CR C
“Fz
sagesse de fixer à jamais le sens des points capitanx et déjà discutés par une foule d'interprètes si pleins de son esprit, si distingués dans l'ordre des talents même , qu'on ne pût opposer, à l'unanimité de leurs suffrages, qu’une espèce de stupidité, ou qu'une témérité révoltante,
En effet, quelle force de raison dans leurs écrits! quelle étendue ct que} <hoix d'érudition! quelles grâces même, et quelle éloquence! Que les Peres latins et la plupart des grecs, si l'on vent, s'énoncent moins purement que &s orateurs de Rome et d'Athènes ; ils n’en paroîtront pas moins eloquents, si l'on sait discerner l'éloquence de l'élocution, qui n'en est que l'écorce, Toujours on leur verra choisir les raisons les plus fortes et les plus frap- Jantes, les présenter avec ordre et dans un beau jour , user de vives images, se tours heureux, de figures grandes et animées, rendre en un mot leur discours touchant et persuasif, et même beaucoup plus agréable que ceux de tous les écrivains de leur temps. Quelle difference, par exemple, de la manière vaine, affectée, puérile de Libanius, au sens exquis et pressé, à la justesse, à l'énergie, au véritable atticisme de saint Basile, et même à l'abondance un peu asiatique, mais toujours solide et intéressante, de sain Jean Chrysostôme! Quelle différence ne remarque-t-on pas, à travers la rouille même de l'Occident, entre le pedantisme de Symmaque et l'amépité naturelle, la simplicité noble et naïve de saint Ambroise!
Mais ce qui nuus importe bien autrement, quel concert unanime parmi ce grand nombre de docteurs, dans le fond des choses, sur tous les points capitaux, et sur chaque article de notre foi donné pour tel par l'Église! Ni l'éloignement des lieux qu'ils ont habités dans les trois partics du monde connu ; ni la différence des mœurs et des idées; comme des idiômes et des goûts; ni la distance des temps, en remontant même de cette époque jusqu'aux premiers disciples des apôtres : rien ne met la moindre diversité dans l'enseignement public ni dans la croyance; rien qui ne concoure à former cette chaîne de tradition orale, non moins fixe que le dépôt des révélations de l'Ecriture, dont elle fait le complément. Dans cette foule d'hommes de génie, on remarque sans doute la riche variété des talents naturels , ainsi que des dons reçus d'en-haut : on admirera particuliérement, dans Athanase, la sagacité et la force du raisonnement; l'onction et la douceur du style d'Ambroise; la brillante et pathétique éloquence de Chrysostôme; la noble élégance et 1 précision de Basile ; la sublimité jointe à l'exactitude dans Grégoire, dit pour cela le théologien; le nerf et l'érudition de Jérôme: enfin tout ce que la plupart de ces qualités ont de plus utile à l'Eglise, employétour à tour par Augustin. Mais en même temps on trouvera une invariable conformité de doctrine entre eux tous, la plus parfaite uniformité dans tous les points définis par l'Eglise. Avec toute la fécondité du génie et la chaleur même de la verve, malgré l'attrait de la matiere et la démangeaison si naturelle à l'homme d'enchérir, de controuver, de travailler d'imagination sur le fonds inépuisabie du dogme et de la morale; bien différents des rhéteurs et des philosophes profanes, nos saints instituteurs n'aspirent nulle part au mérite de l'invention : ils la regardent, au contraire, comme la flétrissure la plus honteuse pour leurs écrits et pour lenr personne: ils font consister tou’e leur gloire doctorale à recueillir fidclement les vérités les plus connues, puis à les transmettre sans aucune ombre d'altération. Le plus grand avantage qu'ils prétendent sur leurs
par nne » «les ta- , qu'une
e et quel les Peres merit que loquents, l'écorce, lus fraps images, mot leur que ceux mple A de pressé, à t même à , de sain ravers la et l'amé-
ne parmi les points r l'Eglise !
du monde mes et des oque jus- 2 diversité oncoure à bôt des récette foule es talents iérement, et la dou- Chrysose à l'exachdition de tile à l'Etrouvera faite uniondité du ire et la , detramorales nts instident, au s et pour ueillir fi- 1s aucune sur leurs
DISCOURS, 53,3 émules hérétiques, c'est de convaincre l'univers que ces vains et faux doc teurs n'en ont point usé de la sorte.
La règle des conciles généraux eux-mêmes, ces organes infaillibles de la vérité incréée, c'est, ou le sens donné aux Ecritures par le torrent des Peres, ou l'uniformité et la perpétuité de la croyance et de l'enseignement dans les docteurs et les pasteurs des diverses églises. Ainsi procéda-t-on, à l'exemple du premier concile œcuménique, dans ceux de Constantinople, d'Ephése et de Calcédoine; tous quatre comparables aux Evangiles, dans les droits qu'ils ont à notre soumission ; tous quatre célébrés dans les cent vingt-six années qu'on peut regarder, dans ce prennier âge, comme le temps de l'adolescence de l'Eglise, et auquel ce vaste corps, si l'on peut s'exprimer ainsi, devoit naturellement éprouver la plus grande fermentation. Aussi tous les chocs d'humeurs, de passions, d'opinions s'y faisant sentir, tous les principes qui les devoient calmer et régler, tous les points fondamentaux de la doctrine du salut, y furent discutés, éclaircis, à jamais constatés,
Assez peu de temps après néanmoins, on vit les relâchements les plus ctranges et les plus tristes scandales. Rien de plus hideux que le tableau des mœurs africaines, que nous verrons bientôt dans les écrits véhéments du prêtre Salvien. Saint Jérôme et saint Chrysostôme ne parlent guere moins fortement des abus qu'ils avoient sous les yeux. Jérôme, si respectueux à l'égard de l'église romaine, dit toutefois que la contagion avoit pénétré jusque dans cet auguste sanctuaire; qu'il s'y trouvoit des ecclésiastiques aussi adonnés qu'on en voit de nos jours à cette afféterie, qui marque toujours la frivolité des mœurs, si elle n'en démontre pas la corruption; que différents clercs briguoient les offices qui les éloignoïent le moins de la fréquentation des femmes; que d'autres, plus avares que voluptueux, se faisoient les complaisants des dames âgées.et opulentes, afin d'avoir part àleurs libéralités testamentaires. Dans les avertissements de l'éloquent patriarche de Constantinople aux clercs de son église, on voit que lesGrecs ne différoient des Latins, que par plus d'adresse à pallier et à légitimer en quelque sorte leurs liaisons suspectesavec des personnes de sexe différent. Quel orage n'excita point, contre ce vigilant pasteur, l'opprobre dont il flétrit l'association des clercs avec ces personnes qu'ils appeloient sœurs adoptives, mais que le public nomma femmes sous-introduites? Qu'on juge de la grandeur du mal, par les excès où s'emportérent le: coupables, qui procurérent au saint évêque le bannissement cruel, où sa vie saccomba enfin à la continuité des mauvais traitements. Mais qu'on remarque aussi le courage épiscopal, qui soutint les mœurs et la discipline au milieu de tant de calamités.
Si l'on vit encore l'ambition briguer l'épiscopat, on vit aussi rappeler la pureté sévère des anciens canons. Il commençoit à passer, cet heureux temps, où il falloit tantôt arracher de force un humble solitaire à sa grotte pour le faire monter sur la chaire pastorale, tantôt donner des gardes a un laïque vertueux de peur qu'il ne s'y dérobât par la fuite. Mais l'Eglise invoqua, contre cette licence profane, les puissances chargées de sa protection extérieure ; et l'on remit en vigueur les canons, qui déclaroient indigne de l'épiscopat quiconque n'y étoit pas élevé malgré lui.
Le relâchement et les abus gagnerent jusqu'à cette classe privilégiée de fideles, qui avoient fait si long-temps l'édification et la plus douce consola-
ae re ce en ge re ER 2 F ".