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vérités qu'on ne peut nier, sans renoncer à la foi, des vérités clairement établies dans l’Ecriture et la tradition. Les partisans de Quesnel tenvient le même langage que lui, et tous de concert se déchaînoient contre le pontife et le siége romain avec une fureur qui n'auroit point d'exemple, sans l'insurrection forcenée de Luther contre la bulle de Léon X.
Comme l’assembléeavoit écritau pape pourluirendre compte de ses procédés et de son acceptation sincère, les prélats opposants voulurent aussi écrire au chef de l'Eglise, et ils concertèrent leur lettre tous ensemble. Ils y firent beaucoup valoir leur zéle pour combattre les erreurs, et celles de Jansénius en particulier, pour l'honneur du siége apostolique , et la conservation de l'unité; en quoi ils se disoient supérieurs à leurs collègues, tout inférieurs qu'ils leur étoient en nombre. Ils témoignoient encore qu'ils étoient disposés à condamner le livre de Quesnel : mais ils avançoient que la bulle donnoit de l'audace aux hérétiques ; qu'elle ébranloit la foi des nouveaux convertis ; qu’elle alarmoit beaucoup de personnes d'une grande piété ; qu’elle troubloit les consciences délicates, et que tous les corps, tant de l'Eglise que de l'état, s’en offensoient plus qu'ils ne se disposoient à y obéir. Ils marquoient ensuite qu'ils alloient donner une liste des points qui faisoient difficulté, et rédiger par ordre toute la discipline de leurs églises, avec la ” doctrine qui leur avoit été transmise par leurs prédécesseurs. Ils n’osoient pas encore dire qu'ils ne vouloient point de la constitution : le temps de parler si haut n'étoit pas venu; ils se contentoient d'insinuer que la bulle avoit besoin d’explications, sans même les demander. Ilssentoient parfaitement qu'on ne leur en donneroit point ; et dans le cours de l'assemblée, M. de Noailles, entouré chez lui de ses partisans qui lui proposoient le recours au pape, afin d'en tirer des explications, leur avoit répondu en termes exprès : J/ est inutile, et il y auroit de la mauvaise foi de l'employer. Mais la bonne ou la mauvaise foi ne varie que trop souvent au gré de l'intérêt. Ils feignoient de souhaiter des explications, bien persuadés qu’on ne leur en donneroit point, ou du moins qu'elles ne seroient jamais si précises, qu’ils n’en pussent demander de nouvelles, et prolonger les différends à l'infini.
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Le roi ne voulut pas que cette lettre füt envoyée. Il consentoit bien qu’ils écrivissent au pape chacun en particulier, et même pour lui demander des explications; mais craignant, avec raison, que s'ils écrivoient en commun, ils ne prétendissent, malgré leur petit nombre, faire un corps à part dans le clergé du royaume, ou même représenter l'assemblée avec laquelle ils avoient rompu , il tint ferme pour qu'ils n'écrivissent que séparément; ce qui ne fut pas de leur goût. Si toutefois ils n'avoient cherché que les éclaircissements qu'ils sembloient désirer, que leur importoit, ou d'écrire en commun, ou d'écrire séparément ? Puisque chacun d'eux avoit la liberté d'écrire, la demande qu'ils auroient faite n’en auroit pas été. moins commune à eux tous, ni la réponse différente. Sens égard à cette mutinerie, Sa Majesté ne songea plus qu'à donner ses lettres-patentes pour la publication de la bulle, et la suppression tant du livre condamné que des libelles composés pour sa défense. :
Dans la minute qu'on fit aussitôt des lettres-patent's, a Majesté enjoignoit la publication de la bulle ; sur quei M. de Bezons, archevêque de Bordeaux, réclama pour le droit des évêques, qui lui paroissoit lésé par cette injonction. Il trouvoit qu'enjoindre aux évêques absents de publier la bulle dans leurs diocèses en vertu de l'acceptation faite par l'assemblée, c'étoit vouloir que quarante évêques fissent la loi à plus de quatrevingts; qu'ainsi le plus grand nombre, par une déférence aveugle, se privassent du droit qu'ils avoient de juger. A la première remontrance, le roi suspendit l'expédition des lettres. Il répondit cependant que le plus grand no:1bre des prélats restés dans leurs diocèses s'étoient déjà expliqués suffisamment; qu'au moins on l'en avoit assuré, et qu'il ne s'agissoit que de s’en éclaircir. Il chargea de cette vérification M. de Bezons même; ce qui ne lui fut pas difficile, puisque ces évêques, au nombre de plus de soixante, avoient déjà écrit à divers prélats de l'assemblée, qu'ils reconnoissoient la doctrine de l'Eglise dans la constitution. Ainsi les lettres-patentes ne furent plus retardées.
Leur enregistrement ne souffrit pas plus de difficulté. M. Joly de Fleury, avocat général, qui porta la parole au parle-
ment, loua d'abord le zèle du roi, toujours atten:if à détruire les anciennes erreurs, et à arréter le progrès des 1ouvelles. X dit ensuite, qu’encore qu'on ne trouvât point dans la constitution les clauses contre lesquelles on avoit été souvent obligé de s'élever, on pourroit néanmoins abuser encore de quelques expressions générales; et il requéroit qu'on employât dans l'enregistrement la réserve ordinaire des droits de la couronne et des libertés de l'église gallicane. Il ajouta qu'on pourroit en particulier abuser des paroles qui regardent l'excommunication, si l'on vouloit sous ce prétexte, ou refuser aux évêques le pouvoir des clefs, ou soutenir que les excommunications injustes doivent suspendre l’accomplissement des devoirs même les plus indispensables. En effet, de quoi ne peut-on pas abuser ? et quel abus n’a-t-on pas fait de la condamnation prononcée contre cette proposition. La crainte d'une excommunication injuste ne doit jamais nous empécher de faire notre devair P 11 est visible qu'elle tombe directement et uniquement sur la doctrine des sectaires, qui ne cherchent qu'à rassurer les fidèles contre la crainte des anathèmes dont l'Eglise menace ceux qui refusent de se soumettre à ses décisions, parce qu'une fausse consc'ence leur fait un devoir de l’opiniâtreté : mais par le cri de libertés gallicanes et de droits du royaume, qui fut toujours depuis celui de la cabale , elle n’a donné le change qu'à ceux qui l'ont bien voulu prendre. Nos usages et nos maximes sunt assez connus, au moins pour distinguer nos libertés de la licence à tout oser contre le pape et les évêques, à calomnicr leur doctrine, à s'élever contre leurs décisions, à mépriser leurs censures et leurs personnes.
L'instruction pastorale de l'assemblée, aussi-bien que les lettres patentes du roi, fut envoyée dans les provinces à tout les évêques. On y joignit les délibérations et tous les actes de l'assemblée, et l'on pria ces prélats d’user des moyens que leurs quarante confrères avoient jugés les plus propres à conserver tant la vérité que l'unité sainte. Il ne se trouva dans toute l'étendue de la France que sept évêques, savoir, de Metz, d'Arras, de Tréguier, d'Angoulême, de Montpellier, de Pamiers et de Mirepoix, qui se montrérent favorables, et presque tous simplement par leur silence, aux huit opposants dé-
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DE L'ÉGLISE. (An1r4) 439 clarés; encore proscrivirent-ils le livre de Quesnel, et la plupart d’entre eux le condamnèrent même, comme renfermant des erreurs, et nommément celles de Jansénius. D'où il est clair qu’en poursuivant les Réflexions morales, on s’est élevé contre un livre aussi pernicieux qu'il étoit fameux, puisque de l'aveu même des évêques opposés à la bulle, il renouveloit les erreurs du jansénisme. Si lés jugements de l'Eglise, comme ceux de Dieu, ne se justifioient pas par eux-mêmes, faudroit-il autre chose que ce fait, pour faire sentir la sagesse aussi-bien que l'équité d’une bulle qui coupoit par la racine une erreur si féconde en rejetons ? Tous les autres évêques du royaume, persuadés qu'ils ne pouvoient mieux faire que de se conformer à ceux de l'assemblée, en adoptèrent la formule d’acceptation, et le dispositif de leurs mandements, sans y changer un mot.
On vit donc paroître une foule de mandements, tous d’un accord parfait en faveur de la constitution. L'archevêque de Cambrai fut l'un des premiers qui signala son zèle et son éloquence. Animé tout à la fois par les insultes qu'on faisoit chaque jour au saint Siége romain, et par l'obstination avec laquelle on défendoit les erreurs proscrites : « O église romaine, s’y écrioit-il, Ô cité sainte, Ô chère et commune patrie de tous les vrais chrétiens ! il n’est en Jésus-Christ ni Grec, ni Scythe, ni Barbare, ni Juif, ni Gentil. Tout est fait un seul peuple dans votre sein, tous sont concitoyens de Rome, tout catholique est romain. Mais d'où vient que tant d'enfants dénaturés méconnoissent leur mère, et la regardent comme une marâtre ? O église, d'où Pierre confirmera ses frères à jamais, Ô si jamais je vous oublie, que ma main droite s’oublie elle-même! que ma langue se sèche en mon palais, si vous n'êtes pas jusqu'au dernier soupir de ma vie l'objet de mes cantiques ! » Et joignant à ces tendres effusions de zèle et de piété la force des preuves et la justesse du raisonnement, il démontra que les partisans de la nouveauté ne pouvoient sans inconséquence se récrier contre la bulle, acceptée par le plus grand nombre incomparablement des évêques de Francx, et non contredite par les autres églises, puisque leur propre chef
« établi pour principe incontestable, que tout jugement dog- 12 st
434 (AN 1714.) HISTUIRE
matique du saint Siége, accompagné de l’acquiescement positif d'une partie notable des églises de sa communion, avec l'acquiescement tacite des autres, est censé le jugement de l'Eplise entière *.
Ce mandement fut la dernière œuvre d'éclat d'un évêque célèbre par tant d’autres endroits, Il mourut le 7 janvier de l'année suivante 1715, au milieu de ses ouailles, dont il fit les délices, autant que l'édification, jusqu'à son dernier moment. Il a plu à l'auteur du Témoignage de la vérité, de dire, sans nulle autre preuve que son ton tranchant, que le dernier trait du mandement que nous venons de présenter n’est qu'un misérable sophisme : mais il n’en sera cru apparemment que par ceux qui se persuaderont encore sur sa parole, que Fénélon, en consacrant sa plume à la défense de l'autorité de l'Eglise, commençoit à devenir dans la république des lettres un auteur sans conséquence, à qui désormais il seroit permis de tout écrire. Qu'on en eût parlé différemment, s’il eût seulement voulu der eurer neutre entre l'Eglise romaine et celle d'Utrecht 2 !
Les prélats opposants donnèrent des mandements à leur tour contre le livre de Quesnel. Tous, sans en excepter un seul, le condamnèrent. Ils furent même des premiers à le con-
1 Trad. de l'Egl. tom. 1, pag. 217.
2 On trouve des preuves de son humilité dans la foi et de sa fermeté contre les sectaires jusque dans une lettre qu'il écrivit la veille de sa mort. « Je viens de recevoir l'extrême-onction. C'est dans cet état, où je me prépare à aller paroître devaut Dieu , que je vous prie instamnient de représenter au roi mes véritables sentiments. Je n'ai jamais eu que docilite pour l'Eglise, et qu'horreur des nouveautés qu'on ana imputées. J'ai reçu la condamnation de mon livre avec la simplicité la plus absolue... Je prends la liberté de demander à Sa Majesté deux grâces, qui ne regardent ni ina personne ni aucun des miens. La première est qu'elle ait la bonté de me donner un successeur pieux, régulier, bon et ferme contre le jansenisme, lequel est prodigieusement accredite sur cette frontière. ete. Quoiqu'il eût beaucoup à se plaindre de Bossuet , Ramsay qui a écrit sa vie et qui fut son disciple, racoute qu'il prit un jour la défense de ce prélat contre lui, qui ne rendcit pas assez de justice à son érudition, Relégué depuis vingt ans dans son diocèse , Fenélon ÿ realisoit les vertus qu'il a dépeintes dans ses ouvrages : une douceur mêlée de fermeté, une tendre compassion pour les malheureux ; une libéralité tout-à-fait chrétienne et épiscopale, qui fit qu'il mourut sans argent et sans dettes, © mme le dit Moréri; une picte tendre ; un zele prudent et courageux ; telles sont les vertus qui brillèrent daus ve modele de l'episcopat français.
Sanaa merde