‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 127 sur 178 · æ 2 Æ F ati TT anses · texte numérisé non relu

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Pour maintenir le bon ordre, on choisit dans chaque réduction ou peuplade quelques anciens néophytes, qui, sous le nom de régidors, font à peu près le personnage des censeurs de l’ancienne Rome : mais ils veillent tout autrement sur la conduite et les mœurs. S'ils découvrent quelqu'un qui soit tombé dans une faute scandaleuse, telle qu'une action contrairé à la pudeur, ou un transport de colère préjudiciable au prochain, ils arrêtent le coupable, lui font prendre un habit de pénitent, et le mènent d'abord à l'église pour demander publiquement pardon au Seigneur ; de là, on le conduit sur la place publique, où il reçoit, en présence de tout le monde, un chätiment proportionné à la grièveté de sa faute. Il baise ordinairement avec réconnoissance la main qui l’à frappé, en disant : Dieu vous récompense de m'avoir soustrait, par cette légère punition, aux peines éternelles que j'avois méritées ! Il est rare qu’on retombe ensuite, et plus encore que l'exemple d’une faute ainsi corrigée soit contagieux. Ce qu'il y a de plus admirable et de plus ressemblant à la ferveur de la primitive Eglise, c'est que des Indiens, et même des Indiennes, qui avoient commis secrètement le même péché qu'on venoit de punir à Jeurs yeux, couroient s'accuser eux-mêmes, et prioient instamment qu'on leur imposât la même pénitence.

Des hommes qui jusque-là ne s'étoient gouvernés que par les sens, avoient besoin de ces observances extérieures, pour être instruits par les yeux des règles de la conscience. Afin de leur imprimer en même temps un profond respect pour tout cé qui est du saint culte, leurs sages pasteurs ont pris soin que les églises fussent bâties et entretenues avec la plus grande propreté’, et taute la magnificence possible 1. Elles ne furent d'abord que de bois, et d’une structure assez grossière, quoique déjà bien capables de frapper des sauvages qui n'avoient jamais rien vu de comparable : mais on leur apprit dans la suite à faire la brique et la chaux, et on mit à leur tête des frères jésuites qui avoient quelque connoissance de l'architecture. On voit aujourd'hui dans la plupart des réductions, des églises bâties de briques ou de pierres, et assez belles pour plaire aux Euro-

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DE LEGLISÉ. (AN 1709.) 369 péens mêmes, surtout dans le pays des Moxes, dont les établissements’ sont les plus modèrnes. Elles ont, avec la nef, des bascôtés, quelquefois doubles, et an chœur extraordinairement propre; sürmonté commünément d'uné coupole. Les autels sont ornés de tableaux encadrés propremént, de colonnes et de corniclies bieh travaillées, dé statues mêmes, et de bas-reliefs. Les mürs sont ordinairement revêtus de toiles peintes, garnies de frangés, ou enchâssées dans une boiserie. On y a représenté nos premiers mystères, et les traits principaux de l'histoire sainte, afin de les graver profondément dans l'esprit de ces bons peuples, sur qui ces objets sensibles font plus d'effet que tous les raisonnements.

Tous ces ornements sont aujourd'hui l'ouvrage des naturels du pays. Ces hommes, qui n'avoient manié auparavant que l'arc et la massue, gouvernent aujourd'hui le pinceau et le ciseau avec une dextérité, une légèreté et une précision qui le dispute au moins à nos copistes les plus fidèles. On voit en Europe quelques tableaux faits par ces Indiens avec tant de perfection, que des amateurs de premier ordre les ont placés dans leurs cabinets, comme des curiosités précieuses. Ils n'ont pas moins de talent pour la musique.

Ce fui même l'attrait singulier qu'ils marquoient pour l'harmonie, dont le zèle industrieux des tnissionnaires se servit en bien des rencontres pour les attirer à la religion. Les effets de cet art enchanteur, que les anciens poètes nous retracent sous l'emblème des tigres et des rochers attendris, on les a vus renouveler sur les peuples encore farouches du Paraguai. À peine un missionnaire avoit-il entonné quelque cantique au

bord de ces forêts, que leurs habitants sauvages sortoient en

foule à sa rencontre avec des transports inexprimables , et le

suivoient bien souvent jusqu'à la réduction chrétienne, où :

plusieurs d'entre eux ne manquoient pas de se fixer. Il est ordinaire de trouver parmi eux de très-belles voix, qu'ils doivent, dit-on, aux eaux pures du Parana et de l'Uragai, et qu'on forme sans peine aux règles de l’art. Outre le chant, on

leur apprend à toucher les instruments de toute espèce, avec

tant de grâce et de justesse, que la symphonie de leurs églises,

au rapport des Espagnols, ne le cède point à celle des cathé- 12, 2+

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