‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 135 sur 178 · CORRE · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (Anayi4) 499 damner, et la plupart le proscrivirent, comme contenant les erreurs de Jansénius. MM. de Tours et de Boulogne don nèrent la condamnation qu'ils en faisoient, comme une nouvelle preuve de leur zèle à extirper le jansénisme. M. de Bayonne assuroit que tous les évêques, animés d’un zèle égal contre la doctrine de Jansénius, et contre les écrits qui en renouveloient les erreurs, n’avoient pas balancé à proscrire les Réflexions morales. M. de Chälons en parloit comme d’un ouvrage qui favorisoit des erreurs condamnées. L'évêque de Saint-Malo le mit au nombre des livres qui appuyoient des opinions contraires aux décisions de l'Eglise. Celui de Verdun dit qu'après l'avoir examiné avec beaucoup de soin, il y avoit trouvé plusieurs propositions qui tendoient àinduireles peuples en erreur, principalement sur les cinq propositions de Jansénius. Le cardinal de Noaiïlles, peu satisfait d'avoir déclaré dans un premier mandement contre les Réflexions morales, qu'il ne pouvoit plus souttrir son nom à la tête d'un ouvrage condamné par le souverain pontife, en publia un second, où il parloit du même ouvrage comme d'un livre absolument proscrit de son diocèse.

Ce mandement fameux, donné le 25 tévrier 1714, fut toutefois comme le tocsin de la révolte contre la plus authentique décision qu'’ait faite l'Eglise hors des conciles. L'archevêque de Paris, comme tous ses adhérents, loin de joindre à la con. damnation du livre une acceptation sincère de la bulle, l'attaquoit par des détours et des faux semblants de déférence infiniment plus dangereux que le langage peu mesuré de quelques autres des opposants. Il ne s’éloit déterminé, disoit-il, au parti qu'il avoit pris à l'égard de la bulle, qu'après s'être convaincu que c'étoit le plus respectueux pour le saint Siége, le plus propre à maintenir la vérité, et à donner à ses diocésains une paix qu'il voudrait leur procurer aux dépens de sa vie; qu'après tout, ils ne devoient point se laisser abattre par les apparences de division, ou plutôt par la diversité de sentiment qui se trouve entre les évêques ; que cette diversité ne touche point à la substance de la foi, et ne rompt pas les saints nœuds de la charité ; qu'aucun évêque de l'assemblée n'a pris le parti de l'erreur, qu'aucun ne s'est départi de la vérité. Il ajoute

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436 (An 1714.) HISTOIRE qu'il a cru que le parti le plus sage étoit de recourir au pape, pour lui proposer ses difficultés et ses peines, et pour le suplier de remettre le calme dans les consciences alarmées; de soutenir la liberté des écoles catholiques, et de conserver la paix dans les églises. Après tout cela, il défend à toutes personnes ecclésiastiques, sous peine de suspense encourue par le seui fait, d'exercer ni acte de juridiction, ni fonction quelconque à l'égard de la bulle, et de la recevoir indépendamment de son autorité : entreprise encore inouïe dans l’église gallicane, et dans le monde entier peut-être. C’est le premier exemple d'un prélat qui ait défendu, sous peine de censure, de recevoir une bulle dogmatique acceptée par la foule des évêques, promulguée légalement, et appuyée de l'autorité souveraine.

Ce qui fit paroître cette entreprise encore plus hardie, c’est la circonstance du temps où elle éclata. On prit le moment où le roi faisoit assembler la Sorbonne, afin qu'elle se conformit à l'acceptation des évêques, et enregistrât la constitution. Ainsi vit- on d’une part le roi ordonner aux docteurs d'accepter la bulle , et de l’autre l'archevêque leur défendre de la recevoir. Le prélat jugea lui-même sa démarche si hasardeuse, qu'à la veille de la faire, il pria le cardinal de Rohan de lui prêter la main pour l'aider à sortir du mauvais pas où on l'avoit engagé : mais c’étoit un de ces pas glissants où l’on se prend à tout sans tenir à rien. Pour le rassurer cependant, ou plutôt pour l'amuser, ceux qui l'obsédoient lui sugyérèrent l'heureux expédient des antidates, si familier à leurs pères. Les docteurs devoient s’assembler, et s'assemblèrent en effet le premier jour de mars. On imprima le mandement la nuit précédente, et à l'ouverture de l'assemblée, il parut daté du 25 février. Un colporteur placé à la porte de la salle en distribua gratuitement des exemplaires aux docteurs à mesure qu'ils entroient, mais ces exemplaires étoient encore si frais, ou plutôt si mouillés que sans le secours des yeux, ils annonçoient à la main qu'ils sortoient de la presse. On en eut depuis des témoignages positifs, et absolument incontestables.

L'archevêque, ou son parti, pensoit-il sérieusement que la suspense dont le mandement menaçoit ceux qui acceptercient la bulle en devoit empêcher l'acceptation et l'enregistrement

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DE L'ÉGLISE. (Ani714) 437 dans la faculté ? Outre que le mandement ne lui avoit pas été signifié, il étoit bien constant qu'elle ne relevoit dans ses fonctions que du saint Siége, et nullement de l'ordinaire, par l’entremise duquel jamais elle n'avait reçu aucune bulle. L’archevêque avouoit si bien cette prérogative, qu'à la nouvelle de ce qui se passoit en Sorbonne, il déclara qu'il n’avoit pas prétendu la comprendre dans son mandement. Que dire là-dessus, sinon qu'une inconséquence ne va jamais seule ? Ici néanmoins la faction raisonnoit conséquemment à d’autres égards. Elle n'ignoroit pas que le livre proscrit par la bulle avoit ses partisans parmi les docteurs de Sorbonne; que le docteur Louis Habert en particulier, dont la théologie venoit d’être censurée par quelques évêques, comme favorisant le jansénisme, marqueroit autant de soumission pour le mandement que d'opposition pour la bull:, sans compter les docteurs qui avoient signé autrefois le fameux Cas de conscience. En effet, différents docteurs, par la raison qu'ils étoient voués au parti, et sous le prétexte qu'ils craignoient la suspense, peine très-sensible, discient-ils pieusement, à une compagnie toute composée de prêtres, opinèrent à ne rien statuer sur la bulle. En effet, on ne statua rien ce jour-là ; mais quelques jours après, sur de nouveaux ordres du roi, la faculté se rassembla ; et après quelques débats, et bien des incertitudes de la part de plusieurs opposants, qui changèrent trois et quatre fois d'avis, la pluralité des suffrages décida le 5 mars l'enregistrement et l'acceptation. Le 10 du même mois, on relut la conclusion : elle fut confirmée sans la moindre opposition; et dès lors, selon les lois de la faculté, l'affaire fut regardée comme terminée sans retour. Le 14, la faculté députa vers le : pour lui rendre compte de ce «ui s’étoit passé. Différents docteurs, et d'avis différents, se joignirent aux députés, pour être témoins de leur rapport. Celui qui portoit la parole assura le prince que la faculté avoit reçu la bui!: avec respect. et veilleroit soigneusement à ce qu’on n'avançât rien de cciraire à la soumission qui lui est due, Aucun des autres ne se plaignit que ce rapport altérât en rien la vérité, et que le décret de la faculté n'y fût pas parfaitement conforme.

On a toutefois attaqué ce décret par la suite, et on l'a déclaré

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438 (AN 1714.) HISTOIRE fau, ccrrompu, et même supposé : mais rien de plus facile que d'en :. établir l'authenticité, ou, ce qui revient au même, ue :4 frculté consentit à l'acceptation et à l'enregistrement de la bulle. Le olumitif, ou la feuille volante sur laquelie on écrit les suffrages , fait encore foi que la pluralité fut pour l’a: coeptation, et que le doyen prononça la conclusion en ces iesires : la faculté est d'avis de recevoir la constitution avec re spect, et de l'insérer dans les registres. Censet facultas constitutionem suscipiendam cum reverentid ; et comimcnlaris inscriberdam. Sur quoi le quesnéliste Hydeux répond, sins autre preuve que sa parole inconsidérée, que la pluralité des voix avoit été pour mettre seulement inscribendam, et non pas suscipiendan ; c'est-à-dire, pour enregistrer, sans parler d'acceptatic.. parole inconsidérée, disons-nous, et allégation honteuse, puisque celui qui la donne se déclare par-là même prévaricateur. Le docteur Hydenx étant chargé de vérifier les suffrages en quabté de cons sipteur, en auroit donc imposé à ses confrères, en laissant passer une conclusion contraire à la vérité : car enfin la conclusion porte, comme on est forcé d'en convenir, le terme d'acceptation, aussi-bien que celui d'enregistrement, suscipiendam etinscribendam : objection futile d'ailleurs, puisqu'au fond le terme d'enregistrement suffiroit sans celui d’acceptation, Dans l'usage ordinaire, enregistrer une loi, c'est consentir à son acceptation, à moins qu'on uen fasse une exception formelle. Aussi l'auteur du Témoignage de la vérité n'en pouvant disconvenir, avance dans la préface de son livre, que la faculté a fait cette exception : mais il est démontré par ja teneur de la conclusion, que le témoin prétendu de la vérité n'est en ce point, comme en tant d'autres, que le garant du mensonge. Au reste, il fait si peu de fond lui-même sur cette allégation, que s'accrochant aussitôt à une autre difficulté, il prétend qu'on a violenté les suffrages, et conclut que le décret est nul, faute de liberté dens les opinions : réponse misérable, et diffamante même pour la compagnie qu'on veut instifier, Les docteurs font serment sur les reliques des martyr:, ie soutenir

Ja vérité jusqu’à l’effusion de leur sang, et l'or: ‘it qu'une terreur panique Îe-r ait fait souscrire un arte qi à ieur sens, ronversoit de fon‘ 1 comble la foi et les 5. Mais une

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