‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 159 sur 178 · AA · texte numérisé non relu

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de grands flambeaux , qui jettent d'autant plus d'éclat qu'on les agite davantage. Telles furent les causes divines de cette prodigieuse multiplication des adorateurs d'un Dieu crucifié, dès les premiers siècles, non- seulement prés des lieux où il avoit pris naissance, mais parmi tous les peuples, et selon le témoignage particulier de saint Irénée, en Lybie, en Espagne, dans les Gaules, et dans les réduits sauvages de la Cermanie

Qu'on ne nous objecte point l'établissement des sectes. Qui ne sait les voies honteuses ou violentes par lesquelles ces fantômes de religion se sont établis? Ne doit-on pas s'étonner au contraire, de ce qu'elles ne se sont pas mieux soutenues, enflattant, comme elles faisoient , les inclinations dépravées de la nature? Il ne s’agit pas encore de faire sentir le foible du mahométisme : mais on peut déjà le préjuger sur cette règle. Quelle merveille, qu'un enthousiaste hardi, le cimeterre d'une main et l'appât des sales voluptés de l’autre, posant pour base de sa législation la stupide ignorance, prenant de chaque religion ce qui s'y trouvoit d'assorti aux penchants comme aux préventions, et supprimant tout Je reste, immolant tout ce qu'il y avoit d'hommes éclairés et capables de s'opposer à ses attentats; quelle merveille, que ce législateur entraîne à sa suite de grossieres et vicieuses peuplades, des humains comme abrutis, qui faiscient consister le bonheur dans le plaisir des sens, l'honneur dans la force et le brigandage? Est-il plus merveilleux, de voir les premiers hérésiarques, Ebion, Marcion Basilide Valentin, tous les gnostiques et les disciples de Manés, former des partis nombreux , en rappelant sous une forme nouvelle les rêveries impures du paganisme, en lâchant la bride aux passions les plus désordonnées, sous le manteau imposant de la philosophie ou de la réforme? L'indignation publique ensevelit bientôt ces ennemis des mœurs dans un opprobre éternel.

Mais en multipliant les vrais chrétiens, la persécution les détachoit de la terreoüilsse multiplioient.Nes’attachant à rien de périssable, ayant perpétuellement leur âme entre leurs mains, ils se regardoient comme étrangers

rmi les nations, comme un but exposé à tous les traits de la perversité et de la fureur. L'esprit de détachement, et, par une suite nécessaire, la charité qui vivifie toutes les vertus, étoient si profondément enracinés dans leur sein, qu’au temps de saint Justin, qui l'assure en termes exprès, il se trouvoit encore des fréres entre qui les biens demeuroient communs: et si les autres s'en réservoient la propriété, c'étoit pour se mieux assurer de subvenir aux besoins des indigents.

Ces vertus, à la vérité, se ternissent * 1sensiblement. Le calme trop profond qui suivit l'orage, fit succéder une sorte d'engourdissement à la vigilance, et produisit un triste relèchement. Pendant cinquante ans , à compter depuis la mort de l'empereur Sévère, ses successeurs ayant laissé goûter aux fidèles une paix presque sans interruption, on vit dans leur société des fautes et des désordres qu'on auroit peine à croire, si l'on n'en tenoit pas le détail d’un témoin oculaire tel que saint Cyprien. Le luxe et la mollesse, tout l'étalage de la mondanité, les vaines parures presqu'aussi affectées dans les hommes que dans les femmes, la frivolité des mœurs, et tous les symptômes d’une pudeur expirante, ce sont les moindres sujets des reproches que le digne instituteur de ces anciens fidéles faisoit à plusieurs d'entre eux. Les emportements de la jalousie, les haines invétérées, l’infidélité en tout genre de commerce, la fourberie, la calomnie, le parjure, s'intro-

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duisoient parmi les enfants des saints; la piété s'affoiblissoit dans le sanctuaire même, et quelques-uns oublioient, jusque dans le saint ministère, les lois de la charité, de la justice distributive, du désintéressement et de l'intégrité. Effets naturels du penchant rapide qui entraîne l'homme au péché, et que la main qui en avoit suspendu le cours laissa depuis agir si impérieusement , afin de montrer, par les digues qu'elle ÿ opposa, que conservation et l'institution de l'Eglise sont également l'ouvrage du ciel.

Les rigueurs de la persécution de Déce, jointes au zèle des pasteurs, ranimérent la foi et la piété. La pénitence fit refleurir les mœurs, au scin du trouble et du péril. On réprima les confesseurs mêmes, qui, par des recommandations indiscrètes, vouloient procurer aux pécheurs des indulgences excessives et une réconciliation prématurée. Fermeté sage, dont le succés fit connoître que les promesses du Sanveur étoient stables, et que le mal n'avoit pas vicié, si l’on peut s'exprimer ainsi, le fond de la constitution de l'Eglise. Mais à mesure que les péchés se multipliérent, on crut devoir en faciliter l'expiation.

Pour ménager, tant un refuge à la pénitence qu'an abri à l'innocence, quand un calme plus inaltérable fit courir à la piété chrétienne de plus grands périls, des âmes fortes et particuliérement inspirées proposérent un genre nouvcau de martyre, en déclarant une guerre sans reläche à la cupidité, à la volupté, à toutes les passions. Les déserts de l'Egypte et de la Palestine devinrent leurs premiers champs de bataille. Antoine après Paul, Pacôme guidé par un ange dans lesterres qu'arrose le Nil, et sur les bords du Jourdain, Hilarion perfectionné par Antoine, furent les pères et les maîtres d'une infinité de disciples, qui répandirent ces divines institutions sous tous les clinats. Ainsi apprit-on de toute part à mourir pour Jésus-Christ sans le ministére des persécuteurs, et à recueillir une moisson de palmes, proportionnée à la constance que demandoit cette longue mort à soi-même ; martyrs de la mortification volontaire, honorés par le ciel, à bien des égards, des mêmes prérogatives que les victimes sanglantes de l'impiété, et destinées aux mêmes fins. Le Seigneur se proposant d'ouvrir la route à l'Evangile, chez leurs voisins barbares, par ces grands exemples, il se plut à révéler ce muet témoignage par l'éclat des miracles. Des troupes nombreuses d'infidéles accouroient sans cesse à la montagne de saint Antoine, à la cabane, ou plutôt à la cage de saint Hilarion, à la grotte sauvage de saint Aphraste, où la plupart trouvoient la guérison de l'âme avec celle du corps.

Il seroit inutile de prouver des faits, consignés dans les monuments publics par les peuples mêmes qui en avoient été les témoins. Ils eurent tant d'éclat, malgré tout le soin de ces humbles anachorètes à les tenir cachés, qu'ils parvinrent à la connoïissance des maîtres du monde. Vous n'avez pas oublié en quels termes le grand Constantin écrivit à saint Antoine, pour recommander à ses prières la couronne et la famille impériale. Théodose n'entreprit ses plus grands exploits que sur la parole de saint Jean d'Egypte. Les miracles étoient si familiers à saint Hilarion, qu'ils lui échappoient , pour ainsi dire, malgré lui : les malades et les afligés le poursuivoient en tout lieu ; il fut réduit souvent à changer de demeure , à mener long-temps une vieerrante, dans la seule crainte de la gloire qui sembloit s’obstiner à le poursuivre. Tous les Sarrasins qui bordoient le désert de Pharan, sur les J).

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confins de l'Egypte et de la Palestine, embrassérent le christianisme, à la vue des miracles ainsi que des vertus de saint Moïse. Mais qu'est-il besoin d'exemples particuliers ? Ignore-t-on que la célébrité de ces humbles thaumaturges faisoit leur plus grand chagrin, et que sans cesse ils se plaignoient avec amertume , de se voir ravir les pures délices qu'ils étoient venus chercher dans l'obscurité de la solitude?

La seule maniere de vivre de ces hommes tout célestes n'étoit-elle pas un miracle assez persuasif et assez efficace ? Quel prodige plus visiblement divin que la constance de saint Siméon et de quelques autres siylites, exposés sur une colonne, la nuit et le jour, pendant une longue suite d'années! Quoi de plus miraculeux que le triomphe remporté par saint Macaire d'Alexandrie sur les besoins les plus impérieux de la nature , la faim et le sommeil! Il passa debout tout un carême, sans rien boire, et sans manger autre chose que quelques feuilles insipides , les dimanches seulement. Vous verrez d'autres solitaires, qui, se regardant comme déjà morts , ne proférerent pas une seule parole depuis leur retraite jusqu’à leur sépulture. Vous en verrez une multitude manquer même d'un lieu de retraite, errer dans les bois et les montagnes surchargés de chaînes, vivre ou plutôt se consumer lentement parmi les animaux sauvages, avec lesquels ils paissoient quand ils ne pouvoient plus soutenir les extrémités de la faim. De là le nom de paissants,® la Perse où ils vécurent leur donna, en transmettant aux autres peuples ; transports de son admiration. À Constantinople même , et dans plusieu atres endroits non moins connus de l'empire d'Orient , on verra fleurir les nombreuses communautés des moines acémèles ou non-dormants, aï si ’psetcs, parce que, semblables aux chœurs des esprits célestes inaccessibles au sommeil, ils célébroient les louanges divines sans aucune interruption, ni la nuit ni le jour.

Du reste, la mortification de l'esprit et du cœur , la solide abnégation de soi-même , le détachement des choses de la terre, n'étoient pas moins en vigueur dans les sociétés chrétiennes que les austérités de la pénitence. Toutes les vertus qui honorent le Seigneur en esprit et en vérité, et qui font l'âme du christianisme , éclatoient dans tous les ordres des fidèles, dans les places les plus éminentes comme dans les laures et les monastères. On en trouvera les preuves dans la suite de notre narration. Pour ne point anticiper sur le cours des siècles, nous nous contentons de rappeler ici la générosité à jamais mémorable de trois cents évêques, qui, dans la seule église d'Afrique, du temps des donatistes, portérent l'héroïsme jusqu’à céder leurs siéges à ces rivaux schismatiques, en cas qu'ils voulussent rendre la paix à l'Eglise.

Convenons cependant que la conversion et la puissance du grand Conétantin, qui sans doute influérent dans l'estime des Romains et des étrangers mêmes pour la religion chrétienne , contribuérent beaucoup à ses progrès, ou plutôt à sa tranquillité et à sa splendeur ; car il est constant, par tout ce qu'on a vu jusqu'ici, qu'elle étoit répandue auparavant dans tous les climats. Ainsi, elle ne doit point son établissement à la protection de cet empereur : mais les chrétiens n'étant plus réduits a se tenir cachés sous cet heureux empire, l'univers demeura étonné de se voir comme tout à coup chrétien. L'Eglise même se vit aussitôt désolée par le schisme ; et ce fut alors que les Afriçains rompirent sans ménagement les liens de l'unité,

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sous la conduite de plus de cent évêques. Le nombre et l'audace des schismatiques ne firent que s’accroître durant tout l'empire de Constantin, jusqu'à ce qu'ayant tout bouleversé dans les églises de la troisième partie du monde, ils dirigérent leurs attentats contre le siége apostolique, où ils ne trouvérent que la confusion et le principe de leur ruine.

Au donatiste s: ;cignit la formidable hérésie d’Arius. Le prince religieux qui a terrassé l'idoiitrie, devient en quelque sorte l'appui d’une secte presque aussi impie et non moins dangereuse : il flétrit , iltraite en perturbateur et presque en rebelle (335 ) le plus digne défenseur de la foi, le grand Athanase. La vraie religion sans doute lui fut toujours chère , ct l'horreur extrême desdivisions quien retardoient le progrès, exagérées sans cesse à ses oreilles par les prélats et les docteurs les plus imposants, fut l'unique principe de sa dangreuse condescendance, Quelle funeste impression néanmoins ne fit pas ce scandale apparent, en particulier sur son fils et son héritier Constance ! Mais auparavant, quoi de plus visible que les dispositions d’un Dieu jaloux de sa propregloire, dans la survivance qu’il accorde à un prince persécuteur sur ses deux frères, si zelés pour la vraie foi! Après une longue site de règnes favorables à la religion. on eût pu se figurer que les puissances de la terre en faisoient le soutien principal : c'est pourquoi, durant tout le log regne du fils le plus indigne de Constantin , le Seigneur , suivant 1 orédiction de l'Evangile, laisse à Satan déchaïîné le pouvoir d'agiter les fidèles comme le grain dans le van: épreuve beaucoup plusterrible que les violences des Césars , ennemis du nom chrétien, que Constance avilissoit , tandis qu'il s’en faisoit honneur.

Teutation d'un nouvel ordre, ou poussée du moins à des excès encore inconnus. Entre tous les sectaires qui s'étoient élevés jusque-là, onn'en avoit point encore vu de comparables aux ariens, en science, en talents, en vertus apparentes, en tout ce qui peut accréditer la séduction, mais surtout en puissance, en audace, et dans l'art détestable de colorer la violence du zèle de la religion. Perte des biens, des charges, des honneurs, de la liberté, de la vie; ce furent les moyens les moins *:ngereux que des chrétiens suborneurs firent employer à un prince chretisu. Mais séduire les prêtres et les évêques, canoniser les hypocrites et ies «postats, pervertir les conciles, altérer les sacrés syraboles; tels furent les chefs-d'œuvre de la perfide impiété, qui prétendit en vain dépouiller la vérité de ses propriétés les plus inaliénables, de tous ses avantages naturels, afin de s’en revêtir. L'Eglise triompha de l'artifice comme de la violence ; la vérité dissipa tous les nuages dont la séduction couvroit le précipice , tandis que la violence y traînoit les foïbles ; on convainquit l'univers chrétien, que, sous ombre de piété, il ne s’agissoit pas moins que de bannir le fils de l'Eternel du sein de la Divinité, et de le réduire au rang de créature. Constance mourut enfin; mais la foi avoit triomphé avant sa mort.

Elle courut encore, sous le successeur de ce prince, des dangers tout particuliers. L'empereur Julien affecta de prendre une marche absolument differente de celle de Constance, dont ii :.: d'adord cesser la persécution ( 360 ). Elevé dans le sein du christianisme , l'empereur apostat en connoissoit trop bien le génie, pour se promettre de la détruire par la force. Il n'employa d'abord que la flatterie et les caresses perfides. Tous les sujets exilés sous le dernier règne, catholiques aussi-bien qu'hérétiques, furent

indistinctement rappelés : il comptoit par-là introduire dans le sein de l'Eglise la confusion , la zizanie, et tous les désordres qui en sont les suites naturelles. Esptrant ensuite réussir beaucoup mieux en étouffant la vérité dans les ténèbres de l'ignorance, il fit fermer les écoles ax chrétiens et bràler tous leurslivres : il ne leur fut plus permis d'être savauts ni éloquents; la faculté du raisonnement et le talent de la parole, ces dons de la nature les plus indépendants de l'autorité, devinrent la matière de la tyrannie, qui trouva même des couleurs pour pallier ces lâches excès. Les Galiléens, disoit le tyran dans ses blasphemes ironiques, les adorateurs du cr'ucifié, devant croire en lui sans raisonner , l'étude et les sciences leur sont inutiles : il convient de les réserver aux hellénistes, c'est-à-dire au paganisme, qu'il érigcoit en une religion ou en un philosophisme digne de trouver dans l'avostasie son auteur et ses restaurateurs. Certes l'Eglise devoit succomber à ces attaques, si elle n'étoit inébranlable. Elle triompha des piéges et des dérisions, comme elle avoit triomphé du glaive et des échafands. Le sang ne laissa pas de couler, sous l'empire de Julien, en mille rencontres où sa philosophie lui manqua ; et, sous tous les aspects, on doit encore regarder cette partie du quatrième siècle, comme l’âge du martyre.

Tel il paroîtra dans toute son étendue, si l'on en suit les progrès chez les Barbares, particulièrement chez les Perses. On trouvera Sapor, Isdegerde, Cosroës, comparables à Néron, à Domitien, aux deux Maximiens. La pudeur et l'humanité se refusent également au récit détaillé de la persécution de Sapor. On verra un autre persécuteur subjuguer , en Arabie, une ville et tout un peuple chrétien qu'il n’avoit pu pervertir, enfreindre tout droit des gens, décapiter le gouverneur et les principaux citoyens, réduire la jeunesse en esclavage, allumer ensuite un immense bûcher , et y précipiter tous les préires, les moines et ensuite les vierges consacrées à Dieu, sans que la foi d'une seule personne se démentît. Les Vandales égalérent, surpassér:ni ces atrocités impies, dans la vaste étendue de l'Afrique. Dans toutes les terres enfin, où germa la foi chrétienne, elle y fut arrosée de sang et en tira sa principale fecondité.

Mais apres qu’elle eut poussé de profondes racines, un nouvel ordre de providence parut commencer pour l'Eglise. Les signes qui sont destinés, selon l’Apôtre, à la conversion des infideles , les miracles si multipliés à la publication de l'Evangile, devinrent beaucoup moins fréquents par la suite Pour les domestiques de la foi, ou pour lesfideles, les prophéties suffisoient, c'est-à-dire, le dépôt de la révélation, tunt écrite que transmise et interprétée par la tradition, avec les gräces et les dons ordinaires de l'Esprit saint. Aussi jamais les interprètes sacrés, jamais les saints Péres et les saints docteurs ne brillérent avectantd’éclat , que dans le quatrième et le cinquième siècles, comme vous aurez bientôt lieu de vous en convaincre. Mais l'Eglise, essentiellement militante en ce lieu de passage, doit y trouver des combats à rendre dans toutes ses situations, et des ennemis jaloux de tous ses avantages. À la pureté lumineuse de la doctrine, l'enfer en oppose l'abus et la corruption aussitôt aprés la défaite de l’idolâtrie.

Déjà cependant le sort de l'arianisme paroissoit avoir déconcerté à jamais la perfidie hérétique ; le nom arien étoit marqué d’opprobre ; tout lui disoit anathème : mais l'arianisme est ressuscité; il se reproduit sous mille formes

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duite d'Eunomius, d'Aëtius, de Macédonius, qui sembloient avoir applaudi à sa chute.

Nestorius, assez long-temps aprés, sans presque le paroître, sans peutêtre le prétendre, anéantit à son tour la divinité de Jésus-Christ, en séparaut le fils de Dieu du fils de la Vierge-mère. Piége grossier, que vous verrez néanmoins surprendre ou faire chanceler de savants et pieux évêques. Quel docteur, que Théodoret, d'une foi si long-temps suspecte! Quel pasteur, qu'Alexandre d'Hiéraples, qu'un long exercice des plus étonnantes vertus ne préserva point de l'obstination la plus effrayante! Aussi quelle impression ne firent pas ces dangereux exemnles! Si Arius l'emporta sur Nesto+

rius par l'étendue et la rapidité de | tion , celui-ci se fit des sectateurs beaucoup plus obstinés, et acquit à sa rédit et une consistance qui se soutiennent encore aux extrémi orientale. On la retrouve même dans quelques provinces o ous des formes et des noms différents, c'est-à-dire, avec les vai ortent l'empreinte de l'es-

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L'hérésie d'Eutyches, comparable tout à la fois aux deux premières en durée et en étendue, fut encore soutenue de l'autorité d’un concile, convoqué comme æcuménique, et dont plusieurs autres avantages non moins spécieux firent révérer jusqu'à ses prévarications et son brigandage. L’'Eglise pouvoit-elle essuyer des assauts plus terribles que ceux d'un parti, qui voyoit à sa tête l'évêque du second siége , qui portoit le nom de l’un de ces solitaires canonisés, pour ainsi dire, tout vivants, et particuliérement renommé par son zèle contre les ennemis de la foi, du plus puissant des archimandrites, qui tenoit sous ses lois un peuple de zélateurs austères, les plus attaches aux impressions une fois reçues, et les plus ardents à les répandre? Oui, la religion courut des dangers plus grands encore de la part de »’élage , ennemi déguisé, et d'autant plus retoutable qu'il le paroissoit moins. Acharnées, pour ainsi dire , sur le corps même de l'Eglise , les autres hérésies, par leurs emportements, avertissoient au moins les fidèles de se tenir en garde contre elles : mais couvert avec avantage, et semblable à un serpent qui se coule sans bruit sous les fleurs, le pélagianisme pénétroit jusqu'à l’âme de la religion, en infectoit de son venin subtil les parties les plus nobles et les plus intimes, et ne lui laissoit d'elle-même quele squelette et le vain fantôme.

Ce fut contre ces périls que le Seigneur munit la sainte cité de cette abondance de doctrine et de lumières qu’on vit éclater en moins de deux siècles. Quel qu'ait été le nombre de. séducteurs, à quelle multitude ne peut-on pas opposer le seul évêque d'Hippone, le grand Augustin? Combien d’autres grands saints et grands docteurs, dans le cours des mêmes siècles? Tels furent, pour nous borner aux plus célébres, les Léon, les Cyrille de Jérusalem et d'Alexandrie, les Jérôme, les Epiphane, les Grégoire de Nazianze et de N ysse, les Basile, les Amphiloque, les Jean Chrysostôme, les Ambroise , les Hilaire, et leur digne modéle, l'incomparable Athanase : multitude surabondante sans doute, quel que füt alors le besoin de l'Eglise ; mais le Seigneur mettoit comme la dernière main à l'édifice, dont il est l’architecte et le principal ouvrier. Quoiqu'il l'eût établi sur le fondement des prophetes et des apôtres: ces monuments divins pouvant s'envisager et s'envisageant en effet sous tant d'aspects divers, il étoit de son immuable

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