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502 (AN 1715.) HISTUIRE mule d'acceptation signée de sa main. Les conditions du cardinal parurent recevables, ou du moins si elles péchoient en quelque chose, il ne paroissoit pas difficile de les rectifier. En effet, le pape à qui elles furent enyoyées, les trouva telles ; et pour les changements qu'on y pourroit faire, il ajouta que si l'on procédoit franchement du côté de Paris, on seroit indubitablement satisfait de ce qui se feroit à Rome.
Cela ne faisoit pas le compte des appelants. Dès qu'ils entrevirent des dispositions à la paix, ils prirent l'alarme, et pour tout brouiller, ils publièrent l'appel du cardinal, qui toutefois étoit un pex plus radouci que celui des quatre évêques. Néanmoins il appeluit formellement de la bulle au pape mieux informé , et au futur concile œcuménique, à condition encore que ce concile seroit assemblé légitimement et dans un lieu sûr. L'acte d'appel étoit encore accompagné d'un mandement, qui attribuoit à la bulle tous les maux de l'Eglise. Pour étonner et embarrasser davantage la puissance coercitive, le chapitre de Notre-Dame, et quarante-huit curés, tant de la ville que de la banlieue de Paris, appelèrent pour eux et pour les prêtres de leurs paroisses. La Sorbonne renouvela son appel, inséra dans ses registres celui du cardinal , et lui députa douze docteurs pour le complimenter sur sa fermeté à défendre la reli-
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; Le régent fut outré de se voir ainsi le jouet de la duplicité et du mensonge. Il fit au cardinal des reproches amers et trèshumiliants , sur la manière honteuse dont il manquoit à des promesses aussi réfléchies et aussi authentiques. Le cardinal rougit, pâlit, protesta qu'il n'avoit aucune part à l'impression de son acte d'appel. Le prince n'en crut rien, et l'on vit bientôt qu’il avoit raison. Comme il eut ordonné au parlement de poursuivre cet imprimé scandaleux , le cardinal en prit la défense avec chaleur, quoique d'une manière détournée. En avouant l'acte d'appel, il en désavouoit la publication, et ne vouloit pas, disoit-il, que, sous prétexte de condamner la publication, l'on condamnât le fond même de l'acte. Bien plus, il osa prier le régent d'arrêter les poursuites, mais on peut se figurer, ce qu'auroit bien dû pressentir le suppliant lui-même, comment sa supplique fut accueillie par un prince tel que le
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DE L'ÉGLISE. (An 1717.) 503 régent. L'éminence se relourna du côté de la magistrature, qu'elle sollicita vivement, et qu'ensuite elle essaya d’étonner par une sommation. Tout fut inutile ; le régent vouloit ètre obéi : le parlement alla son chemin, et l'acte fut condamné.
Les conditions que le cardinal avoit proposées au régent, se réduisoient à faire approuver par le pape un précis de doctrine, dont les évêques, tant acceptants qu'opposants, étoient convenus en présence du prince!. Comme on s’opiniâtroit à espérer contre toute espérance , cette pièce donna lieu à des négociations nouvelles, et à de nouvelles supercheries. On fit entendre au pape, que s'il daignoit approuver ce précis de doctrine, il amèneroit infailliblement les opposants à la soumission ; et on lui en fit passer de leur part un exemplaire par les mains du régent même : mais au premier coup d'œil, la sagacité de Clément XI éventa la fraude, Il n’y reconnut point du tout la doctrine des évêques acceptants, avec qui on l'assuroit que ce précis avoit été rédigé de concert, et qui d'ailleurs ne lui écrivoient pas un mot à ce sujet, il en écrivit luimême aux cardinaux de Rohan et de Bissy , dont la réponse lui dévoila tout ce honteux mystère, Ils lui mandoient que l’exemplaire qu'on lui avoit envoyé, n'étoit pas conforme à celui qui avoit été arrêté autrefois, et parafé en présence du régent. C'étoit néanmoins le cardinal de Noailles qui avoit remis cette copie au prince, en lui certifiant qu'elle ne différoit en rien de l'original, quoiqu'il l'y eût entièrement dénaturé par les changements qu'il y avoit faits ; aussi avoit-il demandé au prince, que les prélats acceptants ne fussent point appelés à cette affaire, et qu'ils n'eussent pas même le premier avis de ce qui se passoit.
En deux traits de plume, il avoit retranché du précis le préambule et la conclusion, que les acceptants y avoient ajoutés comme des morceaux si essentiels, qu’on avoit stipulé qu à leur défaut tout l'accord arrêté sur le reste seroit censé non avenu, Quant aux falsifications du corps de l'ouvrage, voici ce que le cardinal de Rohan, par sa lettre du 19 janvier 1717, en écrivoit au saint Père : « Les deux exemplaires
t Histoire de la Constitution, l. 4, p. 36: et suiv. édition de 1 820.
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à la main, celui dont nous étions convenus avec les opposants, et celui qu’ils ont altéré, j'ai démontré, par la confrontation de l’un avec l’autre, qu'ils avoient tronqué, omis ou falsifié vingt-cinq articles dans le précis qu’ils ont envoyé à Votre Sainteté. Bien plus, ajoutoit-il, M. le chancelier, chargé de vérifier les vingt-cinq articles faisifié, a élé obligé de signer en présence de son altesse royale, qu'en effet ces vingt-cinq endroits du précis de doctrine avoient été changés. » Avec cette lettre, le cardinal de Rohan avoit envoyé à Rome une copie fidèle du précis, tel qu’il avoit été parafé en présence du régent, afin que le pape en pût faire lui-même la confrontation avec celui qu'il tenoit du cardinal de Noailles. Le pontife se convainquit par-là que lé cardinal de Rohan, en relevant vingtcinq altérations, s'éloit encore borné aux points les plus importants. À Rome, on trouva dans la copie vingt-deux addi-tions faites à l'original, quatorze articles omis ou tronqués, et seize de falsifiés, en tout quarante-huit altérations plus ou moins considérables, et tendant toutes à persuader que la bulle étoit obscure et inadmissible.
Après une conduite si fausse, le pape n’espérant plus de bonne foi de la part de ceux qui la tenoient, ne songea qu'à procéder contre les appels. En moins de trois semaines, ils furent examinés d’après les principes et l’usage de toute l’antiquité catholique, trouvés sans exemple en matière de dogme, et flétris par un décret du saint office. La congrégation qui porta la censure se tint en présence du saint Père, qui l'approuva, et la fit afficher dans Rome, ainsi qu'au champ de Flore, le 8 février 1718. L'appel des quatre évêques y étoit condamné comme schismatique, et contenant des propositions bérétiques, celui du cardinal de Noailles comme schismatique, et approchant de l'hérésie.
Malgré des conférences qui se tinrent encore contre l'avis du pape, et qui furent toujours illusoires, Sa Sainteté donna une bulle, qui commencoit par ces mots, Pastoralis Officü, et qui avoit pour titre : Lettres apostoliques adressées à tous ses fidèles. Le père commun y avertissoit tous les vrais enfants de l'Eglise, qu'ils ne devoient plus avoir aucune communication avec des enfants rebelles, qui déguisoient leur schisme
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DE L'ÉGLISE. (An 1718.) 505 sous le nom radouci d'opposants. Il déclaroit ceux-ci séparés de la charité de la sainte Eglise catholique et romaine. En conséquence il les privoit de la communion ecclésiastique avec le pasteur et l'église de Rome, sans qu'ils pussent, autrement que par leur obéissance, être jamais rétablis dans la charité et dans l’unité du saint Siége apostolique. Cette nouvelle bulle fut affichée et placardée aux lieux ordinaires le 8 de septembre. |
Elle fut accueillie par les réfractaires de France à peu près comme celle de L£n X l’avoit été par ceux de Wittembers. Quinze jours après, le cardinal de Noailles publia contre la bulle Unigenitus , l'acte d'appel dont il avoit désavoué l'impression l'année précédente. Le 3 du mois suivant, il publia aussi un acte d'appel, accompagné d'un mandement contre la bulle Pastoralis Officü. Dans le même jour parut encore une adhésion du chapitre de l'église de Paris à cet appel, et un arrêt du parlement contre la nouvelle bulle. 11 est inutile de chercher lequel de ces trois actes entraîna le scandale des deux autres, Comme ils parurent tous le même jour, on ne peut guère douter qu'ils n'aient été concertés entre leurs auteurs respectifs, et que la source de ces différents scandales n'ait été la même.
Le cardinal de Noailles disoit dans son mandement, que le pape, par sa dernière bulle, violoit les droits les plus essentiels de l'épiscopat, détruisoit les maximes fondamentales des libertés gallicanes, attaquoit les lois de la discipline, et jetoit des semences de trouble dans l'église, aussi-bien que dans l'état. Son acte d'appel étoit interjeté, non pas comme l’année précédente, au pape mieux conseillé, et au futur concile tout ensemble , mais uniquement au futur concile œcuménique. Il y soutenoit que depuis son appel de la bulle Unigenitus, le concile tout seul avoit droit de le jugcr ; que le pape s’étoil rendu juge incompétent en cette matière, qu'il ne pouvoit plus ni ordonner de peines, ni prononcer de censures contre les appelants relativement à leur appel. Si le champ qu'il s’ouvroit par-là ne lui étoit pas honorable, il faut au moins convenir qu'il lui étoit bien commode.
Cet appel fut encore adopté par le chapitre de la métropole
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de Paris, et par un acte capitulaire des plus solennels. D'un |
autre côté, les gens du roi dénoncèrent au parlement la bulle Pastoralis Officü, comme contraire aux canons sacrés ile l'Eglise, ainsi qu'aux plus saines maximes du royaume, et requirent que la cour reçût le chapitre appelant comme d'abus de cette constitution apostolique. Sur cette entreprise encore inouïe, que chacun développe lui-même les réflexions qui se présentent en foule : en vain tenterions-nous d'y suffire. Après ce comble d’audace en son genre, après la note d'abus imprimée, du moins indirectement, aux décisions dogmatiques du chef et des membres du corps chargé d'enseigner toutes les nations, sans distinction d'ordre ni d'état, on ne trouvait plus que des longueurs fastidieuses dans le récit des différents coups d'essai par où le barreau s'étoit enhardi si prodigieuse ment contre le sanctuaire, Il suffisoit des outrages faits par les tribunaux au cardinal de Mailly, archevêque de Reims, pour les aguerrir contre le pape même. Cet archevêque interdit un vicaire révolté contre les décisions de l'Eglise, et le vicaire, au mépris des censures, fait le dimanche suivant ses fonctions accoutumées aux yeux de toute la paroisse. L'official le condamne à trois mois deséminaire ; et le vicaire, appelant comme d'abus, fait condamner l'official et l'archevêque à tous dépens, dommages et intérêts. L'archevêque à qui le droit d'instituer le recteur de l'université appartenoîït inccntestablement, rejette un sujet indigne; et le sujet rejeté s'empare du rectorat, et s’y fait maintenir par un arrêt de défense. L'archevêque écrit au régent pour invoquer l'autorité royale en faveur de l’église opprimée par le bras séculier ; et la lettre du prélat, en vertu d’un arrêt insultant, est brûlée par la main du bourreau,
Que n’auroit-on point à dire encore sur le même sujet, pour peu qu'on anticipât sur le cours des années? Un seul prélat, M. de la Fare, évêque de Laon, essuya onze arrêts, pour s'être acquitté généreusement de ce qu'il devoit à son ministère, à sa conscience , à son honneur, et à la sûreté du sacré dépôt. On ne respecta guère plus le diadême que la mitre. On rendit coup sur coup huit arrêts de défense pour combattre la déclaration mémorable, qui reconnoissant la bulle Unigentus
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DE L'ÉGLISE (An 1718.) 507 pour une loi de l'Eglise, ordonne qu'elle soit aussi regardée comme une loi de l’état. Et que n'a-t-on pas vu en ce genre, jusqu'aux jours dont nous sommes à peine sortis? On peut dire au moins de quelques magistrats, qu'ils furent les fauteurs éternels d’une secte, orthodoxe dans leurs réquisitoires et leurs arrêts de défense, mais coupable de schisme et d'hérésie au jugement du pape, de la multitude des évêques, des pasteurs de tout ordre, si leur témoignage peut ici faire autorité, et des simples fidèles mêmes de toutes les nations catholiques. Jamais ils ne se sont opposés aux impôts les plus désastreux, avec une vigueur comparable à celle qu’ils ont signalée contre la constitution ; jamais, pour toute autre cause, ils n’ont essuyé tant d'exils, tant de transmigrations, tant d'interdictions; et pour tout dire en deux mots, autant le parlement, ainsi que la Sorbonne, avoient signalé leur zèle dans le seizième siècle contre les impiétés de Luther et de Calvin, autant le signalèrent-ils dans le dix-huitième en faveur de Jansénius et de Quesnel. La Sorbonne, après une éclipse, trop longue sans doute, en a réparé enfin le scandale, Le parlement a eu bien plus long-temps encore le pouvoir dele faire; il n’en a pas profité, et le pouvoir, avec le temps, a disparu pour lui.
Il n’étoit point hors de propos d'exposer ici les dispositions de la magistrature à l'égard des affaires de la religion. Sans cette connoissance, sans les obstacles que certains parlements étoient déterminés à susciter sans fin contre l'exécution des rescrits pontificaux, on trouveroit peu de suite dans la marche de Clément XI, convaincu de la mauvaise foi des opposants, et toujours prêt à sévir, sans presque rien faire de ce qui dépendoit même uniquement de lui, comme d’ôter la pourpre romaine à l'archevêque de Paris. Mais sur quoi la chicane ne trouvet-elle pas à mordre ? Et plus les droits sont incontestables, plus le scandale est funeste quand ils sont violés. Or, la fascination étoit si forte , qu'il n’y avoit aucun excès à quoi elle ne parût prête à se porter, Le fait suivanten fournit une preuve qui n'en laisse point d'autre à désirer.
Le docteur Du Pin, des plus illustres dans la Sorbonne égar“e entretenoit depuis long-temps uneétroiteliaison et des relations
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508 (An 1718.) HISTOIRE fréquentes avec l'archevêque anglican de Cantorbéry. Il avoit composé un traité entier sur le projet qu'il avoit conçu de réu nir la secte de Jansénius avéc l'église anglicane, L’assiduité de sa correspondance avéc le premier prélat de cette église, jointe au caractère du conciliant docteur, fit soupçonner du mystère. Il en transpira quelque chose : on observa de plus près, et l’on parvint à la connoissance entière d'un complot, qu'on ne crut pas devoir qualifier autrement que de trame d'’apostasie. « Le 10 de février 1719, l’ordre fut donné en ma présence, dit le prélat auteur de l'histoire de la Constitution 1, d'aller chez le sieur Du Pin, et de saisir ses papiers. Jeme trouvai au palais Royal, continue-t-il, au moment qu'on les y apporta. Il y étoit dit que les principes de notre foi peuvent s’accorder avec les principes de la religion anglicane. On y avançoit que sans altérer l'intégrité du dogme, on peut abolir la confession auriculaire, et ne plus parler de la transubstantiation dans le sacrement de l’eucharistie, anéantir les vœux de religion, permettre le mariage des prêtres, retrancher le jeûne et l'abstinence du carême, se passer du pape, et n'avoir plus ni commerce avee lui, ni égard pour ses décisions. »
Onimprima dans la même année quelques-uns de ces papiers, dont quelques mots d'extraits manifesteront au moins le principal objet de la liaison du prélat anglican avec le docteur de Paris. Dans une lettre où il est question du commencement de l'intrigue : Pour ce qui est de moi, monsieur, disoit le prélat au docteur 2, pour ce qui est de moi, et de l’église anglicane, ou je me trompe fort, ou j'y vois peu de chose que vous voulussiez changer, si j'en juge par votre équité et votre érudition ordinaire. Le docteur s’étoit expliqué sans doute, puisque l’archevêque comptoit si bien sur une doctrine et une équité qui ne voudroient changer que peu de chose à la religion anglicane, pour l'adopter. Par une autre lettre du même archevêque, on voit que le docteur accommodant lui avoit envoyé son traité sur la réunion de l’église jansénienne avec l'église anglicane; et voici comment l'archevêque lui exprimoit la satisfaction avec
* Hist. de la Const. Unigenitus, |. 5, p. 414, édit. de 1820. — 2 Lettre du 13 février 1717.
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DE L'ÉGLISE. (An 1718.) 509 laquelle il avoit lu ce précieux ouvrage : « Heureuse l'église de France, me dis-je en moi-même, ce sont les termes de la lettre, heureuse l’église de France d’avoir un pareil docteur! un docteur assez habile et assez courageux pour soutenir ses intérêts, non-seulement contre ceux de ses écrivains qui s'écartent et qui la trahissent, mais encore contre le souverain pontife lui-même, à qui il ose résister en face, parce qu'il est répréhensible? »
Cette trame une fois découverte, on en suivit le fil, et bientôt l’on parvint à la développer tout entière. On savoit d’ailleurs que les chefs de la secte y avoient établi des règles fort singulières. M. d'Aubigné, archevêque de Rouen, en eut une copie fidèle par le moyen d'une religieuse entêtée depuis longtemps des nouveautés proscrites, mais enfin revenue parfaitement de ces travers pernicieux. Dès l'année 1699, ces règles lui avoient été adressées, avec une lettre du père Quesnel qui les autorisoit. Ainsi rien n’étoit plus authentique. On remit le tout, c'est-à-dire, le réglement et la lettre au prince régent, qui chargea l'auteur d’après qui nous parlons, d'en faire l'examen, et de lui en rendre compte :. Voici en substance le rapport qu'il nous en a transmis. Ges statuts, en dix ou douze articles, étoient, à proprement parler, des constitutions dont l’observance devoit ne faire qu'un corps et qu’une âme des partisans divers de la nouveauté. Ils étoient adressés par une lettre circulaire à des supérieurs locaux que le parti avoit répandus dans toutes les provinces, où, selon leur règle propre, ils devoient s'appliquer infatigablement à le grossir. On y avoit jointunecourteinstruction sur les principaux articles du dogme, et sur les différentes manières de les énoncer, soit avec les gens simples, soit avec les indifférents, soit avec les dévots, avec les libertins, avec les prélats, avec les prêtres et les autres ecclésiastiques, séculiers seulement; car pour les réguliers, le parti ne vouloit plus de liaisons avec eux, soit qu'enfin il se crût en état de s’en passer, soit qu'il n'espérât pas vaincre l’aversion de ses confédérés futurs pour l'habit monastique ; il les traitoit même d'usurpateurs, qu’il falloit dépouiller de toutes leurs possessions.
Dans la lettre circulaire, on s’étudioit à prévenir les esprits
à Hist. de la Const. ibid, et suiv.
510 (AN 1718.) HISTOIRE contre l'étrange impression que devoit opérer la première lecture de ces réglements. On convenoit avec une apparence de candeur, qu’ils sembloient contenir quelque chose d'illégitime, et qu’ils étoient en quelque sorte copiés des calvinistes : mais on assuroit fort que c'étoit le fruit des communications les plus intimes avec le Seigneur, et des inspirations sublimes qui ne pouvoient offenser que des esprits terrestres et rampants. On ne rougissoit pas d'ajouter que si les calvinistes ont eu tort de corrompre en plusieurs points la foi des peuples, ils usent néanmoins d'une vraie sagesse, en ne s'expliquant pas ouvertement sur la divine eucharistie ; qu'ils font bien de parler en termes obscurs, ambigus, assortis aux dispositions diverses de ceux qui les entendent, et que cette conduite doit apprendre aux nouveaux disciples de la grâce, à se tenir cachés pour un temps , à n’agir qu'avec un concert parfait, à tenir secrets les points fondamentaux de leur doctrine, et à ménager les personnes qui pourroient s'en scandaliser. Le secret étoit surtout recommandé par rapport à la messe. On décidoit formellement qu'on ne doit jamais la dire qu’en présence des peuples. On ne traitoit pas mieux les messes, où il n'y a point d’autres communiants que le prêtre. Qu'on sache, ajoutoit-on, qu'il n'y a point d'églises pour les religieux; qu'ils ne peuvent avoir que des chapelles ou des oratoires, et que s’il leur est permis d’y célébrer les saints mystères, ce doit toujours être à portes closes.
Si dans le réglement on sembloit d'abord accorder que le corps de Notre-Seigneur est présent dans l’eucharistie, on démentoit ensuite cet aveu. À la vérité, disoit-on, il n’y est pas précisément en figure , ou par la foi, comme les calvinistes le prétendent; mais il n'y est pas non plus réellement et substantiellement, comme l'église romaine l'enseigne. Comment donc faut-il dire qu'il y soit, demandoient eux-mêmes ces fabricateurs de dogme, aussi-bien que de canons ? D'une manière indicible, répondoient-ils d'une manière inintelligible. Ils ajoutoient que dans la messe des morts, il n’est point de prières qui ne so.ent pour les vivants; qu'il n'y a point de purgatoire dans l'autre vie ; qu ‘il n’en est absolument point d'autre que les tribulations qu'on souffre en ce monde Quant au sacrement de
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DE L'ÉGLISE. (AN 1718.) 5rr l'ordre, ils enseignoient qu'il ne confère point de caractère ineffaçable; de telle manière, c'est le développement qu'ils donnoient eux-mêmes à leur principe, de telle manière qu’au moment où un curé, et même un évêque est déposé, leur caractère s'efface, et ils sont réduits à l’état de purs laïques. Qui ne voitici l'affinité d’un rigorisme hypocrite avec le philosophisme impudent, qui a fait lâcher ces mots à l’un de ses plus célèbres adeptes : Autrefois quand j'étois prêtre... Pour le sacrement de pénitence, afin d'anéantir le pouvoir et la vertu des clefs, ils prétendoient que la contrition parfaite y est toujours nécessaire, et que les péchés par conséquent sont remis avant l'absolution. Ainsi tout s’y réduisoit à la seule déclaration des péchés; encore assuroient-ils que la confession n'est que pour les fautes particulières et secrètes. Ils parloient aussi des indulgences, mais sur le ton de Luther, etuniquement pour les blasphémer. Que d'appréhensions funestes ne dut-on pas concevoir à la première vue d'un pareil ouvrage! Sans être ni trembleur, ni crédule, le régent s'écria : On veut donc introduire en France le presbytérianisme d'Angleterre. Tout Paris eut bientôt lieu de s’en convaincre.
Le docteur Petitpied, l’un des quarante qui, avec Du Pin, avoient signé le fameux Cas de conscience , et l'un des deux qui avoient seuls refusé de rétracter leur décision, avoit obtenu son rappel de l'exil qu’il avoit si bien mérité. Il vint établir son domicile, et une espèce nouvelle de prêche, dans le village d'Anières, aux portes de Paris. Il y fit l'essai des réglements, et de toute la liturgie que les frères pratiquoient en Hollande. La renommée en publia des choses étonnantes. On y accourut en foule de la capitale, et bientôt Anières devint un autre Charenton. Le nouveau prédicant construisit un autel parfaitement semblable à un tombeau, et le nomma autel dominical, parce qu'on n’y devoit dire la messe que le dimanche et aux fêtes les plus solennelles. Hors le temps du saint sacrifice, l'autel étoit dépouillé, comme ils le sont tous après l'office du jeudi saint. Au moment qu'on y alloit dire la messe, on le couvroit d'une seule nappe, et alors même il n'y avoit ni cierges, ni croix : mais le prêtre marchant à l'autel, se faisoit précéder d’une grande croix, la même qu’on portoit aux processions, et la seule qui fût