurique, ne paroîtroient qu'un diminutif, et n’auroient plus rien de piquant. Nous n'en sommes plus aux temps ni aux idées où ce voyage seul rendit si fameux Îles argonaules antiques ; ainsi nous renverrons aux monuments originaux les pieux fidèles que rien n'intéresse médiocrement en matière d’édification :, et des extrémités septentrionales de l'Asie, nous passerons avec les propagateurs de l'Evangile au cœur de l'Afrique.
Les pères Liberato Weis, Pie de Zerbe et Samuel de Bienno, missionnaires allemands de l’ordre de saint François, furent envoyés en Ethiopie, dans les commencements de ce siècle, par le pape Clément XI. Depuis la mission du père de Nugnez que le pieux roi de Portugal Jean IIT joignit, avec d'autres missionnaires, au secours qu'il envoyoit à l'empereur d'Ethiopie contre des sujets rebelles ?, tous les papes zélés avoient eu fort à cœur le salut de cette nation vraiment intéressante, nun-seulement par sa célébrité dans les plus anciens monuments sacrés et profanes, mais par son attachement à la reli-
1 Lettr. édif. 1, 1, p. 158... p. 242, — 2 Mém. de l'Ethiopie, dans les Letir, éaif., toin . 111, pag : 387 et suiv,
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(AN 1699.) 265 gion chrétienne , qui toujours y fut la dominante an milieu de l'idolâtrie et du nation tisme dont le reste de l'Afrique est infesté. Avant même l'établissement du christianisme, les Ethiopiens d'aujourd'hui n’étoient pas idolâtres : car il ne faut pas les confondre avec les premiers Ethiopiens, qui étoient venus de l’Inde ; d'où la plupart des auteurs anciens ont confondu l'Inde avec l'Ethiopie. Les Abyssins qui tiennent aujourd'hui l'Ethiopie sous leurs lois, ne la conquirent que longtemps après ces Indiens : ils étoient originaires de l'Arabie heureuse, dont Saba estla capitale, et ilsse nommoient Homériles. Suivant leur tradition, qui ne manque pas de vraisemblance, ce fut une de leurs reines qui vint autrefois admirer la sagesse de Salomon. Ils ajoutent qu'elle en eut un fils nommé Manilehec, dont leurs empereurs descendent. Au moins est-:! constant que les Abyssins ou les Ethiopiens modernes professoientlareligion juive quandils se convertirentau christianisme.
Une partie de ces peuples, jointe à d’autres Arabes, passa la mer Rouge dans la suite, conquit la province du Tigré, et fonda le royaume d'Axuma, qui fut converti à la foi chrétienne, comme on l’a vu en son temps, parsaint Frumence, natif d’Alexandrie, que saint Athanase ordonna premier évêque de cette nation. Ils conservent encore dans leur figure, absolument différente de celle des Nègres, les marques de leur origine, Ils sont de couleur simplement olivâtre, ordinairement très-bien faits, et ils ont un air de grandeur. Cette nouvelle église révéra toujours celle d'Alexandrie comme sa mère, et ne poussa que trop loin son respect, puisqu'elle en reçut, on ne sait trop en quel temps, les erreurs de Dioscore, et rompit comme elle avec l'Eglise catholique. Elle tenoit encore au centre de l'unité sous l'empire de Justinien, comme on le voyoit par l'histoire de son roi Elesbaam, dont toute l'Eglise honore la mémoire. Ce fut cet Elesbaam qui précipita du trône le juif Dunaam, usurpateur et perséeuteur tout ensemble, On peut supposer que ces Abyssins, ou Ethiopiens d'origine homérite, conservèrent la vraie foi jusqu'au commencement du neuvième siècle, temps où l'on trouve dans l'histoire les premiers vestiges de leurs rapports schismatiques avec les patriarches cophtes, ou jacobites d'Alexandrie.
Vers l'an 960, la famille royale fut presque entièrement éteinte par une nouvelle Athalie, qui s'étant proposé d'anéantir la postérité de Salomon, usurpa la couronne, et la tranismit à ses propres descendants, qui l'ont possédée jusqu’à la fin du treizième siècle. Alors Ikun-Amlac, le seul prince qui restât, ou qu’on réputât du sang de Salomon, recouvra le trône de ses pères. Un de ses successeurs, nommé Constantin, envoya des députés au concile œcuménique de Florence, et ce fut son arrière-petit-fils, l'empereur David, qui demanda des troupes auxiliaires et des prédicateurs catholiques ar roi Jean III de Portugal. Après la mort de cet empereur, qui n'eut pas le temps de voir arriver les missionnaires, il y eut en Ethiopie, pendant le reste du seizième siècle, des persécutions presque continuelles et des révolutions fréquentes, qui toutefois n’empêchèrent point ces hommes apostoliques d'y répandre et d'y faire germer la semence de l'Evangile.
Ils respirèrent enfin sous le règne d’Atznaf-Seghed, héritier légitime de l'empire, qu'il recouvra par sa valeur vers le commencement du dix-septième siècle. Ce prince avoit autant de pénétration que de courage, et autant de droiture que de pénétration. Ami de la vérité , il l'embrassa aussitôt qu'il l’aperçut. « Non, dit-il au père Paëz, je ne puis méconnottre le chef de l'Eglise dans le successeur de Pierre, sur qui le fils de Dieu a fondé cette Eglise, et qu’il a chargé de paître ses brebis, aussi-bien que ses agneaux. Je crois que lui refuser l’obéissance, c’est la refuser à Jésus-Christ même. » Mais son zèle fut trop vif, et son courage trop impétueux. Un édit publié à contre-temps en faveur de la religion romaine, excita la révolte ; et le feu de sa valeur ne lui permettant pas de temporiser jusqu à ce que l'ambition divisât les conjurés, comme le lui conseilloit le père Paëz, ainsi que le général portugais, il présenta la bataille aux rebelles, fut abandonné de ses troupes, et périt les armes à la main.
Susneios, autre arrière-petit-fils de l'empereur David, et son légitime successeur après Atznaf-Seghed, suivit le conseil dont l'inobservation avoit perdu son prédécesseur, et parvint avec le temps à éteindre la rébellion ; mais croyant alors n'avoir plus rien à craindre, et trop vif à son tour pour le réta-
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DE L'ÉGLISE. (AN 1699.) 265 blissement de la vraie religion qu'il avoit embrassée, il déclara sa.conversion par une espèce de manifeste, où il faisoit un portrait affreux tant des patriarches d'Alexandrie que des autres évêques jacobites, et il ordonna par un édit solennel, à tous ses sujets, de recevoir le concile de Calcédoine. Cette fermeté hors de saison causa des soulèvements et des factions sans nombre. Ilen triompha cependant; il écrivit aussitôt après au pape et au roi d'Espagne, pour presser l'arrivée d’un patriarche catholique. En conséquence , le père Alphonse de Mendez, jésuite portugais, fut sacré patriarche à Lisbonne, l'an 1624, et arriva l'année suivante en Ethiopie. L'empereur, le prince son fils, et la plupart des grands, avec une multitude de moines et de clercs, firent entre ses mains une profession publique de soumission au successeur de saint Pierre, comme au seul et vrai chef de l'Eglise. On corrigea même les abus de la discipline du pays, et l’on y introduisit les rites romains, Les ordinations paroissant invalides pour de justes causes, on fit de nouveaux prêtres et de nouveaux diacres. Le nombre des catholiques s'augmenta considérablement, et tous les jours il se faisoit des conversions dans tous les états. En un mot, il n'y avoit rien qu'on n'espérât du cours que prenoient les affaires de la religion, quand Thècle, gendre de l'empereur, et les schismatiques des provinces, formèrent des factions plus dangereuses que les premières. Susneios, vraiment homme de guerre, en triompha comme il avoit fait des autres, mais par des exploits très-sanglants, et qui n'épargnèrent pas même le sang le plus illustre. Dans la dernière bataille qui assura son triomphe, il resta huit mille hommes, dont grand nombre de premier rang égorgés sur la place.
Mais à cet affreux spectacle, ceux même de ses sujets qui Jui avoient toujours été fidèles, sans toutefois quitter le schisme, lui dirent, en lui faisant contempler ces cadavres : Ce n'est pas des infidèles ni des ennemis de la nation que nous avons ainsi prodigué le sang; ce sont là nos frères, ce sont des chrétiens comme nous, et des chrétiens illustres en grand nombre, Le roi parut attendri. L'impératrice, le prince héritier et la plupart des seigneurs, saisirent ce moment pour parler en faveur de la religion du pays, qu'ils représentèrent comme dif-
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266 (AN 1699.) HISTOIRE férant peu de la religion romaine, comme conservant au moins tout ce qu'elle avoit d'essentiel, et confessant, avec elle, Jésus-Christ vrai Dieu et vrai homme. On obligea le patriarche de rétablir l'ancienneliturgie, et de se borner à corriger les principaux abus. L'empereur accorda par édit une entière liberté de conscience aux schismatiques, sans même en &*clure les relaps. Cependant il ne rétracta point l'abjuration qu'il avait faite; il persévéra même dans la vraie foi jusqu’à sa mort, qui arriva quelques mois après ces nouvelles dispositions.
Il n’en fut pas ainsi de Faciladas, son fils et son successeur. Dès qu'il se vit maître, il fit éclater la secrète aversion qu'il avoit toujours conservée pour la religion romaine. On ôta les églises aux missionnaires. Les principaux des catholiques subirent la peine de mort ou d’exil. Le premier secrétaire d'état fut du nombre des exilés. Zéla-Christ, nncle du nouvel empereur, fut chargé de chaînes, et amené devant ce prince, qui lui offrit de le rétablir dans ses dignités, s’il vouloit renoncer à la religion des étrangers. Sans délibérer un instant, cet illustre confesseur refusa d'une manière à ôter toute envie de le tenter de nouveau. Il entendit avec joie prononcer l'arrêt de mort qu: lui attira son refus. Cependant l'empereur rougit de faire couler le sang de son oncle; mais il le relégua dans un affreux désert. Il fit chasser honteusement le patriarche et tous les missionnaires. Néanmoins le père d'Almeida, évêque du titre de Nicée, et sept de ses confrères, résolus à souffrir les plus cruels tourments, plutôt que d'abandonner les nouveaux convertis à de si grands dangers, demeurèreut dispersés dans les provinces del’empire, et convertirent encore quantité d'Ethiopiens, dont plusieurs même endurèrent le martyre. Tous les missionnaires eurent successivement le même bonheur ; les pères Paëz et Pereïra, en 1635 ; l'évêque de Nicée, avec les pères Rodriguez et Franceschi, en 1638; les pères Bruni et Cardeïra, en 1640, Le père Noguera, resté long-temps seul , fut enfin martyrisé l'an 1653, avec le prince Zela-Christ, trop digne du martyre pour en manquer la couronne.
Faciladas usa des moyens les plus rigoureux pour empécher que les prêtres romains remissent jamais le pied dans ses
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DE L'ÉGLISE. (AN 1699.) 267 états. La congrégation de la Propagande ne laissa pas d'y faire encore passer des capucins : mais des sept qu'elle envoya, deux furent massacrés sur la route par des voleurs; trois arrêtés à Suaquem dans la Haute-Egypte, par le bacha ture, y furent décapités à la sollicitation de l'implacable Faciladas. Les deux autres, savoir, le père Cassien de Nantes, et le père Agathange de Vendôme, ayant pénétré jusqu'à la cour d'Ethiopie, ÿ furent sur-le-champ mis à mort.
Le père de Brédevent, jésuite français, entreprit encore de
orter la foi en Ethiopie vers l'an 1700, sous le règne d’Adiam-Seghed, troisième successeur de Faciladas. Les bonnes qualités de cet empereur, sa douceur et son humanité, son zèle pour la justice, son goût pour les sciences, joint à une envie extraordinaire de s'’instruire, et à quelque penchant pour la foi romaine, donnoient tout lieu de bien espérer de cette nouvelle missicn : mais le missionnaire mourut des fatigues de la route avait d'être à son terme. Les regrets de l’empereur, à la nouvelle de cette mort, mirent le comble à ceux des catholiques.
Enfinles trois franciscains allemands choisis par Clément XI, arrivèrent en Ethiopie sous le règne de Juste, successeur immédiat d'Adiam-Seghed. Lis avoient d'abord entrepris de faire la route par terre; mais voyant bientôt la grandeur des obstacles auxquels tant d’autres missionnaires avoient succombé, ils changèrent leur plan, sans rien perdre de leur courage, et allèrent s'embarquer sur la mer Rouge, Leur navigation fut heureuse ; ils pénétrèrent ainsi heureusement dans l'Ethiopie, marchèrent droit à Gondar qui en est la capitale, et furent reçus de l’empereur d’une manière à faire croire qu'ils n'étoient pas venus sans la participation de ce prince. Il les prit sous sa protection, il leur offrit des pensions et des terres, qu'ils refusèrent avec un désintéressement qui, joint à leur vie pénitente, l’édifia si fort, qu'il leur promit de les soutenir au péril de sa propre vie. Il leur défendit seulement de prêcher en public, dans la crainte de soulever les peuples. L'ouvrage que nous entreprenons, leur disoit-il, demande du temps et des ménagements. Dieu lui-même, au lieu de créer le monde en un moment, ne l'a voulu faire qu'en six jours. L'appréhension
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