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2 (An 1676.) HISTOIRE
grand nom de Montmorenci. Vers l'an 1666, cette maison perdit une demoiselle âgée d'environ quinze ans, qu'elle crut avoir été enlevée, et mise hors d'état de donuer de ses nouvelles, etce fut justement à cette époque que la vierge magnanime dont il est ici question, et qui avoit le même âge de quatorze à quinze ans, s'échappa du scin de sa famille, pouréviter un mariage contraire à la consécration qu'elle avoit déjà faite de sa personne au divin époux. Bien plus, on voit par sa correspondance avec son directeur, et particulièrement par la cinquième lettre du père de Bray, que toutes les personnes qui tenoient à elle par les liens du sang ou de l'affinité, tenoient pareillement à la maison de Montmorenci : mais ce père avoit le secret sous le sceau de la confession, et jamais il ne crut pouvoir le révéler. La famille , après avoir fait toutes les perquisitions possibles sans rien découvrir, craignit de donner plus de célébrité à cet enlèvement prétendu, et jugea que le mieux étoit d'étouffer à jamais une affaire de cette nature. D'ailleurs on ne parla de cette fille singulière, au moins à la cour, qu'en 1694, c'est-à-dire, trente-quatre ans après sa disparution, sans qu'on sût encore où elle habitoit. Il est néanmoins constant qu'alors elle y fit du bruit. La Baumelle, peu crédule ou peu croyant, en fait mention lui-même dans la vie de madame de Maintenon. Il est vrai qu'il plaisante beaucoup sur ces lettres; mais protestant, et protestant sans mœurs, il n'était pas fait pour les goûter ; aussi voit-on par la manière même dont il en parle, qu'il ne les avoit pas lues.
Après le sacrifice de son nom de famille , elle n’en voulut point porter d'autre que celui de Jeanne-Marguerite, qu'elle avoit reçu avec la grâce du baptême. Elle s'en tint même au nom de Jeanne dont son père l'appeloit dans son enfance, comme elle nous le dit dans sa septième lettre, Dès les premières lueurs de la raison, Dieu prévint cette âme privilégiée des bénédictions les plus abondantes. Elle y correspondit avec tant de fidélité, qu'elle avoit acquis non-seulement une vraie piété, mais une vertu mâle et magnanime à l'âge où lesautres enfantssont à peine instruits des premiers devoirs du chrétien, Elle n'eut pas plus tôt connu l'excellence de la virginité, qu'elle consacra pour toujaurs la sienne au Seigneur; au moins est-il
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