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naissance, et aux personnes de marque à qui l'on veut donner à manger. Pour le peuple, il se borne à conserver le nom de ses ancêtres dans le lieu le plus propre de la maison, sans autres observances.
La troisième cérémonie ne se fait qu'une fois l'an, vers le commencement du mois de Mai. Le père et la mère, avec leurs enfants, se transportent alors dans les lieux écartés où les Chinois sont dans l'usage de placer leurs tombeaux. Après avoir arraché les broussailles, ou les herbages qui environnent la tombe de leurs pères, ils réitèrent les marques de douleur et de respect qu'ils leur avoient données au moment de leur mort, et mettent sur le tombeau des viandes et du vin, dont ils font ensuite un repas.
Voilà les usages qui s’observent à la Chine depuis les premiers temps de la monarchie ; et l’on ne pourroit s'en dispenser, à moins que de passer pour infäme. Comme la première des vertus à la Chine est la piété filiale, qu'on y prétend maintenir par ces pratiques, ceux qui ne les observervient point se feroient accuser de la plus odieuse ingratitude envers ceux dontils ont reçu le jour, et seroient regardés comme des monstres indignes de la vie dont ils méconnoissoient les auteurs. Ils ont encore d'autres cérémonies, auxquelles les Chinois idolâtres ajoutent quelquefois de vraies supersutions; mais n'étant pas communes à toute la nation, les chrétiens peuvent s'en abstenir, et les missionnaires ne leur ont jamais permis d'y participer. Bien plus, quand les chrétiens se rencontrent
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qu'ils ne peuvent les arrêter, ils les désavouent hautement , et protestent qu'ils n’y prennent aucune part. Si quelques-uns n'ont pas toujours été fidèles à cette règle, c'est à ceux qui la violent, et nou pas à ceux qui la prescrivent, qu'on doit s'en prendre.
Malgré toutes ces considérations, le parti du père Navarète, ou de son livre grossissoit toujours sourdement à la Chine; et il acquit enfin l'an 1684, par l'arrivée des n:‘ssionnaires du séminaire de Paris, le degré de consistance nécessaire pour éclater. Ces Français travaillèrent d'abord à se rendre habiles dans la langue chinoise, plus étendue elle seule ct plus difficile
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DE L'ÉGLISE. (AN 1706.) 341 que la plupart de celles d'Europe toutes ensemble. Il n'y a qu'un talent extraordinaire pour les langues , joint à un travail opiniâtre, qui puisse faire du plus docte européen, un bon grammairien chinois. Toutes les relations s'accordent en ce point ; et l'on convenoit pareillement que plusieurs jésuites, par une longue étude et un commerce assidu avec les lettrés du pays, étoient venus à bout d'écrire d’une manière à donner de la jalousie, même aux nationaux. « Les livres écrits en chinois par les pères de la compagnie de Jésus, dit le père Navarète 1, dans le livre même où il les maltraite si fort, me paroissent, non-seulement bien, mais très-bien faits. J'en loue le travail, j'en admire l'érudition, et j'ai pour eux une reconnoissance très-sincère, de ce que, sans aucune peine de notre part, nous autres franciscains et dominicains nous y trouvons de quoi profiter dans les occasions où nous en avons besoin. » Si messieurs des missions étrangères souscrivirent d'abord à ce témoignage, ils ne furent pas long-temps sans le démentir; au moins quelques-uns d'entre eux s’imaginèrent bientôt en savoir assez, pour prononcer qu'aucun des jésuites n'avoit vu goutte dans les auteurs classiques de la Chine, que tous s'étoient mépris dans l'intelligence même des termes les plus essentiels.
M. Maigrot, le plus vanté par son érudition chinoise, dont Ja juste mesure se fera connoître par la suite, fut le premier qui attaqua les plus anciens missionnaires de la Chine, sûr du suffrage des dominicains, dont il avoit observé à loisir les dispositions. Son premier acte d'hostilité fut des plus étonnants. Simple vicaire apostolique dans la province de Fokien, il improuva et défendit ce qui avoit été permis et autorisé par le saint Siége. Le pape Alexandre VII, et la congrégation du saint office, avoient trouvé l'ancien exposé du père Martini véritable. M. Maigrot le déclara faux en plusieurs points. Le pape et la congrégation avoient cu , sur la foi de gens consommés dans l'étude de la langue chinoise, que le mot Zen exprimoit suffisamment Je nom de Dieu. M. Maigrot décida qu's ne signifioit que le ciel matériel, et donna un mandement
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qui défendoit de l’empioyer seul en parlant du vrai Dieu. 1] avoit consulté pour cela deux lettrés qu'il avoit à son service : l’un ne passoit pas à beaucoup près pour habile : l’autre, plus instruit, étoit de mauvaises mœurs. Les jésuites avoient refusé le baptême à celui-ci, qui le reçut des mains de M. Maigrot, et upostasia peu après. :
Ce mandement exposoit l'église de Chine à des révolutions trop fâcheuses, pour qu'il fût goûté de ceux des missionnaires de tout ordre qui connoissoient les mœurs de la nation, et qui n'avoient nas entrepris de persuader à l'Europe, que la pratique des jésuites étoit mauvaise. Un écrivain qui paroïit n’avoir lu, ou plutôt qui parle comme s’il n’avoit lu les pièces que de l'une des parties, avance que le mandement ne déplut qu'aux jésuitest : mais selon les pièces adverses , assez revétues de vraisemblance, au moins pour mériter autre chose qu'un silence afleeté, il paroît au contraire qu'il fut désapprouvé du plus grand nombre des évêques et des ouvriers évangéliques répandus dans les provinces diverses de la Chine, sans compter les néophytes, beaucoup plus en état que leurs pasteurs de prononcer sur un point de cette nature. Un incident particulier ne contribua pas moins que cette diversité de disposition à rendre le mandement sans effet. Le pape venoit de créer en Chine deux nouveaux évêchés, dont le Fokien faisoit une partie du district, et il en attribuoit la nomination au roi de Portugal, comme au souverain de Goa, métropole de toutes ces extrémités de l’Asie : les bulles d'érection y avoient été publiées; et l'archevêque de Goa, usant de son droit de métropolitain pendant la vacance de ces nouvelles églises, y avoit envoyédes grands vicaires. M. Maigrotsoutintcependant que la congrégation de la Propagande lui ayant donné ses pouvoirs, c'étoit à elle de les révoqner, et que, jusqu'à cette révocation, ils subsistoient tout entiers. Ge fut pendant ce conflit de juridiction , de la légitimité duquel chacun peut juger sur ce simple aperçu, que le vicaire apostolique, presque seul de son opinion, donna son mandement. Il se plaignit néanmoins fort haut dun peu d'égard qu'on y avoit; et ses confrères le se-
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VE L'ÉGLISE. (AN 1706.) 343 condant avec chaleur en Europe, publièrent de tonte part que les jésuites avoient administré les sacrements sans pouvoirs, dans la province de Fokien.
Ces clameurs ayant produit tout l'effet qu'on en attendoit, M. Maigrot commença le procès qu'il méditoit au moins depuis un an : il fit partir pour Rome M. Charmot son confrère, qui présenta le 19 de mars 1697, à la congrégation du saint cfli-e, un mémoire pour la défense du mandement qu'on avoit fait parvenir au pape dès l'année précédente, avec une requête pour demander un nouveau réglement sur les cérémonies chinoises. L’affairese trama si secrètement à Rome même, que les jésuites n’en furent instruits que vers la mi-octobre de l’année 1699, par un écrit intitulé, Quæsitain causd rituum sinensium, Questions sur les cérémonies chinoises, que le saint Père ordonna de leur communiquer. Cette pièce avoit été faite uniquement sur les mémoires de M. Maigrot et de M. de Léonisse, quoique Sa Sainteté la crût dressée de concert avec les pères de la compagnie. Ceux-ci présentèrent aussitôt au pontife un mémoire, où ils protestoient qu'ils n'avoient pu lire sans horreur ce que portoit l'exposé de messieurs des missions, et qu'ils auroient été les premiers à condamner les oérémonies en question, si elles étoient telles qu’on s’efforçoit de le persuader.
Il se fit cependant un soulèvement effroyable contre la s0ciété. Tout ce qu’elle avoit d'ennemis et de rivaux connus et ouverts, entrèrent sans plus de feinte en lice. Qu'une secte foudroyée vingt fois, et furieuse contre ceux qu'#!'e prétendoit avoir allumé la foudre, ait saisi des conjonctures si propres à couvrir sa noirceur, pour traduire en fauteurs de l’idolâtrie et en corrupteurs du culte chrétien, les plus ardents défenseurs de la doctrine et des observaness romaines, il n’est rien Jà qui puisse étonner, et qui n'ait été pratiqué de tuut temps par Îles sectes diverses : mais il n’y eut rien de plus violent que la lettre au pape, qui fut publiée en 1700 au nom du supérieur des missions étrangères de Paris. Le ministre Jurieu n'avoit pas gardé moins de mesures, et le docteur Arnaud n'a pas mis plus de fiel dans son sixième tome de la morale pratique, qui ruule sur ce sujet. Cette lettre fut suivie d'un déluge de libelles
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de ‘outrs mains et de toutes doctrines. L'erreur et l’orthodoxic arnrent alors se liguer ensemble et s'entre-prêter Ja plume, pour diffamer à jamais la société.
Les jésuites ne s'abandonnèrent point eux-mêmes ; ils firent face de tous côtés, et ne laissèrent sans réplique aucvre des charges tant soit peu dignesd'attention. Ils prirent leurs adversaires par leurs propres écrits, et montrèrent que, forcés par l'évidence, ils y avoient reconnu que Confurius et i2s ancétres n’étoient pas honorés comme des divinités par les lettrés de la Chine. Ils citèrent un mémoire latin de M. Ch:rmot, agent de M. Maigrot à Rome, où cet aveu se tronve en termes formels : Vusquam diximus Confucium à Sinis literatis, st Deum, majores, ut numina, coli 1. Et par une conséquence bien natu;elle de cet aveu, ils concluoient que les honneurs rendus à Coafucin: et aux ancêtres, n'éloient pas idolâtriques. En effet, il n'y à point d'idolâtrie sans idole, et point de culte religieux sans divinité. Car qui s'est imaginé, dit saint Augustir +, qu'on dût sacrifier qu'à celui, ou qu'on a su, ou qu'on a cru, ou qu'on a feint qui étoit Dieu ? Si donc les Chinois n'attribuent aucune divinité à leur philosophe, ni à leurs ancêtres, les honneurs qu'ils leur rendent ne sont pas idolätriques. ien plus, ces pères établirent sur des faits bien articulés, et qui n'ont jamais été contredits, que leurs adversaires avoient permis et autorisé, qu'ils avoient pratiqué eux-mêmes à la Chine les cérémonies qu'ils faisoient passer en Europe pour idolâtriques; qu'ils avoient employé. de même les mots Tien et Chamti, pour signifier le Dieu du ciel, ou le vrai Dieu.
Ils alléguèrent l'exemple de quantité de missionnaires de tous les ordres, entr'autres du père François Varo, dominicain, qui a tent écrit contre eux, et que toute la ville de Canton avoit néanmoins vu, avec ceux de son ordre et de son opinion, pratiquer ces cérémonies comme des devoirs de pure civilité, et ne s'en faire aucun scrupule quand l'ocsacion s'en présentoit. Ce qu'il y a de plus singulier, c'est :: : M. Maigrot lui-même ne put se défendre de les avair pr: :uées dans
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DE L'ÉGLISE. (AN 1706.) J49 la province de sa juridiction. Un mandarin étant mortle 17 novembre :699, à Fortcheou, capitale du Fokien, sa famille lui rendit pendant sept jours les honneurs accoutumés. Le corps étoit exposé dans l'appartement réservé pour cet usage ; on voyoit devant le cercueil le cartouche ou petit tabieau, avec l'inscription ordinaire, posé sur une table qui étoit ornée en forme d’autel, et sur un rétable, des chandeliers, des fleurs et des parfums. Le vicaire apostolique, en habit de deuil , alla par civilité dans cette maison le dernier jour de la cérémonie, s’approcha de la table, offrit devant le tableau des bougies et ges pastilles, qu'il mit ensuite sur la table, puis fit quatre prosiernements, et frappa quatre fois la terre du front. Le fait est constaté par les reproches publics, et demeurés sans réplique, que lui firent ensuite les chrétiens de Fortcheou sur ce qu'il n'étoit pas d'accord avec lui-même. De cesfaits incontestables, et qu'on n'a pas contestés, parce qu'ils étoient trop notoires, il s'ensuit au moins que M. Maigrot ne savoit pas trop à quoi s’en tenir sur la question des cérémonies, el que ceux à qui il en faisoit un crime, ou n’étoient pas véritablement coupables, ou qu'il l’étoit lui-même beaucoup plus qu'eux.
Ge furent apparemment ces inconséquences qui engagèrent M. de Bénaventé, évêque d'Ascalon, tiré de l’ordre de saint Augustin, à écrire de Nanchanfou, le 20 novembre 1700, aux cardinaux de la Propagande, afin de les tenir en garde contre l'entreprise de messieurs des missions étrangères. Il les avertissoit, entr'autres choses, de ce que lui avoit dit l'évêque de Pékin, quoique leur ami particulier, qu'il craignoit fort qu'en attaquant le sentiment des jésuites, on ne se conduisit par des
. vues tout humaines. Plusconséquent que M. Maigrot, M. l'abbé
de Cicé, son confrère, se conforma invariablement à la pratique des jésuites pendant tout le temps qu'il fut à la Chine, sans jamais céder aux clameurs du grand nombre de ses compagnons, :;:: la Lrailoient de superstitieuse.
Le n:,;c Innocent X:ï. sans prononcer sur le conflit de juridiction élevé de son temps entre “, Maisrot et l'archevêque de Goa, y mit fin en démembrant des deux évêchés nouveaux, qui d'ailleurs étoient d'une étendue immense, différentes provinces qu'il assigna aux vicaires apostoliques. Le Fokien resta
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