LE PREMIER AGE DE L'ÉGLISE
Pour soumettre son esprit au joug de la foi, quand le cœur n'ést pas indo; cile aux impressions de la grâce, il suffit de bien connoître la religion chré-
tienne, d'en suivre l’histoire ou celle de l'Eglise qui n'en est pas différente ;
mais il ne sera pas inutile de suggérer les réflexions les plus propres à en
faire retirer ce fruit. Parvenus au milieu du premier âge, qui corprend six
siècles, et qui remplit une partie si considérable, et la plus importante peut-
être de notre carrière, nous nous y arrêterons quelques moments, comrie
au point de vue le plus commode, soit pour replier nos regards sur ce sui
s'est rencontré de plus mémorable dans l'espace que nous avons déjà par-
couru, soit pour porter un coup d'œil anticipé sur ce qui nc:1° en reste à
parcourir. L'Eglise, dans sa signification générale, compre ad ia société
des fidèles de tous les temps; mais il n’est pas question de rep rendre ici les choses de si haut, puisque notre narration se renferme dens les bornes de
l'Eglise qui porte en particulier le nom de chrétienne. li n'est question d'observer, dans les temps antiques, que ce qu'ils présentent de plus propre à manifester la sagesse de l'économie divine par rapport à l'établissement et à la propagation de la foi, qui sont l’objet de nos réflexions.
Qu'on se rappelle, en passant, le renversement de l'ordre primitif causé par le péché; le genre humain, en proie à l'ignorance, devenu le jouet de ses passions, dépouillé de noblesse, de sentiment, ct par-là même dégradé, affoibli, indigent et malheureux. Car les liens de la vertu et du sentiment une fois rompus, ceux de la société se rompirent en mille endroits, et se relàchèrent de toute part. Des troupes d'hommes sauvages et presque abrutis se craignirent surtout les uns les autre; ct parmi eux, il n'y eut plus que la ressemblance naturelle qui maintint 41-ique reste de confiance, telle ou moindre à plusieurs égards que parmi les animaux, qui, ayant moins de besoins et moins de vues que l’homme, avoient aussi moins de sujets de se fuir et de s’entre-détruire. Tout occupés, en ce triste état, des périls et des besoins du corps, ils devinrent presque incapables des fonctions intellectuelles : les meilleurs naturels s'altérerent, les idées s’obscurcirent; et si la faculté de la raison subsista, les sens en absorbérent le principal exercice.
On vit, il est vrai, et même dès la première antiquité, des peuples nombreux, chez qui les droits de l'humanité, ou du moins les lois de la société paroïssoient beaucoup mieux maintenues. Mais que furent, par rapport à tout l'univers, ces grands états qui s'arrogérent tour à tour le titre superbe
{”» On doit lire se Discours immédiatement après le Livre dixième, page 328 du deuxième volurne.
d'empires universels? Que furent, surtout par rapport aux dogmes ct aux mœurs, les lumieres des mages de Perse, des prêtres de l'Egÿpte, de toutes les écoles de la Grèce? Les plus grandes confédérations ne servirent-elles pas souvent à rassembler d'autant plus de vices et d'extravagances? Parmi elles, comme dans les hordes barbares, les principes mêmes de la loi naturelle, ou plutôt les premiéres vérités confiées seulement à la tradition, dégénérérent en une superstition insensée, en une stupide idolâtrie.
De tout temps, quelques génies supérieurs, soit par la force du raisonncement, soit plutôt par leur application à recueillir les restes peu connus des traditions anciennes, ces amateurs ou admirateurs de la sagesse s'étoient élevés au-dessus de bien des erreurs vulgaires, sur l'article de la religion et des mœurs. Quand toutes les nations policées ne firent plus qu'un peuple, ‘ont Rome étoit la capitale et le centre, la philosophie rassemblant ces découvertes éparses, et puisant beaucoup plus encore dans les monuments des Juifs, devenus concitoyens des Gentils, elle prit un degré de force et de lumire, qui paroissoit devoir enfin dissiper les réveries du paganisme. 11 sensbloit au moins que les objets accessibles à la raison, en passant par tant d'esprits philosophiques, avoient acquis les qualités convenables pour entrer ‘lans les classes subalternes d'intelligences, et pour pénétrer jusque dans l'ordre populaire.
Cependant ces faux sages, loin d'éclairer les peuples, retintent lâchement Ja vérité captive; et après avoir connu Dieu, ils continuérent de rendre les honneurs divins, avec le vulgaire abusé, à de vains sirnulacres d'hommes, d'animaux, de créatures et de chiméères de toute esnêce. Ainsi le Dieu créateur derneuroit toujours inconnu hors de la Judée, sinon à quelques Gertils qui fréquentérent les synagogues répandues en différents endroits de l'Europe ainsi que de l'Asie : c'étoient comme des témoins rares, mais en nombre suffisant toutefois pour attester les traditions primitives au milieu du déluge d'erreurs et de crimes produit par l'idolâtrie. Quant à la science des mœurs, les principes les plus incontestables, et presque tous contestés par l'éternelle rivalité des sectes diverses, n’avoient plus qu'un air de problême et de paradoxe, plus propre à servir d'amusement à d'riseux discoureurs, qu'à influer efficacement dans la conduite. Ainsi voyon:-nous que Jes hommes les plus entêtés de leur science s'abandonnoiïent, suivant Îles reproches de l'Apôtre, aux passions les plus ignominicuses, à des excès qui ne contredisoient pas seulement leur spéculative et stérile sagesse, mais qui dégradoient la nature et rabaissoïent l'homme au-dessous de la brute. On peut dire néanmoins, que las et confus de ses erreurs monstrueuses, l'esprit humain, par la profondeur même de ses plaies, se trouvoit en quelque sorte disposé à en recevoir le reméde.
Mais que de prodiges ne restoit-il point à opérer au Réparateur promis et chargé d'enter la grâce sur la nature, tant pour la dégager de la sève infecte qui la vicioit jusque dans le fond de sa constitution, que pour lui faire produire des fruits capables de plaire au Dieu de toute sainteté! C'est la merveille que nous allons considérer dans ce premier âge de l'Eglise, ou dans les six premiers siécles : tempsde ferveur et de lumière, les plus propres #ans doute à nous donner de notre religion l'idée qu'elle mérite, à prouver sa vérité et sa divinité, Mais afin de rendre cette preuve plus complete et jus ellicace ; avant de contempler la merveille de l'établissement et de la
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propagation de l'Eglise, nous la considererons elle-même, nous fixerons quelques moments nos regards sur l'excellence même de la foi chrétienne : puis nous observerons, dans le long cours de son premier âge, le prodige de sa conservation, qui s’ÿ rend déjà si sensible ; quoique ce dernier moyen ait encore plus de force par rapport à la perpétuité de l'œuvre de Dieu, dans les âges suivants.
En premier lieu, rien de plus frappant que le portrait de l'Eglise dés sou premier âge. Quoique les commencements de toutes les institutions soient très-informes, le christianisme ne se montra pas plus tôt dans l'univers, qu'il ravit d'admiration une multitude de spectateurs équitables et judicieux. Souvenez-vous de ce que nous.avons raconté de la vie toute céleste des premiers disciples; de leur détachement des biens de la terre, de cette charité généreuse, qui rendoit leurs richesses communes entre eux, qui leur faisoit déposer leurs trésors aux pieds des apôtres, n'en tirant que le simple nécessaire avec leurs frères indigents, et coupant ainsi la racine à la cupidité, à l'orgueil, à la mollesse, à l'injustice, à toute iniquité. Qu'il vous souvienne des règles de morale, tracées d'aprés ces modeles et consignées dans leurs monuments divins. Tout corrompu qu'étoit le monde, avec quelle surprise ne dut-il pas voir un corps de doctrine, simple et sublime, portant sur les maximes les plus sensées et les plus lumineuses, surpassant avec une disproportion infinie ce que les sages de toutes les régions et de tous les siecles avoient enseigné de plus honnête, de plus conforme au cri de la vertu et de la saine raison ? Pour disputer ce genre de gloire à la religion chrétienne, il a fallu changer jusqu'aux notions premieres des vertus et de la vérité; faire varier les essences immuables des êtres, plus encore que les intérêts des passions, autant que les parties à jamais divisibles de la matiere, d'où ces étranges raisonneurs tirent l'origine et la différence de nos pensées. Mais ce renversement de tout principe et de toute raison, ou du moins l'excès d'impudence qui l'a fait tenter, étoit réservé à la philosophie de notre siècle. Pour les philosophes les plus révérés de l'antiquité, comme c'eût été une extravagante d'avancer clairement et publiquement que les axiomes, aujourd'hui les plus certains, nous paroîtront peut-être également faux dans la suite; ils eussent pareillement rougi de publier, que c'est foiblesse d'esprit de réverer ces premieres impressions de vertu, gravées dans la substance même de notre âme par la nature, ou par l'éternelle raison, la même dans toutes les intelligences et dans tous les temps ; que la docilité à la voix de la conscience et la crainte des remords est timidité puérile; la pudeur, un effet méprisable du préjugé, plutôt que la gloire du sexe ; le vice enfin et la vertu, des mots vides de sens. Ainsi quelle que füt la dépravation des
gentils, plusieurs d'entre eux ne virent qu'avec admiration, dans la doctrine de l'Evangile, cet amas unique de lumières par rapport aux devairs, cet assemblage de toutes les vérités qui règlent et sanctifient les mœurs, sans nul mélange de corruption ni de travers. C’est pourquoi le degré d'indifférence ou d'affection où ils se trouvoient par rapport à la vertu, décidoit parmi eux de leurs dispositions à l'égard du christiamsme. C'est dans le temps mème des persécutions que l'on entendit Tertullien s'exprimer en ces termes : « Qui hait notre religion, n'aima jamais sincérement la vertu. File a trouvé son premier persecuteur dans ie plus vicieux des tyranis, et l'on peut juger de son excellence par la haine que lui a portée Neron. »
Rien n'est omis, rien n’est porté à des excès déraisonnables, dans la morale évangélique : tout y conduit à la perfection et au bonheur de l’homme, au bon ordre du monde, à la sûreté du commerce et des rapports dans toutes les sociétés. En un mot, que les maximes de l'Evangile soient observées; l'homme sera, aux yeux de sa conscience comme aux yeux de l'Eternel, tout ce qu'il doit être.
Les lois humaines se bornent à défendre les crimes grossiers. « C'est beaucoup pour vous de proscrire l'inceste et l’adultére, disoit saint Grégoire de Nazianze aux gentils de son temps ; et ce raisonnement se trouvera plus pressant encore, si on le fait remonter aux siècles antérieurs : pour le chrétien, c’est un crime de jeter un regard passionné sur une femme. Ce n'est pas même un éloge pour lui de s'abstenir de la débauche comme de toui vice honteux, puisqu'il fait profession d'afliger sa chair, afin d'en prévenir les revoltes. Vous prescrivez, ajoutoit ce Pere, l'amour des parents et de la patrie; et nous devons avoir pour tous les hommes l'amour que nous sentons pour nous-mêmes, sans en excepter nos plus cruels ennemis. A l'égard du serment, nous formons la seule société où il soit défendu non-seulement de se parjurer, mais de jurer en vain. Quant à l'usage des richesses, si tous nos freres ne les foulent pas aux pieds d'une maniere effective, il est enjoint à tous de les posséder comme ne les possédant pas, ou de n'y point attacher leur cœur. Combien sommes-nous éloignés de ravir le bien d'autrui, nous qui devons abandonner la tunique à celui qui nous arrache le manteau? Nous bénissons ceux qui nous persécutent; si l'on nous donne un soufflet sur la joue droite, nous suivons l'Evangile er présentant la gauche. Est-ce là une disposition à l'emportement et à l'injure, à la calomnie et aux faux témoignages ? Vos législateurs n'oerdonnent que des œuvres : nos lois vont à la source du mal, aux pensées et à la sensation; elles punissent jusqu'au défaut de vigilance. C'est même un sujet de reproche parmi nous, de rester au même point de vertu, sans nous efforce: continuellement de monter à un plus haut degré. »
Poussons ce parallele, et observons avec précision, avec une pleine connoissance de cause, comment les sages les plus vantés pour quelque point particulier de morale, se démentoient et se déshonoroient par mille autres endroits. Parmi ces amateurs de la sagesse, l'un permettoit les vols de souplesse, l’autre bravoit avec arrogance les hommes peu favorisés de la fortune. D'obscènes épicuriens faisoient consister la perfection ainsi que le bonheur dans les raffinements de la volupté. Le superbe stoïcien connoissoit si mai la vertu, dont il faisoit d'interminables éloges, qu'il étoit égal, a son jugement, de s'emporter coutre le plus vil des animaux, ou d'égorger son propre pere. Le plus renommé de tous, dans son plan de république, mo. nument à jamais mémorable des écarts de l'esprit humain le plus éclaire, quand il n’a point la révélation pour flambeau, Platon, surnommé divin par des panégyristes idolâtres, bannit la fidélité et la stabilité du mariage; et s'il ne mérite pas incontestablement tout ce qu'on lui a fait de reproches par rapport à la communauté des femmes, il voulut au m<'ns donner la sancticn des lois à mille usageslicencieux quiconduisoient également à l'anéantissement de la pudeur. C'étoit une coutume légale chez certaines nations, de maudire leurs dieux quand ils paroissoient trop lents à se rendre propices. D'autres, en égorgeant leurs hôtes, prétendoient faire un sacrifice agréable aux divi-
fidél purs et pe joign à l'as la m vrai teuse
norale ne, au toutes rvées; ], tout
« C'est régoire ra plus e chre- 2e n'est de toui revenir et de la us sc l'égard lement , Sitous enjoint ttacher 1i, nous anteau ?
soufflet +. Est-ce et aux nos lois ent jusous, de de mon-
ine cone point e autres vols de sés de la si que le inoissoit al, a son rger son ue, TMOéchairé, divin par re; et s'il ches par sanction issement maudire J'autres, ux divi-
: DISCOURS. 529 nités domestiques. On sait ce que cachoient l’entiousiasme, les initiations et tous les mystères orientaux, où \es pères immoloient leurs enfants, consacroient le déshonneur de leurs filles, et des excès plus abominables encore.
‘elles étoient les conséquences pratiques des spéculations et des principes, dans les maîtres les plus vantés comme dans leursdisciples.
Je ne parle point d'une troupe de misanthropes, tristes jouets de leur orgueil, qui, s'efforçant tour à tour d'en varier la forme, donnerent dans les écarts les plus insensés. Oublions, et ce triste censeur, qui n'excepte que ses vices de ce qui le fait continuellement gémir ; et ce moqueur cynique, qui, la lanterne à la main, cherche l'homme en plein midi, et se condamne à n'habiter qu'un tonneau pour le plaisir de l'ostentation; et ce vagabond superbe, qui jette ses biens à la mer pour aller redire de côte en côte, qu'il porte tout avec lui : c'est le crime, et non le ridicule qui fait l'objet de notre censure.
Mais la vie même de Socrate n’est point exempte de tache, et sa mort est déshonorée par ce lâche respect humain, qui lui fit faire alors son bizarre sacrifice à Esculape. L'empereur philosophe, dont le panégyrique coûta trente ans de travail à Pline, s'abandonna aux dernieres infamies. Le chef tant vanté de l'école péripatéticienne, n'a pu cacher sa lâche passion pour une femme publique, qui lui fit supplanter son meilleur ami. La mort de plusieurs autres n'est devenue fameuse que par les excès et le désespoir qui la leur procurérent. On a su les horreurs également impies et cruelles des assemblées nocturnes de Julien et de ses hellénistes. Ils n'étoient pas plus irréprochables dans la recherche des honneurs et des biens de fortune, ces imposteurs qi faisoicnt de si belles leçons de désintéressement et de modestie. Le cynique méprisant, dont nous avons déjà parlé, foula aux pieds le faste de Platon, mais avec un orgueil plus fastueux encore et plus insupportable. L'instituteur vanté d'Alexandre le Grand est compté parmi ses plus lâches adulateurs. Pythagore et Zénon tentérent d'usurper la souveraine puissance. Enfin Hippias périt en voulant subjuguer sa patrie. Tels étoient les coryphées des sectes les plus fieres de leurs vertus : car je ne parle ni d'Epicure, ni de son école ou de son troupeau, comme l’appellent d'autres philosophes, qui, par ce inot seul, en donnent une idée juste quant à l’honnéteté ou aux devoirs.
Qu'on rapproche de ce tableau, je ne dirai pas leschefs révérés des preiniers chrétiens, mais la multitude indistincte de leurs disciples, assez capables de faire sentir de quel côté se trouve l'avantage de la comparaison. Qu'elle est édifiante et vraie, la peinture que nos premiers docteurs traçoient de ces âmes pacifiques et bienfaisantes à l'egard de leurs plus cruels ennenis? Malgre vos persécutions, disoit Tertullien aux tyrans de son siècle, avec cette noble fermeté que donne le témoignage de la conscience, notre candeur et notre fidélité ne vous sont point suspectes. La tête nue, levant au ciel des yeux purs ct des mains innocentes, nous offrons des vœux ardents pour l'empire et pour l'empereur ; et nous les nTrons avec confiance, parce que nous y joignons, non quelques grains d'encens ou quelques coupes de vin arrachées à l'avarice, non le sang infect d'un taureau languissant qui ne respiroit que la mort; mais le digne tribut d'uu corps chaste et d'une âme integre. Il est vrai que nous ne célebrons pas, comme vous, les fêtes du prince par de honteuss débauches; nors n'imaginons pas que ce soit les honorer, de faire
ces jours-là ce qui profaneroit les autres jours. Nous ne crions point avec vous : Que Jupiter retrenche sur nos années, pour ajouter à celles de César! Sans proférer leurs vœux avec cette ostentation imposante, les chrétiens se contentent de les faire entendre à leur Dieu. Mais quels sont les plus sincères? De quelle religion, dites-nous, étoient les Niger et les Albin ? Ces rebelles, ainsi que les parricides qui se coulent dans le palais, le poignard ou le poison à la main, furent-ils jamais du nombre de nos freres, qui entrent néanmoins dans toutes les charges de l'état? Vous les reconnoisses vous-mêmes pour vos plus fidèles et vos plus braves guerriers : et jamais reprochâtes-vous aucune lächeté à des hommes qui puisent dans leur religion un mépris égal des plaisirs et de la douleur? Ainsi, dans les tribunaux, est-il aucun de nous qui prononce des sentences d'iniquité, sachant que notre Dieu jugera les justices mêmes? Nous reproche-t-on davantage, soit la perfidie dans l’amitié, soit la fraude ou l'infidélité dans le commerce? La république nous est redevable, au contraire, de la vie des indigents, qui périroient la plupart sans nos largesses.
Cet apologiste éloquent, qu'on ne peut se lasser d'entendre, tirant enfin la conséquence de ces principes, et défiant généralement les persécuteurs de trouver aucun vice dans leurs saintes victimes : Quel tort, leur dit-il avec assurance, ne faites-vous point à l'empire en proscrivant ainsi ses plus vertueux citoyens? J'en appelle à vos sentences, magistrats préposés pour purger la terre des scélérats qui l’infectent : dans le grand nombre des coupables que vous condamnez, qui sont les larrons, les assassins, les parjures, les ennemis des mœurs? S'y trouve-t-il un seul chrétien? S'il y en a dans vos prisons, tout leur crime n'est-il pas d’être chrétiens? Les jugements mêmes par où vous prétendez nous flétrir, font notre plus grande gloire. En condamnant à la brutalité d'un impudique, nos vierges, intrépides à la vue des lions rugissants, vous manifestez à jamais que la perte de la pudeur est un plus grand malheur pour le chrétien que la perte de la vie.
Quant à la charité et à l'union admirable des fideles entre eux, elle fut telle dans les premiers temps de l'Eglise et long-temps après, qu’elle excita l'émulation et la jalousie des idolâtres. On a dù remarquer que Julien l'apostat, aprés mille eftorts pour établir cette concorde et cette cordialité raerveilleuse entre ses hellénistes, leur fit d'humiliants reproches sur l'inutilité de ses tentatives.
Si la vertu s'affoiblit quand elle est moins exercée; si la charité se refroidit, et si l'iniquité abonde en sa place; on voit toujours paroître, comme nous l'avo::s observé, et comme nous aurons encore mille occasions de le faire, on voit au moins par intervalles des âmes d'une élévation et d'une énergie extraordinaires, dont l'exemple et le zèle rendent aux mœurs chré-
tiennes leur intégrité primitive. Non-seulement dans les premiers siècles, mais dans tous les temps et sous tous les climats, on trouve et l'on ne cessera de trouver des modéles de la vraie justice, malgré le torrent de la perversité. Au moins est-il incontestable que le christianisme a aboli on absolument fletri les excès les plus déshonorants pour la nature humaine. Cette affreuse débauche, dont les poëtes et les philosophes païens s'entretenoient avec indifférence, et que nous n'osons plus nommer, l'Evangile a si bien réformé lesidées sur ce point, que depuis son établissement on à regardé ceux qui en sont souillés comme des monstres dignes d'être anéantis par le feu,
multi, divini!
riable ductio dans s raviss:
systerr.
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Rap donne
ul avec César!
tiens se lus sinin ? Ces oignard qui ennnoisses t jarnais eur relibunaux, ue notre it la per- La répuériroient
ant enfin écuteurs lit-il avec plus verr purger oupables ures, les dans vos ts mêmes . En cona vue des ur est un
, elle fut elle excita ulien l'acordialiré sur l'inu-
té se ree, comme ions de le et d'une rs chrés siccles, e cessera n pervern absolune. Cette etenoient si bien réardé ceux ar le feu,
avec tout ce qui pourruit perpétuer la mémoire de leurs infamies. N'a-:-il pas de même aboli, dans toute l'étendue de sa domination, les immolations impies des victimes humaines? Oui, la foi seule a pu empêcher, et les adorateurs barbares, soit de Moloc, soit de tant d'autres démons homicides , üe les rassasier du sang le plus cher; et les Romains, de sacrifier leurs semblables à Jupiter Latial:; et les Grecs, de les immoler à leurs morts illustres ainsi qu'à leurs dieux. Elle a introduit une sorte de clémence ou d'humanité jusque daus les horreurs de la guerre. Elle a du moins corrigé l'énorme atrocité des guerres antiques, où l'on méconnoissoit le droit le plus sacré des gens; où l'on égorgeoit de sang froid les combattants les plus signalés par leur valeur ; où il s'étoit établi un usage, presque inconcevable à nos mœurs, d'immoler l'enfant à peine sorti du sein de sa mère, d'égorger les légions vaincues et désarmées, de jeter des peuples entiers dans les fers, d'atteler les rois et les reines au char du triomphateur, de réduire les femmes d'un rang auguste à des indignités mille fois pires que la mort. Enfin, notre religion, amie des hommes et si digne d'en être aimée, comme nous le verrons encore mieux par la suite, cette maîtresse bienfaisante des nations n'a point été satisfaite, qu'elle n'eût affranchi le genre humain, qu'elle n'eût abrogé légalement ou sagement restreint le ‘roit accablant de la servitude. Parlerai-je du mariage, qu'elle a seule ramené, en tant de climats et d'une maniere si fixe, à son anité et à sa stabilité primitive? Nous en avons bien assez dit pour convaincre les personnes susceptibles de persuasion, qu'entre toutes les sectes et toutes les écoles, il n'en est aucune qui puisse entrer en parallèle avec l'Eglise chrétienne, sur les enseignements pratiques et favorables aux mœurs.
Sur les objets purement spéculatifs ou qui n'ont qu'un rapport indirect avec les passions, sux la nature et les perfections de l'Etre suprême, dans quels écarts n'a pas donné toute la science du paganisme? On rougira longtemps de ses fables et de ses rêveries honteuses; des dieux grossiers et vicieux, la division dans leur famille, les emportements et les injures dans leur commerce, les festins et les folles amours dans le ciel. Mais craignons d'insulter à l'esprit humain, en lui rappelant ses anciennes chiméres.
La philosophie s'est enfin désabusée de ces extravagances. Que dis-je? elle n'est sortie d'un précipice que pour se jeter dans un autre. Par quel horrible mélange n'a-t-elle pas défiguré les vérités mêmes qu'elle conserve, et qu'elle doit à l'Evangile, tandis qu'eile le blasphème?
En voici une légere portion. Un être indépendant, par i2::3équent nécessaire et parfait, à qui l: vice et la vertu sont égaux, qui ne récompense ni ne punit, dont l'intelligence seroit surchargée ou la majesté dégradée par la multiplicité on la petitesse des objets : Si l'on substitue le hasard à cette divinité, qui ne vaut guère mieux : le bel ordre du moude, le cours invariable des astres, l'enchaînement &:s saisons, la multiplication ou la reproduction presque iufinie et si singulière des animau: c! des plantes chacur dans son espece, cette foule de phénomènes qui depuis si long-temps nou: ravissent d'uve admiration toujours nouvelle ; tout enfin, selon ce ruincux systeme, ne sera plus que l'ouvrage du hasard, et le hasard, qui n'est rien, sera plus industrieux, plus habile que toutes les intelligences connues
Rapprochons de ces égarements les idées que la religion chrétienne nous donne de la grandeur de Dieu et de la puissance qui éclate dans ses œuvres,
de son impénétrable sagesse, de son immensité, de son indépendance, de toutes ses perfections infinies. Malgré le joug sous lequel la foi captive notre «nt:ndement, toutes les connoissances de la philosophie, en comparaison ‘es lumieres du christianisme, ne sont que ténébres ou de vains éclairs. Un enfant narmi nous, dès la première aurorc de la raïisort; et à la naissance de l'église un pêcheur de Galilée, un corroyeur de Tarse , une marchantie Lydienne, sont mieux instruits que l'aréopage touchant !4 nature du Dieu inconnu, parlant plus dignement des attributs divins, des propriétés de notre âme, d:3 solides vertus, que le Portique et le Lycée, que Sr rate et Platon. Le peu d'expressions vraiment sublirues et lumineuses, qui ont tant fait exalter la sagacité de ces philosophes, sont a-itant de richesses d'emprunt qu'on ne sauroit méco»noître en relisant nos livres saints.
Que si notre religion ne leve pas toujours le voile, si la foi dans son essor laisse la philosophie étonnée au-dessous d'elle ; en un mot, si la foi sur: asse la raison, elle ne la contredit jamais. Impétucuse duns ses tentatives, celleci est d'abord surprise que la vue claire de Ja vérité lui échappe : mais repliant ensuite ses réflexions-sur soi-même, ne ‘doit-elle pas se dire, ou qu'elle sercit Acvenue ce qu'elle n'étoit pas, c'est-à-dire, d'une capacité infinie, cu que t'Eterncl auroit cessé d'être infini comme il l’est nécessairement, si elle comprencit” {nous connoissons-nous nous-mêmes, pour concevoir l'immensité c'e l'Auteur de toute chose? Savons-nous ce que c’est que le principe de vis qui nous anime; par quelle vertu ce qui n’est plus ou n'est pas encore, se présente à:notre vue comme ce qui existe; par quel lien notre âme tient à notre corps, ou si elle n'y est point attachée, comment elle le meut à son gré; comment encore, si elle n’étoit que dans une de ses parties, ellepourroit les mouvoir toutes;et comment elle n'en auroit pas l'extension, si incompatible avec sa proprenature, si elle étoit répandue dans le corps entier?
Il est des questions moins subtiles, et plus capables encore de nous contondre. C'est l'éternelle Sagesse qui nous les fait elle-même dans la personne de Job : et que d'autres philosophes que les disciples de cette suprême Sagesse s'efforcent d'y répondre ! « Où étiez-vous, dit-elle, quand je dessinois l'édifice de l'univers? Qui appliqua sur cette vaste masse la règle et le compas? Sur quelle base portent ses fondements, et qui en a posé la premiere pierre? Qui est-ce qui a circonscrit à la iner de si justes bornes ? Quelle chaîne, quel invisible frein contient si impérieusement la fougue de ses vagues écumantes ? Quelle région durant la nuit habite la lumiere? et quelle est, pendant le jour, la retraite des ténebres ? Dans quels magasins sont en réserve les neiges et les frimats ! Par quel canal se répand à propos la mesure de chaleur et d'humidité propre à développer les germes de vie dans le sein du moins actif des éléments ? Comment cette boue, sans variété de couleurs ni de saveurs, produit-elle des fleurs et des fruits de toute espèce? D'où les plantes, si richement diversifiées, perdant chaque année leurs fruits, leur verdure, et presque leur vie, tirent-elles réguliérement ces avantages pour l'année suivante? » Qu'ici la philosophie superh”, ancienne et moderne, donne ses solutions; qu'elle dise ren de plus satist:'sa:t que ce que Paul, simple artisan, en apprit aux sages les plus instr:: : ‘: la Grèce, quand il leur montra la cause de toutes ces opérations étcr: es dans la seule volonté de l'E'*: créateur, en qui nous etc : le’ «res êtres vivons, agis-
4sons, existe:
dance, de tive notre mparaison clairs. Un naissance narchandie € du Dieu priétés de Se rate et ai ont. tant d'emprunt
s son essor ni EUT:AS5e ves, celle- : mais reou qu'elle infinie, ou ent, si elle evoir l'imue le prinu n'est pas lien notre nent elle le ses parties, xtension, si rps entier?
nous cona personne prême Saje dessinois
ègle et le a premiere es ? Quelle gue de ses +? et quelle ins sont en pos la mele vie dans
variété de
te espèce?
eurs fruits, s avantages t moderne,
que Paul,
, Quand il a seule vo-
ons, agis-
DISCOURS. "33 Mais si la philosophie ne peut satisfaire à ces questions naturelles, si tout ce qui est sous ses yeux et sous sa main renferme tant d'énigmes ; sera-t-j) encore étonnant qu’elle ne puisse percer les ténébres sacrées dont le Dieu de gloire se plaît à s'envelopper ? Rien n'imprime une si haute idée de sa grandeur que les mystères impénétrables à notre foible entendement. Je a‘aurois plus tant de respect pour ma religion, si elle tomboit tout entière sous mes sens, si elle prétendoit soumettre toutes les perceptions à la mesure hornée de mon intelligence présente. Mais lorsque Dieu me révele de lui-même une maniere d'être élevée au-dessus de toutes mes conceptions, une nature sans égale, et trois personnes d'une égalité parfaite; lorsqu'on m'étonne par des prodiges de bonté et de sagesse sans modeles ; un Dieu qui se fait homme pour réconcilier, pour allier les hommes avec Dieu; un Dieu qui s’anéantit, et qui ouvre un nouveau chemin à la gloire par les opprobres et l'anéantissement : alors je m'écrie, que des merveilles qui ne trouvoient dans l'homme, ni couleurs pour les peindre, ni paroles pour les exprimer, ne sauroient être des inventions humaines.
Ces hautes vérités sont parfaitement liées l'une à l'autre. Qu'on observe Je développement que l'apôtre fait, dans ses Epiîtres, des mystères de l'Homme-Dieu, surtout en écrivant aux Romains, aux Galates et aux Hébreux : quel ordre, quel enchaînement admirable toute âme droite n'y remarquera-t-elle point ? Les principes posés, tout se suit, tout s'explique de soi-même. Partout on aperçoit une justesse d’induction, un genre nécessaire de liaison, aussi visiblement divin que l'immensité de l'objet dont le fond échappe. Examinez tel point de notre foi qu'il vous plaira : si par exemple, le premier homme a péché; Dieu libre dans ses œuvres peut, après avoir exercé sa justice contre les anges rebelles, jeter sur lui un regard de miséricorde. Mais s’il veut en signalant sa clémence, réparer, d'une maniére pleine et en même temps la plus convenable, l'injure faite à sa majesté, il faut que le libérateur qu'il envoie réunisse dans sa seule personne, et la nature de l'ho ame pour punir l’auteur de l'injure, et la nature du maître offensé, parce qu'étant sans égale, elle ne peut trouver qu'en elle seule une réparation proportionnée à l’offense : c'est-à-dire, que le Messie doit être Dieu et homme tout ensemble: unir la nature divine et la nature humaine dans une personne d'une dignité infinie. S'il étoit seulement Dieu, il n'auroit pu, ni mourir, ni souffrir, ni faire d'œuvres expiatoires et pénibles. S'il n'étcit qu'un pur homme, quelque saint qu'on le supposät, toutes ses souffrances, tous ses travaux n'eussent eu qu'un prix borné, et par conséquent de nulle projortion avec la grandeur infinie outragée par le péché. Il falloit dans une telle union entre les deux natures, que les œuvres de l'homme pussent véritablement s'attribuer à un Dieu, et que la divinité unie personnellement, mais sans confusion, avec l'humanité, conférât au grand œuvre de la rédemption sa valeur infinie. Le fond du mystère une fois présupposé, que! enchaînement de raison ne trouve-t-on pas dans son deveis einer et ses conséquences ?
ou, aucun de ue: dogmes les plus impénétrables ne combat la raison; ‘3 ne contredisent que ::0s sens et nos préjugés; et comhien d'autres vérités incontestables, ans la classe la pli. ordinaire, les contrarient également ? Le rapport des sens est si trompeur., que c'est une des premières maximes de la sagesse, de se tenir dans la défiance à leur égard. Y prendrons-nous
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donc une confiance aveugle, quand il sera question de ce qu'il ÿ a de plus impénétrable, de l'unité d'essence, par exemple, de la trinité dé subsistances vu de personnes dans l'Étre divin? Mais d'où proviennent les difficultés qu'on trouve à croire ce profond mystère? De ce que nous voyons, dans les hommes, qu'une nature ne constitue qu’une personne, et que plusieurs personnes font plusieurs naturesdistinctes. La difficulté vient donc de l’habitude ou du préjugé, et non du jugement ou des lumières de la raison. Pour les contredire, il faudroit affirmer et nier la même chose, assurer qu'il n'y a qu'une nature divine et qu'il y a plus d’une nature divine, qu'il n'y a qu'un Dieu et qu'il y a trois Dieux. Or la foi même nous fait rejeter cette absurdité impie : elle enseigne qu'il n’est qu'une nature en Dieu, et qu'il y a cependant trois personnes. Qui nous induit donc à confondre les termes de personne et de nature? c’est l'imagination seule, et non pas l'intelligence. Mais pour peu qu'on ait de circonspection, ne doit-on pas se tenir perpétuellement en garde contre l'imagination, ou contre le rapport des sens qui n’en differe point? M'en rapporté-je à mes yeux ou à mes sensations, quand elles me disent que le soleil n'a qu'un pied de diamètre, que les couleurs sont quelque chose de sur-ajouté aux corps et à la disposition des parties de leur surface? La raison, d’un autre côté, ne me dit-elle pas que les proprictés des êtres sont analogues à leur nature? Elles sont donc nécessaires dans l’Etre nécessaire ; parfaites dans l'Etre squverainement parfait ; infinies, incompréhensibles , dans l'Etre à qui l'immensité n'est pas moins essentielle que ses autres attributs. C'est doncune prétention insensée, que de vouloir les comprendre : ce seroit un travers, que d'entreprendre de les expliquer.
On ne veut pas croire le mystere de la Trinité, parce qu'on ne le comprend pas : et c'est parce qu'on ne conçoit pas dans toute leur étendue, les termes de nature et de personne qui l’énoncent, qu'on répugne sans raison à le croire, quoiqu’on n'y puisse certainement point trouver de contradiction. Nous savons et nous soutenons, contre l’impiété de Sabellius, comme nous l'avons fait remarquer dans l’histoire de sa condamnation, que les dénominations des personnes divines ne sont pas des sons vains et dépourvus de sens, ou qui signifient des propriétés convenables à une même personne aussi-bien qu'à une même nature. Quoique nous n'ayons pas des idées de tout ce que signifient ces termes, nous en avons de suffisantes, pour n’en pas faire cet usage, aussi impie qu'abusif. Mais il faudruit avoir ces idées completes, si l'on peut s'exprimer de la sorte; il faudroit savoir à fond ce que c'est que nature et personne, pour décider par les lumières de la raison, s'il se peut, ou s'il ne se peut pas, qu'il y ait plusieurs natures dans une seule personne, ou plusieurs personnes dans une seule nature. Jusqu'à ce que nous soyons en état de faire une analyse exacte de ces idées profondes, et d'en saisir tous les rapports, nos jugements naturels, portant sur de simples conjectures, ne seront que des présomptions hasardées et fort sujettes à erreur. Est-ce là le cas de crier à la contradiction, ou même à la pesanteur excessive du joug de la foi? On pourroit donc rejeter les témoignages, même du plus grand poids, sur tout ce qu'on ne pénétreroit point. Par conséquent, moins on auroit de science et de pénétration, plus on acquerroit de droit de ne point s'en rapporter aux personnes mieux instruites et plus éclairées. Peut-il être une conclusion plus déraisonnable ? et dés lors fut-il jamais principe plus fautif que celui d'où elle sort si naturellement ?
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On ne donne point en de pareils écarts, par rapport aux choses humaines Combien de faits extraordinaires ne croit-on pas sans difficulté, quoiqu'ils semblent contredire tout ce qu'on a vu, et qu'ils choquent tous les préjugés? Tant d'exploits des héros de la Grece et de Rome sont de vrais prodiges, par rapport à l’ordre commun des événements : on n'en doute pas néanmoins, parce qu'ils sont appuyés sur des témoignages irréfragables. Il est même de principe, qu'on n'élève point de contestation sur la possibilité des choses de fait, quand elles sont suffisamment attestées. Pour ce qui-est de la nature, combien d'impossibilités prétendues, en physique, que des expériences plus modernes ont fait disparoître? Ces objets sont toutefois du ressort de nos facultés naturelles ; ils sont incomparablement plus à leur portée, que les objets sublimes de fa révélation : on rejette ceux-ci, on admet ceux-là; quelle que soit la cause de cette conduite inégale, elle doit nous être d'autant plus suspecte, que tout l'avantage est du côté de nos mystères. Car, tandis qu'on n'aura point prouvé de contradiction manifeste en cette matiere, on n'aura rien du tout prouvé; et l'on doit avoir au moins pxessenti, aprés ce que nous venons de dire, qu'on n'a pas les notions suffisantes pour démontrer une pareille contradiction, quand par impossible elle existeroit.
Ce n'est donc rien faire, que d'élever des difficultés, de donner lieu à des doutes ou à des soupçons : c'est pourtant ce que les incrédules ont fait de plus fort. Les uns en sont convenus avec franchise et en termes exprès; les autres ont fait et font encore tous les jours le même aveu, d'une maniere équivalente, en regardant les miracles de Jésus-Christ, supposé leur vérité, comme une preuve sans réplique de la divinité du christianisme. La résurrection de Lazare eût converti Spinosa même, à ce qu'il assure, s'il en avoit été témoin : c'est-à-dire, que la vue de ce miracle l'auroit convaincu, que ce qu'il présumoit être contraire à la raison :'ÿ étoit pas réellement contraire, et par consequent qu'il n’y avoit dans nos mysteres que des contradicti:::: présumées ou apparentes.
Mais qu'avons-nous besoin de pareils témoignages ? Tant de Péres. de l'Eglise et de saints docteurs, génies vastes, sublimes, et non moins doués de pénétration et de discernement que de chaleur et d'éloquence, comme tout lecteur équitable en conviendra sur ce qu'il a vu des SS. Cyprien, Basile. Grégoire de Nazianze, Ambroise, Chrysostôme, Jérôme, Augustin, et, e remontant plus haut, d'Aristide, d'Arnobe, de Clément d'Alexandrie, d'O: rigene, de Lactance : tous ces hommes, d'une étude et d'une profondeur immenses, d’un esprit si solide et si juste, tant de vrais philosophes, n'auroient-ils point aperçu les contradictions, s’il s’en trouvoit dans nos dogmes! Vous en avez vu plusieurs, dans les premiers siècles, éprouver :.:- ::ne extrème à se soumettre au joug de la foi. Ils étoient nés dns le paganuisme, et par conséquent dans l'incrédulité ; et le préjugé de l'éducation ne leur avoit point aplani la carrière. Nous avons été de votre religion, disoit en-core Tertullien aux gentils du troisième siècle : nous ne sommes pas nés chrétiens; il nous a fallu le devenir. Mais ces cœurs droits et vertueux, ces esprits véritablement forts et capables d’attachement pour la vérité, concevoient 10 les présomptions et les apparences ne lui ôtent rien de sa réalité. Sans ::::: de pénétrer des objets impénétrables, il leur suffisoit que l'existence : 1 iût solidement établie : l'obscurité même du fond de nos myiitères
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