‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 108 sur 178 · ST · texte numérisé non relu

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296 (Anigor.) HISTOIRE ches de l'archevêque font croire que la décision n'étoit nulle: ment de son goût.

11 fit des reproches amers à une partie des docteurs qui l’avoient souscrite, et plusieurs déclarèrent qu'ils avoient signé sans en prévoir les conséquences ; ce que leur mérite doctoral fait croire aisément. 1l y en avoit néanmoins dont le titre de docteur ne faisoit pas tout le mérite. Le père Alexandre, par exemple; avoit des lumières, et de plus particulières en ce point que ce qu’annoncent les gros volumes qui lui ont acquis la réputation d’un compilateur laborieux. Il enseigne que l'Eglise ne sauroit se tromper en prononçant sur le texte des livres dogmatiques : parce que si elle pouvoit errer en cela, dit-il en preuve :, elle seroit incapable de conduire les fidèles en bien des rencontres ; comme le berger qui ne sauroit pas distinguer les bons pâturages des mauvais, ne seroit pas propre à faire paître le troupeau, et le médecin qui ne discerneroit pas entre le poison et l’antidote, seroit moins utile que pernicieux aux malades. Ce docteur fut toutefois l’un des quarante qui signèrent la consultation, par laquelle il étoit clairement et formellement établi qu’on n'est pas obligé de s’en tenir au jugement de l'Eglise touchant le sens des textes. Nous aimons à croire que la honte de se trouver en contradiction avec luimême, plutôt que la peur qu'on lui fit de perdre la pension qu'il tenoit du clergé, l’engagea le premier à chanter la palinodie, et à composer avec M. de Noailles. Il écrivit à ce prélat une lettre entortillée, où il se mettoit l'esprit à la torture pour expliquer en quel sens il avoit souscrit, c'est-à-dire, pour se rétracter, sans avoir l’air de le faire »,

Ce champion saumis, on eut bon marché du reste, à la réserve du sieur Petitpied, que ni l’exclusion de la Sorbonne, ni la peine d'exil, ne purent jamais ébranler. Tous les autres, au mains avec le temps, prirent le parti de la soumission ; et tous, avant d'en venir là, confessèrent ingénument qu'ils se seroient contentés de répondre verbalement à la consultation, et que jamais ils n'y auroient apposé leur signature, s'ils avoient prévu qu'elle dût devenir publique. Quels principes

» Hint. eccl. sæc. VI, dissert. $. — 2 Lettre du 8 janv. 1703.

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DE L'EGLISE. (Ax 1701.) 297 ne décèle pas un pareil aveu ! L'hérésie des pélagiens , disoit autrefois saint Jérôme, est la seule qui ne rougisse pas de professer en public ce qu’elle ne craint pas d'enseigner en secret : qui croiroit, si l’on n'en voyoit la preuve, que la secte la plus déclarée contre celle de Pélage, l’'eût prise pour modèle ?

Les consulteurs ayant chanté la palinodie, M. de Noailles publia une ordonnance : qui condamnoit leur décision comme contraire aux constitutions pontificales ; comme tendant à remettre en question des choses décidées, et à perpétuer les troubles; comme favorisant la pratique des équivoques, des restrictions mentales, et des parjures même. Il ajoutait que ce n'est pas seulement dans ces derniers siècles que l'Eglise a obligé de souscrire à la condamnation, tant des auteurs et de leurs écrits, que de leurs erreurs, comme il paroît par le concile de Caloédoine. Il y eut dans les diocèses divers beaucoup d’autres ordonnances semblables, à quelque exception près néanmoins. Ce que celle-ci eut de particulier, c'est qu'avec le cas de conscience, elle condamnoit tous les écrits publiés contre les quarante, comme injurieux, scandaleux, calomnieux, et détruisant entièrement la charité ( 1703 ).

Il s'en fallut bien cependant que le père Quesnel se contentât de ces égards ; il ne put voir, sans verser des larmes, la machine dont il avoit espéré le salut du parti, renversée tout à coup par un soulèvement général des orthadoxes, et entraîner dans sa chute ceux qui l’avoient dressée avec tant d'artifice : mais bientôt les pleurs se convertirent en un torrent de fiel qui ne ménagea ni amis, ni patrons. Il écrivit au cardinal de Noailles, que son éminence auroit dû prendre les conseils de personnes plus éclairées; que par sa main, la paix de l'Eglise venoit de recevoir nne plaie mortelle ; qu’elle ne pouvoit plus subsister, puisque l'ordonnance en arrachoit le fondement, et qu'une expérience de cinquante ans n'avoit que trop fait voir l'impossibilité de parvenir à une paix véritable, à moins d'affranchir les consciences du joug insupportable de la croyance intérieure du fait. Quant à la rétractation des docteurs, il déciare et assure en termes exprès, que c'est une soumission

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forcée, un mensonge public etscandaleux, un faux témoignage arraché, par une crainte humaine, à des docteurs, à des prêtres, contre leurs lumières et leur conscience; un déguisement criminel, une honteuse prévarication, une lâcheté indigne de ceux qui ont promis, à la face des autels, de défendre la vérité jusqu'à l’effusion de leur sang. Peut-on rien dire et penser de plus injurieux P Voilà néanmoins les idées que ces moralistes sévères avoient les uns des autres en matière de franchise et de probité.

Cette lettre fut suivie d'une pièce, où le même auteur prétendoit convaincre les quarante, et tout le monde avec eux, qu'ils avoient eu le plus grand tort de se rétracter. Elle fut par la suite condamnée par le saint Siége, comme une des productions de ce dogmatiseur les plus remplies de ses principes schismatiques. Il l’avoit intitulée, Lettre d'un évéque à un évêque, ou consultation sur le faux cas de conscience; et joignant au schisme l'insolence et une indfcence outrée, il ÿ faisoit dire par le prélat qu'il mettoit en action : Ne nous flattons point, mon cher seigneur ; en matière de raisonnement, la mitre et la crosse n’y font rien : une raison crossée et mitrée est toujours une raison humaine sujette à se tromper, et d'autant plus, que la mitre et la crosse nous engagent en tant d'occupations différentes, que souvent nous n'avons pas le temps d'étudier. C’est ainsi qu à la faveur de la malignité naturelle à l'homme, toujours ennemi de la supériorité, il fixoit les regards du public sur les défauts des supérieurs, et les détournoit du vrai principe en matière de croyance; car il n’est pas question pour la foi de savoir si un évêque, si dix ou vingt évêques peuvent se tromper, mais si tout le corps des pasteurs, à qui appartient le privilége de l'infaillibilité, peut dans ses décisions dogmatiques enseigner l'erreur : c'est ce qu'on ne peut établir, sans renverser par les fondements la religion de Jésus-Christ 1.

5 Quesnel soutenoit , dans cette lettre, comme il l'a fait dans cent autres libelles, «que c’est degrader lu raison humaine, que de vouloir imposer à un homme éclairé le joug d'une créance aveugle à l'égard d'un homme, dont la raison est aussi capable ct peut-être plus de se tromper que la sienne. » N'étoit-ce pas là préluder aux attaques des philosophes contre la religion ? Le raisonnement diffère-t-il beaucoup de celui du déiste qui refuse de croire tout ce que sa raison ne peut comprendre? ou plutôt ne partent-ils pas l'un et l'autre du même principe d'orguei

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DE L'ÉGLISE. (AN 1703.) 209 Ainsi en jugèrent, avec le suuverain pontife, grand nombre d'évèques, qui, aussi-bien que Rome, proscrivirent le cas de conscience. Ils servirent de règle aux universités de Louvain, de Douay et de Paris, qui le censurèrent à leur tour, sans craindre les injures de ceux qui ne trouvoient que de l'ignorance et de l’imbécillité aux ennemis de la nouvelle doctrine. À Paris, la faculté ne se contenta point de déclarer la décision des quarante docteurs, téméraire, scandaleuse, injurieuse aux souverains pontifes et aux évêques du royaume, tendant à renouveler des erreurs proscrites, et favorisant le parjure; mais elle arrêta que si quelqu'un de ses membres étoit convaincu d'avoir dit, écrit ou publié quelque chose contre cette censure, il seroit exclu de la faculté, et qu’à l'égard des deux souscripteurs du cas de conscience, qui ne s'étoient pas encore rétractés, s'ils ne le faisoient dans un mois, ils demeureroient exclus par le seul fait, et privés de tous les droits du doctorat.

Peu content de son côté d’avoir flétri la schismatique décision ( 1704 ), le pape, par deux brefs adressés au roi et à l’archevêque de Paris, demanda qu'on en puniît si sévèrement les auteurs, que leurs consorts craignissent à jamais de s'engager en de pareilles manœuvres. Rien de plus fort que les expressions dont le pontife usoit, particulièrement dans le bref qui étoit pour le roi. « Ce sont, disoit-il, des gens qui semblent nés pour troubler sans cesse la paix de l'Eglise et de l'état, des esprits turbulents qui ne mettent point de fin à la manie de brouiller, des gens dont l'audace tend à rendre vains tant de soins et de travaux qu'on a pris pour exterminer une hérésie maligne et contagieuse au degré suprême, des esprits inquiets qu'il faut réduire au silence, des insolents qu'il faut réprimer, des rebelles qu'il faut soumettre, dompter et terrasser. » Quels reproches de la part du chef de l'Eglise, et d’un chef aussi vertueux et aussi éclairé que Clément XI! Mais l’entremetteur Vaucel va d'un mot changer l'essence des choses, la

et d'indépendance ? Aussi, la filiation n'est plus contestée aujourd'hui : Luther avoit posé le principe, il en avoit appelé, à sou esprit particulier, au sens privé, à la raison individuelle; et son principe a produit successivement tous les sectaires modernes, jusqu'aux «reptiques, les moins inconséquents de tous,

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300 (An 1703.) HISTOIRE lumière en ténèbres, et la fermeté de la sagesse en ignorance entêtée.

Il écrivit de Rome, qu'Olibrio, c'est le nom que les partisans du silence respectueux donnoient au vicaire de Jésus-Christ, qu'Olibrio, content de ses brefs, croyoit que Sa Sainteté avoit en cela fait une belle et bonne chose : preuve assez claire, ajoutoit-il, de sa prévention, de son entêtement et de son ignorance !. D'autres sectaires écrivirent, l’un, que le bref au roi marquoit une âme de tigre, et l’autre que Dieu répandoit de plus en plus les ténèbres sur les princes de l'Eglise.

On persuada cependant à Sa Majesté, qu'attendu le danger que les anciennes disputes ne reprissent leur premier feu, il les falloit étouffer par une défense expresse de rien publier sur les matières du temps. L'édit fut en effet rendu le 5 de mars 1703; mais comme par les termes il sembloïit imposer également silence aux agresseurs et aux défenseurs de la foi, Clément XI, dès le mois suivant, pria le monarque de donner une déclaration, par laquelle il fit connoître qu'il n’avoit pas prétendu fermer la bouche à ceux-ci. Il le remercioit, par le même bref, d'avoir exilé le docteur Elie Du Pin, homme de très-mauvaise doctrine, disoit le saint Père, et qui a fait plusieurs injures au saint Siége apostolique. Louis XIV eut tant d'égard à la remontrance du chef de l'Eglise, que, sans se borner à rendre toute liberté aux défenseurs de la foi, il ôta sa confiance à celui des ministres qui l’avoit engagé à donner l'édit contraire. Il fit plus, et voici comment la manœuvre dont le parti attendoit son triomphe, n’aboutit qu’à lui ôter sa dernière ressource. Le roi très-chrétien, et plusieurs évêques de son royaume, de concert avec le roi d'Espagne, voyant que les sectaires chicanoient toujours sur le bref et les bulles rendues jusque-là contre eux, prièrent le souverain pontife de prononcer enfin de la manière la plus formelle etla plus authentique, sur l'insuffisance dusilence respectueux. C'est donc aux chicanes interminables, et à l'indomptable opiniâtreté des jansénistes mêmes, qu'il faut imputer la bulle qu'elles représentent aujourd’hui, comme une source inépuisable de troubles et de scandales. Mais l'Eglise doit-

t Lettre de du Vaucel à Brigode , du 19 avril 1703.

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DE L'ÉGLISE. (AN 1703.) 301 elle être moins ferme, que l'hérésie n’est opiniâtre, et l'opiniàtreté de l’hérésie est-elle un titre d'accusation contre la fermeté de l'Eglise ? Dépositaire de la vérité que Jésus-Christ lui a transmise, et qui fait son plus précieux trésor depuis dix-huit siècles, est-ce à elle, ou à la secte qui la trouble dans sa divine possession, que l'on doit attribuer les scandales, aussi-bien que les troubles ?

La pièce du cas de conscience n'en étoit pas au dénoûment, que la Hollande, théâtre plus convenable que la France pour ce genre de scène, en fournit une seconde à peu près de même force. M. Codde, prêtre de l'Oratoire, avoit été nommé, dès l'année 1686, vicaire du saint Siége pour le gouvernement spirituel des Hollandais, qui, jusqu'au jansénisme, avoient en grand nombre conservé dans son intégrité la religion de leurs pères. Sitôt qu'il fut question de le sacrer sous le titre d'archevêque de Sébaste, il fit connoître, par sa résistance à signer le formulaire , ce qu'on devc': attendre de son gouvernement (1702). Les présomptions furent confirmées en plein par les œuvres. Les églises catholiques prirent en peu de temps tout l'air hollandais, et ne ressemblèrent pas mal à des prêches. Les prêtres y administroient les sacrements en langue vulgaire, et l’on jargonoit de même toutes les prières du rituel romain ; ce qui ne put se faire sans exciter les murmures de vrais catholiques, encore plus nombreux, et sans mettre beaucoup de troubles dans la mission.

Le père Quesnel, qui ne voit point de maux dont les jésuites ne soient les auteurs, attribue ces divisions au père Domin, qui avoit suivi en Hollande le comte de Crécy, plénipotentiaire de France au congrès de Ryswick:. Il est certain, par les monuments même du parti, que long-temps avant le voyage du jésuite, on avoit porté des plaintes au pape sur les pratiques étranges des église de Hollande. On voit par une lettre du sieur du Vaucel, datée du 1.“ décembre 1691 , et adressée au père Quesnel lui-même, qu'un religieux dominicain y avoit été envoyé secrètement par l'internonce des Pays-Bas, en conséquence d'un ordre de Rome, et que son rapport étoit fort

à Lettre à M, de Beauvais,

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