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Tour la doctrine du vaste livre de Jansénius avoit été habile. ment refondue dans les Réflexions morales de Quesnel ; ainsi l'on pouvoit abandonner Jansénius à son mauvais sort, sans que le jansénisme en souffrit, pourvu que le livre des réflexions subsistât :. Ce chef-d'œuvre d'artifice ne fut pas porté du premier coup à sa perfection, ni à ce haut point de crédit que bien des mains différentes lui concilièrent successivement. Ce n'étoit presque rien à sa naissance, lorsqu'il fut approuvé, en 1671, par M. Vialart, évêque de Châlons-sur-Marne. Tout consistoit en un petit volume, que ce prélat n’approuva même qu'après y avoir fait mettre plusieurs cartons. Les docteurs Hideux et Du Pin l'approuvèrent, sans tant de réserve, en 1 687. Cette bonne fortune fit multiplier les éditions, et grossir l’ou-
vrage jusqu’à la concurrence de quatre volumes. Ils furent retouchés par la plume élégante de l’abbé du Guet, et parurent avec éclat en 1693, dédiés à M de Noailles, alors évêque de Châlons, et revêtus de l'approbation la plus honorable qu'il pût leur donnée: Pour les autoriser dans son diocèse, il publia un mandement, où, parlant à ses curés, il faisoit de ce livre funeste l'éloge suivant : On y trouve ramassé tout ce que les saints Pères ont écrit de plus beau et de plus touchant sur le nouveau Testament, et l'on en fait un extrait plein d'onction et de lumières. Les plus sublimes vérités de la religion y sont traitées avec cette force et cette douceur du Saint-Esprit, qui les fait goûter aux cœurs les plus durs. Vous y trouverez de
1 Déposit. de l'imprim. du 7 novembre 1713. Sentence du bail. de Chäl., a mai 1717.
360 (An 1708.) HISTOIRE quoi vous instruire et vous édifier ; vous y apprendrez à enseigner les peuples que vous avez à conduire. Ce livre vous tiendra lieu d’une bibliothèque entière.
On 2 vu qu'aussitôt qu'il eut acquis une certaine célébrité, tout le monde chrétien en jugea bien différemment de son approbaleur. Tous ceux qui n'étoient pas dans les mémes dispositions que ce prélat à l'égard de l'auteur, prétendirent quo cet artificieux écrivain n'avoit eu pour but que d’insinuer en mille façons différentes les dogmes proscrits du jansénisme, d'en accréditer la schismatique discipline, et d'en représenter tes sectateurs comme des saints persécutés par toutes les puissances. Dans le fond, il ne falloit pas être bien clairvoyant pour en prendre cette idée ; elle naît d'elle-même à la première lecture de l'ouvrage, pour pen qu’on ait de connoïissance des faits et des matières du temps. Les Saint-Cyran, les Arnaud, les Gilbert. =t le fugitif Quesnel lui-même, y sont peints des couleurs le lus reconnoissables, comme les Elie et les Jean- Baptiste ds : ir temps; et les personnages les plus respectables de l'Eslis: :t de l'état, comme les scribes et les pharisiens, comme les Caïphe, les Pilate et les Hérode. Il n’étoit point de lecteur tant soit peu instruit des poursuites de Louis XIV contre le jansénisme, qui ne trouvât ce monarque représenté presque à chaque page comme le persécuteur de la vérité. On y retrauvoit d’une manière aussi visible les principes schismatiques du richérisme concernant l’excommunication. Il enseignoit de même qu'on ne résiste jamais à la grâce, et qu’on n'y peut pas même résister, ce qui renferme tout le jansénisme; que la grâce sans laquelle on ne peut rien, manque aux justes qui tombent dans le péché ; que Jésus-Christ n’est mort et n'a prié son père que pour le salut des prédestinés ; que dans l'attrition, l’amour-propre et la cupidité sont les seuls principes de la crainte, dont le concile de Trente dit néanmoins qu’elle procède du Saint-Esprit, et dispose à la grâce de la justification. C'est ce que fit toucher au doigt un écrit publié en 1705, sous un titre assorti à l'audace qu on avoit à confondre :.
» Quesnel, séditieux hesctique , part. 2,
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DE LÉGLISE. (AN 1708.) 361
Un avertissement si énergique réveilla le zèle des premiers pasteurs. Ils examinèrent l'ouvrage qui excitoit ce scandale, ils en reconnurent le venin sans peine, et deux d’entr'eux, l’archevêque de Besanç:: et l'évêque de Nevers, donnèrent des mandements exprès pour le condamner. Ce dernier marquoit plusieurs endroits où l'on insinuoit des erreurs vingt fois proscrites, où l'on prenoit à tâche d’inspirer aux fidèles un esprit de révolte contre l'autorité des puissances tant séculières qu'ecclésiastiques.
Au bruit des nouveaux scandales de la France, le chef de toute l'Eglise ordonna qu'on reprit l'examen du livre qui les causoit, et qu'on lui avoit déjà déféré assez long-temps auparavant. Les cardinaux et les théologiens, chargés de cette commission, déclarèrent, après tuutes les discusions convenables, que l'esprit de schisme et d'erreur n’avoit pu dicter un ouvrage plus substantiellement mauvais ; qu’il n’étoit pas susceptible de correction, et qu’il falloit en défendre absolument la lecture. Ils avoient reconnu, et rendoient pour raison de leur rigidité, que le texte des livres saints y étoit altéré en mille endroits, quelquefois entièrement corrompu, et tel que dans la version réprouvée de Mons ; que tant les notes que les réflexions offroient à chaque page une doctrine séditieuse, téméraire, scandaleuse, erronée, et manifestement jansénienne. Conformément à cette consultation, le ;suverain pontife, par un bref du 13 juillet 1708, proscrivit cet ouvrage avec une rigueur extraordinaire. Il ne se conteanta point d'en défendre l'impression, le débit et la lecture, sous peine d'excommunication encourue par le seul fait : mais pour anéantir, s’il étoit possible, jusqu'au dernier vestige d'une production si pernicieuse, il ordonna d'en rapporter tous les exemplaires aux ordinaires des lieux, ou aux inquisiteurs de la foi, pour être brûlés sur-le-champ. C'est cette clause, contraire aux usages de la France, où ces exécutions temporelles sont réservées à la puissance du même ordre, qui empêcha jue le bref ne füt reçu dans ce royaume.
L'auteur et les approbateurs divers ne laissèrent pas d’être fort mortifiés de cette condamnation. Le parti, à qui les fictions et les allégations hasardées ne coûtoient rien, publia
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