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évêques. Le monastère de la ville avoit changé de doctrine, ainsi que de régime ; mais celui des champs n'en étoit devenu qu'un arsenal mieux fourni, qui sans fin et sans jamais s'épuiser, fournissoit des armes à la séduction. La bulle Pineam Domini Sabaoth ayant proscrit si nettement le silence respectueux dans lequel se retranchoïent ces vierges abusées, on les pressa d'abandonner enfin ce refuge ruineux, qui ne pouvoit plus que les accabler de ses ruines. Elles signalèrent contre cette constitution la révolte qui leur en avoit fait mépriser tant d'autres, Jamais il n’y eut moyen de les engager à l’accepter purement et simplement. Elles persistèrent, avec la même opiniâtreté, à ne vouloir point reconnoître pour leur supérieure l'abbesse de Port-Royal de Paris, quoique le souverain pontife y eût réuni leur maison par sa bulle en bonne forme, et que le roi, par ses lettres patentes, eût autorisé la réunion.
Une obstination si long-temps invincible, fit juger que pour les réduire sous l'obéissance, tant de leur abbesse que de l'Eglise, il n’y avoit plus d'autre moyen que de détruire une maison d'anathème, dont les voûtes seules leur retraçoient les lecons des suborneurs qu'elles avoient recélés, et sous lesquelles ces anges de ténèbres, par leurs apparitions furtives, ranimoient encore les germes de la séduction, au moins dans le cœur de quelques-unes, qui ne manquoient pas de les communiquer
aux autres. On prit donc le parti de dissoudre la commu- " nauté ( 1709 ); on sépara ces filles les unes des autres, et on
les distribua en différents monastères. Le cardinal de Noailles conçut avec tous les catholiques de bon sens, la nécessité de cetté exécution, comme la seule efficace, et il y prêta son ministère comme ordinaire du lieu ; ce qui lui attira des torrents d'injures, et inspira au parti un ressentiment que la rupture du prélat avec le saint Siége put seule étouffer.
Il eut cependant tout lieu de s'applaudir de sa sévérité à raison des fruits salutaires qu'en recueillirent les personnes mêmes qui en étoient l'objet direct. Quelque soin que leurs séducteurs eussent pris de les munir d'arguments et d'érudition, d'oraisons, de litanies, d'images et de reliques des saints de la nouvelle église, la plupart d’entr'elles rentrèrent en fort peu de temps dans le sein de ia mère véritable des fidèles.
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Quatre ans après la dispersion, il n'y en avoit plus qu'une qui n'eût pas abjuré ses erreurs. En un mot, Port-Royal-des- Champs fut à peine rasé, que toute la contagion s'en é vapora. Nous passons sous silence les lamentations des Jérémies du temps sur les ruines de cette étrange Sion. Qu'on revoie celles des prophètes huguenots sur la chute de Charenton : il n’y aura que les noms à changer, et chacun peut le faire sans
ine.
P Pour nous, au contraire, empressons-nous à faire perdre de vue ces monuments de scandale : mais dans un temps où l’on peut douter que le fils de l'homme, revenant en ce monde, y trouve une foi qui en mérite le nom, allons chercher ce phénomène sous un autre ciel, au-delà des routes du soleil. Dans le sein de l'Amérique sauvage est une église encore dans son enfance, et qui déjà nous retrace les plus beaux jours de la
. primitive Eglise. Des hommes qui, jusqu'au milieu du siècle ‘ dernier, n’avoient d'humain que la figure, des hommes qui . dévoroient les autres hommes, et n'étoient occupés qu'à satis- faire en tout leurs appétits brutaux, furent avant la fin de ce , même siècle des modèles de charité, de douceur, de pudeur, | de piété, de toutes les vertus chrétiennes. Leurs terres étendues , de quatre à cinq cents lieues, depuis le lac des Carayes où le Paraguai prend sa source, jusqu'au confluent de ce fleuve avec l'Uragai, avoient été arrosées du sang de plus de vingtapôtres et de cent néophytes martyrisés avec leurs pasteurs : les fruits du salut aussitôt après y abondèrent en proportion du sang qui
. venoit de les féconder. Dans les commencements de cesiècle, la
chrétienté merveilleuse qui porte le nom général de Peraguai, comprenoit au moins quarante grosses bourgades de quatre à six mille âmes chacune, sans toutefois les confondre avec celles qui en sont comme les capitales, et qui comptent quinze à vingt mille fidèles, c'est-à-dire, que la mission des Guaranis, ou du Paraguai proprement dit, à lorient de ce fleuve, entre l'Uragai et le Pire a, jointe à celles des Moxes et des Chiquites, qui sont à l'occident, et remontent plus au nord, comprenoit environ trois cent mille Indiens soumis aux lois de l'Evangile.
Et comment le pratiquent-ils ? C'est une merveille si éloi-
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gnée des observances et des idées communes, qu’elle seroit incroyable, si npus n'avions là-dessus les témoignages les moins suspects, les plus désintéressés, les plus authentiques et les plus augustes. Ici l'on ne s'en tient pas à la parole, ni aux lettres des hommes apostoliques qui ont converti ces peuples. Quelque dignes de foi que soient des apôtres, et de quelque manière que leur modestie présente le tableau de cette œuvre divine, toujours est-il si honorable pour eux, qu'on pourroit craindre qu'ils ne l’eussent flatté. On ne fera fond que sur les rapports des évêques et des gouverneurs de ces provinces espagnoles ; sur les œuvres parlantes et bien motivées de différents seigneurs de la même nation, qui ont fondé des hospices, des résidences, des colléges pour le soutien et l'avancement d’une mission si capable d'intéresser leur générosité religieuse; sur les lettres et les décrets des rois d Espagne, adressés à leurs officiers, en faveur de ces vertueux et fidèles néophytes; enfin, sur les recherches et les discussions des critiques les mieux instruits, les plus pénétrants et les plus circonspects 1. |
Le pieux évêque de Buenos-Ayres, dom Pèdre de Facardo, en faisant la visite des missions de l'Uragai dans l'étendue de son diocèse, moins pour y rien corriger que pour y porler l'encouragement, et s'édifier lui-même, fut si touché de la
piété, de la concorde, de l'innocence de mœurs qu: oient
dans cette terre de bénédictions, que ravi hors de iu.-ême : « Non, dit-il écrivant à son roi, je ne crois pas qu'il se commette ici un seul péché mortel. Je me trouvai, ajoute-t-il, un jour de fête dans l'une de ces peuplades, et je vis plus de huit cents personnes manger, comme des anges, le pain du ciel. » Les premiers officiers du roi d'Espagne lui faisoient les mêmes rapports, en lui protestant qu'ils n'avoient garde d'exagtrer en parlant à sa majesté; mais qu'ils lui rendoient un compte sincère ct précis, tel qu'elle avoit droit de l'attendre de sujets fidèles qu'elle honoroit de sa confiance. Le père Florentin, missionnaire capucin, mémorable à jamais par l'intrépidité de
t Lettre de D. Pierre Facardo à S. M. C. du 20 mai 1731, Lettre de D. Bruno de Zabala à S. M. C. du 28 mai 1724. Decret de S. M. C. du 12 nov, 1716. Relut, des Miss, du Par, par Muratori, Voyage du P, Florentin, capucin.
DE L'ÉGLISE. (AN 1708.) 367 son zèle, qui lui fit traverser, le bâton à la main, sans guide et sans compagnon, un désert de cinq cents lieues, où, à quelques missions près, l’on ne rencontre que des tigres et des anthropophages ; cet homme apostolique voyant par lui-même l'état de ces missions, dont il avoit entendu faire les plus grands éloges : « Non, s'écria-t-il, tout ce qu'on en publie n'approche point de la réalité. Je ne sache pas qu'il y ait dans l'univers une chrétienté plus sainte. La modestie, la douceur, la fui et la charité, le désintéressement et l'union qui règnent parmi ces nouveaux fidèles, me rappellent sans cesse les heureux temps où les chrétiens, détachés de la terre, n’avoient tous qu'un cœur et qu’une âme, et, par la sainteté de leur vie, rendoient le christianisme respectable à ses ennemis les plus animés. »
Mais il n'y a que les traits particuliers, et les circonstances bien articulées, qui fassent une certaine impression ; et quelque longueur dans une matière si belle, se pardonnera sans peine. Il y a tout lieu de croire !, dit le savant et judicieux observateur que nous suivons principalement dans ces détails, que si les malheureux peuples de l'Amérique, avant leur conversion, parurent n'avoir que la férocité en partage, c'étoit moins l'effet du naturel, que d'une éducation mauvaise. L'expérience a montré qu'ils sont pour la plupart d’un esprit doux et traitable, sensibles à l'amitié, généreux et reconnoissants. Dès qu'ils ont eu de bons exemples sous les yeux, la probité, la candeur, la retenue et la bienfaisance ont pris parmi eux la place des passions effrénées et des plus anciennes habitudes. On peut dire aujourd'hui qu'ils sont généralement de bons-et fervents chréticns. S'ils ne sont pas exempts de tout défaut, c'est que depuis la corruption de la nature humaine par le péché du premier bomme, il n’est pas possible de trouver sur la terre une société nombreuse où personne ne s'écarte jamais des sentiers étroits de la vertu. Mais les réductions du Paraguai n'en sont pas moins une image fidèle de la primitive Eglise, où nous voyons, par les épitres de saint Paul, que les premiers chrétiens n'étoient pas tous irréprochables ; que si l'on n'y a pu prévenir toutes les fautes, on en a du moins empêché les suites funestes.
1 Relation de Muratori , chap, 7, pe 94 etsuir.
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