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DE L'ÉGLISE. (An 1676.) 3 sûr q: “lle en fitle vœu avant l'âge de quatorze ans, où l’on commença à lui parler de mariage. On pressent bien que toutes les instances de ses parents furent inutiles. Ils l'envoyèrent passer quelque temps chez une tante dont elle respeotoit la vertu, et qui avoit beaucoup d'ascendant sur son esprit. La jeune personne, qui avoit ses vues, montra moins de résistance à ces nouvelles sollicitations, et cependant elle pratiquoit ses exercices de piété avec plus d’assiduité que jamais. La tante ne la contrarioit point, dans l'espérance de s'insinuer peu à peu dans son esprit, et de l’amener enfin à son but. Elle poussa la complaisance jusqu'à lui permettre d'aller en pèlerinage au Mont-Valérien. Ce pèlerinage se fit en effet ; mais tout singulier qu'il auroit dû paroître pour une personne de cet âge et de cette qualité, il s'en falloit Lien qu'il présentât l'idée de celui auquel il préludoit.
Lajeune vierge, après avoir renouvelé son vœu au pied dela croix, pria le divin époux, avec une grande effusion de larmes, et de la soustraire au danger de lui devenir jamais infidèle, et de lui suggérer les moyens de vivre désormais en épouse inconnue et crucifiée avec lui, remettant son corps et son âme entreses mains, ets’abandonnant pour toujours auxsoins de sa providence. L'esprit tout plein de ces pensées, et le cœur embrasé des ardeurs qu'elles allumoient , elle quitte les stations sacrées, et reporte ses pas, encore incertains, vers le bois de Boulogne; mais elle ne’ fut pas à l'abbaye de Longchamp, qu’elle se sentit fortement inspirée d'entrer dans | Eglise : là, elle congédie pour quelques heures les gens de : 4 suite, sous prétexte qu'illui restoit encore beaucoup de prières à réciter; et dès qu elle les voit disparottre, elle s'enfonce, d’un autre côté, dans la partie la moins fréquentée du bois. Elle suivoit à tout hasard un sentier détourné, quand elle rencontra une pauvre femme qui lui demanda l'aumône. Elle forme son plan, et le met sur-le-champ à exécution. Elle changea de vêtements avec celte mendiante, Ini laissa ses habits et tous ses joyaux, se revêtit de ses haillons, barbouilla de terre ses mains et son visage, pour se grossir les traits et se défigurer autant qu'il étoit possible; elle tourne ensuite du côté opposé à celui où se devoient faire les premières recher-
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La dé
Le TOUT
gr.
(A (AN 1676.) HISTOIRE ches, et marche nuit et jour jusqu'à une campagne située près de la Seine au-dessus de Paris. Cependant elle fut rencontrée par des ecclésiastiques charitables, qui, touchés de sa jeunesse, et des dangers que lui faisoit courir sa figure malgré ses haillons, la mirent en service chez une femme riche et sûre pour les mœurs.
C'étoit une dévote fort régulière dans sa propre conduite; mais plus rigide encore à l'égard des autres, revêche, impé-
rieuse, d'humeur acariâtre et tracassière, qui ne pouvoit garder
ni laquais, ni servante. Jeanne ou Marguerite, puisque nous n'avons à choisir qu'entre ses noms de baptême, entra sur le pied de femme de chambre : mais comme aucun domestique ne tenoit dans cette maison, bientôt elle seule, à l'âge de quinze ans, tint lieu de femme de chambre, de cuisinière et de laquais même. Outre son ardeur pour la croix et la pénitence, elle goûtoit d'autant mieux celle-ci, qu’elle ne laissoit ni curieux, ni curieuse autour d'elle, et mettoit son secret plus à couvert. Elle soutint avec une douceur inaltérable, jusqu'à la mort de sa maîtresse, c'est-à-dire, pendant neuf à dix ans, tous les travaux, toutes les contradictions, tous les caprices et toutes les rebuffades imaginables ; de manière que l'intraitable mattresse en fut à la fin si confuse, qu’elle lui en demanda publiquement pardon à l’article de la mort, et voulut absolument l'en dédommager par une graiification de quatre mille francs, outre le payement de ses gages dont elle n’avoit jusque-là presque rien touché. Jeanne, confuse elle-même, ne savoit quelle contenance faire pendant cette réparation; mais elle eut beau réclamer, et refuser cette largesse, la mourante insista plus fortement encore, et commanda formellement à son héritier de forcer Jeanne à recevoir la somme entière, qui, avec les gages, montoit à six mille francs. Il la contraignit en effet à tout recevoir; mais dès le même jour, elle la distribua aux pauvres, à la réserve d’une modique partie de ses gages. L'atirait même de la vertu peut nous rendre inconsidérés. À peine la vertueuse inconnue eut-elle réfléchi sur les suites d’une libéralité si extraordinaire pour une domestique, qu’elle sentit vivement le danger qui en résultoit contre l'obscurité où elle avoit à cœur, sur toute chose , de se tenir ensevelie, et
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