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tion de l'Eglise. L'esprit d'erreur et de faction mit tout en trouble parmi les solitaires, presque innombrables dans l'empire d'Orient. lis puisérent dans les principes d'Eutychès le goût de l'indépendance, de la sédition , et de la rébellion déclarée. Les attentats des hérétiques excitérent quelquefois l'enthousiasme et la rivalité parini les orthodoxes. Ainsi verra-t-on une troupe de cinq cents moines, faire, du mont de Nitrie, une irruption dans la capitale d'Egypte, et porter une main violente sur le gouverneur de cette province, parce qu'il se montroit contraire aux défenseurs de la saine doctrine. On verra dans les troubles de l’origénisme, les partisans hérétiques de Théodore de Césarée et de Domitien d'Ancyre, former une armée des moines leurs anciens confrères, assiéger en regle les laures catholiques, livrer des assauts et des batailles, donner tous les spectacles de la guerre, en inonder la scène d'un fleuve de sang.
Quelle épreuve, surtout, de voir les trois grands sièges de l'Orient oc cupés tout ensemble par les eutychiens ; l'église impériale abandonnée à la perfidie d’Acace; celle d'Alexandrie successivement en proie à Timothée Elure et à Pierre Monge: un antre Pierre quitter le inaillet de foulon pour le bâton pastoral, et porter sur l'auguste siége d’Antioche des sentiments indignes même de la plus vile profession! L'Eglise courut un péril plus grand encore sous le tyran Basilisque, qui fit condamner les saints décrets de Calcédoine par cinq cents évêques ; et l'égalité que l'empereur Zénon établit, par son Hénotique, entre l'héresie et la vérité, fut peut-être un piége plus dangereux encore que le scandale de cet attentat.
En Occident, au premier aspect des nouveaux dangers que va courir l'Eglise, abandonnée, avec les débris de l'empire, à la férocité de vingt peuples barbares ; qui ne la croiroit encore plus chancelante qu'au milieu des sectes orientales ? Mais la suite des événements ne servira qu'à faire mieux entrer dans les vues de l'éternel Conservateur de l'édifice de son Christ. Tel que la pierre angulaire sur laquelle il s'élève, il brise tout ce qui vient y heurter; ou comme un navire invincible, il pré ‘-‘te et submerge sous sa inasse les frêles esquifs qui génent son pass: "Eglise devoit être abattue, bouleversée, anéantie par les violente; :. : uptions qui avoient renversé le trône des Césars : elle triomphe au contraire des vainqueurs qui ont triomphé des maîtres du monde, |
Elle n'imprime pas seulement le respect, par ses humbles ministres, au terrible Attila, si justement surnommé le fléau de Dieu ; à Odoacre le contempteur et le destructeur de la dignité impériale: mais elle impose son joug au plus grand de ces nouveaux potentats. Abaisse ton front, fier Sicambre, dit-elle au fondateur de ces puissances qui tient encore le premier rang entre elles ; adore ce que tu blasphémois, et brûle ce que tu as adoré, Les Anglais-Saxons mettent le comble à l'infortune de la Grande-Bretagne, qui les avoit rappelés à son secours. Des essaims d'oppresseurs, au lieu de libérateurs, abordent sans cesse à cette belle conquête, et ils y établissent jusqu'à sept tyrans. Mais quand ils en auront subjugué les peuples et les
rinces, vous leur verrez embrasser le culte saint et les lois des vaincus; faire, du théâtre de leur brigandage, la terre des saints et le plus sûr asile de la religion.
Si les Barbares infectés de l'hérésie se montrent encore plus ennemis de la vraie foi que les idolètres, la protect'on du Seigneur sur son Eglise en
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paroîtra aussi plus sensible, dans les hommages sincères qu'ils lui rendront à leur tour. Admironsd'abord l'économie de la Providence, qui ne leur permit de franchir les barrières où elle les tenoit resserrés, qu'après que l'arianisme, détruit ou du moins diffamé dans l'empire, n'eut plus rien de scduisant ; et qu'au lieu d'apostats, ses féroces et grossiers sectateurs ne pouvoient plus faire que des martyrs. Alors ceux des Barbares qui avoient inarqué le plus d'attachement aux impiétés d'Arius, les Suèves , à l'exemple de leur roi Théodmir, les Visigoths, sur les traces du pieux Récarède, signalent leur catholicité entre toutes les nations anciennes et modernes, en tirent le titre le plus flatteur pour leur monarque, et le plus révéré des peuples.
Si le Vandale endurci s obstine irrémédiablement dans l'erreur, la divine justice brise le sceptre dans la main que la clémence n'a point fléchie, et tire l'avantage le plus précieux pour les fideles, de la dureté des persécuteurs. Défigurée avant ces épreuves par les taches les plus flétrissantes, l'église d'Afrique perd l'aliment de ces vices, qui se consument dans le creuset des persécutions ; et sa vertu, aussi-bien que sa foi, en sort si pure et si vigoureuse, qu'on ne la verra plus se démentir. Pour ruiner le christianisme en Afrique , les scctateurs de l’Alcoran seront réduits à exterminer les Africains mêmes, et à partager avec les lions et les tigres leur domination destructive. En un mot, la foi chrétienne triomphera si parfaitement de idolätrie et de l'hérésie barbare, qu'avant la fin du sixième siècle, tous ces nouveaux maîtres, Hérules, Ostrogoths et Lombards en Italie, Visigoths, Alains et Suèves en Espagne: Francs et Bourguignons dans les Gaules; ou perdront leur couronne et leur nom, ou, abjurant l'impiété, rendront leurs hommages au fils de Dieu et à son Eglise.
Il est vrai que la plupart de ces premiers princes que l'épouse de Jésus- Christ avoit enfantés avec tant de douleur , lui firent éprouver bien d’autres amertumes; ils afiligérent surtout cette mére si tendre, par la négligence de leur intérêt capital, de l'affaire uniquement nécessaire du salut. Mais en faisant des plaies mortelles à leurs propres âmes, ils poursuivoient au moins les vices étrangers, et applaudissoient aux vertus qui ne choquoient pas de front leurs penchants. Souvent même, avec une droiture conforme à leurs mœurs dures mais intègres , ils prononçoient contre eux-mêmes, et se portoient à des pénitences que la sagesse des pasteurs étoit obligée de moñérer. Leur ferveur, impétueuse et passagere, si l'on veut, ignoroit au moins ces lenteurs de la circonspection et de la politique, qui font manquer toutes les œuvres d'édification, ou qui leur enlevent presque tout ce qu'elles ont d'édifiant. On en verra quelques-uns, tels que Sigismond, roi de Bourgogne, après un crime à peine commis, en marquer une douleur que toutes les œuvres d'expiation ne pouvoient calmer, et prier efficacement la divine justice de le laver elle-même dans leur sang. Vous verrez Childebert, après qu'il eut trempé ses mains dans le sang de ses neveux, s'arrêter dans l'exécution même de ce forfait, et s'appliquer tout le reste de sa vie à consoler l'Eglise de cet énorme scandale. La plupart de ces princes, tandis même qu'ils s'abandonnoient à leurs passions, marquoient du zele pour tous les genres de bonnes œuvres qui ne contraignoient point leurs penchants, et qui ne laissoient pas de contribuer à l'avancement du service divin. De la tant de monastéres, assëz richement fondés pour servir d'asiles à la piété
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d'une infinité de fideles; tant d'églises bâties et ornées avec magnificence : tant de dons et d'instructions de toutes les sortes, pour le bon ordre et la majesté du culte public.
Ces princes vicieux, mais qui aimoïent ou estimoient la vertu, révéroient les pasteurs, prenoient souvent leurs conseils : libres, dans leur ignorance, de nos savants paradoxes et de nos raffinements pernicieux, ils concevoient au moins l'étroite connexion des intérêts de la religion âvee ceux de leurs couronnes et avec la soumission des peuples; ils maintenoient les mœurs, la discipline et l'obéissance due à ses dépositaires naturels, à tant d'évêques si vénérables d'ailleurs, dont le Seigneur pourvut alors les régions conquises plus abondamment peut-être qu'a nulle autre époque. Bornons aux provinces de la Gaule une énumération qui ne finiroit point : quels plus dignes pasteurs que saint Avit de Vienne, saint Médard de Noyon, saint Gildard ou Godarg de Rouen, les saints Germain d'Auxerre et de Paris, saint Loup de Troyes, saint Grégoire de Tours, saint Paul de Léon, saint Lo de Coutances, saint Sulpice de Bourges, saint Gal de Clermont, saint Césaire d'Arles, et une infinité d'autres, presque tous contemporains! Si la société des Barbares, devenus citoyens, avoit occasioné des relâchements et des désordres presque inévitables; avec quelle vigilance, quelle sagesse, quelle persévérance infatigable, soit dans leurs diocèses particuliers, soit dans leurs fréquents conciles, ils étudioient les moments; ils choisissoient les moyens les micux assortis aux temps et aux personnes, pour empêcher les progrès des abus, pour sauver du naufrage les restes précieux des anciennes régles, pour se rapprocher insensiblement de l'ordrè primitif! S'ils usoient d'indulgence envers des vainqueurs nouvellement passés de la barbarie à la loi sublime du Christ, leurs compensations très-sages n'étoient pas moins jusies ; sans se relàcher sur les obligations indispensables, entre les voies différentes qui conduisoient au rmême terme, ils leur indiquoient au contraire les plus propres à les y faire enfin parvenir.
Le dommage le plus considérable que les Barbares causérent à l'Eglise, fut sans contredit la décadence des sciences et des études, si incompatibles avec leurs mœurs vagabondes, avec leurs courses perpétuelles et leurs expéditions tumultueuses. Ce qui faisoit le principal soutien de la foi et des mœurs depuis la fin des persécutions générales, les fruits des savants travaux des Péres et des saints docteurs furent au moins négligés des nations nouvélles, s'ils n'encoururent point le mépris général qu'elles avoient conçu pour la culture des arts libéraux : occupation exclusive des vaincus, c'està-dire, des anciens habitants, et qui, participant au discrédit de ceux qui la remplissoient, ne passa plus dans l'esprit des vainqueurs que pour un exercice de làcheté ou de mollesse. Mais il n'en est pas des sciences comme des empires, dont une bataille perdue peut ronsommer la catastrophe. I fallut des siècles entiers pour faire tomber les études et les arts; ce qui ne s'cffectua que dans le second âge de l'Eglise. Mais pour le premier âge, il fut presque toujours également lumineux dans toute l'étendue de son cours. A l'époque même de l'invasion des Barbares, le ciel prodigua la doctrine ct les lumicres, avec une profusion capable de refluer jusque sur les jours ténébreux que tani d'orages devoient naturellement amener.
Combien de traits éclatants de vertu, aussi-hien que dedoctrine, n'illustrérent-ils pas encore le sixième siècle ? Eu Orient même, où l'esprit de
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foi et d'unité menaçoit déjà d'un triste déclin, où les empereurs Anastase et Justinien trouvèrent en si grand nombre des clercs, des abbés, des évêques, faciles à seconder leurs profanes entreprises; on voit néamnoins ‘le saints prélatset d'illustres cénobites, incapables de trahir pour César la cause de Dieu. Tels vous admirerez, entre les solitaires, saint Sabas et saint Théodose, qui, de l'intégrité de la foi, firent la base de la discipline et de la perfection régulière dont ils furent les restaurateurce. Si les patriarches d'Antioche et de Jérusalem, Flavien et Elie, oublient jusqu'à la vénération due à un concile æœcuménique; si Macédone a la foiblesse ou la simplicité de souscrire à l'Hénotique de Zénon: vous verrez ces mêmes évêques réparer leur faute avec avantage, et perdre leurs siéges plutôt que d'abandonner la foi; vous verrez Justinien lui-même, si mal éclairé sur tant d'autres intérêts de l'Eglise, la protéger par ses lois, l'honorer par son zèle pour la réduction d'une foule d'hérétiques et de schismatiques, travailler avec empressement à l'étendre chez les nations infideles.
Mais c'est en Occident, que l’âge de ferveur mérita toute la gloire de ce titre jusqu'à son dernier période. Vous y verrez saint Benoît, en Italie, cet illustre patriarche de nos cénobites, dont les vertus et les miracles eurent des rois pour témoins et pour admirateurs; saint Colomban, dans l'ile des Saints, puis dans les royaumes divers de la Gaule; saint Martin de Dume, en Espagne; saint Fulgence, en Afrique et sur les côtes sauvages de la Sardaigne, dans les repaires écartés de la piraterie et du brigandage; vous les verrez faire fleurir la piété, la régularité, le détachement, la concorde, toute la sublimité des vertus admirées dans la société des premiers fideles. Je ne parle point de leurs disciples innombrables, et presque aussi admirables que les maîtres: bien moins encore de la multitude infinie des chrétiens parfaits, qui brillérent dans toutes les conditions, et surtout dans l'épiscopat. Saint Grégoire, à qui sa vertu, sa sagesse et sa doctrine acquirent avec tant de justice le surnom de Grand, eût suffi lui seul pour illustrer à jamais son siècle.
Après tant de prodiges de vertu, est-il besoin de relever les miracles, qui moins fréquents à la vérité qu’au temps de l'établissement de l'Eglise, y éclatoient encore pour faciliter ses progrès, et qui n’y cesseront dans aucun âge, puisque Dieu est à jamais admirable dans ses saints? Sans parcourir au loin tant de lieux consacrés par les cendres des amis de Dieu, qui y reposoient, et où la profusion des dons merveilleux d'en-haut attiroit sans cesse des milliers de pélerins; n'avons-nous pas, au centre de notre patrie, de quoi convaincre tous ceux qui n'ont pas pris une résolution fixe et préméditée de se refuser à la persuasion? Qui peut, sans un scepticisme absolu, ravir, apres une possession de tant de siecles, letitre de thaumaturge à saint Martin de Tours? Or, est-il rien mieux attesté, que les merveilles sans nombre qui le lui acquirent? N'’est-il pas consigné dans les mêmes monuments que la conversion , que la religion de nos premiers rois, qui érigerent tant de temples et d'oratoires à ce puissant patron, qui lui firent hommage de tant de victoires et lui en consacrèrent de si magnifiques trophées, à qui les serments faits par son nom parurent si terribles et si inviolables, qui célébroient ses fêtes avec une solennité et une allégresse dont nous retrouvons encore des vestiges aprés quatorze siècles ?
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clamations de rhéteur , sur la siroplicité et la crédulité des temps antiques: au jugement des personnes tant soit peu versées dans la connoïssance de l'antiquité , ce ne sont là que les vagues défaites de la mauvaise foi, ou d'une ignorance méprisable. Nous aurons soin de faire observer la religieuse , la scrupuleuse circonspection des prélats, dans l'examen et la publication des miracles. Des les premiers siècles, on chassa de l'Eglise les imposteurs abusés par un faux zèle pour la gloire des apôtres et des martyrs , à qui ils attribuoïient des écrits ou des œuvres merveilleuses de leur propre invention. Dans le cinquième siécle, vous verrez saint Augustin présider lui-même aux relations des miracies opérés par les reliques de saint Etienne, et à la rédaction des monuments qui en devoient perpétuer le souvenir. Avec quelle sagesse ne procéda-t-il point, soit à la vérification, soit à la confirmation des moindres circonstances de ces merveilles, quoiqu'elles eussent eu pour témoins les villes entières d'Uzale et de Calame? Dans la lecture de ces récits, qu'on fit publiquement à la fête du saint martyr pendant une longue suite d'années, on s'arrêtoit à chaque miracle , et l'on faisoit paroître la personne sur laquelle il s’étoit opéré , afin que tout le monde en reconnût la réalité et la durée, afin que l'imposture n'eût pas plus de part à l’édification qu’à l'institution de l'Eglise. Telle fut, depuis son origine, la vigilance des pasteurs sur tout ce qui peut contribuer à la sûreté du sacré dépôt : telle sera, comme vous le verrez dans toute la suite de cet ouvrage, la fidélité de celui qui a promis d’être avec elle.jusqu'à la consommation des siècles.
Il ne faut que suivresans préoccupation l’histoire des périls et des triomphes de l'Eglise, pour se convaincre de la vérité et de la divinité de la religion qu'elle nous enseigne: comme il suffit d'observer la marche de l'impiété, pour en sentir la foiblesse et l’inconséquence. Les bornes d'un discours ne nous permettent pas de vous développer cette seconde partie d'un parallele qui donneroit tant de relief à ce que nous avons dit jusqu'ici, mais qui ne s'y rapporte que d’une maniere indirecte. C'est assez, pour remplir nos vues capitales , de vous faire observer en finissant , que le sophiste incrédule ne tient pour l'ordinaire à ses opinions, qu'autant qu'il tient à ses vices : il ne peut se défendre contre les preuves de nos vérités, sans se dire intérieure ment qu'il croiroit en Loute autre matiere, s'il avoit les mêmes motifs : que si la foi se trouvoit aussi favorable aux passions qu'elle leur est contraire, il l'embrasseroit sans répugnance : il ne douta point tant qu'il eut des mœurs, ce n'est que depuis ses débordements que ses incertitudes sont nées.
D'abord il a frémi de ce qu'il excusa insensiblement comme une simple foiblesse : il en a fait gloire dans la suite. Cependant le ver rongeur de la conscience lui faisoit passer de cruels moments: il entreprit de l'étouffer. Pour cela, il fallut étouffer aussi tout pressentiment d'un avenir funeste : il imagina donc qu'à une majesté infiniment bienfaisante, infiniment heureuse, il ne convenoit pas de s'occuper de vilsatomestels que nous, encore moins de les punir. Mais un être fait à raisonner ne pouvoit, pour ainsi dire, prendre pied sur un fonds si mouvant, ni s'arrêter sur une pente si rapide : il a donc prononcé que l'âme mourroit avec le corps, ainsi qu'elle étoit née : et de là ce grossier matérialisme, cet horrible systéme d'un tout purement sensible, qui, fixant le bonheur de l'homme aux plaisirs des sens, borne son devoir comme ses vœux à les satisfaire. Principes contradictoires
antiques:
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et ruineux , établis dans le désordre, et rétractés dans la pénitence. Dans la force de l'âge, dans une santé qui prornettoit une vie longue, on blasphémoit sans retenue : au déclin de la vie ou des forces, on croit, on prie, on ne s'abandanne que trop souvent à la crainte servile et lâche des Antiochus , au funeste désespoir du disciple perfide. Si quelques-uns soutiennent mieux le personnage de l'orgueil, qu'en conclure ? sinon que d'aveugles victimes sacrifient leur éternité même au même fantôme à qui elles ont sacrifié toute leur vie.
Quelle conviction, quelle évidence ne faudroit-il pas avoir , pour prendre une détermination qui décide d'un si grand intérêt? Mais loin d'avoir l'evidence de leur côté, les plus durs. mécréants conviennent qu'ils n'ont jamais pu avancer au-delà du doute. Attachés à un coin du monde, et ne sachant dans leurs principes d'où ils viennent ni où ils vont , si nous en croyons un sage, aussi habile à sonder es profondeurs du cœur humain qu'à mesurer l'immensité de l'espace ; ne voyant qu'infinités et qu'abîmes prêts à les engloutir de toute part; mortels, comme ils n’en sauroient douter , et ayant fourni pour la plupart une grande partie de leur carrière mortelle : tout ce qu'ils savent indubitablement, c'est qu'au sortir de cette vie, ils tomberont dans le néant ou dans l'enfer ; et de leur incertitude sur cette alternative effroyable, ils concluent à passer le reste de leurs jours dans l'indécision et dans une stupide inertie, ou même à irriter de nouveau le Dieu terrible qui les jugera, suivant la persuasion de tous les hommes plus réglés , et, par une conséquence au moins très-vraisemblable, plus éciairés qu'eux. Si c'est là ce qu'on appelle esprit fort, la force de l'esprit consiste donc à courir aveuglément des hasards aussi évitables que formidables, à quitter la marche de la prudence et de la conduite que l’on suit en toute autre affaire, à braver le plus hardiment la raison et la conscience en faveur des passions.
Qu'’auroit-elle donc gagné, cette bravoure étrange, quand nous nous tromperions avec les apôtres , avec les martyrs, avec tous les saints instituteurs d'une religion qui devroit faire l'objet de tous les vœux, si elle n'étoit pas encore établie? Seroit-ce un bonheur, comme, l'incrédule se plaît à l'imaginer, d'être anéanti à la mort? C'est au contraire L u‘!ire d'un criminel, qui attente à ses jours dans son cachot, afin d'échapper au supplice. La vie est si peu de chose : que risqueroit l'ennemi de la foi, quand par impossible ses parodoxes seroient autant de démonstrations? de passer quelques années dans la paix et la considération que procure la vertu d'être juste et honoré, sociable et chéri, réglé dans ses mœurs, bon époux, bon père, bon citoyen. Voilà ce que produit la soumission sincère au joug de la foi : vérité si constante et si généralement reconnue, que ceux qui u'ont pas le courage de le porter, souhaitent au moins cet avantage à leurs enfants, à leurs épouses, à toutes les personnes qui ont avec eux des rapports ou des affaires d'une véritable importance.
En effet , quel fond peut-on faire sur un homme, qui, selon ses maximes, doit mépriser toutes les lois dont l'infraction peut demeurer inconnue, et qui ne s'astreint que par inconséquence à leur observation? Car s'il n'est point de législateur éternel, de suprême rémunérateur , les lois dépouillées de leur sanction n'ont plus rien de respectable, toutes les règles de nos sentiments et de nos actions ne sont que des inventions arbitraires ou de
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vains préjugés, et la soumission qu'on auroit ne seroit que l'effet de {a dissimulation ou de l’imbécillité. Dés là il n'est plus d'ordre public fondé en raison ; chaque citoyen doit tout rapporter à son bien privé; l’autorité du prince ou des magistrats n’est que tyrannie; l'esprit de subordination, que lâcheté; et l'indépendance la plus audacieuse sera la magnanimité la plus digne d'éloges. Suites désastreuses et si nécessaires de l'impiété, qu’un impie fut une espèce de monstre dans tous les siècles, et pour tous les peuples : il n'a point encore cessé d'être un objet d’effroï et d'exécration pour la multitude ; lui-même ne peut façonner son oreille à son propre non, dont il se tient offensé, comme d'une sanglante injure.
Mais elle ne convient pas seulement à l'apostasie déclarée, cette qualification si odieuse et si révoltante : apprenons-le à ces âmes téméraires et foibles qui n'ont ni l’humble reserve de la foi, ni l'audace impudente ds l'athéisme ; qui doutent et qui croient, suivant leur caprice; qui se permettent des questions ironiques , de sophistiques assertions, des blasphèmes couverts et palliés, dont le développement peut-être leur feroit horreur. Non, il n’est point ici de milieu : du moindre point de révélation rejeté, ou révoqué seulement en doute, jusqu’à l'entière subversion du dogme et de la morale évangélique, il est une connexion aussi étroite et aussi nécessaire, qu'il est indubitable que la vérité incréée doit se montrer fidéle dans toutes ses paroles. Si tout ce qu'elle nous a révélé, si tout ce que l'Eglise nous oblige de croire, n’est pas certain danstoute son étendue ; il n’en reste rien du tout qui, sous ce rapport et en vertu de la foi, mérite la moindre croyance, le respect le moins sérieux, le plus foible ménagement. Il faut donc révérer et croire généralement tout ce que la foi nous enseigne, ou fouler tout aux pieds, sans exception et sans réserve, sans nulle considération politique ou sociale, sans craindre des suites, qui, ne pouvant plus être qu’un mal infiniment moindre que la tyrannie de l'erreur, ne sauroïent plus tenir en balance que les fourbes et les làches : résultat horrible, mais nécessaire, des premieres licences en matiere d'impiété.
Qu'on rapproche à présent de l'histoire de l'Eglise considérée surtout dans son premier âge, c'est-à-dire, de la merveille de son établissement et de sa propagation, la légère esquisse que nous venons de tracer des égarements de l'incrédulité ; et qu'on prononce sur la prépondérance, suivant les notions les plus communes de la raison et du jugement : c'est ce que nous abandonnons aux réflexions de nos lecteurs.
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