‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 106 sur 178 · LIVRE QUATRE-VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRE-VINGT-TROISIÈME

DEPUIS LE COMMENCEMENT DU PONTIFICAT DE CLÉMENT XI EN 1700, JUSQU'AU PREMIER DÉCRET DU SAINT SIÉGE CONTRE LES RÉFLEXIONS MORALES EN 1708.

| DR les papes rendus méconnoissables par les libelles des derniers novateurs, il importe surtout de bien connoître Clément XI, qui deux mois après la mort d'Innocent XII, monta sur le saint Siége le 30 novembre 1700, qui plutôt y fut porté comme de force par le suffrage unanime et la persévérance inébranlable des cinquante -huit cardinaux du conclave, très-dignes en grand nombre d'occuper eux-mêmes la chaire de saint Pierre. Les circonstances de cette élection sant d'une édification trop particulière, pour que le récit en puisse être ennuyeux. D'ailleurs le refus sincère de l'épiscopat, comme on ne sauroit trop le répéter dans ces derniers temps, et à plus forte raison le refus du souverain pontificat, est la preuve aussi sûre que rare de la dignité du sujet‘ qui nous la fournit.

Au premier avis qu'eut le cardinal Albani, ou Clément XI, qu'en moins de quatre heures de délibération, tous les suffrages se trouvoient réunis en sa faveur, il fit bien voir par le trouble qui s'empera de ses sens, que sa modestie ne Jui avoit jamais permis de penser qu'on püt jeter les yeux sur lui 1. La surprise le tint quelques moments sans parole; puis reprenant un peu ses esprits, il dit, encore ému, qu'il se reconnoissoit trop indigne de la chaire apostolique, pour souffrir jamais qu'on l'y élevât ; que le sacré collége ne manquoit pas de sujets propres à la remplir incomparablement mieux que lui, et que si ses collègues vouloient faire leur devoir dans un point si capital, ils se hâteroient de faire un meilleur choix. On ne fut pas surpris de lui trouver ces bas sentiments de lui-même; mais

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on se flatta qu'après le premier saisissement, on lui feroit entendre raison sur une chose qui paroissoit visiblement dans l'ordre de la providence et de la volonté divine. 1l en arriva tout le contraire : ses sens ne parurent se calmer que pour fournir à des réflexions plus profondes, et lui causer un chagrin si vif, que la fièvre lui prit avec de grands vomissements. On fat obligé de lui faire garder le lit, où il ne parut capable que de la seule consolation qu'on ne vouloit pas lui accorder. Tout Rome se remuoit au contraire, pour forcer en quelque sorte son consentement : parents, amis, citoyens de tout ordre, grands et petits, riches et pauvres, tous accoururent, partie aux portes du conclave, partie aux pieds des autels, pour demander à Dieu et aux hommes les moyens de le fléchir. Les cardinaux se rendoient tour à tour dans sa cellule, usant de toute leur dextérité pour vaincre sa résistance : mais il en employoit encore davantage pour les attirer eux-mêmes à son sentiment.

Pour dernier effort, le cardinal le Camus entreprit de le convaincre en règle, qu'il ne pouvoit résister plus long-temps au sacré collége, sans résister à Dieu même. Muni du pastoral de saint Grégoire, pape, il alla se présenter à la cellule d’Albani : mais le malade, fatigué de tant de visites qui le contrarioient sans cesse, fit répondre qu'il avoit un besoin absolu de quelque repos, et le nouveau solliciteur ne fut point admis. Celuici avoit pour conclaviste l'abbé de Tencin, depuis cardinal, jeune homme aimable, habile à conduire une affaire, et très-goûté d'Albani. Plus persévérant que son cardinal, il retourne à la cellule du malade, il attend, il observe, il saisit le moment favorable; il se présente, et il est vu de bon œil. Albani ne put même, tout affligé qu'il étoit, s'empêcher de sourire en le voyant entrer muni d'un gros livre pour le mieux prêcher. Frappé cependant de ce que tous, jeunes et vieux, s'empressoient également à le fléchir, il écouta paisiblement l'endroit du pastoral où il est dit, qu'en refusant par humilité le comble des honneurs, on cesseroit d’être humble, si l’on n'obéissoit point à la voix de Dieu, lorsqu'elle nous est marquée par l'unanimité des suffrages. Toutefois il se rabattit encore sur son indignilé, et répondit : Cela seroit bon, si

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j'avois les qualités requises, 11 fit déclarer ensuite aux cardinaux, qu'il les citoit tous au tribunal du juge suprême, et que s'ils ne se désistoient de leurs poursuites, ils répondroient, en ce jour terrible, des fautes inévitables que son insuffisance lui feroit commettre dans un rang si élevé, et qu'ils scroient comptables à l'Eglise des suites malheureuses qu'elles pourroient avoir. Son chagrin ne fit que redoubler ensuite, il passa deux jours et deux nuits dans les pleurs, d'autant plus tourmenté, que sa propre conscience commençoit à lui faire craindre que sa résistance ne tint de l'opiniâtreté. Dans cette appréhension, il choisit entre les plus habiles docteurs qui fussent à Rome, quatre religieux des plus vertueux qu'il connût; savoir, le père de Varesse, observantin, le père Massoulié, dominicain, le père Alfaro, jésuite, et le père Thomassin, théatin , qui fut depuis cardinal. Ii leur fit proposer cette double question, s’il pouvoit en sûreté de conscience accepter le pontificat, malgré la connoissance qu'il avoit de sa propre indignité ; et si, par la même raison de son indignité, il pouvoit le refuser en sûreté de conscience. La question fut agitée dans la dernière rigueur, et d'une manière absolument indépendante de ce que désiroit le sacré collége : mais les quatre docteurs, comme tous les Romains, étoient si pleinement convaincus eux-mêmes, qu'on n’avoit pu faire un meilleur choix, qu'avec la plus parfaite unanimité, ils lui firent appréhender à son tour les jugements de Dieu, s’il ne ratifioit enfin ce qu'il ne pouvoit plus douter raisonnablement qui ne fût dans l’ordre de la Providence. Il se rendit alors, mais si affligé, et déjà si défait, que sa vie même parut en danger. Tant de raisons de se rassurer lui ayant rendu cependant un peu de calme, et sa fièvre ayant cessé, il admit les cardinaux, selon l'usage, à lui venir baiser la main dans sa cellule. Cette cérémonie, tout ordinaire qu'elle étoit, devint pour ceux mêmes à qui elle étoit plus familière, un objet d'édification des plus touchants. Tout le temps que dura l'hommage, celui à qui on le rendoit ne put jamais arrêter ses larmes. 11 revint ensuite aux bas sentiments qu'il avoit de lui-même, leur exprima d'un air si persuadé l'estime qu'il avoit pour eux, les secours qu'il attendoit de leurs lumières, et le besoin pressant qu'il en avoit, que la plupart d'entr'eux mélèrent leurs

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DE L'EGLISE. (Am1700) 281 Jarmes aux siennes, et tous sortirent pénétrés de respect autant que d’admiration. C'étoit le quatrième jour depuis qu'ils avoient pris unanimement la résolution de lui donner leurs sut. frages : ils s'empressèrent de le conduire à la chapelle de Sixte où l'élection devoit se consommer dans les formes. Après le scrutin, on trouva qu'il ne lui manquoit que sa propre voix, qu'il avoit donnée au cardinal Panciatici, et non pas au doyen du sacré collège, quoique ce fût une coutume immémoriale de lui faire honneur de ces sortes de suffrages; et comme on lui en eut témoigné quelque surprise, il répondit que les règles de la conscience étoient au-dessus de tous les usages. Le scrutin étant fini, et le doyen, suivant les canons, lui ayant demandé s’il acceptoit le pontificat, avant de répondre, il voulut encore invoquer les lumières du Saint-Esprit, quitta son siége, et alla se prosterner au pied de l'autel, Sa prière finie, il vint reprendre sa place, et fit aux cardinaux un discours latin, où son humilité profonde mit le comble à l’admiration. Enfin il déclara qu'il plioit, non sans beaucoup de peine, sous le joug qu’on lui imposoit. Il fut à l'instant proclamé pape à la manière accoutumée.

Sur ce trait seul de la vie de Clément XI, on peut à coup sûr juger de tout le reste. Ce fut en effet le fruit d’une vertu née avec lui, pour ainsi dire, ou du moins entée sur le plus heureux naturel, puisée et nourrie dans le sein d'une famille plus respectable encore par sa piété que par sa noblesse antique, et cultivée dans tous les âges avec tant de soin, que son père, craignant de le perdre de vue en l’envoyant d'Urbin sa patrie continuer ses études à Rome, y alla lui-même fixer sa demeure. Quand le jeune Albani parut ensuite dans le monde avec tous les avantages de la naissance, de la fortune, des talents, de la figure même, grand et bel homme, l'œil vif et plein de feu, le port noble, l'air ouvert et l'abord aimable, ces qualités, funestes à l'innocence de tant d'autres, ne servirent qu'à donner plus d'éclat et de mérite à l'intégrité toujours irréprochable de ses mœurs. Recherché par les compagnies les plus polies et les plus snirituelles, et même par la reine Cathcrine de Suède, qui rassembloit réglément chez elle, comme dans un nouveau lycée, tout ce que Rome contenoit de ci-

‘hs

282 (AN 1700.) HISTOIRE toyens et d'élrangers distingués par le rang et les talents, il fit admirer en lui une ouverture étonnante pour tous les genres de connoissances, un jugement solide, un goût exquis, une imagination brillante, une éloquence et des grâces qui firent déroger pour lui à la loi qu’on s’étoit faite de n'entendre aucun de ces académiciens qu'à son tour; et ce qui mérite incomparablement plus d’admiration, c’est la modestie sincère de celui qu'on admiroit, le peu d'estime qu'il faisoit de lui-même, et la haute considération qu'il marquoit pour tous les autres, avec une simplicité qui les lui faisoit regarder véritablement comme fort supérieurs à lui. Tels furent, non pas les exercices sérieux, mais les simples amusements de ses premières années, pendant lesquelles l'assiduité à la pratique des vertus de son âge, et bien au-dessus de son âge, en particulier la charité pour les pauvres, et tous les genres de bienfaisance qui étoient à sa portée, remplirent, avec l'étude, les longues journées que son goût pour l'ordre et le travail sut toujours se faire.

Quand à l'âge de vingt-un ans il eut embrassé l’état ecclésiastique, et que les papes l’eurent fait successivement référendaire, consulteur du consistoire, gouverneur de Riéti, de Civita- Vecchia, de Sabine, son zèle pour la religion, son équité, son désintéressement, et surlout son amour pour les pauvres, qui fut toujours comme sa passion dominante, le rendirent si cher en tous lieux, qu'à chacun de ses changements c’étoit une affliction publique. Devenu cardinal, malgré tous les obstacles qu'y mettoit sa modestie, il ne changea rien à sa forme de vie ordinaire; toujours également réglé dans ses mœurs, assidu à la prière, ainsi qu'au travail, et néanmoins accessible à tout le monde ; attentif sur son domestique, rangé dans ses affaires, frugal, mais décent à sa table, propre, mais simple dans ses habits, dans ses meubles et ses équipages : et le désintéressement, qui met le prix à toutes ces vertus, jamais homme ne le poussa plus loin. Institué légataire universel d'un riche prélat, il employa, au vu et au su de tout le monde, cet héritage entier en bonnes œuvres. Il refusa invinciblement une seconde abbaye qu'on vouloit joindre à celle de Casamare qu'il avoit, et que lui seul jugeoit suffisante à ses besoins, Il ne reçut jamais aucun présent de personne, sans excepter les têtes

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DE L'ÉGLISE. (AN 1700.) 283 couronnées, qui ne purent même faire tomber sur aucun de ses proches les témoignages effectifs de leur reconnoissance pour des services signalés qu’il leur avoit rendus. Il étendoit cette délicatesse jusau'à ses domestiques, qui n’eussent pas manqué d'encourir son indignation par une autre conduite. 1] faisoit cependant des charités immenses, même à des gens de condition tombés dans la misère. Il nourrissoit les uns, habilloit les autres, payoit leur logement, et leur fournissoit jusqu'aux moyens de rétablir leurs affaires. 1] donna un jour trois mille écus d'or à une seule personne ; en sorte qu'il n’étoit pas possible d imaginer d'où il tiroit ces largesses inépuisables.

Quand on l'eut couronné pape, il commenca par se prémunir contre l'écueil où avoit échoué la vertu , d’ailleurs éprouvée, de tant d'autres pontifes. Son frère lui ayant été présenté avec sa famille : Apprenez, leur dit-il, que vous venez de perdre votre parent naturel; vous n'avez plus en moi qu'un père commun, ainsi que le reste des fidèles. Il leur défendit fortement de s'ingérer d'aucune façon dans les affaires publiques, de solliciter jamais l'avancement de personne, et surtout de recevoir aucun présent quelque pallié qu'il fût, et de quelque main qu'il pût venir; d’aspirer eux-mêmes à aucune charge; de prendre le titre de princes, comme on le prenoit par le passé dans toutes les familles des papes; d'en exiger ni même d'en recevoir les honneurs; en un mot de franchir les bornes de simples particuliers. Cette défense fut exécutée à la lettre. Ses neveux poursuivirent leurs études dans le collége où ils les avoient commencées, et demeurèrent confondus sans aucune distinction, avec la jeune noblesse dont ils faisoient partie. L'éducation de sa nièce s'acheva de même dans le monastère où elle se trouvoit, sans autre distinction que sa modestie, et la simplicité particulière de ses ajustements.

Pour sa propre conduite, le nouveau pape se fit une règle de dire tous les jours la sainte messe, et, à l'exemple de plusieurs saints, de se confesser aussi tous les jours. Il vivoit si sobrement, que la dépense journalière de sa bouche n'exctdoit pas quinze sous de notre monnoie. Il usoit de la même rigidité pour ce qui étoit du sommeil ; et tout son temps étoit distribué de manière à ne laisser aucun vide dans la journée,

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partagée sans réserve entre la prière et les devoirs du pontificat. Si quelquefois il en interrompoit les occupations pénibles, c'étoit pour reprendre la lecture d’un saint docteur, pour aller puiser de nouvelles lumières dans l’oraison, et attirer les bénédictions du ciel sur quelque sainte entreprise. Quand de loin en loin, et par des raisons de santé, il étoit obligé de prendre l'air, sa promenade consistoit à visiter quelque église, où la charité et la piété faisoient tout son délassement.

Voilà quel étoit Clément XI, quand, par un trait visible de la providence de Dieu sur son Eglise, il en prit le gouvernail à l'entrée d’un siècle où alloient s'élever tant d'orages. La succession d'un prince français à la couronne d’Espagne, et tout le monde chrétien mis en feu à ee sujet par les trames de l'envie et de la cupidité ; la partie la plus juste, et long-temps la plus malheureuse, en butte à ses propres sujets révoltés par l'hérésie qui leur étoit commune avec les ennemis du dehors; les négociations de paix autant et plus dangereuses que la guerre pour le parti catholique, à qui les sectes conjurées dans toutes les nations s’efforçoient de ravir par les traités ce qu'elles n'avoient jamais pu obtenir par les armes ; le dépérissement de la discipline, suite naturelle des guerres et des troubles, la langueur du zèle et des bonnes œuvres, des missions et du progrès de l'Evangile chez les infidèles ; une des plus opiniâtres sectes, et des plus habiles à intriguer et à fourber, profitant des crises et des périls qui absorboient l'attention de toutes les puissances, pour mettre son idole travestie en fantôme hors de toute atteinte : tant de périls précipitoient l'Eglise dans le dernier malheur, si elle n'avoit pas eu un chef en état de sutfire à tous les genres de travaux, et à des fonctions en quelque sorte incompatibles. Clément XI, comme on le verra, se gouverna si bien lui-ruême, et l'Eglise avec lui, qu'elle ne perdit rien de ses droits ni de sa gloire durant son pontificat de plus de vingt ans; qu'elle étendit au contraire ses conquêtes sur les ennemis de la foi romaine, et jusqu'aux extrémités du monde, sur ceux du nom de Jésus-Christ.

Dans les querelles des princes chrétiens, quoique ses vœux fussent pour la France comme pour le parti qu'il avoit depuis

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DE L'ÉGLISE. (AN 1700.) 285 long-temps juge! ins juste, et fait juger tel à son prédécesseur dont il avoit eu là confiance, il n'employa cependant aucun moyen temporel, et se comporta invariablement en père commun de tous les chrétiens. Quand on en vint à la paix, pour l'avancement de’ laquelle il s’étoit donné des mouvements infinis , il déconcerta par l'habileté des nonces qu'il choisit pour les congrès divers, et par la sagesse des instructions qu'il leur donna, il déconcerta tous les desseins et toutes les manœuvres des puissances protestantes contre l'intérêt de la religion catholique. Déjà il avoit enlevé à ce parti le comte palatin Léopold- Gustave. Il leur ravit encore le prince électoral de Saxe, depuis roi de Pologne, qu'il dégagea de tous ses préjugés, et fit rentrer dans l'ancienne religion de ses pères, aussibien que le duc de Brunswick, et deux princesses ses filles. Il obtint du roi de Perseune entière liberté de prêcher l'Evangile dans toute l'étendue de ce royaume. Il mit fin à la diversité d'opinions ou de pratiques qui divisoit les missionnaires de Chine avec un dommage infini pour la religion. Il étendit ses soins infatigables pour l'accroissement de la foi, ainsi que les profusions de sa charité, en Turquie, en Tartarie, en Ethiopie, et dans la plupart des contrées infidèles. Enfin il força la plus artificieuse des sectes dans son dernier retranchement, et la produisit à nu, vouée désormais à l’opprobre auquel trop long-temps elle s’étoit dérobée.

Et en contrariant tant de passions, tant de préventions, tant de prétentions et d'intérêts, il rendit son nom vénérable et cher aux protestants et aux mahométans même, La ville, Nuremberg, toute luthérienne, fit frapper des médailles en son honneur, et les répandit de toute part, avec une lettre qui lui étoit encore plus honorable. Le bacha d'Egypte dit en termes exprès, et laissa par écrit, qu'il n’envioit pour la gloire de l'Alcoran, qu'un chef aussi digne que celui qu'’avoient les chrétiens dans la personne de Clément XI. Plus haineux que les sectateurs de Luther et de Mahomet, les sectaires dont il a déconcerté la fourbe trop long-temps heureuse, sont les seuls qui aient contredit les deux hémisphères sur les qualités éminentes de ce pontife, sans 1ser néanmoins toucher à l'éminence de ses vertus personnelles : mais en le représentant comme un

pape asservi à quelques moines et à quelques prélats intrigants, qui le faisoient prononcer en aveugle sur des points doctrinaux de première importance, ils n'ont pas réfléchi qu'on ne pouvoit sans absurdité parler ainsi d'un pontife rempli de lumières, ennemi juré de l’adulation et de l'intrigue, pénétrant et ferme, voulant tout voir par lui-même, et ne prenant jamais son parti qu'après la plus mûre délibération, sur les principes d'une conscience dont la délicatesse alloit jusqu’au scrupule, seul défaut qu'on ait pu lui reprocher justement.

Une des premières fonctions pontificales dont s’acquitta le nouveau pape, fut la clôture de la porte sainte, ou du jubilé séculaire : cérémonie d'appareil dont il fit un sujet touchant d'édification. Le conclave ayant concouru avec le jubilé, avoit attiré à Rome ur.e quantité extraordinaire d'étrangers de toute nation et de toute condition : mais sur la fin de l’année, les hôpitaux se trouvoient remplis de pauvres et de malades. Clément, avant de fermer la porte sainte, visita tous ces hospices, distribua quantité d'aumônes aux pauvres, consola les malades par de tendres exhortations, entendit les confessions d'un grand nombre comme auroit pu faire leur propre chapelain, leur administra les derniers sacrements, rassembla un même jour tous les pèlerins prêts à partir, leur distribua quatre mille écus d’or, leur lava les pieds à tous, les essuya, les baisa, leur fit dresser plusieurs tables en sa présence, et durant tout le repas, il les servit lui-même, parlant tantôt à l’un, tantôt à l'autre, avec une bonté et un air d'intérêt qui attendrit jusqu'aux larmes les spectateurs les plus indifférents.

Le 27 octobre de cette même année 1700 , le monde chrétien eut un nouveau sujet d’édification dans la mort du célèbre abb4 de la Trappe, dont les vertus exhalèrent, surtout alors, la bonne odeur qu'il avoit constamment respirée depuis sa retraite. Îl s'étoit démis de son abbaye cinq ans auparavant, pour ne plus occuper son esprit que des vérités et des années éternelles. Des infirmités douloureuses, jointes à la caducité d'un corps exténué par la pénitence, ne servirent qu'à épurer de plus en plus ses vertus, ct à leur donner leur dernier lustre. Aucun mouvement d'impatience, aucun nuage de chagrin, aucune inquiétude, ne troubloient la tranquillité de son âme,

DE L'EGLISF. (AN 1700.) 28" toujours égale et toujours en paix. Sa fermeté au milieu des plus vives douleurs étoit si parfaite, qu'elles n'interrompirent ni ses communications intimes avec Dieu, ni les émanations de sa charité à l'égard de ses frères. Tous ceux qui le venoient voir, et sa porte n'étoit fermée à aucun, il les recevoit avec un visage serein, un cœur ouvert, et tous les charmes de cette affabilité naturelle qui l’accompagna jusqu'au tombeau.

Plus ses derniers moments approchèrent, plus la paix et la fermeté de son âme semblèrent augmenter. Après avoir reçu le

saint viatique ct l’extrême-onction au milieu des frères qui

joignoient leurs prières aux siennes, et qui l'arrosoient de leur: larmes, loin de paroître environné des horreurs de la mort, on crut voir l’un de ces premiers patriarches qui, pleins de jours et de prospérités, ne s'occupoient, dans les transports de leur reconnoissance, qu à louer le Seigneur, et à répandre les bénédictions du ciel sur leur famille.

Jusque sur la paille et la cendre, où il voulut mourir étendu par terre, il conserva sa liberté et sa présence d'esprit, regarda tendrement son ancien ami l’évêque de Seez, qui l'assistoit dans ces derniers moments, lui serra la main, leva les yeux au ciel, et, sans faire aucun mouvement, il rendit l’âme avec une fermeté dont on auroit peine à citer un exemple récent ; ainsi conserva-t-il jusqu'au dernier soupir son âme en paix, son jugement sain, l'empire de son cœur, et de celui même de ses amis, sa foi, sa confiance et son amour pour Dieu : âme naturellement forte, il est vrai, mais qui ne le fut plus que la mort, que parce que la religion l'éleva au-dessus de la nature. Outre les exemples de sa vie, le réformateur de la Trappe a laissé aux temps à venir une ample matière d’édification dans ses nombreux ouvrages de piété, tels que le Traité des Devoirs monastiques, l'explication de la règle de saint Benoît, la Traduction des œuvres de saint Dorothée, la Conduite chrétienne, l’Abrégé des devoirs du chrétien, les Réflexions morales sur les quatre Evangiles, des instructions, des maximes et des lettres spirituelles en grand nombre, sans compter plusieurs écrits concernant les études monastiques, en quoi il ne se trouva point d'aecord avec le célébre Mabillon.

L'abbé de Rancé, avant de faire divorce avec le monde,

288 (An 1700.) HISTOIRE avoit eu des liaisons fort étroites avec les jansénistes. Il parut

encore les regarder depuis comme les vrais défenseurs de la

saine morale, ct ne se défit jamais bien des préventions qu'il avoit prises contre ceux des orthodoxes qu'on appeloit molinistes. 1] faisoit gloire au contraire de ne point penser comme eux, pour ce qui étoit de la grâce de Jésus-Christ et de la prédestination des saints, aussi-bien que pour la morale de l'Evangile. Quant aux casuistes en particulier, personne ne les a plus maltraités que lui, ne l'eût-il fait que dans sa lettre au maréchal de Bellefonds, où il attribue à leurs relâchements les désordres de la plupart des pécheurs qui venoient se jeter entre ses bras : comme si les consciences cautérisées qui alluient chercher leur dernier remède à la Trappe, s'étoient fort occupées auparavant de la lecture des moralistes. Il y a toute apparence que l'abbé s’en étoit peu occupé lui-même, ou du moins n’avoit pas étudié leurs sentiments dans les sources : mais sans rien ôter à sa piété ni à ses vrais talents, on peut dire que c’est le feu, l’imagination, la facilité et l'élégance qui dominent dans ses écrits, et que si personne ne s'exprime avec plus de grâces, et ne tourne une pensée en plus de manières intéressantes, il ne pense pas toujours aussi parfaitement qu'il s'exprime, il ne médite pas assez les, choses, et ne fait souvent qu'effleurer les matières. Dans la dispute qu'il eut avec le père Mabillon, ce savant bénédictin, avec toute sa réserve, ne laissa pas de faire sentir la justice de ce reproche. Ses préventions cependant firent concevoir des soupçons contre sa foi depuis sa conversion même. C'est ce que l'on voit dans une de ses lettres au duc de Brancas. « Comme ils ne sauroient, dit-il, attaquer mes mœurs , ils attaquent ma croyance, et trouvent dans les règles de leur morale, qu'il leur est permis de dire contre moi tous les maux que la passion leur peut suggérer : c'est que ma conduite n'est pas conforme à la leur; mes maximes sont exactes, les leurs sont relâchées ; les voies dans lesquelles j'essaie de marcher sont étroites, celles qu'ils suivent sont larges et spacieuses. Voilà mon crime, cela suffit ; il faut m'opprimer et me détruire. » On peut encore voir ici un jugement emporté par la chaleur de l'imagination, et par l'amertume du sentiment,

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DE L ÉGLISE. (AN 1700 ) 289 1] est constant néanmoins que le réformateur de la Trappe ne pensoit point du tout alors comme les partisans obstinés de l'évêque d'Ypres. Quoiqu'il n’y ait point de louanges qu'ils ne lui aient données tandis qu'ils le croyoient à eux, ils lui firent une guerre ouverte sur la fin de ses jours. Non-seulement il avoit signé le formulaire purement et simplement, mais il déclaroit hautement en toute rencontre, qu'on devoit se soumettre aux décisions du saint Siége apostolique dans les doutes et les difficultés qui regardenit la foi et la religion; ce qu'ils entendoient parfaitement entr'eux, quoiqu'ils le contournassent en tant de manières au dehors. 1l raconte lui-même :, que l'une des premières choses qui lui rendit leur conduite suspecte, fut, quand il voulut quitter ses bénéfices, la proposition que lui fit l'un d’entr'eux de les garder, pour en distribuer les revenus au parti qui étoit dans la persécution. « Je ne pus goûter ni comprendre, ajoute-t-il, que des gens qui vouloient passer pour êlre entièrement détachés des choses d'ici-bas, fussent capables de faire paroître un sentiment aussi intéressé que celui-là. » Il ne laissa pas de conserver encore des rapports de bienséance et d'honnêteté avec les plus considérables : ils lui envoyoient leurs ouvrages, et il ne manquoit pas de les payer d'un compliment flatteur. Ce commerce de politesse dura jusqu’à la mort d'Arnaud, époque où se fit la rupture à l'occasion de la fameuse lettre à l'abbé Nicaisc, chanoine de Dijon, dans laquelle, comme on a vu, l'abbé de la Trappe, au plus haut point de sa réputation de vertu, mit en contraste le parti dont ce docteur étoit le chef avec celui de Jésus- Christ.

Tous les jansénistes désavouèrent alors les éloges qu'ils avoient prodigués si long-temps à l'abbé de Rancé. Quesnel lui écrivit du ton qui convenoit au nouveau chef du parti, voulant une rétractation dans les formes. Sa lettre étoit si dure et si injurieuse, que l'abbé, en y répondant, lui dit qu'il ne se seroit jamais attendu à pareille chose de la part d’un prêtre de Jésus- Christ qui cst en possession de nous donner depuis si longtemps des leçons d’une morale exacte. Voilà précisément ce

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qui avoit séduit l'abbé : il avoit, comme tant d'autres, jugé des jansénistes par les spéculations de leur morale, et de la morale des autres écoles, par les écrits des jansénistes; ce qui l’avoit jeté en deux erreurs, qui se fortifioient l’une l'autre ; au moins secoua-t-il L1 plus dangereuse ; et la lettre violente du père Guesnel, loin d'obtenir une rétractation, ne servit qu’à mieux démasquer la secte aux yeux de l'abbé.

Le Nain de Tillemont revint cependant à la charge; mais comme il étoit infiniment plus poli, plus doux et plus modeste que le père Quesnel, quoique beaucoup plus savant, il prit un tout autre ton. Il fit l'éloge du docteur Arnaud, et de son parti; il sollicita, il pressa l'abbé de Rancé, mais sans menaces ni traits satyriques, de faire connoître publiquement qu'il honoroit ce docteur comme un homme d’une foi pure, grand dans l'Eglise, et grand devant Dieu. Bien éloigné de ce qu'on lui demandoit, l'abbé dicta aussitôt une lettre, où d'abord il parle des jansénistes en général d'une manière qui ne met en recommandation ni leur bonne foi, ni leur honnèteté, ni leur désintéressement. Il rend justice ensuite au génie, aux talents et à la profonde érudition d'Arnaud. « Cependant, ajoute-t-il, la résistance qu il a faite aux ordres de l'Eglise, et la manière dont il a combattu ses décisions, m'obligent à former de lui des sentiments et des idées bien différentes de celles que vous prétendez que j'en dois avoir. Néanmoins toutes ees considératiuns ne m'ont jamais porté à m'expliquer contre; au contraire, j'ai toujours témoigné à ses amis aussi-bien qu'à lui-même, que j'avois beaucoup d'estime pour son mérite. Je suis toutefois demeuré ferme dans mes sentiments, sans qu'aucune raison ait été capable de m'en déprendre. »

Quoique cette lettre ne soit pas sortie du portefeuille de l'abbé avant sa mort, de peur d'irriter davantage des gens qui faisoient déjà un bruit épouvantable, il n’en est pas moins sûr qu'elle est son ouvrage, Mais avec des gens qui nient tout, il faut tout prouver, sinon pour en tirer un aveu qui seroit un prodige, au moins pour empêcher que le fidèle ingénu ne soit dupe. Ils reconnoissoient eux-mêmes que cette lettre étoit du réformateur de la Trappe, quand après sa mort, instruits qu'on l'avoit trouvée dans ses papiers, ils firent jouer toutes sortes de

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DE L'ÉGLISE. (An 1700.) 29:

ressorts pour en empêcher l'impression, et quand après l'impression, tournant leur dépit en dédain, ils publièrent qu'elle ne faisoit tort qu'à la mémoire de l'auteur : mais tout le monde, à beaucoup près, n'en jugea pas ainsi. Le nom du réformatcur de la Trappe étoit en vénération dans tout le royaume, et chacun savoit que les jansénistes lui étoient mieux connus qu'à personne. L'impossibilité de tenir contre l'opinion publique les fit changer de langage : au bout de cinq ans, qu'ils présumoient avoir fait oublier leurs premiers propos, ils mirent tout en œuvre pour faire regarder la lettre comme supposée. Leurs clameurs firent encore toute leur preuve : ils en sentirent si bien la foiblesse, qu'ils finirent par publier que la lettre avoit été composée dans un temps où l'abbé avoit l'esprit et la mémoire également affoiblis : mais sur ce point encore, le public, d’avis tout contraire, regarda cette letlre comme l'une des plus judicieuses et des mieux raisonnées que l'abbé eût jamais écrites. D'ailleurs deux historiens de sa vie : attestent que cet affoiblissement prétendu de son esprit, est une chimère inventée par ceux qui avoient intérêt à lui donner cours, |

Il importoit sans doute de justifier dans le réformateur de la Trappe, la foi sans laquelle il n’est point de vertus chrétiennes, et de revendiquer ce mémorable solitaire à une secte si particulièrement jalouse d’attacher à son char les hommes célèbres en tout genre. Celui-ci s'étoit fait un point capital de conduite de ne pas combattre directement la maligne faction qui troubloit l'Eglise, fondé qu'il se croyoit sur le principe,

ue n'ayant ni mission, ni caractère pour cela, le meilleur parti

qu'il eût à prendre, c'était de garder le silence : en quoi cependant il étoit si peu conforme à quantité de saints solitaires, au grand saint Antoine en particulier, qui crut devoir passer par-dessus les règles o’dinaires, pour secourir la foi mise en péril par les ariens, quoiqu'il n'eût jamais varié dans la doctrine, et qu'il n'eût ni pour écrire, ni pour s'énoncer, le talent ou l'usage de l'abbé français. Bien des orthodoxes auroient voulu qu'il fit pour la doctrine de l'Eglise l'usage qu'il avoit fait autrefois de son bel esprit pour la nouveauté. Peut-être se

1 Massoulié et Mraupou.

persuada-t-il que le grand nombre des pasteurs éclairés et de

zélés docteurs qu'avoit alors la France, lui fournissoit un

titre légitime pour se tenir absolument renfermé dans les bornes

de sa profession. Quoi qu'il en soit de ses intentions, que tout

concourt à faire présumer droites, il ne laissa jamais aucun doute sur sa catholicité ; et le changement des partisans de la nouveauté à son égard, en est une preuve qu'ils ne peuvent plus attaquer sans contradiction et sans ridicule. Cependant sa réserve ne plut à aucun des partis, ou plutôt elle les choqua l'an et l’autre, et les lui mit presque également à dos : Lant la neutralité en matière de foi, ne fût-elle qu'apparente, fait de fâcheuses impressions dans tous les esprits. Toujours elle répand sur les vertus même les plus éclatantes, un louche ou des ombres que les meilleures apologies ensuite ne réussissent pas toujours à dissiper.

Le 16 de septembre 1701, mourut à Saint-Germain -en- Laye le roi Jacques II d'Angleterre, dans les sentiments de religion auxquels il avoit sacrifié sa couronne. Après avoir reçu les derniers sacrements de l'Eglise avec une dévotion exemplaire, il fit approcher le prince de Galles, héritier de ses droits, et lui dit : « Mon fils, vous allez remplir ma place, qui

vous est due avec une justice manifeste; mais si jamais vous remontez sur le trône, pardonnez à tous mes ennemis, aimez votre peuple, conservez la religion catholique, et préférez toujours l'espérance d’un royaume éternel, à un royaume de ce monde. » Le prince, qui n'avoit que seize ans, promit, tout en. larmes, au roi son père d'exécuter religieusement ses volontés, et surtout pour ce qui regardoit la foi catholique; ensuite il alla se jeter aux pieds de Louis XIV, remit sa jeunesse et son sort entre ses mains, en protestant de nouveau, les larmes aux yeux, qu'il n’auroit jamais d'autre religion que la catholique. Louis, sans considérer les nombreux ennemis qu'il avoit déjà sur les bras, et qu'il alloit s’attirer encore par sa générosité, le reconnut sur-le-champ pour roi d'Angleterre, et promit de le tenir pour tel tant qu'il demeureroit attaché à la vraie foi; en quoi Louis le Grand parut vraiment digne de ce titre.

Le noncc de France n'eut pas plus tôt mandé cette nouvelle à

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DE L EGLISE, (AN 1701.) 293 Rome, que le saint pape Clément XI, ravi d'admiration, rassembla les plus religieux des cardinaux en consistoire, et leur tint ce discours : « Nous avons perdu dans la personne du roi Jacques Il, un prince véritablement fils de l'Eglise, un vrai défenseur de la foi; mais ce qui fait notre juste consolation, c'est que le roi très-chrétien a reconnu et fait proclamer roi d'Angleterre, le prince de Galles son fils. Ah ! qu'une action si héroïque, dans les conjonctures présentes, est digne de passer à la mémoire de tous les siècles! » Il adressa incontinent à ce monarque un bref qui enchérissoit encore sur ces expressions. C'étoit sur de si beaux fondements que portoient l'intérêt et l'affection que ce vertueux pontife marqua toujours pour Louis XIV.

Leur accord parfait pour la conservation de la foi, parut encore avec éclat dans un incident assez minutieux en luimême, mais dont ceux qui l'avoient ménagé attendoient les plus grands effets. C'’étoit une consultation de conscience, qui ne sembloit concerner qu'un simple particulier, et qui tendoit à ruiner toutes les décisions de l'Eglise contre les erreurs du temps. Du Pin, dans son Histoire ecclésiastique du dix-septième siècle :, dit qu'on ne sait pas certainement d'où vint cette consultation, ni par quels motifs on la fit, Cependant il étoit notoire à une infinité de personnes, qui n'avoient pas, comme lui, signé le cas de conscience dont il s’agit, et qui n'avoient pas les mêmes relations avec ceux qui l’avoient dressé ; il étoit constant par deux lettres de dom Thierri de Viaixnes, que cet ouvrage avoit été ébauché par l'abbé Perrier, chanoine de Clermont en Auvergne, et neveu du célèbre Pascal; que les sieurs Anquetille et Rouland lui avoient donné sa forme, et qu'il avoit été imprimé à Liége 2. Voilà les premiers auteurs de la pièce; mais ils n'y mirent pas la dernière main Comme ils y avoient inséré la nécessité de la grâce suffisante des thomistes, le sieur Petitpied à qui cela déplut, comme au grand nombre des frères, retrancha cet article du cas proposé, qui par-là devint, selon ses expressions, beaucoup plus net et plus spirituel.

1 Tome IV , p. 40%. — 2 Causa Quesnel. p. 403.

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