‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 121 sur 178 · CRETE RS · texte numérisé non relu

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à M. Maigrot, qui fut peu après nommé évêque de Conon. Son premier acte de juridiction certaine, fut d'interdire les jésuites portugais qui avoient tenu, durant le conflit, pour l’archevêque de Goa. Un pareil usage de la puissance ecclésiastique étoit tout nouveau pour la Chine : il scandalisa, il irrita les peuples du Fokien, les plus fiers de la plus fière nation du monde; ils le tinrent à injure autant et plus pour eux-mêmes que pour leurs pasteurs.

La semaine de Pâques arriva peu après. Il n’y avoit dans la capitale que quatre prêtres, M. Maigrot, un dominicain, et deux jésuites portugais. Les nouveaux chrétiens s’assemblérent au nombre d'environ quarante, et allèrent supplier le vicaire apostolique de permettre à ceux qui les avoient enfantés en Jésus-Christ, de leur administrer les sacrements qui sont de précepte au temps de Pâques : ils ne purent rien obtenir. Très-irrités de ce premier refus, ils se continrent cependant, revinrent le lendemain faire une seconde tentative!, se prosternèrent à la porte du vicaire, qui se tenoit renfermé, et demandèrent avec de grands cris, au nom de Jésus crucifié, qu'il leur füt permis de se confesser aux pères de leurs âmes. M. de Conon ne parut enfin que pour les traiter de gens grossiers, d'ignorants, et d'enfants sans raison. Ce dernier mot surtout mit à bout la fierté chinoise. Ils saisirent le prélat, lui reprochèrent de n'avoir pas salué le crucifix que l’un d'eux tenoit à la main, jetèrent son bonnet par terre, et le contraignirent de se mettre à £enoux devant le crucifix. Un père dominicain, nommé Croquer, étant survenu, un bachelier le prit par la barbe et le menaça de la lui arracher s'il ne faisoit accorder aux chrétiens ce qu'ils demandoient. Le dominicain, payant de présence d'esprit, répondit qu'il venoit pour cela, et que si l’on se retiroit, il accommoderoit toutes choses. Il n'en fallut pas davantage pour les faire retirer. Cependant M. de Conon publia qu'un de ces néophytes avoit tiré un couteau pour le tuer : mais la peur métamorphose étrangement les objets. Il fut démontré que le prélat avoit pris un chapelet pour un couteau : que l'assassin prétendu n'avoit ni couteau, ni poigaard, et qu'il étoit de l'ordre du peuple, qui n'en porte ja-

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DE L'ÉGLISE. (AN 1506.) 347 mais. On avoit encore voulu faire tomber sur les jésuites c£t assassinat imaginaire ; mais l'attestation de soixante-deux chrétiens n’a pas permis à celte calomnie de faire fortune.

Dès le lendemain, le prélat s'éloigna de trois journées, et le dominicain se cacha dans le voisinage. Les néophytes, joués ainsi, reprirent leur première animosité, qu'un nouvel incident fit monter à son comble. Une femme chrétienne étant tombée rualade, ces nouveaux fidèles ne sachant pas que les prêtres interdits pouvoient confesser dans un besoin pressant, avertirent du danger quelques domestiques de M. Maigrot et du père Croquer. Le portier du prélat, et l'un de ses catéchistes, répondirent qu'il suffisoit dans le cas présent que la malade récitât cinq Pater et cinq Æve. La femme mourut en effet sans sacrements; et les néophytes ne se possédant plus, auroient traduit M. de Conon, comme perturbateur, aux tribunaux païens, si le père Gozani, l'un des deux jésuites portugais, ne les en avoit détournés avec des peines infinies.

Ce fut apparemment pour cela, ou, ce qui revient à peu près au même, pour prévenir des scandales pareils à celui qui étoit arrivé, que M. Maigrot rendit enfin les pouvoirs aux missionnaires interdits, comme il est dit dans l'approbation que son provicaire leur donna par son ordre : nouvelle inconséquence qui saute aux yeux du plus mince dialeciicien. Le prélat croyoit les cérémonies chinoises essentiellement mauvaises, ou il ne les jugeoit pas telles ; s'il ne les croyoit pas mauvaises, pourquoi donc les avoit-il sbrogées par son mandement , au péril évident de la religion P Et s’il les jugeoit illicites, comment permit-il aux jésuites d'exercer le ministère sans les leur interdire ? Comment a-t-il permis d’administrer et de recevoir les sacrements, à des ministres et à des néophytes qu'il traitoit d'idolätres ?

Les choses n'en demeurèrent point là. Le jugement qu'on poursuivoit à Rome avec la plus grande chaleur, fut enfin rendu, le 20 novembre 1704, par la congrégation de la Propagande : mais ceux qui l’avoient sollicité n'e: furent pas à beaucoup prè: aussi contents qu'ils affectèrent de le paroître. Il déclare: ‘:; cérémonies chinoises, superstitieuses selon l'exposé de: accusateurs, et qu'on ne pouvoit user des mots

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348 (Ax 1706.) HISTOIRE Tien et Chamti pour signifier Dieu, supposé que dans la secte des lettrés chinois, ils ne fissent entendre que le ciel matériel, ou une certaine vertu qui s'y trouvoit infuse. Il est visible que ce décret n’étoit «1. onlitionnel, puisque les conditions, au moyen desquelles il üv+ cit obliger, y sont énoncées en termes exprès. La congrégation déclaroit encore que le saint Siége ne prononcoit point sur la vérité de l'exposé. Elle laissoit done une liberté entière d'en révoquer la vérité en doute : vérité néanmoins supposée nécessaire par les termes formels du décret, pour qu’on fût obligé &: s apstenir tant des cérémonies que du Tien et du Chamti. Ainsi le décret n'étoit absolu que pour ceux qui soutenoient la vérité de ce qu’avoient exposé messieurs des missions étrangères. Ce n'étoit pas là sans doute ce qu'ils avoient prétendu, et ce n'étoit pas le seul chagrin que leur donnât un jugement sollicité avec tant de chaleur.

Toutes les cérémonies, grandes et petites, ainsi qu'on les avoit désignées, étoient indistinctement déclarées superstitieuses seion l'exposé, et M. Maigrot avoit cru qu'on pouvoit tolérer les petites : par où il résultoit manifestement du décret, que le prélat n'avoit pas raisonné conséquemment. Ex -ffet, si les unes sont idolâtriques, les autres ne sauroiïent être innocentes, puisqu'elles se pratiquent toutes dans le même esprit. La congrégation défendoit encore de traiter de fauteurs d'idolâtrie, les missionnaires qui avoient permis jusque-là les cérémonies à leurs néophytes; ce qui étoit foncièrement une censure des mémoires et des libelles farcis de ces reproches outrageants. C: décret fut tenu long-temps fort secret à Rome, et ne devint public en Europe qu'après les tristes affaires qu'eut par la suite à la Chine M. Maillard de Tournon, piémontais, issu d’une anciernce raison originaire de Savoie.

Clément XI le sacra patriarche d'Antioche en 1701, et le fit parür pour la Chine en qualité de iégat apostolique, uniquement afin d'informer le sain Siége du véritable état des missions, comme il le déclara | : déeembre de la même année, dans le discours qu'il fit à ce sujet aux cardinaux. Ce légat prit terre en 1703 à Pondichéri, passa de là aux Philippines, et, par un vaisseau parti exprès de ces îles pour le conduire à la Chine, il y arriva le 8 «vril 1705. Il ne fut pas plus tôt à

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DE L'ÉGI $5E. (An 1506.) 349 Canton, qu'il insinua aux différents missionnaires qu'il falloit interdire aux néophytes l'usage des cérémonies, et qu'il se montra fort contraire aux jésuites. Il disoit souvent que ces pères n'avoient pas pris la vraie manière de planter la foi, et que leur méthode n'étoit suivie que par ceux qui avoient quelque intérêt à le faire. Il n'avoit pas encore eu le temps de reconnoître par lui-même l’état des choses; mais il comptoit absolument sur la parole des missionnaires de Paris, narmi lesquels il avoit trouvé un prêtre de sa nation, nommé Appiani, qui n'avoit pas peu contribué à leur gagner sa confiance,

Cependant comme ces amis avoient une crédit médiocre à la Chine, il fallut s'adresser aux jésuites pour obtenir la permission d'aller à la capitale. Ces pères la demandèrent, et furent refusés deux fois. L'empereur leur dit même qu'il étoit dangereux de faire venir à la cour un homme à peine débarqué, qui n'avoit nulle connoissance des coutumes de l'empire. Ils le sentoient aussi-bien que le prince ; mais ils voyoient aussi qu'on ne manqueroit pas de leur imputer le refus, et ils firent tant d'instances, qu'il fut enfin permis au légat de venir à Pékin. Il y reçut même des honneurs qu'on ne faisoit pas aux ambassadeurs des plus grands princes.

Cet accueil distingué fit concevoir au légat un projet adimira le, à quoi rien n'eùt manqué, si la justesse en eût égalé la grandeur : il ne se proposa rien de moins que d'établir à Pékin un nonce permanent, pour y être le supérieur de tous les missionnaires, et former une correspondance habituelle entre le chef de l'Eglise et le premier potentat de l'Asie. Le légat en ayant fait l'ouverture par le moyen de quelques gentilshommes que l’empereur avoit chargés de le visiter tous les jours, il fut sur-le-champ et très-sèchement refusé. Les plaintes qu'il fit à ce sujet, et quelques paroles indiscrètes échappées à son chagrin, firent soupçonner qu'il y avoit du mystère dans son voyage. Îl n’en falloit pas tant à une politique aussi ombrageuse que celle des Chinois, pour éclairer, conune on le fit dès lors, toutes ses démarches, Cependant l'empereur, très-habile dans l'art d'observer son monde, et fort modéré de son naturel, cacha son mécontentement, et daigna même lui expliquer les

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