‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 149 sur 178 · Q MAR T CT © E · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (Anan5.) 463

Enfin les trois ou quatre jours qu’il vécut encore, ne furent qu’une matière d'édification , qui malgré sa foiblesse extrême parut s’accroître à mesure qu'il approchoit de sa fin. Comme on lui proposoit de prendre un bouillon : Ce n'est pas là ce qu'il me faut, dit-il; nous n'avons qu’une chose à faire, qui est notre salut : faites approcher mon confesseur. Et il voulut encore recevoir l'absolution. On lui appprta néanmoins un peu de vin d'ÂAlicante, mêlé d'un elixir qui sembloit lui donner des forces. Il le prit, et dit : Ce n'est ni dans l'espérance, ni par le désir de guérir; mais je sais que dans l’état où je suis, je dois obéir au médecin. Son confesseur lui expliqua ces mots de la salutation angélique, Nunc et in hora mortis nostre. Le prince ne se lassoit point de répéter, avec un air de consolation sensible : Oui, maintenant, présentement, et à l'heure de ma mort. On lui demanda s’il souffroit beaucoup : et dans un sentiment vraiment héroïque de pénitence, il répondit : Non, c’est ce qui m'afflige. Comme on cherchoit à le rassurer contre les terreurs de la mort : Je suis en paix, dit-il, et je suis bien aise de mourir, parce que j'espère en Dieu ; mais je ne me console point de l'avoir offensé. Le curé de Versailles lui ayant dit que tout le monde faisoit des vœux pour sa conservation : Îl est question de mon salut, répliqua-t-il, c'est là ce que je vous prie de bien demander à Dieu.

Le 28 , sa tête se trouva fort embarrassée, et il dit lui-même qu'il n'en pouvoit plus. En effet, la gangrène se propageoit avec rapidité, et l’enflure étoit considérable. Il vit ce dépérissement avec une résignation parfaite aux ordres du ciel, et il renouvelait à chaque moment les actes des vertus chrétiennes. Le vendredi soir, trentième du mois, iltomba dans un assoupissement léthargique, qui dura tout le samedi, et parut finir quand on lui récita les prières des agonisants. L'agonie ne lui êta point la connoissance ; il dit ces derrières paroles : mon Dieu, faites-moi miséricorde ; venez à mon aide, et hâtez-vous de me secourir. Puis il expira tranquillement le dimanche premier jour de septembre 1715, sur les huit heures et demie du matin. Il étoit dans la soixante-dix-septième année de son âge, et la soixante-douzième de son règne, le plus long qu'on

ait jamais vu en Europe, et malgré tous les paradoxes del'irréligion, l'un des plus glorieux.

Il n’est pas de notre objet de relever ses qualités militaires, politiques, sociales, étrangères en un mot à la religion, ou plutôt qui n’y ont qu'un rapport indirect. Tout ce que nous en pouvons dire, c’est que le caractère même de ceux: qui outragent ce grand homme, fait en tout point son éloge : il n’a pour ennemis que les ennemis de Dieu même; et s’il avoit fait contre la religion ce qu'il a fait pour elle, il auroit autant de panégyristes et d’admirateurs, que le siècle où l'on fait gloire de l'outrager, que ce siècle, infatué de ses chimériques lumières, compte de pyrrhoniens et de blasphémateurs.

Pour ce qui est des vertus chrétiennes, on les lui a toutes vu signaler au moment où l'homme ne déploie que ce qui tient. véritablement à son cœur et à la substance même de son âme. On avoit d'ailleurs remarqué en lui, depuis sa première jeunesse, le plus profond respect pour la religion. Son zèle constant à bannir de ses états le vice en général, et en particulier le duel, le blasphème et l'impiété, à ramener au giron de l'Eglise ceux de ses sujets qui s'en étnient séparés, à soutenir ce nombre prodigieux de missionnaires qui évangélisoient en Turquie, en Perse, dans les Indes, à la Chine, dans l’ancienne le nouveau monde, sera une preuve éternelle de son amour pour la religion; et pour les devoirs propres de son état, l'ordre qu'il rétablit dans le barreau, dans les armées, dans la marine, dans les finances, est la preuve de son assiduité laborieuse à remplir les obligations de la royauté. Grand dans les succès, il le fut encore davantage dans la fortune contraire. C'est là qu'il parut tout ce qu'il étoit, qu'il parut supérieur en quelque sorte à lui-même, et grand surtout par sa religion. Accablé de revers dans la guerre la plus juste qu'il ait eu à soutenir, frappé coup sur coup dans ce qu'il avoit de plus cher lorsque la mort, portant sa faux sur tous les soutiens du trône, moissonna le dauphin, le duc et la duchesse de Bourgogne, le duc de Bretagne, le duc de Berry, et de la famille royale la plus florissante, à peine elle épargna le plus foible rejeton ; comme un roc immuable au sein de la tourmente, sa foi ne chancela point, et loin de murmurer : Dieu me frappe, dit-il,

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DE L'ÉGLISE. (Ananas) 465 nais je l'ai bien mérité ; mais puisqu'il me punit en ce monde, J'espère qu'il me pardonners dans l'autre.

On lui a reproché deux défauts surtout, l'incontinence et l'ambition. Il seroit difficile de le justifier sur le premier : mais on peut encore dire qu'il en épargna le scandale à ses sujets autant qu'il lui étoit possible ; qu'il le couvrit du voile de cette décence et de cette dignité même qui accompagnoit toutes ses démarches : au moins réussit-il à sauver l'honnêteté publique. Mais autant il avoit scandalisé Ja France par cette aveugle passion ; autant il l’édifia par la pénitence qu'il ne rougit point d'en faire sur':le trône, et qui eut plus de publicité que n’en avoient eu ses désordres. Quant au reproche d’ambition, il suffira, pour le faire tomber, de se rappeler le vrai motif qui lui fit entreprendre ou soutenir la plupart de ses guerres. Avant lui, Louis XIII, ou Richelieu, avoit entrepris d'abaisser la maison d'Autriche, qui, maîtresse de l'empire germanique, de l'Espagne et de l'Italie, tenoit la France comme bloquée, et menaçoit de la subjuguer tôt ou tard. Louis XIV, engagé dans cette entreprise avant l'âge de gouverner, la suivit sans doute quand il en eut senti l'importance, et la poussa du moins autant qu'il étoit nécessaire pour assurer le repos de son royaume ; mais loin de rien outrer, il usa d’une modération marquée en bien des rencontres. Qu'on se rappelle tout ce qu'il fit pour prévenir la guerre de 1667 : toute sa condescendance à offrir et réoffrir d'abandonner à l'Espagne la m'iileure partie de ses prétentions ; tout ce qu'il céda effectivement ‘le bonnes places à cette couronne, pour l'engager à conclure la paix de Nimègue ; sa générosité religieuse à lever le blocus de Luxembourg aussitôt qu'il eut vent de l'irruption des Turcs en Autriche, et à suspendre toute hostilité jusqu'à ce que ces infidèles eussent levé le siége de Vienne; l'abandon qu'après une longue suite de victoires il fit de toutes ses conquêtes à Ryswick ; enfin les facilités qu’il apporta par deux fois au traité de partage de la monarchie d'Espagne. 1l eut néanmoins à se reprocher, sinon des vues ambitieuses ou intéressées en faisant Ja guerre, au moins trop de facilité à l'entreprendre, et quelque vanité à la soutenir. Mais avec quelle édification ne Îa Jui a-

t-on pas entendu confesser lui-même au milieu de sa cour, et 12. 30

466 (An 1715.) HISTOIRE avec quelle résignation n'a-t-il pas accepté, en esprit de pénitence, les revers terribles de ses dernières années! Louis, malgré ses péchés, aussi-bien que David, fut un roi selon le cœur de Dieu; il mérita sans doute, autant que Clovis, le titre de défenseur de la foi que saint Remi donnoit au premier roi très-chrétien, et il peut être qualifié d’évêque extérieur aussi justement que le grand Constantin, ainsi nommé par Eusèbe:,

Dans les conjonctures où se trouvoit l'église de France, ce fut un vrai malheur pour elle que la mort d’un roi qui avoit au souverain degré le premier talent du trône, c'est-à-dire, cette dignité naturelle et cet ascendant inexplicable qui, sans effort et comme irrésistiblement, se fait révérer et obéir. Il n'eut pas les yeux fermés, que ces lâches novateurs qu'un seul de ses regards attéroit, marquèrent une insolence d'autant plus forcenée, qu'elle s’étoit plus. forcément contenue. Ils insultérent hautement à sa mémoire ; ils formérent et firent éclater des projets séditieux ; ils bravèrent toutes les personnes en place, et s’efforcèrent de brouiller tous les ordres de l'état, Un déluge de libelles inonda le royaume. On excitoit les peuples à juger leurs pasteurs. La division qui régnoit dans l'épiscopat, on l’étendit à la plupart des autres corps. On mit la scission dans quelques universités. Des prêtres et des religieux secouèrent ouvertement l’obéissance. La licence en un mot fut si grande, qu’elle alarma tous les fidèles sincères, et qu'ils se crurent à deux doigts du schisme.

La circonstance d'une minorité contredite, le danger d'une

1 « Les Français et les étrangers ont décerné, de concert , au siècle ei au roi, le surnom de Grand : cependant dans une histoire de l'Eglise, on ne sauroit passer sous silence le triste souvenir des longues foiblesses dont il readit témoin la cour et son peuple , et ses démêlés si fâcheux avec le chef de cette Eglise qui l’appeloit son fils aïne. C'est sous son règne peut-être qu'a été consacrée cette séparation des interéts materiels de la société, de ses interéts spirituels ; système funeste qui ôte à la toyauté une partie de sa force, en l'isolant de la religion et en la privant du secours qu'elle doit tirer naturellement de cette Eglise, qui est le modération de notre intelligence comme de notre volonté. Aussi allons-nous voir à mesure que l'autnrité spicituelle s'affoiblira , les liens qui lioient les sujets aux princes s’affoiblir aussi, jusqu'à ce que ce trône, que Louis vemoit d’entourer de tant de force et de majesté, s'écroulera entre les mains du plus digne de ses successeurs, avec la religion, dont vainement on avoit essayé de le séparer.» ( Hist. de l'égl. gall., ani. 17 154 )

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DE L'ÉGLISE, (An 1915.) 467 guerre civile, surtout si le prétexte de la religion venoit à s'y mêler, l'audace de quelques têtes échauffées, leur manége pour attirer les simples dans leur cause, et l'assurance avec laquelle ils vantoient leurs forces, tout cela parut exiger qu'on usât d'un ménagement extrême, Le régent prit le parti de dissimuler pour un temps, ce qu'il jugeoit dangereux de punir sitôt, disposé qu'il étoit, comme il s'en expliqua dès lors, ou à faire rougir les mutins eux-mêmes de leurs égarements, ou à les contraindre un jour d'en réparer les désordres. Il entreprit d’abord de gagner à force de faveurs le cardinal de Noailles. 11 fit quitter la cour et Paris même au père le Tellier, nommé confesseur du jeune roi par son auguste aïeul ; il rappela d'exil différents docteurs attachés au cardinal ; il laissa quantité de bénéfices à la disposition de son éminence; il poussa les mar-

ques de considération jusqu'à la mettre à la tête du conseil de,

conscience",

L'un de ses premiers soins cependant fut d'écrire au saint Père, pour l'assurer des mêmes égards et du même respect qu'avoit constamment signalés le feu roi à l'égard du siége apostolique; et justifiant en quelque sorte ses procédés à l'égard du cardinal, il marquoit à Sa Sainteté qu'il espéroit couper au moins la source des troubles dans l’espace d’un mois. Le cardinal lui avoit en effet donné sa parole, que dans un mois au plus tard il lui remettroit en main son mandement d'acceptation,

Il en fut de cette promesse, comme il en avoit été de tant

d'autres. Le mois s'écoula , et le mandement ne parut point ; il n’en fut pas plus question que s’il n’eût jamais été promis. Bien plus, les grâces accordées en vue de la réunion, furent tournées contre elle. On les annonça dans les gazettes jansénistes, comme la récompense de la fermeté du cardinal à rejeter la bulle, On publia de tous côtés, qu'il avoit trouvé dans le prince régent un puissant appui contre les violences du pape; qu'afin de le venger sûrement de la cour de Rome, l'examen de la bulle étoit renvoyé au conseil de conscience

1 « C'est de ce conseil de conscience que sortirent ces nominations qui donnérent au parti quelques-uns des évêques qui se montrèrent dans la suite partisans des nouvelles opinions , et opposés au pape. » ( Suite de l'hist. de l’eyl. gall., p. 291.)

468 (An :715.) HISTOIRE

dont il étoit président , et que pour lui fournir les moyens de grossir son parti , les bénéfices étoient laissés à sa disposition. Ces impostures firent tant dé bruit, et se répandirent si loin, que le pape en fut alarmé, comme on le voit par le bref qu'il en écrivit au régent, en date du 1.er octobre de cette année 1715.

Ce fut dans l'assemblée qui se tint cette année-là, que le clergé condamna les Hexaples et le Témoignage de la vérité. A cette occasion, on tendit mille piéges nouveaux, tant à la sagacité qu'à la religion de nos prélats ; ce qui rendit cette assemblée fort orageuse, On publioit fort haut que les temps étoient bien changés, et que les constitutionnaires avoient désormais tout à craindre du crédit de M. de Noailles. Les menaces ne servant qu'à irriter les esprits, on en revint aux promesses, et l'on assura que ce cardinal alloit accepter la constitution, pourvu néanmoins que la censure des livres en question ne fût pas prononcée auparavant. L'amorce étoit séduisante , et le président de l'assemblée, l'archevêque de Narbonne, y fut pris; mais trop souvent leurrés par cette fausse promesse, les autres acceptants ne voulurent jamais entendre à différer cette censure ; sur quoi les opposants se retranchèrent à demander qu'au moins on ne fit pas mention de la bulle. C’étoit un coup de partie pour eux, d'empêcher ainsi que l'acceptation de la bulle ne fût ratifiée dans une conjoncture où il n'y auroit plus à prétexter, comme sous le feu roi, le défaut de liberté dans les suffrages. D'un autre côté, prononcer sur des livres souverainement injurieux à la bulle, sans faire mention d'elle, c’étoit passer condamnation sur tout ce que le parti lui reprochoit. On:en fit donc mention, et l'on en fit une ratification expresse, malgré toutes les réclamations et les démarches de l'archevêque de Narbonne, qui, quoiqu’orthodoxe au fond , eut encore l’imprudence de figurer en fauteur de la nouveauté. h s’en repentit amèrement, quand il vit enfin où aboutit, avec les promesses des réfractaires, sa condescendance excessive. Quand la censure fut prononcée, ils firent encore jouer toutes sortes de machines, afin d’en empêcher l'impression, afin même que la minute en füt déposée dans un lieu où ils pussent porter la main, et qu'on n’en délivrât pas des copies aux

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(An 725.) 469 différents membres de l'assemblée. Au moins leurs intrigues furent-elles inutiles quant à ce dernier point, dont la nécessité parut tout entière par la suite, puisqu'en effet l'original de l'une des deux censures fut enlevé des archives, et que sans les copies délivrées aux prélats, on n'eût pas manqué de faire passer la condamnation pour imaginaire.

Sous des prétextes beaucoup plus foibles encore, on engagea la Sorbonne à déclarer apocryphe l'acceptation formelle qu'elle avoit faite de la bulle, et à ternir en un jour la splendeur qu'elle avoit acquise pendant cinq à six siècles, pour son attachement inviolable à la foi et à la chaire de saint Pierre. En vain les docteurs dont la doctrine et la sagesse faisoient la gloire principale de leur compagnie, lui voulurent épargner la honte de démentir le titre d'école chrétienne la plus distinguée de l'univers : on se moqua de leurs alarmes, on méprisa leurs conseils, on s’irrita de leurs remontrances ; des troupes de jeunes insolents, poussés par quelques vieux suborneurs, étouffoient la voix des autres par des clameurs et des huées de carrefours. Si ceux-ci se récrioient contre une conduite si indécente, on leur répondoit par des cris et des gestes de fureur; s'ils vouloient protester, on passoit à la violence, on les traitoit indignement, on les déclaroit au moins exclus du corps de la faculté.

Pour tout dire en un mot, il se trouva des docteurs, qui, en opinant sur la bulle, dirent effrontément que ce monstrueux décret ne respiroit que l'infidélité ; que c'étoit une pièce exécrable, et l’une de ces portes de l'enfer qu'il falloit empêcher de prévaloir contre l'Eglite. Pour en détruire, s'il étoit possible, jusqu'au moindre vestige, ils soutinrent que la faculté ne l'avoit point acceptée par sa conclusion du 5 mars 17r4, parce que jamais elle n'avoit été capable de trahir ainsi la religion, de renverser la hiérarchie, les libertés de l'église gallicane, et les droits de la couronne; et, par un subterfuge jusqu'alors inou’ , distinguant entre l'enregistrement et l'acceptation, ils convinrent que la compagnie avoit enregistré la bulle, mais ils miérent qu'elle l’eût acceptée. On en vint aux voix : et le résultat fut qu'il étoit faux que la faculté eût jamais reçu la bulle {1716 ). Il restoit néanmoins une difficulté assez embar-

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rassanté pour ceux qui avoient tant soit peu à cœur de conserver quelque réputation de droiture et de probité, puisque le plumitif des conclusions portoit, comme on l’a vu, le terme d'acceptation, aussi-bien que celui d'enregistrement. Mais que n'ose pas franchir l'esprit de vertige et de mensonge ? Pour lever cet obstacle, on déclara fausse et supposée la conclusion de l'enregistrement , et comme telle, on la biffa des registres. On n'en fut pas plus avancé. Tout le public étoit instruit par l'auteur même des Hexaples, si favorables à la schismatique faction, que la faculté avoit reçu la bulle en 1714, à la pluralité de cinq cent vingt-cinq voix contre vingt-deux, et que cinq jours après elle avoit confirmé sa conclusion par les termes bien marqués d'acceptation et d'obéissance.

Le régent indigné d’un faux si révoltant, et de bien d'autres excès qu'en vain il s'étoit efforcé de prévenir, prit le parti d'interdire pour un temps à la faculté ses assemblées même ordinaires. Différents évêques crurent aussi devoir interdire ces écoles à leurs diocésains, comme des sources d’une doctrine corrompue. L'évêque de Toulon en particulier déclara qu’il n'admettroit ni aux ordres sacrés, ni à l’état ecclésiastique, aucun de ceux qui étudieroient dans une école qui n'auroit pas reçu la bulle, ou qui reviendroit contre l'acceptation qu'elle en auroit faite. La faculté dénonça cette déclaration comme une pièce calomnieuse , scandaleuse, schismatique, et fit imprimer sa dénonciation. L'évêque à son tour condamna la dénonciation comme un écrit injurieux, non-seulement aux évêques de France, mais au corps entier de l'épiscopat, et comme hérétique, si on l’entendoit dans un sens contraire à l'autorité de la constitution. Le pape voulait encore sévir contre cette insolence de simples prêtres, qui s'érigsoient en juges et en censeurs des juges mêmes de la foi ; maie on lui fit observer que ce seroit prendre le change, et remplir peut-être le vœu de ces prêtres audacieux, suscités vraisemblablement pour faire diversion à la poursuite plus sérieuse des évêques réfractaires. Il ne marqua donc alors que du mépris pour cet attentat impuissant; ce ne fut qu'après sept à huit mois, que le 18 de novembre 1716, il déclara ces docteurs déchus, jusqu'au temps de leur résipiscence, de tous les pri-

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DE L'ÉGLISE. (AN:176.) 471 viléges accordés à la Sorbonne par les papes précédents, avec défense à la faculté d'admettre personne aux grades, à peine de nullité prononcée d'avance.

Les prélats poursuivis recourant à leurs faux-fuyants accoutumés , renouèrent les négociations, et engagèrent quelques acceptants à chercher les moyens de concilier les esprits. On proposa une infinité de projets ; mais toujours ils en revinrent aux explications qu'ils vouloient que le pape dounât de sa bulle, et qu’on ne pouvôit guère attendre d’un pape aussi clairvoyant et aussi ferme que Clément XI. On se rappela cependant que ce pontife, indulgent autant qu'il pouvoit sagement l'être, après avoir déclaré qu'il ne donneroit pas cette satisfaction aux opposants, avoit ajouté : À moins qu'ils ne se fussent préalablement soumis. D'où l'on présuma que si les éclaircissements lui étoient ‘demandés par des évêques qui eussent déjà reçu la bulle, il pourroit bien les accorder à leurs instances. Les opposants saisirent avidement cette ouverture, et voici le honteux usage qu'ils en firent.

Ils prièrent quelques prélats acceptants de leur prêter la main, et de se joindre à eux, afin d'obtenir du pape des éclaircissements propres à leur faciliter la soumission. Les acc:ptants pleins d'ardeur pour le rétablissement de l'unité catholique, et persuadés que les autres n'attendoient que les explications du pape pour se soumettre à la bulle, leur promirent d'appuyer leurs instances auprès du saint Père; sur quoi l’on résolut d'écrire à Sa Sainteté, sous le nom de tous les prélats qui goûtoient cette ouverture. La lettre fut composée par les opposants, et présentée à ceux des acceptants qui avoient promis de la signer, Ceux-ci exigèrent ‘qu'on y fit des changements;et à l'instant on raya sous leurs yeux ce qu'ils y avoient trouvé de répréhensible, avec promesse de ne plus revenir sur ces corrections; après quoi on leur fit signer la lettre sur l'exemplaire même qu'on venoit de raturer. Comme ils ne doutoient nullement qu'on n'en fit l'usage pour lequel on avoit demandé leur signature , ils demeurèrent tranquilles en attendant la réponse de Rome. Plusieurs mois s'écoulèrent dans cette vaine attente. Enfin ils apprirent par une gazette de

Hollande, que leur lettre avoit été imprimée telle qu'elle étoit

avant les corrections qu'ils avoient exigées, et qu'on avoit faites en leur présence. Ils reconnurent alors avec indignation, et tout le monde avec eux, qu’en sollicitant leur signature, le parti n’avoit cherché qu'à persuader au public, qu'eux-mêmes jugeoient insuffisantes les explications données à la bulle par l'assemblée où ils l’avoient reçue, et qu'ils tenoïient comme en suspens cette acceptation, jusqu'à ce qu'il plût au pape d'expliquer sa constitution lui-même. Ils eurent quelque honte sans doute de se voir joués en pareille cause : mais si ce tour perfide en humilia les victimes, il en couvrit les auteurs d'une infamie véritable.

La cabale avoit un grand soin de soustraire aux yeux du public la minute raturée de la lettre qu’elle avoit dit vouloir adresser au pape. Quelques mouvements qu'on se donnât, on ne put jamais la tirer des ténèbres où elle l'avoit ensevelie. Heureusement il s'en étoit répandu quelques copies, par lesquelles il étoit clair que ceux des évêques acceptants qui l'avoient signée, loin de varier sur leur adhésion à la bulle, persistoient invariablement dans leur acceptatiun, et la confirmoient en termes formels. Bien plus, on trouva dans les copies mêmes que la cabale avoit semées dans Paris, que de trente évêques qu'on assuroit avoir signé la lettre, il n'y en avoit que dix-sept ou dix-huit, y compris les opposants, qui eussent véritablement opposé leur signature; encore y en eutil plusieurs dans ce petit nombre qui s'inscrivirent en faux contre le rapport qu'on en donnoit au public.

Les évêques de Poitiers et de Lavaur protestèrent contre leur prétendue signature, et affirmèrent qu'elle étoit supposée. M. de Poitiers dit bien qu'on l’avoit sollicité de souscrire ; mais il nia fortement qu'il eût jamais cédé à ces sollicitations. « Quoique j'eusse remarqué, dit-il, dans le projet de lettre qui me fut communiqué, que ceux des acceptants qui l'avoient déjà signé ne se départnient pas de l’acceptation sincère qu'ils ont faite de la bulle; quoique je visse qu'ils n'avoient usé de cette condescendance envers leurs confrères, que pour les engager à s'y soumettre comme eux , dès lors néanmoins j'étois si persuadé que les évêques opposants n'en deviendroient pas plus soumis, j étois même si convaincu qu'on ne trouveroit pas en eux plus

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DE L'ÉGLISE. (AN 1716) 473 de ducilité pour les explications qu'ils n'en avoient eu pour la bulle, que je ne voulus jamais munir à ceux qui avoient résolu de demander des éclaircissements. » M. de Lavaur déclara qu'à l'exception de la bulle et de l'instruction du clergé qu'il avoit reçues dans l'assemblée de 1714, il n'avoit jamais signé

ucun acte qui eût rapport à cette affaire. Ainsi, ajouta-t-il, s mon nom se trouve parmi ceux des dix-huit évêques, dont la lettre qui a couru dans Paris portoit les signatures, c'est à tort et très-mal à propos qu'on l'y a inséré.

L'évêque du Mans avouoit l'avoir signée chez l'évêque d'Auxerre ; mais loin de convenir qu'en la signant, il eût pré- ‘tendu donner la plus légère atteinte à son acceptation, il en appeloit à la lecture de la lettre même, pour démontrer que rien n'avoit été plus contraire à ses vucs. L'évêque de Noyon n'eut pas plus tôt appris qu'on abusoit de sa signature pour attaquer ses sentiments sur la constitution, qu'il écrivit aux ecclésiastiques de son diocèse, afin de les prémunir contre le scandale de cette calomnie. « Soyez sûrs, leur marquoit-il, qu'aucun de nous qui sommes entrés dans ce tempérament, et qui avons accepté la bulle, n’a eu d'autre dessein que d'engager les opposants à varier sur son acceptation. En nous prétant à cet expédient, nous n'avons jamais eu en vue de préjudicier ni à l'instruction pastorale que nous avons signée dans l'assemblée, ni à l'exécution des mandements que nous avons publiés dans nos diocèses pour la constitution, »

M. l'évêque d'Agde fit quelque chose de plus que des réclamations ; il donna l’histoire de cette lettre insidieuse, et en dévoila tout le mystère. Il ne l'avoit signée, à la pressante sollicitation du cardinal de Noailles et de l'archevêque de Tours, qu'après y avoir fait changer beaucoup de choses. La raison qui le retenoit : « C’est, dit-il, que l'usage qu'on vouloit faire de cette lettre me paroissoit suspect. Dans cette défiance, j'assurai messieurs les opposants que je n’avois pas besoin d'explications, et que je ne les demandois que pour eux seuls. Je leur déclarai que si dans leur lettre il eût été question de restrictions, de modifications ou de fixations de sens, je ne l’aurois jamais signée. Je voulus que la clause préliminaire de ma signature fût que je persistuis toujours dans ma première accepta-

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