‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 107 sur 178 · D SES · texte numérisé non relu

D SES

Voici de quoi il s agissoit. On mettoit sur la scène un confesseur de vince, en suspens quant à la manière de se conduire à l'égard d'un ecclésiastique qu'il avoit cru long-temps un grand homme de bien, mais qu'on lui avoit enfin rendu fort suspect en matière de croyance. Il disoit l'avoir interrogé sur différents articles, et en avoir tiré ces réponses : « Je condemne les cinq propositions dans tous les sens où l'Eglise les a condamnées; mais sur le fait, je crois qu'il me suflit d’avoir une soumission de silence et de respect ; et tandis qu'on ne m'aura pas convaincu juridiquement d'avoir soutenu quelqu'une de ces propositions, on ne doit pas tenir ma foi pour suspecte : Je crois qu'étant obligé d'aimer Dieu par- dessus toutes choses et en toutes choses, comme notre fin dernière, toutes les actions qui ne lui sont pas rapportées, au moins virtuellement, et qui ne se font pas par quelque mouvement d'amour, sont autant de péchés : Je tiens que celui qui assiste à la messe avec la volonté et l'affection pour le péché mortel, sans aucun mouvement de pénitence, commet un nouveau péché : Je ne crois pas que la dévotion envers les saints, et principalement envers la sainte Vierge, consiste dans toutes les vaines formules et les pratiques peu sérieuses qu’on voit dans certains auteurs. » Le pénitent déclaroit encore qu'il lisoit les Lettres de Saint-Cyran, les Heures de Dumont, les Conférences de Luçon, la Morale de Grenoble et le Rituel d’Alet, croyant tous ces livres fort bons et dûment approuvés ; qu'il portoit le même jugement du nouveau Testament de Mons, et pensoit qu'on le pouvoit lire, au moins dans les diocèses où les prélats ne l'avoient pas condamné.

À cette consullation, quarante docteurs répondiren: que les sentiments de l’ecclésiastique au sujet duquel on consultait, n'étoient ni nouveaux, ni singuliers, ni condamné: 1" VF. glise; en un mot, qu'ils n'étoient pas tels, qu'on dit +: pour l'absoudre, qu'il y renoncât. Cette décision iüi tenue secrète une année entière, afin de lui gagner à loisir des patrons et des zélateurs; après quoi on la produisit au grand jour, imp ‘mée à Paris, et l’on en fit coup sur coup une mulütude d'éd. us. Le scandale fut aussi éclatant que l'attentat. Ce ne fut ju ne voix parmi tous les catholiques véritables,

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LE L'ÉGLISE, (An 3701.) 295 que le Cas de Conscience n'obligeant qu'au silence respectueux, ruinoit de fond en comble l'autorité des constitutions apostoliques, et tout ce qui s’étoit fait contre les dernières hérésies. Le janséniste Vaucel le voyoit si bien lui-même, qu'en exhortant ses confrères à soutenir fortement la réponse des quarante docteurs, il écrivoit que cette décision subsistant, le jansénisme s’en alloit en fumée, et ne pouvoit plus passer que pour un fantôme :. Mais en vain le père Quesnel écrivit à plusieurs prélats, afin de les engager à protéger les quarante consulteurs, sur qui devoit d’abord fondre l'orage qu'il entendoit gronder de toutes parts ; MM. de Chartres et de Meaux furent les premiers qui ‘oudroyèrent le Cas de Conscience. Celui-ci agit beaucoup ensuite, pour engager les quarante docteurs à prévenir leur condamnation personnelle par une humble rétractation. En quoi, dit un historiographe du parti 2, il fit paroître, en bon disciple de M. Cornet, un zèle merveilleux pour ne point souffrir qu’on donnât la moindre atteinte à la signature du formulaire. Dans le langage des nouveaux augustiniens, c'est là faire de Bossuet un moliniste, ou, ce qui est la même chose pour eux, un pélagien : quelques années après ils en firent un janséniste. Que doit-on croire vrai dans les bouches où la négative et l’affirmative, soutenues l'une et l'autre avec le même front, sont aussi variables que l'intérêt P

M. de Noailles, dont l'autorité devait être ici d'un tout autre poids que celle de M. Rossuet, vint à son appui, quoiqu'on osât dire dans le parti, que ce prélat avoit vu la consultation avant qu'on la rendit publique, et qu'il avoit promis à quelques docteurs de la signer, pourvu qu'ils ne le compromissent point : imputation dénuée de vraisemblance, nonobstant l'application maligne de l'historiographe déjà cité, à la rendre probable par les autres inconséquences qu'il attribue à cet archevêque. On sait que ces écrivains mettoient tout en usage pour le décrier dès qu'il leur étoit contraire. C'est par des faits éclatants, et non pas sur de simples présomptions, qu'on doit juger les hommes en place. Or, toutes les démar-

‘ Pructs de Quesnel, pag. 405. — 2 Hist. du Cas de Consc., pag. 88

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