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32/ {AN 1705) HISTOIRE sion sincère. Sa Majesté fit ensuite expédier des lettres patentes pour l'enregistrement. Elle furent présentées au parlement le 4 septembre de cette année 1705 ; M. Portail, l'un des avocats généraux, donna dans son réquisitoire l'idée qu'on devoit prendre tant de la bulle que de l'erreur qu’elle proscrivoit. 11 dit entr'autres choses, que la sagesse du roi l’avoit engagé à demander au souverain pontife une dernière décision capable de tarir la source d'une doctrine empoisonnée qui se reproduisoit journellement sous des faces nouvelles, et de dissiper à jamais les restes misérables d’une erreur qui, n'osant plus paroître à découvert, se forlifioit avec d'autant plus de soin à l'ombre de ses malheureuses subtilités, que la constitution dont on requéroit l'enregistrement, décidoit que les enfants de l'Eglise doivent rejeter de cœur et d'esprit tout ce que l'Eglise condamne, et que jamais il ne leur est permis d'approuver, par leur signature, ce que leur cœur désavoue ; qu'elle nous représentoit les principes contraires, comme le comble de l'illusion, de l’imposture, comme un tour artificieux employé par une opiniâtreté rebelle pour imposer à la religion, comme le dernier retranchement de l'erreur proscrite et fugitive, comme un asile toujours ouvert à la plus fausse doctrine, pour se sauver impunément en paroissant ne plus se défendre, pour échapper aux traits dela censure en cessant de combattre ; qu'en conséquence le saint Père condamnoit ce mystère frauduleux d'un silence purement extérieur, et souvent encore mal gardé, qui ne va ni jusqu'à toucher le cœur, ni jusqu'à soumettre l'esprit; qui est plus propre à perpétuer l'erreur qu'à la réprimer; qui n'en cache le venin que pour le répandre plus librement dans les conjonctures plus favorables, et qui ne fait consister Ja foi qu'à ne pas contredire en public les décisions qu'on se réserve le droit de censurer en secret.
La bulle fut enregistrée, puis envoyée à tous les évêques du royaume, qui la publièrent chacun dans son diocèse. Il n'y eut que l'évêque de Saint-Pons qui osa se singulariser, au point de justifier les vingt-trois prélats qui en 1667 s'étoient déclarés pour le silence respectueux. Son mandement fut con- Jdamné par le chef de l'Eglise.
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DE L'EGLISE. (Ax:1705.) 325
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ment satisfait. Du Pin dit à ce sujet !, que le cardinal de Noailles qüi la présidoit, avoit déclaré dans le discours qu'il y prononça, que l'église romaine ne prétend pas être infaillible dans la décision des faits, même dogmatiques, qui ne sont point révélés : mais comme ce discours, quel qu'il pût être, n’avoit point été inséré dans le procès-verbal :, il ne pouvoit pas être censé avoir été adopté par les prélats, et par conséquent le pape ne pouvoit pas en rendre l'assemblée compta ble. Il paroît seulement par ce procès-verbal, que les prélats commissaires, à la tête desquels se trouvoit l'archevêque de Rouen, Colbert, établirent dans les séances des 21 et 22 août,
ue les constitutions des papes obligent toute l'Eglise , lorsqu'elles ontété acceptées par le corps des pasteurs, et que cette acceptation des pasteurs se fait par voie de jugement. Comme cette clause, qui avoit été approuvée par l'assemblée, pouvoit, dans les circonstances où on la mettoit en œuvre, s’interpréter d’une manière peu favorable à l'autorité du souverain pontife, Clément XI craigait qu'on ne l'ajoutât pas sans quelques vues obliques, à ce qu'avoient fait les assemblées précédentes en de pareilles rencontres. Là-dessus il écrivit à Louis XIV en des termes qui marquoient toutes ses appréhensions ; il se plaignoit que les évêques ne s'étoient pas tant assemblés pour recevoir sa constitution, que pour resserrer ou plutôt anéantir l'autorité du saint Siége. Le monarque, aussi prévenu que le pontife contre la marche tortuense de l'erreur, voulut que le président de l'assemblée, six autres archevèques et cinq évêques qui avoient eu la part principale aux délibérations, donnassent une explication signée de leurs mains, touchant la clause qui avoit choqué le saint Père.
En conséquence de cette explication, le cardinal de Noailles dressa une lettre officielle qu'il devoit adresser au pape, et dont je roi se fit préalablement rendre compte par MM. de Pont-Chartrain et d'Aguesseau. 11 y disoit avoir appris avec douleur que Sa Sainteté pensoit que sa constitution contre les
1 Hist. Eccles, du xvir.e siècle, tom, 1W, p. 4ag. — 2 Actes de l'assemblée de 1705.
326 (An 1705.) HISTOIRE
erreurs janséniennes n’avoit pas été reçue avec le respect et la soumission qu’on lui doit; mais qu'il déclaroit que l'assemblée avoit prétendu larecevoir avec le même respect, la même obéissance et la même soumission qu'on avoit reçu les bulles de ses prédécesseurs sur la même matière ; que l'assemblée, en disant queles constitutions des souverains pontifes obligent toute l'Eglise quand elles ont été acceptées des pasteurs, n'a point voulu établir la nécessité d’une acceptation solenneile, pout obliger tous les fidèles à les regarder comme des règles tant de leur créance que de la manière dont ils doivent s'expliquer; qu'elle n’a usé de ces expressions que pour forcer les jansénistes dans leur dernier retranchement, et faire servir une maxime dont ils conviennent eux-mêmes, à leur fermer les fauxfuyants par lesquels ils tâ chent de s'échapper; qu'elle n’a point prétendu que les assemblées du clergé eussent droit d'examiner les décisions des papes, pour s’en rendre les juges, en les soumettant à leur tribunal; qu'elle a seulement voulu y confronter les sentiments qu’elle a sur la foi, et qu’elle a reconnu avec une joie extrême, que les évêques de France, ainsi qu'ils écrivoient autrefois à saint Léon, avoient toujours cru et pense de la même manière que Sa Sainteté s'exprime dans sa bulle ; enfin, que l'assemblée avoit été très-persuadée qu'il ne manque rien aux décrets des papes contre Jansénius , qu'on n'en peut appeler en aucune façon, et qu'on ne peut pas attendre qu'il s'y fasse aucun changement.
Quoiqu'il soit clair par cette lettre, avouée au moins équivalemment du clergé, que son assemblée n’avoit pas prétendu juger le jugement du souverain pontife, on ne doit pas conclure de là que les évêques ne soient pas les juges de la doctrine, et de la doctrine même sur laquelle auroit prononcé le premier pasteur. Leur juridiction ne s'exerce pas sur son jugement même, mais sur les mêmes matières qu'il a jugées : ils consultent les mêmes règles que lui, l'écriture, la tradition, et spécialement la tradition de leurs propres églises, afin d'examiner et de prononcer selon la mesure d'autorité qu'ils ont chacun reçue de Jésus-Christ, si la doctrine proposée lui est conforme ou contraire. La bulle Vineam WMomini Sabaoth est du 16 juillet 1705,
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Le 28 décembre de l’année suivante, la mort délivra la république chrétienne du fameux Pierre Bayle , auquel survécurent malheureusement ses œuvres. Génie vaste et pénétrant, écrivain laborieux, facile et poli, plein de finesse, de lumière et d’érudition, ayant lu tout ce qu'un homme peut lire, et retenu tout ce qui peut entrer dans la mémoire, le fruit principal de tant de talents et de travaux fut, sous le nom de dietionnaire, un répertoire universel, où le libertinage et l’impiété ont trouvé leurs matériaux tout prêts pour former le monstrueux système d'un philosophisme, qui, dans notre malheureux siècle, fait regarder comme peu de chose tous les scandales donnés par ce déluge de sectes qui avoit infecté les siècles précédents. Les mecréants de toute classe et de tous les grades successifs, théistes, déistes, athées, matérialistes, impies, impudiques, tous ont tiré leurs premiers éléments du dicticnnaire historique et critique, ou plutôt sceptique, romans ,:« et burlesque ; à quoi mit la dernière main ce prétend: :: e de la raison, qui n'excella que dans les raisonnements propres à convaincre une jeunesse libertine, à qui le quolibet et le sarcasme tiennent lieu de démonstration.
Qu on apprenne donc, et d'une bouche non suspecte, d’un protestant plus décidé que Bayle, qui fut d'abord calviniste, catholique ensuite, puisencore huguenot ; qu'on voie cequ'on peut accorder de confiance à ce protée sans forme et sans caractère, à cet oracle nébuleux qui donne à l'évidence même l'air du paradoxe. « Bayle, dit le ministre Saurin, étoit un de ces hommes contradictoires, que la plus grande pénétration ne sauroit concilier avec lui-même, et dont les qualités contraires l’une à l’autre laisseront toujours en suspens entre les deux extrémités opposées, sur celle où on doit le placer. D'un côté, grand philosophe, sachant déméler le vrai d'avec le faux, voir l'enchaînure d'un principe, et suivre une conséquence; de l'autre, grand sophiste, prenant à tâche de confondre le faux avec le vrai, de tordre un principe, et de renverser une conséquence. D'un côté, plein de lumières et de connoissances, sachant tout ce qu'on peut savoir : de l’autre, ignorant ou fei. gnant d'ignorer les choses les plus communes, avançant des difficultés qu'on a mille fois mises en poudre, et proposant des
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328 (As 196.) HISTOIRE
objections que les apprentis de l'école rougiroient d'alléguer, D'un côté, embarrassant les hommes les plus habiles, ouvrant un champ vaste à leurs travaux, les conduisant par des routes pénibles, et par les détours les plus difficiles, et s’il ne les vainc pas, au moins leur donne-t-il beaucoup de peine à vaincre; d’un au # côté, s'étayant des plus minces esprits, leur pradi. guant son encens, et souillant ses écrits de noms que des bou. ches savantes n'avoient jamais prononcés, D'un côté, exempt, du moins en apparence, de toute passion contraire à l'esprit de l'Evangile, chaste dans ses mœurs, grave dans ses entre. tiens, sobre dans ses aliments, austère dans son genre de vie; de l’autre, employant toute la pointe de son génie à combattre les bonnes mœurs, à attaquer la chasteté, la modestie, toutes les vertus chrétiennes, D'un côté, appelant au tribunal de l'orthodoxie la plus sévère , puisant dans les sources les plus pures, et empruntant les arguments des docteurs les moins suspects ; de l’autre, suivant toutes les routes de l'hérésie, ramenant les objections des plus anciens et des plus odieux hé résiarques, leur prêtant des armes nouvelles, et réunissant dans notre siècle toutes les erreurs des siècles passés. »
Bayle confirma lui-même en quelque sorte la vérité de ce portrait, En répondant au reproche que lui fit un savant réligieux, de ce qu'il tournoit contre le ciel les talents qu'il en avoit reçus avec lant d'abondance ; pour toute justification, il se compara au Jupiter d'Homère, au nom duquel ce poète ajoute presque toujours l'épithète vepchnyspéra, c'est-à-dire, qui amasse les nuages !, marquant par cet emblême, la propriété fatale de son génie aussi habile à répandre les ombres sur la vérité qu inhabile à les dissiper.
Un protestant équivoque fournissoit des armes à l’incrédulité contre les premiers principes de la foi chrétienne, et une académie entière de protestants rigides, rendoit à la foi romaine un témoignage de première importance. La princesse de Brunsvick étant recherchée en mariage par l'archidua Charles d'Autriche, depuisempereursouslenom de Charles VI, roulut, pour le repos de sa conscience, savoir des docteurs de
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DE L'ÉGLISE. (Av 170f.) 329 ls resigion, si elle pouvoit condamner la confession d'Augsbourg en considération de celte alliance. Les docteurs luthériens de l’université d'Helmstadt répondirent affirmativement ; et motivant leur décision, ils déclarèrent qu'on peut se sauver dans la communion des catholiques; qu'ils ne sont pas dans l'erreur pour le fond de la religion; qu'ils ont le même principe de la foi que les luthériens, croyant en Dieu le père qui nous a créés, au Fils de Dieu qui nous a rachetés, et au Saint- Esprit qui nous a éclairés ; qu'ils ont encore le même décalogue, et font les mêmes prières ; que l’église catholique est véritable église, puisqu'elle est une assemblée qui écoute la parole de Dieu, et recoit lessacrementsinstitués par Jésus-Christ £, C'est ce que personne ne peut nier, ajoutoient ces docteurs ; autrement il faudroit dire que tous ceux qui ont été, et qui sont encore dans l’église catholique, seroient damnés ; ce que nous n’avons jamais dit, ni écrit ( 1707).
Un assez grand nombre de protestants, entr'autres Pictet, ministre de Genève, parurent scandalisés de cette décision ; mais les consulteurs d'Helmstadt, :n déclarant que les catholiques sont en voie de salut, n'avoient-ils pas autant de raison
ue les calvinistes, qui avoient reconnu la même chose à l'égard des luthériens dans leur fameux synode de Charenton, où ils se dirent leurs frères ? Long-temps avant tout cela, Mélanchton, dans son ouvrage intitulé, Abrégé de l'Examen, que les docteurs d'Helmstadt ne manquèrent pas de citer, avoit soutenu et prouvé que l'église catholique a toujours été Ja véritable église. « L'église catholique, dit-il, enseigne qu’on ne peut être sauvé que par Jésus-Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, et que les péchés ne peuvent être remis que par ses mérites. À l’égard de la pénitence et des bonnes œuvres, poursuit-il, je crois que les protestants et les catholiques conviennent des choses, et ne diffèrent que dans les expressions. » La cunsultation d'Helmstadt pouvoit s'étayer de Luther
‘ Voir cette décision en entier dans les ZHernoires pour servir à l'histoire ecclesias= tique pendant le 18.° siècle (1707). Les clameurs des lutheriens obligérent l'Universilé d'Helrastadt de révoquer sa décision l'année suivante; mais le coup n'en étoit pas moins porté, et il se fit à cette vccasion plusieurs abjurations de princes et prine cesses cn Allemagne,
même qui s'exprime ainsi ! : Nou savons que dans le papisme se trouve la vraie écriture sainte, le vrai baptême, les vrais sacrements, le vrai pouvoir des clefs pour remettre les péchés, le vrai ministère de la parole de Dieu, la vraie mission pour l'annoncer, le vrai catéchisme , le vrai christianisme, et bien plus le noyeau du vrai christianisme.
Il est temps de revenir à la question fameuse des cérémonies chinoises qu'on a vu s'engager depuis long-temps, et dont l'on s'étonne peut-être de n'avoir pas encore vu la suite : mais pour traiter cette matière :vec intérêt, il étoit expédient de ne Ja point morceler, d'en rassembler toutes les parties sous un même coup d'œil, et pour cela de la prendre à son dénoûment, qui, par bien des cascades, arriva sous le pontificat de Clément XI. On a vu en 1645, sous Innocent X, que sur le rapport du père Moralès, dominicain, la congrégation de la Propagande avoit défendu provisoirement quelques-unes des cérémunies chinoises, jusqu'à ce que le saint Siége en eût autrement ordonné. En effet. sur les remontrances du père Martini, jésuite, ilenfutordonné autrementsous Alexandre VII, par un décret de la congrégation de l'Inquisition; qui permit en 1656 ces mêmes cérémonies, c'est-à-dire les honneurs que les Chinois se font un devoir capital de rendre au philosophe Confucius, ainsi qu'à leurs parents défunts. Ce réglement fut regardé comme un jugement contradictoire et définitif par la plupart des missionnaires, même dominicains, qui se conformèrent à la pratique des jésuites. On n'incidenta pas davantage sur le mot chinois dontils usoient four exprimer le nom de Dieu, et les choses demeurèrent assez long-temps sur ce pied-là parmi les missionnaires des différents ordres, sans en excepter la plupart des jacobins.
L'unifurmité de pratiques et d'opinions s'accrut même considérablement, avec la concorde, durant la violente persécution de 1665, bien propre en effet à éteindre les divisions. Tous les missionnaires que le gouvernement put découvrir ayant été conduits à Canton, et renfermés dans la maison des jésuites, prisonniers comme eux, résolurent d’écarter à jamais
Luther , tom. iv , p. 320.
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