‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 115 sur 178 · PENSE · texte numérisé non relu

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DE L EGLISE. (AN 1704.) 317 piller, sans effusion de sang : mais ils tardèrent peu à joindre au larcin la violence, le meurtre, le sacrilége, et tout ce qu'imaginèrent de plus noir les illuminés qui s’élevèrent parmi eux. Ils en vouloient surtout aux ecclésiastiques, et particulièrement à un abbé du Chayla, qui avoit fait mettre dans un couvent deux calvinistes relaps. Ils investirent sa maison sur le soir, enfoncèrent les portes, et le massacrèrent avec quelques autres ecclésiastiques qui se trouvoient chez lui. Dès lors on vit renouveler dans cette malheureuse contrée tous les excès que les huguenots avcient commis autrefois dans l’étendue du royaume ; où vit briser les croix et les statues des saints, les églises brûlées, les prêtres et les religieux égorgés, les autels dépouillés, les vases sacrés pillés et rompus, et les hosties consacrées foulées aux pieds.

À mesure que le nombre de ces brigands augmentoit, le nombre de leurs illuminés s'’augmentoit aussi, et chacun d'eux suggéroit l’idée d'un nouveau sacrilége ou d'une atrocité nouvelle. Les femmes se dirent suscitées à leur tour pour annoncer les volontés de Dieu. Hommes ou femmes, on écoutoit tous ces visionnaires comme autant de prophètes et de prophétesses, et tous de la part de Dieu ordonnoient d’immoler les catholiques, et principalement les prêtres ; ce qui ne manquoit pas d'être exécuté autant qu'il étoit en leur pouvoir.

Enfin le désordre s’accrut à un tel point, qu'il fallut envoyer une armée en Languedoc, avec ordre au maréchal de Montrevel de l’employer à réduire ces fanatiques atroces. Il ne tint pas à lui qu'il ne les exterminât. I] dépêcha de gros détachements, qui en sabrèrent un grand nombre. Quatre cents furent surpris dans une ferme aux environs d'Alais, et passés au fil de l'épée, sans qu'il en échappât un scul. Deux cents autres subirent le même sort auprès d'Usez. Le marquis de Fimarçon en défit une grosse troupe aux environs de Nîmes. Il y en eut ensuite un si grand nombre de suppliciés, que les bourreaux avoient peine à y suffire : tous ceux qu'on prenoit les armes à la main, étoient irrémissiblement rompus vifs.

Toutes ces défaites et ces exécutions devoient naturellement arrêter le désordre ; mais l’hérésie toujours semblable à ellemême, quoiqu'entre les mains d’un tas de rustres et d'igno-

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rants, avoit déjà mis en jeu ses ressorts accoulumés, et se trouvoit liguée avec l'ennemi du dehors, afin d'allumer la guerre civile en France. Les Anglais ét les Hollandais, qui avoient besoin de diversion dans la guerre d'Espagne, jusque-là trèsheureuse pour la maison de Bourbon, leur envoyoient du secours en armes et en argent, et leur faisoient espérer de puissants renforts de la part du duc de Savoie, prêt à pénétrer en Dauphiné, leur disoient-ils, pour leur donner la main. Ce prince étoit beaucoup trop occupé chez lui, pour porter ses forces ailleurs : mais cette populace, leurrée par un espoir chimérique, n'en demeuroit pas moins opiniâtre. Cependant le maréchal de Montrevel , qui avoit été nommé pour aller commander en Guienne, et qui vouloit, avant son départ, venir à bout de les soumettre, les poussoit avec la plus grande vigueur. Ils continuoïent à se tenir partagés en diverses troupes. dont un aventurier nommé Rolland, et Cavalier, boulanger de profession, étoient les principaux chefs. Celui-ci, vif, ardent , entreprenant, et concerté dans ses résolutions, avoit la meilleure part à leur confiance. Il fut attaqué le premier en 1704, vers le 15 d'avril, et il fut très-mal mené : il laissa huit cents hommes sur la place. Peu après, il eut sa re-

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liques, dont il tua le plus grand nombre : mais le sieur de la Lande, maréchal de camp, ayant attaqué l'une après l’autre deux nouvelles troupes de camisars, en tua huit à neuf cents. Le maréchal de Montrevel, sur le point de partir, fit encore attaquer une autre de leurs troupes, qui étoit de treize cents hommes : ils se battirent en désespérés, et périrent presque jusqu'au dernier.

Ce ft après ces pertes que le maréchal de Villars vint remplacer le maréchal de Montrevel, L'humanité, autant que la politique, lui persuada qu'il suffsoit des exemples de terreur donnés jusque-là, et qu'il étoit temps d'épargner le sang français. L'affoiblissement des camisars les disposoit d'autant mieux à un accommodement, que toutes les promesses de l'Angleterre et de la Hollande n'avoient abouti qu'à des secours mesquins, et qu'on voyoit enfin le duc de Savoie, sur lequel ils avoient tant compté, aux prises chez lui avec le duc de Vendôme, qui

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DE L'ÉGLISE. (An 1704.) 31g le poussoit avec la plus grande vigueur. Ainsi le maréchal de Villars, avant de faire aucun usage des armes, crut devoir tenter les voies de Ja douceur et ? : la clémence. Il fit publier une amnistie générale en faveur des révoltés, offrit des passe-ports à tous ceux qui voudroient sortir du royaume, et leur permit de vendre leurs biens, soit par eux-mêmes, soit par des amis chargés de procurations, qui leur en feroient toucher le produit.

À peine cette publication fut-elle faite, que Rolland et Cavalier offrirent de mettre bas les armes, et même d'entrer au service du roi avec la plupart de leurs amis. On convint d'une suspension d'armes, qui dureroit quinze jours, et dont on assureroit l'observation par des otages réciproques : maïs avant la publication de cette espèce de trève, Rolland tomba sur un bataillon du régiment de Touraine, qu'il défit. A cela près, il n'y eut aucun sujet de méfiance. Ce fut néanmoins avec Cavalier qu'on traita principalement comme avec le plus accrédité des chefs du parti. Une sorte d'éloquence emphatique et rapide, qui contrefaisoit assez bien pour son grossier auditoire la manière des prophètes, en bannissoit jusqu'à la première pensée de contrevenir à ses ordres. Toujours il les donnoit de la part de Dieu, et toujours on les exécutoit comme en étant émanés.

Le maréchal envoya la Lande pour s'aboucher avec ce fier boulanger, qui étoit pèrs de Vezenobre avec huit cents hommes rangés en bataille. La Lande, qui n'étoit pas moins bien accompagné , rangea de même ses gens. Les deux chefs s’avancèrent l’un vers l'autre à une distance égale de leurs troupes, et là, dans une conférence d'environ deux heures, on convint de tous les articles : mais pour conclure, Cavalier voulut avoir l'honneur de traiter immédiatement avec le maréchal, qui eut la condescendance de lui accorder une entrevue.

Elle se fit dans le faubourg de Nîmes, au jardin des recollets, après qu'on eut livré des otages pour la sûreté de Cavalier. La singularité du personnage y fit accourir toute la ville. Il parut en habit d'écarlate richement galonné, et un plumet blanc à son chapeau. Il n’étoit pas d'une taille avantageuse, mais il étoit assez bien fait, avoit une physionomie heureuse les cheveux

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320 (AN 1704.) RISTOIRE blonds et le teint fort blanc. Le maréchal lui fit beaucoup d'accueil, et s'entretint long-temps avec lui. Rolland, à son

‘tour, demanda une entrevue, qu’on lui accorda aussi. Enfin,

dans une seconde conférence que Cavalier eut avec le maréchal, il fut arrêté que le roi accorderoit une amnistie pleine et parfaite; qu'on formeroit quatre régiments de tout ce qui restoit de camisars ; que Cavalier, Rolland et quelques autres de leurs chefs en seroient colonels; et comme ils insistoient fortement sur l’article de la religion, qu'on leur permettroit parmi eux l'exercice de la leur.

Comme tout alloit se conclure d’une manière irrévocable, il arriva des députés hollandais c'ans les Cévènes. [ls ne firent que de vains efforts pour regagner Cavalier et Rolland ; mais ils se retournèrent du côté d’un soldat déserteur, nommé Ravanet , qui s'étoit mis à la tête de l'une de leurs troupes, et qui s’étoit acquis par d'heureux brigandages, la réputation d'habile guerrier. Ils lui promirent de le faire reconnoitre pour chef de tous les camisars , et de lui fournir, tant de Hollande que d'Angleterre, des secours abondants pour se maintenir avec tous les gens de son parti. Ces promesses, accompagnées de plus flatteuses encore, firent tant d'impression, non pas seulement sur Ravanet, mais sur la plupart des rebelles, qu’il ne fut plus possible à Rolland ni à Cavalier de les contenir : ainsi la négociation avec le maréchal fut rompue, la révolte se ralluma ; on renvoya les otages de part et d'autant, et les hostilités recommencèrent.

Cavalier, qui avoit toujours agi de bonne foi, traîna les choses en longueur, et resta parmi les mécontents, dans l’espérance de calmer peu à peu les esprits; mais voyant enfin que l'animosité ne faisoit que s'accroître, il s'échappa du milieu d'eux, fit son accommodement particulier, et entra au service du roi avec son frère , qui n'avoit que quinze à seize ans, et avec cent vingt-sept de ses camarades : ce fut là tout ce qu'il put ramener de ces frénétiques. On lui donna un brevet de colonel avec une commission de capitaine pour son frère. Il fut destiné pour l’armée d'Allemagne, et partit pour Brisach sous une escorte qu'ilavoit demandée lui-même : mais l'inquiétude le prit en arrivant à Besançon , il se jeta dans la Suisse, et

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DE LÉGLISE, (AN 1704.) 421 passa au service du duc de Savoie. Pour ce qui est de Rolland, il remit ses troupes en compagne,:et s'engagea plus que jamais dans la révolte, Le maréchai, qui n'avoit plus d'espérance de paix , fit observer ses démarches , et eut avis qu'il venuit assez souvent, à la faveur de la nuit, voir une demoiselle des Cévènes qu'il aimoit, et qui se trouvoit dans une campagne aux envi rons de Nîmes, 1] le fit si bien guetter, qu'on l'y surprit avec cinq ou six de ses principaux officiers, Ils prirent tous la fuite: mais un dragon tua Rolland à cinq ou six cents pas de la maison. On fit le procès à sa mémoire, et son cadavre, après avoir été traîné sur la claie, fut exposé sur la roue à une porte de Nîmes; après quoi le maréchal fit publier une seconde amnistie, qui ramena un grand nombre de rebelles, Il n’en restoit que trois troupes, qui toutes ensemble ne faisoient pas plus de six cents hommes, dont Ravanet étoit le chef principal. Le maréchal mit ses mouches à la poursuite de ce perturbateur, apprit qu il éloit dans le bois de Bronzat, et envoya deux détachements, qui le joignirent auprès de Massane. De trois cents honimes qu'il avoit avec lui, il en perdit deux cents. Ce coup de vigueur et d'intelligence fut le dernier nécessaire. La faction en fut absolument déconcertée. Les chefs surtout, ou, pour mieux dire, les différents capitaines se voyant poursuivis avec un danger si particulier pour leur propre personne, vinrent la plupart se rendre successivement avec leurs troupes, à condition qu'on leur permettroit de passer à Genève. Enfin Ravanet vint lui-même implorer la clémence du roi, et demander la même permission. On la lui accorda comme aux autres. Ainsi la tranquillité fut entièrement rétablie, et les violents sectateurs de Calvin, faute de pouvoir, cessèrent d'exercer leur violence.

L'artificieux jansénisme au contraire mettoit le comble à ses arlifices , et tentvit tous les expédients pour s'insinuer et s’enraciner à la faveur de la supercherie et du patelinage : mais parmi toutes sss ruses, il n’y en avoit point qui avançât mieux ses affaires que l'invention du silence respectueux. C'étoit principalement sur cette machine que portoit la décision du fameux cas de conscience, qui avoit renouvelé tous les troubles.

et qui les augmentoit de jour en jour. Clément XI l'avait con- 12, FL

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damnée aussitôt qu'elle étoit parvenue à sa connoissance, Cependant, comme il n'avoit publié à ce sujet que des brefs, énoncés même en termes généraux , qui laissoient encore des subterfuges à la chicane, il jugea nécessaire de marquer d’une manière plus solennelle, et avec autant de précision que d'authenticité, jusqu'où les vrais catholiques deivent porter lo: béissance pour les constitutions pontificales reçues de toute l'Eglise. Tel est le but qu'il se proposa, et qu'il atteignit assurément dans la bulle qui commence par ces mots, Vineum Domini Sebaoth ( 1705 ).

Après y avoir rapporté les bulles d’'Innocent X et d'Alexandre VIT, il déplore l'opiniâtreté de ces hommes faux, qui, peu contents de ne point acquiescer à la vérité, cherchent pour l'éluder tous les faux-fuyants imaginables, et, ce qui est pire encore, ne rougissent point d'employer pour la défense de leurs erreurs, les décrets mêmes portés contre elle par le saint Siége apostolique; ce qu'ils ont fait principalement, continue le saint Père, pour la lettre de Ciement IX, en forme de bref, aux quatre évêques de France, et pour les deux lettres d'Innocent XII aux évêques des Pays-Bas : comme si Clément IX, qui déclaroit dans ce même bref qu'il s’attachoit fermement aux constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, qu'il exigeoit de ces quatre prélats une véritable et absolue obéissance, et vouloit qu'ils souscrivissent sincèrement au formulaire d’Alexandre VIT, avoit réellement admis dans une affaire si importante quelque exception, lui qui protestoit qu'il n'en auroit jamais admis aucune ; et comme si Innocent XII, en déclarant avec sagesse et précaution, que les cinq propositions extraites du livre de Jansénius ont été condamnées dans le sens naturel

ue le texte offre d'abord, avoit voulu parler, non du sens qu'elles forment dans le livre, ou que Jansénius a exprimé, et qui a été condamné par Innocent X et Alexandre VII, mais de quelqu'autre sens différent ; et comme s’il eût voulu tempérer, restreindre, ou en quelque façon changer les constitutions d'Innocent X et d'Alexandre VII, dans le bref même où il déclaroit en termes formels qu'elles avoient été et qu’elles étoient en vigueur , et qu'il demeuroit fermement attaché à ces décisions.

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