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seul article de décoration, les seules statues des apôtres dans Ja basilique de Saint-Jean de Latran, lui coûtérent plus de soixante-dix mille écus d’or. On doute qu'il ait bien su luimême ce qu'a pu coûter la réparation du Panthéon, qu'ilimportoit à l'Evangile d'éterniser, comme un monument de son triomphe sur la superstition de la superbe Rome, et de toutes les nations qu'elle avoit subjuguées.
Voilà quel étoit , selon le témoignage de ses œuvres et de tous ses contemporains orthodoxes, le pontife si dénigré dans les vagues invectives de la secte qu'il a proscrite : à qui le bon sens, ainsi que la religion, veut-il qu’on s’en rapporte? Qui peut craindre encore les calomnies, ou plutôt les détractions insignifiantes d'une secte qui n'a pas épargné un pontife tel que Clément XI? Encore si à ce prix il eût eu le bonheur de procurer la paix de l'Eglise! Mais ses successeurs ne furent pas plus heureux que lui. En vain ses décisions furentelles confirmées par Innocent XIT ; en vain furent-elles successivement et formellement acceptées par celles des nations catholiques qui ne l’avoient encore fait que tacitement, et qui scandalisées enfin par ce qu'elles apprenoient de la France, srurent devoir accepter de la manière la plus expresse et la plus authentique : ; en vain le saint pape Benoît XIII, pour donner, non pas plus d'autorité, mais plus d'authenticité à la bulle de Clément XI, tint à Rome, en 1725 , un concile, qui, par la multitude des Pères assemblés au nombrede cent, pourroit équivaloir à un concile œcuménique , et qui prononca d’une voix unanime que cette bulle faisoit règle de foi; en vain le concile d’Embrun, qui deux ans après se tint sous les yeux même des réfractaires, et qui fut confirmé par le saint Siége apostolique, ordonna la peine de suspense contre l'évêque de Sénez, rebelleà cette constitution ; en vain même leroi Louis XV venant à l'appui des papes et de l'Eglise, ordonna expressément, par sa déclaration du 24 mars 1930, que la constitution Unigenitus étant une loi del'Eglise par l'acceptation qu’elle en avoit faite, devoit être aussi regardée comme une loi de
1 Voyez l'avertissement de M, Languet évêque de Soisson, à ses curés appe- Jants.
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DE L'EGLISE. (AN1721.) D21 l'état! : malgré ce concours de toutes les églises et des puissances de tout ordre, l’indomptable secte ne se rendit point.
Cependant le moment du Seigneur arriva pour le cardinal de Noailles. Il reconnut tout à coup, comme il s’en expliqua hautement, qu'on l’avoit engagé dans un parti de factieux. Les remords qu’il éprouvoit depuis long-temps, joints à quatrevingts ans d'âge qui le menaçoient d'une mort prochaine, le déterminèrent à écrire au saint pape Benoît XIIT, en termes trop édifiants, pour qu'on les trouve déplacés nulle part. Après avoir dit que son grand âge ne lui permettoit guère de compter sur une vie plus longue, et qu? les approches de l'éternité demandoient de lui qu'il se rendit enfin aux désirs du chef de J Eglise : : « Dans cette vue, poursuivoit-il, je vous atfsste , en présence de Jésus-Christ, que je me soumets sincèrement à la bulle Unigenitus ; que je condamne le livre des Réflexions mo-
rales, et les cent-une propositions qui en ont été extraites, de la même manière qu'elles sont condamnées parla Constitution, et que je révoque mon instruction pastorale, avec tout ce qui a paru sous mon nom contre cette bulle. Je promets à Votre Sainteté, continue-t-il, de publier au plus tôt un mandement pour la faire observer dans mon diocèse. Je dois encore lui avouer que depuis que par la grâce du Seigneur j'ai pris cette résolution, je me sens infiniment soulagé; que les jours sont devenus plus sereins pour moi; que mon âme jouit d’une paix et d’une tranquiliité que je ne goûtois plus depuislong-temps.» l'outes ces promesses furent ponctuellement remplies 2.
Le chapitre de Notre-Dame, après quelques délais, imita cet exemple. On vit même de nombreuses communautés, régulières et séculières, venir à résipiscence. La Sorbonne délibéroit encore, quand la cour fit exclure les brouillons qui en avoient terni la gloire, et qui en écartoient les sujets propres à la réparer. La faculté libre alors, et redevenue semblable à
1 Art. 3 de la déclar. du 22 mars 1730.
2 Ce ne fut qu'en 1728, un an avant sa mort , que le cardinal de Noailles donna son mandement d'acceptation pure et simple de la bulle Unigenitus. Ce prélat, d'un caractére doux, picux même, étoit d’une foiblesse extrême pour les i intrigants qui l'entouroient. C’est là ce qui le rendit dangereux. Sa résistance, dit un écrivain,
fit beaucoup de mal à l'Eglise, et sa soumission vint trop tard pour opérer un grand bien.
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522 (AN 17a1.) HISTOIRE
elle-même, prononça le 2 janvier 1730, à la pluralité de quatrevingt-quatorze voix contre treize, que son décret d'acceptation rendu en 1714, étoit véritablement son ouvrage; qu’on ne l’avoit depuis déclaré faux, que par un attentat dont elle ordonnait que les vestiges fussent effacés de ses registres ; qu’elle le ratifioit autant que besoin pouvoit être, révaquoit l'appel qui paroissoit revêtu du nom de la faculté, et recevoit de nouveau, avec une entière soumission de cœur et d'esprit, la bulle Unigenitus, comme un jugement dogmatique de l'Eglise universelle. La faculté s’est toujours montrée depuis telle qu'à cette éclipse près, elle avoit été invariablement depuis son origine. |
Il s’en fallut bien cependant que le parti fût encore d’huneur à plier. Irrité au contraire par ses pertes et ses déboires, il n’en devint que plus violent : mais les excès mêmes, et les extravagances où l'emporta son fanatique dépit, opérèrent avec le temps ce que ni raison, ni exemple, ni puissance n'avoient pu faire. La fécondité de son éloquence outrageante, le débordement de ses libelles menteurs, ses invectives et ses calomnies périodiques, sa ténébreuse fabrique d'histoires et d'anecdotes scandaleuses, la discorde et la révolte soufflées dans les cloîtres, ses femmes docteurs, ses prophétesses ou ses pythonisses, et tous les mystères, suit hideux, soit honteux, de ses convulsionnaires de tout sexe, de toute renommée et de . tout manége, figuristes, antifiguristes, mélangistes, mitigés, discernants, elc., provoquèrent le blâme de ceux même du parti qui n'avoient pas entièrement abjuré la pudeur et le bon sens , lui attirèrent un mépris universel, et ( ce qui fut peutêtre encore plus efficace), le couvrirent d'un ridicule qui l'a peu à peu réduit à une poignée de cafards obscurs, de moines mutins et de prudes surannées, dont on n'a plus osé suivre de jour les conventicules furtifs.
Tel est le décri justement encouru par une opiniâtreté, par une mauvaise foi si persévérante, si déterminée, qu'elle ne peut exciter qu'un étonnement mêlé d'horreur. Pour la justificalion de ce sentiment, et pour conclusion de tout l'ouvrage, voici la récapitulation des manœuvres et des impustu:es, qui en confondront à jamais les artisans frauduleux. Avant que le
DE L'ÉGLISE, (AN 1721.) 523 saint Siége eût rien prononcé sur la nouvelle doctrine, les députés du parti chargés de la défendre à Rome, convenoient, avec les députés orthodoxes, d'un seul et même sens à l'égard des cinq propositions belgiques. Le siége apostolique condamna les propositions ainsi. présentées ; les jansénistes souscrivirent à la condamnation ; mais ils leur donnèrent un autre sens que le sens condamné. Quand on leur eut fermé ce retranchement par le formulaire, ils inventèrent la distinction du fait et du droit. Quand on exigea d'eux la soumission à l'égard du fait même comme appartenant au droit, ils recoururent à la souinission mensongère qu'exprime la bouche, et que le cœur dément, et mirent en avant le simulacre du silence respectueux. Quand on a proscrit ce silence, ils ont prétendu que l'église n'étoit infaillible que dans les conciles ; ils ont étourdi, ils ont indigné l'Europe par leurs appels au futur concile, par des appels encore inouïs parmi les catholiques en matière de dogme.
Et se prémunissant d'avance contre les conciles mêmes, en cas que l’on vint à leur en accorder, ils ont, à l'exemple de Luther, refusé au pape le droit d'y présider, comme à un juge incompétent pour cause de préventions; ils ont récusé les évêques d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, et tous ceux qu'ils imaginoient croire le pape infaillible, comme ne faisant tous ensemble qu’un seul et même suffrage avec lui; ils ont dénaturé les conciles, ils en ont anéanti, ou du moins éludé l’autorité divine, en y voulant le suffrage des simples prêtres, et la voix même des peuples. Encore les décisions du concile, quelle qu’en puisse être la forme, n'obligeront-elles à la soumission, selon tous les principes qui remplissent leurs écrits, qu'autant qu'elles seront trouvées conformes à ce qui est unanimement et manifestement enseigné dans toute l'Eglise. Il faut donc que cette conformité devienne manifeste aux fidèles, et à chaque fidèle, Voilà donc un tribunal supérieur à celui du concile, et chaqu: fidèle en droit de juger si la décision du concile est digne de respect ou de mépris, c'est-à-dire, que voilà le sens particulier des luthériens et des calvinistes adopté par les semi-calvinistes, de quelque nom et de quelque voile qu'ils puissent se couvrir ; et voilà où aboutit la révolte contre
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l'autorité légitime, permanente et visible que le Dieu de la concorde, aussi-bien que de la vérité, a voulu établir dans son Eglise, comme la sauve-garde unique de toute la foi chrétienne. Mais si par tousles travaux qu'a demandés cet ouvrage, nous avons pu faire sentir aux cœurs droits la solidité de ce principe, nous avons atteint notre but, et notre tâche est heu reusement remplie.