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DE L'ÉGLISE. (AN 1506.) 331 les troubles et les scandales qu'avoit occasiunés la diversité
des sentiments.
Ils tinrent quantité de conférences, où la matière fut dis-
cutée avec tout le soin qu'elle demandoit. Le père Sarpetri,
dominicain, qui s’y trouvoit avec le père Navarète son supérieur, et avec le père Léonardi, autre dominicain, proposa la question qui regarde les honneurs qu'on rend à Confucius et aux morts. On discourut et l’on disputa beaucoup. Le père Sarpetri, prévenu d'abord que le père Martini avoit pu se tromper dans l'exposé qu'il avoit fait à Rome, mais doué d’une droiture incorruptible, revint de ses préventions quand il eut approfondi les raisons des jésuites ; il en donna son atteslalion par écrit le 4 d'août 1668. Le père Navarète résista plus longtemps ; mais enfin le 29 septembre 1669, convaincu et vivement touché par un écrit du père Brancati, jésuite, il alla trouver le vice-provincial de la compagnie, déclara qu'il étoit entiérement persuadé, et lui mit en main sa propre déclaration par écrit : sur quoi les provinciaux de l'ordre de saint Dominique défendirent à leurs religieux de plus rien mettre dans leurs écrits qui fût contraire à ce qui se trouvoil dans ceux des jésuites.
Voilà des faits incontestables, dont l’omission marque au moins une pattialité suspecte dans la plupart des livres et des mémoires qu'on a publiés sur ce fameux différend. Qu'on ne puisse révoquer en doute l'accord et la déclaration du père Navarète, non plus que les vrais sentiments du père Sarpetri ; c'est ce qui paroît en premier lieu par une lettre de ce père Sarpetri, adressée au père de Govea, vice-provincial des jésuites de la Chine. 11 y déclare qu'il a vu l'acte écrit et signé de la main du père Navarète, et témoigne autant de joie que d'édification du parti qu'a pris ce père; ce qui s'accorde parfaitement, ajoutoit-l, avec ce qui a été résolu à la pluralité des voix dans l'assemblée que nous avons tenue à Lauki, tout ce que nous élions de missionnaires de l'ordre de saint Dominique.
Voici qui n'est pas moins positif. Dans le cours de ces démélés, les jésuites ayant mis au jour un livre qui avoit pour titre, Défense des nouveaux chrétiens, nombre de personnes
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332 (AN 1706.) HISTOIRE qui s’y crurent offensées, leur intentèrent à Rome un procès qui dura près de deux ans. Dans le cours de ce litige, leurs parties adverses sentant que l'acte du père Navarète qu'ils avoient rapporté dans le livre de la Défense, étoit pour eux une pièce décisive, prirent le parti de s'inscrire en faux, et demandèrent qu'il en fût retranché. On les arrêta par la réponse suivante, à laquelle il n'y eut point de réplique : L'original de cet acte a été montré aux pères dominicains de la Chine, et l'un d'eux, savoir, le père Sarpetri, en a donné une attestation en forme que nous avons entre les mains, avec la copie de la lettre même au bas de laquelle est l'approbation et le consentement dudit père Sarpetri, signé de sa propre main, pour tout ce que contient cette lettre du père Navarète. Voilà ce qui ferma la bouche à ceux qui vouiloient faire passer cette lettre pour supposée. On s'offroit de montrer encore d’autres pièces originales du père Navarète, à ceux qui souhaiteroient une conviction plus parfaite. Tout cela se trouve consigné dans un mémoire italien qui fut présenté le 7 janvier 1693 aux commissaires du pape, auxquels on fit voir en effet ces pièces.
Il est encore certain par une lettre du père Sarpetri, adressée à la congrégation de la Propagande, en date du 12 novembre 1668, que le père Prot, vicaire-provincial des dominicains, avoit donné parole qu'on s'en tiendroit à l'accord du père Navarète: : mais quelques-uns de ses inférieurs, ectr'autres le père Léonardi, qui avoit déjà résisté dans les conférences de Canton, refusa de se soumettre. Le père Navarète faussa lui-même tout ce qu'il avoit accordé. S’étant échappé de sa prison de Canton, il s'enfuit jusqu'en Europe, et fit imprimer à Madrid deux volumes, où il établit hardiment tout le contraire de ce qu'il avoit signé à la Chine. Le second volume fut supprimé par le saint office avant la fin de l'impression ; mais le premier étoit déjà sorti, et avoit été porté jusqu'aux Indes; il se fit alors un changement entier dans l'esprit des supérieurs et des missionnaires de l’ordre de saint Dominique. Cependant le père Sarpetri, ne consultant que sa droiture in-
1 Défense des nouveaux chretiens, p, 216.
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DE L'ÉGLISE. (AN 1506.) 333 violable, composa un traité pour rendre compte à ses confrères des raisons qu ’il avoit eues de signer l'accord du père Navarète avec les missionnaires jésuites , et pour les engager à le ratifier : preuve nouvelle et bien complète, si les précédentes laissoient quelque chose à désirer, pour établir la vérité de cet accord. Il en marque le temps, le lieu, les causes et toutes les circonstances, dont la suivante surtout mérite attention. La plupart des raisons, dit-il, sur lesquelles se fondent les jésuites, sont tirées du livre chinois appelé Liki :. Le père Navarète les ayant vues dans le traité du père Brancati, s’écria : Il m'a ouvert le chemin; je suis fâché de n’avoir pas su cela plus tôt. Ces passages, et bien d'autres semblables, furent cités dans le livre de la défense des nouveaux obrétiens, sans que personne, durant dix années de contestation, eût osé s'inscrire en faux.
Il ne s’agit plus que de comparer entr'eux les pères Navarèlet Sarpetri, pour voir à qui des deux on peut ajouter foi. On voit dans celui-ci, dont l’histoire de son ordre parle d’ailleurs avec beaucoup d'éloge, on voit un honnête homme prévenu d'abord, revenant de ses préventions dès qu'on lui montre le vrai, et marchant toujours depuis sur la même ligne, sans connoître ni feinte, ni détour : mais fut-il le plus faux des hommes, comment se persuader qu'il ait fait un ouvrage exprès, pour engager ses confrères à souscrire, comme passé et signé par le père Navarète leur supérieur, un acte qu'ils auroient tous vu, dès qu'on le leur eût présenté, n'être pas de la main de ce père supérieur dont ils connoissoient parfaitement l'écriture P Comment lerr eût-il allégué que dans leur assemblée deLanki, où ils s'étoient trouvés sous peu d'années auparavant, ils avoient conclu à la pluralité des voix en faveur du sentiment des jésuites ? Comment, dis-je, à moins d’extravaguer, ce que son ouvrage ne témoigne certainement pas, comment auroit-il entrepris de leur persuader tous ces faits, s'ils n'avoient pas été constanis et de notoriété publique ? Pour ce qui est du père Navarète, en s'abstenant de toucher à sa personne, on peut assez juger de la foi qu'il mérite, par sa conduite et par
uJbid, p. 379.