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DE L'EGLISE. (AN 1704) 315 faussa la parole qu'on lui avoit donnée, et l'ouvrage reparut imp rimé tel à peu près qu'auparavant, c'est-à-dire , avec une très-petite partie des corrections dont l’on étoit convenu ; sur quoi il demeura persuadé que ce livre n'étant plus susceptible des interprétations qu'il s’efforçoit de lui donner, il devoit supprimer ce qu'il avoit jeté pour cela sur le papier, et l'on p’en ouiït plus parler de son vivant ; mais après sa mort, un quesnéliste passionné, nômmé le Brun, trouva le moyen de s’en procurer une copie, et la fit passer à un chanoine de Lille, qui la fit imprimer à Bruxelles. Ainsi traduisoit-on en janséniste le prélat qui tenta de retirer d'un livre le venin du jansénisme , et l’on fit passer son projet d'apologie, ou plutôt de correction, pour une apologie formelle de l'ouvrage qui en demeuroit infecté.
Le parti eut le front de faire valoir cette pièce comme un témoignage authentique du grand évêque de Meaux en faveur des Réflexions morales, dans un temps où il ÿ avoit encore peu de personnes à la ville et à la cour qui pussent ignorer quels avoient été ses sentiments à ce sujet. Il étoit difficile que les quesnélistes eux-mêmes l'eussent oublié. Le sieur Villart avoit écrit au père Quesnel, le 30 janvier 1700, qu'il venoit d'apprendre que M. de Meaux, comme bien d’autres, parloit mal
des quatre frères, ou des quatre volumes des Réflexions. L'abbé
Couet, vers le même temps, écrivant à Bossuet qui pressoit dans l'assemblée du clergé la censure de cette proposition, le jansénisme est un fantôme, s'exprimoit ainsi : « On connoit des personnes à qui vous avez dit que les cinq propositions sont dans le livre du père Quesnel, Vous n'aurez pas apparemment oublié, monseigneur, que vous avez encore déclaré depuis peu à un évêque de l'assemblée, que l’on trouvoit dans ce livre le pur jansénisme. » Ainsi parloient alors les hommes les plus dévoués au parti, parce que le fait étoit notoire : mais le cours des années affoiblit toutes les notions, et il vient un temps où l'on croit peu risquer à les démentir. Si l’on se perd d'honneur dans l'esprit des personnes instruites, au moins reste-t-il une foule d'ignorants qu'il est facile de surprendre. Ainsi doit-on raisonner dans une secte dont l'astuce et la fraude sont l'unique appui.
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Plus violent de sa nature, ou par une longue habitude le calvinisme rigoureux peut ici varier la scène. Dès l’année 1702, les huguenvuts des Cévènes, c'est-à-dire, du Vivarais, du Vélay et du Gévaudan, plus nombreux qu’en aucune autre de nos provinces, se mirent en tête de rétablir l'exercice public de leur religion, dans les droits presque impraticables de leurs montagnes. Ils s’assemblèrent d'abord en des lieux écartés ; et comme ils n'avoient point de ministres, ils se bornoient à chanter leurs psaumes: ; mais bientôt quelques-uns d’entre eux, paysans, ouvriers, tous absolument sans lettres, se dirent suscités du ciel, firent les prêches, et débitèrent mille extravagances qui leur acquirent plus justement que jamais le nom de fanatiques. Le mépris des lois sacrées entraîna bientôt l'infraction de l'ordre civil. Ils se plaigniren: fort haut, qu'en haine de leur religion, on les surchargeoït dans la répartition des impôts, et que Île surplus qu’on les obligeoit de payer n’alloit qu à la décharge des catholiques ; sur quoi plusieurs de ces mutins refusèrent d'acquitter leur capitation. Les receveurs publics ne laissèrent pas de l'exiger , et firent des saisies dans quelques villages des Hautes-Cévènes, sur ceux qui faisoient le plus de bruit. Pendant la nuit, ces receveurs furent enlevés de leurs maisons, et pendus à des arbres, avec leurs rôles au cou. Les auteurs de cet attentat, dans la crainte d’être reconnus, s’étoient déguisés en mettant des chemises sur leurs habits; ce qui leur fit donner le nom de camisars, qu'ils ont retenus jusqu'à nos jours.
Le marquis de Broglio, commandant de la province, et M. de Bâville, intendant, envoyèrent main-forte sur les lieux, et l'on arrêta les coupables, qui subirent le châtiment dù à leur crime. Cette exécution ne produisit rien moins que ce qu'on en attendoit. Le supplice de quelques assassins fit croître à l'infini le nombre des perturbateurs publics. Ils s'attroupèrent de toute part, encore de nuit cependant, et déguisés comme la première fois. Ils se répandirent dans les châteaux et les maisons des catholiques, où d’abord ils se contentèrent de
1 Hist. de Louis XIV , par Reboul, an 1702 et 1704. Journ. hist, du règne da Louis XIV.
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