‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 16 sur 178 · RER NES DRE EST · texte numérisé non relu

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6 (AN: 1676.) HISTOIRE Fordre de Dieu en agissant ainsi: Cette réponse plut à la mattresse, et redoubla son intérêt : elle dit à la jeune mendiante, que dans l’état de foiblesse où elle la voyoit, l'air de la campagne lui feroit du bien , et lui proposa de l'y emmener avec elle. Jeanne connoissoit de réputation le mérite du père de Bray, qui venoit de temps en temps à Paris faire des exhortations privées à des religieuses ; avec une onction dont elles étoient singulièrement édifiées. Dans le désir de l'entendre, et de prendre ses conseils, elle consentit à suivre la maîtresse d'école.

Jusqu'ici surtout on trouvera de la différence entre notre récit et la vie imprimée de cette illustre inconnue, non pas toutefois pour le fond des choses, mais pour l’ordre des faits, et dans quelques circonstances qui n'ôtent rien à la vérité de l'histoire même. C'est que nous avons cru devoir ajouter foi aux collections manuscrites d'observateurs actifs, circonspects, judicieux, et qui n’ont d'autre intérêt que celui de la vérité, plutôt qu'à un livre qui n'inspire pas à beaucoup près la même confiance. Quiconque ment en un point, peut mentir en bien d’autres, et ne mérite plus de croyance que dans les choses où il se trouve d'accord avec des auteurs plus croyables. Or, le moindre reproche qu'on puisse faire à l’auteur de celui-ci, c'est qu'il a travaillé d'imagination. Malheureusement encore il ne l'a pas noble, Et qui pourroit, sans porter ce jugement, l'entendre placer une jeune demoiselle qu'il suppose de la maison de Montmorenci, dans une voiture publique au bureau des coches de Versailles, non pas après qu'elle se fut dérobée aux grandeurs du siècle, mais quand il étoit question de la produire à la cour pour un établissement assorti à sa naissance ? Mais ce n'est là qu'ua ridicule indifférent à la religion; en voici d'une antre espèce. Quoi de plus suspect, et de plus analugue à la nouveauté, que de lui faire dénigrer par de pieux gémissements, tant les directeurs d’une société poursuivie jusqu'après le trépas par certains novateurs, que l'auteur des Maximes des Saints, qui leur est pareillement odieux et pour la même cause ? Quoi de plus téméraire et en même temps de plus maladroit, ou de plus propre à trahir l'incognito que prétend garder l'anonyme jacobin dans son livre, que des'y élever

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DE L'ÉGLISE, (An 1676.) 7 lui-même contre l'immaculée conception de Marie? Le voici. cet excès de témérité et de vertige, qui toutefois ne doit pas surprendre: quand on fronde en un point les anathèmes du siége apostolique, il n'est pas étonnant qu'on les fronde en tout. Le biographe. anonyme canonise les religieuses de Port- Royal, qui au lit de la mort ayant plus d'éloignement que jamais de la signature du formulaire , et n'abjurant pas moins le bon sens que la foi, il applaudit au fanatisme qui leur fit déposer sur là poitrine de l’une de leurs sœurs qui venoit de mourir, un appel à Jésus-Christ contre les pasteurs de son Eglise, avec charge de le présenter dans l'autre monde à son tribunal redoutable :; ainsi tendoit-il sourdement à faire honneur à son hérétique parti, d’un prodige d'abnégation le plus étonnant de son siècle. C'eût.été en effet un assez beau sujet de triomphe, qu’une jeune Montmorenci qui se dérobe à toutes les grandeurs du siècle, et va s’enterrer dansun désert inconnu pour s'y faire janséniste : mais qui seroit assez dépourvu de bon sens, pour croire à cette chimère ? Il la faut reléguer, avec tant d'autres fictions de même espèce, dans l'église de Port- Royal et d'Utrecht, qui avouant par-là l'impuissance où elle est de produire les vrais saints s'efforce en toute rencontre de les ravir à l'Eglise romaine.

Ce fut à Château-F'ort que l'illustre Jeanne pritla résolution de vivre, non-seulement inconnue au monde, mais crucifiée au monde, et déjà retranchée du commerce du monde. Cependant le père de Bray désapprouva d'abord que la maîtresse d'école se fût chargée de cette inconnue : qui peut-être, lui ditil, vous jouera, comme vous l'avez déjà été par d'autres aventurières. « Non, mon père, lui répondit-elle, il n'y a sûrement rien à craindre pour celle-ci; vous en serez content quand vous l'aurez vue. Elle a quelque chose de surnaturel dans la physionomie; c'est la figure et l'air de recueillement d’un ange. Il est impossible que vous n'en soyez pas frappé, comme je l'ai été moi-même. » En effet, dès qu'il lui eut parlé, il la regarda comme un ange revêtu d'un corps mortel, prit tous les sentiments d'un père pour sa fille en Jésus-Christ, et se chargea

t Vie de la Solitaire des Rochers, imprimée en 1787, pag. 23 et 58.

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