‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 157 sur 178 · COURS · texte numérisé non relu

COURS

dités révoltantes n’est-on pas contraint d'adopter? Il faut d’abord nier les faits extraordinaires consignés dans toutes les histoires, parce qu'il n'en est aucune dont l'authenticité soit aussi-bien établie que celle des écrits évangéliques. Il faut croire aveuglément , sur l'allégation de quelques esprits dépravés par l'orgueil ou par des passions plus honteuses, que tous les prophètes n'ont prétendu lire dans l'avenir qu'en faveur d'une faction sacrilége; que le plus saint des enfants qui eussent été engendrés par les hommes, que Jean, pris pour le Messie à cause de sa sainteté, n'a refusé ce titre incomparable que pour déférer les honneurs divins à un séducteur ; que lesapôtres, sans excepter Paul, qui fut d'abord animé de tant de fureur contre l'Eglise naissante, que tous les premiers disciples de Jésus-Christ, nt sacrifié leur fortune ou leurs espérances, leur repos et leur vie, à un änposteur démasqué , juste victime de la mort et de l'infamie, à jamais incapable d'inspirer de l'attachement ou de la crainte; que les ennemis même du christianisme favorisérent une entreprise chimérique ; que le concours des événements, ou plutôt la providence qui les dirige, facilita la surprise, fomenta l'erreur ; que le ciel, par les prodiges , apposa au mensonge le sceau de la vérité; que l'homme , que la socicté trouve sa tranquillité, sa sûreté, son bonheur, dans l'imposture et l'impiété:; que les plus fourbes, et par conséquent les plus méchants des hommes, ne respirerent que la sanctification du genre hunain, et sacrifierent tout pour la procurer ; que ce plan a été suivi par une multitude innombrable, qu'il a été exécuté malgré les efforts de toutes les puissances de la terre: en un mot, qu'il s’est fait tout à coup une révolution totale dans les mœurs et la conduite; et qu'au lieu qu’on a toujours vu l'amour-propre se servir de l'imposture aux dépens de la justice et de la charité , ici au contraire la supercherie a servi a vertu aux dépens de toutes les cupidités de l'amour-propre: qu'ainsi, le vice et la vertu , le mensonge et la vérité, l'histoire et la fable, ont des droits égaux sur nos jugements et sur notre attachement. Telle est la moindre partie des contradictions et des absurdités qu'il faut dévorer, en prenant le parti de l'incrédulité. Nos dogmes les plus difficiles à croire présentent-ils des difficultés pareilles ?

Convenons cependant que nos symboles de foi, et plus encore les conséquences pratiques qui en résultoient contre les passions, formoient une furte épreuve, surtout pour les peuples auxquels ils furent d’abord enseignés. L'un des premiers ministres de ce sublime Evangile , de cette sagesse cachée aux sages du siècle, nous apprend qu’elle fut un scandale pour le juif, et un sujet de risée pour le gentil. Il s’agissoit, pour un monde presque tout charnel , de s'élever bien haut au-dessus de la sphère de l'esprit humain ; d'adorer un Dieu pauvre et souffrant ; de le préferer à tout ce qui flattoit les sens et charmoit le cœur ; de donner à ce cœur, si bas et si resserré, une noblesse et une étendue de charité, qui embrassàt tous les hommes, qui reconnût en eux les enfants d’un pêre commun, qui n'envisageàt que des frères chéris dans les ennemis les plus envenimés. Il s’agissoit d'éteindre ou d’amortir toutes les inclinations corrompues de la nature ; de la plier violemment dans un sens tout contraire à ses penchants impérieux, et presque de là détruire pour la dresser ; de mourir à soi; .de renoncer à soimême ; de contrarier ses goûts dépravés, sans ménagement, sans interruption , sans mettre jamais de fin à une guerre intestine non moins durable que laborieuse. Cette religion nouvelle contredisoit en même temps des

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