‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 17 sur 178 · RE EC TA TT · texte numérisé non relu

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8 (Ar 1676.) HISTOIRE de sa conduite en s’humiliant devant le Seigneur , qui commeéltoit à ses soins une Âme si précieuse.

On ne sait pas combien de temps elle fut à Château-Fort, ou dans le voisinage; mais elle y passa un temps assez long, pour apprécier le mérite du père de Bray, à qui elle accorda une entière confiance que ne diminua point sa fuite au désert, et qui dura autant que ‘vécut ce vertueux directeur. Longtemps elle lui parla de son attrait pour une solitude ignorée de tous les humains, sans pouvoir jamais l'amener à lui donner son approbation : mais il fut attaqué d'une maladie que tout le monde crut mortelle, et qui dura long-temps; en sorte qu’elle fut obligée de prendre un autre confesseur. Indépendante alors du père de Bray, et plus attirée que jamais par l'esprit de Dieu, qui voulait en pleine liberté, pour ainsi dire, lui parler au cœur, elle partit pour aller chercher une solitude jgnorée de tous les hommes. Elle fut environ deux années sans en trouver une qui la fixèt : elle parcourut différentes provinces, où depuis on à fait rechercher le lieu de sa retraite. Mais si l’on avoit mieux lu ses lettres, déjà tombées entre les mains de plusieurs personnes, on ne se seroit pas donné tous ces mouvements inutiles, qui occasionèrent même une dépense considérable ; on y auroit vu que les deux solitudes qu'elle a occupées successivement n'éloient qu'à trente lieues de distance l’une de l’autre; que la dernière étoit à dix lieues des limites d'Espagne, et à quarante de Notre-Dame de Mont- Serrat, pèlerinage célèbre que fit cette solitaire, et qui est en Catalogne : sur quoi l'on aurait conclu nécessairement, que ce désert ne pouvoit être que dans les monts Pyrénées, vers la partie orientale de leur vaste chaîne,

La solitaire des Pyrénées avoit environ quarante-cinq ans lorsqu'elle se fixa dans le réduit sauvage qu'elle nomme dans ses lettres la solitude des Rochers : c’étoit un petit espace de forme pentagone, environné de cinq rochers qui formoient une espèce de croix, et qui en rendaient le centre inaccessible, ou du moins invisible. Du pied de l'un de ces rochers, plus élevé que les autres, sortoit une source de très-bonne eau, et son sommet formoit comme un observatoire pour découvrir les curieux qui voudroient s'en approcher. Il y avoit

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DE L'ÉGLISE. (AN 1656.) 9 au bas trois grottes, dont l'une étoit un souterrain tortueux et fort profond, qu'eile choisit pour sa cellule; les autres lui tinrent lieu de chapelles. Cette solitude étoit éloignée d'une grande demi-lieue de tout chemin, et environnée d'une épaisse forêt, ou plutôt d'un hallier si fourré, que pour y parvenir il fallvit se traîner long-temps sous les ronces et les épines par un sentier qui ne sembloit praticable qu'aux animaux sauvages. L'intrépide solitaire n’y rencontra cependant point de bêtes féroces, si ce n'est un ours qui eut plus peur qu'elle : mais il y avoit beaucoup de cerfs, de chamois et de lapins; il y avoit aussi des arbrisseaux qui portoient des fruits assez ressemblants, pour le goût et la couleur, à des prunes de damas violet. Les rochers étoient couverts de néfliers, dont les fruits étoient fort gros et fort bons. Le froid y étoit supportable, au cœur même de l'hiver, et la chaleur s’y trouvoit tempérée par la fraîcheur des rochers ou des bois qui les environnoient.

Ce fut là que cette fervente épouse de Jésus-Christ se trouvant absolument seule avec son divin époux, tous les vœux de son cœur furent enfin satisfaits. Affranchie de la captivité du monde, elle chantoit les bienfaits de son libérateur avec tous les transports d'Israël tiré de la terre barbare d'Egypte ou de Babylone. Toutes ses pensées, tous les mouvements de son cœur n’étoient que des élans d'amour et des effusions de tendresse pour le Seigneur, qui remplissoit toute la capacité de son âme. On ne peutrevoir l'expression de ces sentiments dans ses lettres, sans ressentir au moins quelqueétincelledu feu divin qui la consumoit.

11 lui restoit cependant quelque embarras pour la fréquentation des sacrements, et pour la messe des jours de précepte Ce dernier article fut le moins inquiétant. Dans le voisina : de sa forêt, il y avoit deux abbayés, l'une d'hommes d'un dt et de l’autre une defilles. Pour se faire moins remarquer elle alloit tantôt dans l’une, et tantôt dans l’autre, pour la iesie et l'office des jours de fêtes. Elle se proposoit aussi de prendre un confesseur dans l’abbaye d'hommes : mais elle y trouva ce qu elle ne cherchoit point, c'est elle-même qui s’en exprime ainsi dans ses lettres, et n'y trouva pas, au moins d'abord, ce

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