‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 151 sur 178 · PL PR TRE SE · texte numérisé non relu

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496 (AN 1716.) HISTOIRE son âge ; encore est-ce un prodige qu'un apôtre si pénitent, et un pénitent si apostolique, ait vécu si long-temps.

C’est un autre prodige plus grand encore, que la proportion, ou, pour mieux dire, la disproportion de la durée de ses travaux à l’immensité de leurs fruits : tant il est vrai qu'entre les œuvres de la toute-puissance, l'humilité qui se consacre à évangéliser les pauvres, est l'une des plus miraculeuses. Et combien d’autres merveilles n’aurions-nous pas encore à relever, si nous l'accompagnions jusqu'à son tombeau, où le Tout-Puissant, par le concours des peuples et les miracles multipliés à l'infini, parut prendre à tâche de glorifier son serviteur après sa mort, autant qu il avoit abhorré la gloire pendant sa vie! Maisil nous reste un tout autre champ à parcourir; et le dégoût qu'une pareille tâche peut causer à la piété même, n'est pas une raison qui dispense de la remplir quand elle peut devenir utile à la foi.

Nous avons laissé les quatre évêques de Boulogne, Montpellier, Mirepoix et Sénez, l'appel à la main ( 1719 ) contre la bulle du chef de l'Eglise, chargé d'en confirmer et d'en diriger les membres dans la foi. Ils portèrent ce manifeste du schisme dans l'assemblée des docteurs de Paris, et l'évêque de Sénez leur en fit la lecture:. Le syndic de la faculté félicita les quatre appelants sur leur amour pour l'Eglise, sur leur zèle pour la vérité, prit la faculté à témoin des éloges qu'il leur prodiguoit, et de son propre zèle. C'étoit là sans doute le signal convenu. A l'instant uue infinité de voix s’élevèrent, et demandèrent à grands cris que l'appel leur devint commun. L'affaire fut mise en délibération. En vain quelques docteurs s’opposèrent au torrent : la faculté adopta l'appel. Cependant les quatre prélats, comme les flambeaux du schisme et de la discorde, furent bannis de la capitale, et le notaire qui avoit passé leur acte d'appel fut conduit à la Bastille: ; ce qui n’empêcha point que

1 Hist. de Ja Const. 1. 4, p. 328 et suiv. édit. de 1520.

2 Cette conduite du pouvoir ne peut être admise que comme une inconséquence, il tenoit encore à la déclaration de 1682. Car cette déclaration portant que le pape

” n'est pas infaillible et que le concile est au-dessus de son autorité, on ne sauroit com-

prendre pourquoi on étoit si fort scandalisé de cet appel et pourquoi on punissoit les appelants, qui ne faisoient qu'user du droit gallican, ou suivre les libertés gallicancs, L'auteur des mémoires pour servir à l’histoire ecclésiastique pendant le 18. siecle,

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DE L'EGLISE, (An 1717) 497 l'officialité de Paris ne fût nuit et jour ouverte à tous ceux qui voulurent adhérer à l'appel des quatre évêques. Quelques chapitres, plusieurs communautés, etun bon nombre des curés de la ville, portèrent à l'archevêque leurs actes d'adhésion. Plus hardis encore dans le reste du diocèse, différents religieux appelèrent publiquement, et marquèrent en termes exprès, que la bulle anéantissoit le dogme de la grâce. Loin de réprimer cette schismatique insolence, l'archevêque témoignoit

du plaisir à voir grossir le nombre des appelants. On promet-:

toit dans son diocèse asile et protection aux prêtres et aux moines dyscoles qui se révolioient dans les provinces contre les évêques et les supérieurs claustraux. Pour comble de vertige on admit parmi les appelants d'ignorants magisters, des sœurs d'école et d'hôpita , des frères tailleurs et des frères cordonniers, des novices et des enfants de chœur.

Cependant les appels ne se multipliant point au gré des zélateurs du parti, ils comprirent que pour avancer, la séduction ne devoit pas opérer les mains vides. Ils eurent donc recours au moyen qui tient lieu de tous les autres, ou qui du moins leur donne un degré tout nouveau d'énergie : mais pour acheter les appels au poids de l'or, il falloit des sommes que les collectes ordinaires ne pouvoient pas sitôt fournir; on prit le parti d'y suppléer par des emprunts.

Le cardinal de Noailles avoit un ecclésiastique nommé Delort, attaché à sa personne depuis plus de trente ans. Un autre ecclésiastique nommé Servien, également dévoué à l'évêque de Châlons, frère du cardinal, lui servoit d'aumônier. Ces deux prêtres, fort dévots et fort industrieux, parurent très-propres à faire couler l'argent dans la caisse aux appels. Pour mieux circonvenir les prêéteurs, dévots apparemment eux-

(ann. 1717), dit que cet appel n'étoit nidegitime ni necessuire, parce que Za Constitution et l'acceptation qu’en faisoient les évêques, ne renversoient ni La foi ni la tradition. Ceci étoit certain, nous en convenons avec lui; mais les appelants n'en jugeoicnt pas ainsi : leurs principes de conduite étoient dans les 4 articles; et si ces articles étoient admis en France, on avoit tort de leur faire un crime de ce qu’ils en tiroient une juste conséquence. Pour être en droit de les poursuivre, il falloitabandonner leurs principes, et renoncer à la déclaration de 1682. Tant il est vrai que cet acte de quelques prélats dominés par la cour et imposé dans un temps de guerre contre le suint Siége, renversoit la hiérarchieet favorisoit letroubleet la division Ep l'Eglise ! 12, ”

498 (AN 1717.) HISTOIRE mêmes, les deux courtiers leur dirent que cet argent se levoit pour la défense de la religion; et stimulant encore la piété par espoir de la récompense, on leur ajouta qu'on agissoit au nom des personnes du premier rang, qui trouveroient bientôt le moyen de reconnoître le plaisir qu'ils leur auroient fait : mais ni le bien de la religion, ni de vagues espérances ne déterminèrent les banquiers à ouvrir leurs coffres, on prit un tour que présentoient les circonstances du temps, et qui eut un plein succès. Ils se trouvoient munis d'une quantité de billets de banque, qui perdoient alors cinquante et soixante pour cent : on s'offrit à les prendre à beaucoup meilleur compte pour eux; sur quoi ils prêtèrent plus de dix-huit cent mille livres, à ce qu'on prétend. De l'aveu même de l’auteur quesnéliste des anecdotes, les deux emprunteurs, en deux ans seulement, ramassèrent près de quatorze cent mille livrest, D'un autre côté, on fut instruit de tout par les créanciers, qui ne pouvant retirer leurs fonds , portèrent leur plainte au régent, et révélèrent dans leurs mémoires les stratagèmes qu'on avoit employés pour les surprendre : mais cet éclat fut inutile ; la restitution ne se fit jamais.

L'emprunt est donc un fait incontestable, et l'usage qu'on fit de l'argent emprunté n'est pas moins constant. Le salaire d’un écolier de théologie, qui dans les thèses publiques avoit soutenu quelques-unes des erreurs condamnées par la bulle, étoit de cinq cents francs. Un curé qui vendoit sa foi, étoit

ayé à proportion de son ardeur et de son habileté à séduire Les autres. On payoit plus cher ceux des chanoines, des moines et des religieuses, qui, par leur ascendant ou leurs intrigues, entraînoient le chapitre ou la communauté, Voilà ce qui se pratiquoit si communément dans le diocèse de Reims en particulier, que l'archevêque, M. le cardinal de Mailly, publia dans une iettre aux cardinaux, aux archevêques et aux évêques, que l'infâme trafic des appels étoit un fait constant». Et sur quoi fondé, s'exprimoit- il ainsi P Sur le grand nombre et la publicité des lettres de change de cina cents francs délivrées aux candidats qui venoient de soutenir les thèses schismatiques , et que l'on

1 Anecd, t, nr, p. 248 et suiv. — »* Réfut. des Anecd. t. 11, p. 218 et suiv.

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DE L'EGLISE. (AN 1717.) 499 conduisoit en triomphe chez un négociant qui payoit à la première vue; sur la révélation positive qu’en firent à leur archevêque deux candidats repentants, qui en 1719 vinrent détester leur foiblesse à ses pieds ; sur la déposition de sept ou huit curés, qui vinrent séparément révoquer l'appel, dont les émissaires du parti leur avoient coulé l'acte dans les mains, avec une poignée d’or; sur les réclamations de différents religieux et religieuses contre la trahison de trois ou quatre sujets en crédit, qui pour huit ou dix mille francs vendroient la foi, ou du moins l'honneur de toutun corps, en le faisant appeler.

Ce qui met le comble à la certitude, c'est que non-seulement les personnes séduites, mais les séducteurs mêmes ont confessé leur infâme pratique. Sur la plainte des créanciers qu'on ne vouloit pas rembourser, le régent fit avertir le cardinal de Noailles de chasser Delort de l’archevêché, qu’autrement on iroit l'y saisir. Z/en coûta au cœur du cardinal, dit encore l’auteur des anecdotes, pour renvoyer le premier de ses ecclésiastiques. Mais quelle que fût la bonté de son cœur, l'ordre étoit aussi pressant qu'absolu ; il fallut obéir à l'instant. Servien, sans attendre d'autre avertissement, se réfugia dans la principauté de Dombes, erra dans quelques provinces, puis se remontra, sur un sauf-conduit que lui avoit obtenu l’évêque de Châlons. Il revint même à Paris, et logea toujours à l'archevêché, sans toutefois en oser sortir, parce que ses créanciers le gardoïent à vue. Il fut pris enfin, poursuivi au criminel et condamné aux galères, dont il trouva, dit-il lui-même, la morale trop sévère. Soit commisération, soit en vue de le faire parler, quelques personnes en place firent commuer la chaîne en bannissement. Il parla beaucoup en effet, et se plaignit amèrement de ceux qui lui avoient laissé l'embarras du payement, aprés l'avoir mis en jeu. Passé en Lorraine, il révoqua son appel entre les mains du grand vicaire de Verdun, en donna un acte écrit tout entier de sa main, et consentit qu'on le dépost au greffe de l'officialité. En voici les termes exprès : « Je soussigné déclare que j'ai en horreur, et que je déteste la conduite que j'ai tenue en sollicitant , même à prix d'argent,

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l'appel de la constitution Unigenitus au futur concile. Je me soumets de cœur et d'esprit à cette constitution, comme à une loi dogmatique de l'Eglise, et reconnois que les appels que j'en ai sollicités sont nuls, injustes , illusoires, schismatiques, et me repens de m'en être mêlé. En foi de quoi, j'ai signé à Moulainville, village de Lorraine, diocèse de Verdun, ce 10 février 1724. Jacques Servien, prêtre du diocèse de Lyon. »

Voyons enfin si la recrue des appelants répondit à la dépense et à l'industrie des recruteurs. Avec plus de dix-huit cent mille livres, ils ne firent pas dix-huit cents appelants. On en fit le dénombrement exact dans les diocèses où la frénésie avoit été plus grande, comme Reims, Orléans, Rouen; et l'on ne trouva point de proportion entre les tentatives et le succès. Dans le diocèse de Rouen en particulier, quoiqu'on y compte environ quatorze cents paroisses , et un nombre proportionné de communautés religieuses, il n'y eut que cent prêtres, tant séculiers que réguliers, qui appelèrent. À Paris, centre et foyer du schisme, de grandes paroisses et des séminaires très-numbreux n’en témoignèrent que de l'horreur. On vit des ordres entiers qui composoient les communautés les plus considérables, et spécialement celui de Saint-François, avec toutes ses branches, s'attacher inébranlablement à la base de l'unité catholique, au risque de l’interdit et de la privation du nécessaire. Dans le plus grand nombre des diocèses du royaume, il n'y eut pas un seul appelant.

Le schismatique parti triomphoit néanmoins, et dans son vertige, il donna au public la liste de ses conquêtes, qui, tout enflée qu'elle étoit, servit elle-même à le couvrir de confusion. Vous faites gloire , leur dit-on, d'avoir un cardinal pour protecteur , quatre évêques pour modèles, trois universités pour bouclier et pour défenseurs, cinq, ou six, ou huit cents prêtres, et un millier peut-être, en y comprenant les moines de toute règle et de toute conduite : mais pour un cardinal qui vous protége, en rougissant de vous protéger, nous en avons quatre en France, et plus de soixante hors du royaume, qui vous traitent hautement de schismatiques. Pour vos quatre évêques appelants, et dix ou douze autres équivoques, nous en comptons plus de cent dans le royaume, et plus de six cents dans

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DE L'ÉGLISE. (AN 1717.) 501 les autres états, tous ennemis déclarés de votre schisme, et tous catholiques décidés. Pour trois facultés de théologie auxquelles vous donnez libéralement le nom d’universités, il est en France vingt universités entières, et il n'en est pas une seule de catholique hors de France, qui depuis l'appel de la Sorbonne ne la regarde pas comme les universités anglicanes d'Oxford et de Cambridge. Et vos cinq ou six cent curés sontils comparables aux quarante mille que compte la France, fitelle seule toute l’Eglise? Enfin, quinze cents, dix-huit cents, ou tout au plus, selon vos propres listes, deux mille personnes de tout état, de tout âge et de tout sexe, peuvent-elles vous rassurer contre la multitude innombrable d’évêques, de docteurs, de simples fidèles unis dans l'univers avec le chef de l'Eglise?

Cette réponse, quoique bien naturelle, causa néanmoins tant d'émotion parmi les appelants, qu'ils parurent ne s'y être point attendus : mais pour être confondus, ils ne furent pas convertis ; bientôt ils revinrent de leur surprise, et pour diminuer leur honte en la partageant, ils aiguillonnèrent la pusillanimité de leur cardinal protecteur , et ne lui inspirèrent cependant qu'une demi générosité. Il appela un mois après eux, le 3 d'avril; mais il n'osa point divulguer son appel, et il en tint J'acte secret dans les registres de son officialité. Cependant le pape en fut informé, aussi-bien que les cardinaux du saint office, qui supplièrent Sa Sainteté de procéder sans délai contre les appels. Ils étoient persuadés que le cardinal ne différoit la publication du sien, que dans la crainte qu'il ne füt condamné avec les autres, et que le vrai moyen d'empêcher qu'il ne publiât, c'étoit de les condamner sans délai : mais bien d'autres personnages en revinrent encore aux voies de douceur et de conciliation. Le régent intervint, demanda au cardinal s’il vouloit véritablement la paix de l'Eglise; et sur la réponse très-affirmative qu'il en reçut, il lui dit de ‘-vnliquer une bonne fois suz les conditions auxquelles il cossununt d'y cvopérer , et de prendre bien garde aux promesses qu'il lui allait faire ; et craignant qu'il ne vint encore à lui manquer de parole, il ne se contenta plus d'une promesse verbale, ni même d'une promesse par écrit, mais il exigea qu'il lui remit sa fur-

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