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avoient moins à perdre dans la réforme. 1l y eut sans doute aussi des docteurs recommandables par leurs lumiéres et par leurs vertus, qui, avec autant de sagesse que de justice, rappelcrent a la perfection de la discipline antique. Mais combien plus souvent ne fut-on pas étourdi, scandalise, justement indigné par des clameurs séditieuses sur le dépérissement de l'esprit de l'Eglise dans son chef et dans ses membres! Et bientôt, que de sujets n'eut-on pas de gémir sur la révolution qu’elles opérerent dans les esprits, contre le respect dà à l'épiscopat , au souverain pontificat , aux plus augustes conciles!
Le premier pas qui se fit avec sagesse vers la réformation désirée, ce fut h célébration du concile de Pise. En voyant la collusion des deux papes Grégoire XII et Benoît XIII, pour se conserver réciproquement leur pontificat mntilé, les cardinaux des deux obédiences , à la demande de tous les princes et de tous les peuples chrétiens, comme nous l'avons exposé, convoquérent ce concile, qui, dans la triste situation où se trouvoit l'Eglise, ne devoit plus se différer, et ne pouvoit se convoquer d'une autre maniere. Rome surtout, à la veille de retomber dans la funeste anarchie d’où elle sortoit à peine , et la France toujours accablée par les exactions ruineuses des papes d'Avignon, pressérent l'entreprise avec un concert et une ardeur qui furent enfin suivis de l'effet : mais le concile de Pise dont on avoit tant espéré, ne put que remédier , encore très-imparfaitement , au scandale que donnoit le partage de la chaire apostolique.
A Constance ( 1414,) on réforma d'une manière efficace et durable ce monstrueux régime, et l’on pressa vivement le reste de la réformation; maïs les sujets les moins qualifiés dans la hiérarchie, comme les moins exposés aux coups de la réforme, furent encore ceux qui marquérent le plus de vivacité : gens sans conséquence et sans ménagements, qui parurent ignorer jusqu'aux lois de la décence. On entendit un moine effronté, Bernard Baptisé, bénédictin français, reprocher hautement aux premiers pré-
ats la paresse’, la vanité, l’avarice, la mollesse et la dissolution des mœurs.
Il porta son insolence grossière jusqu'à les qualifier de suppôts de Satan, qui n'avoient d’autres lois que leur cupidité ou des passions encore plus honteuses. Un autre réformateur de la prélature, docteur atrabilaire et pédant beau diseur, dit avec emphase qu'ils prenoient le faste et l'air impérieux des commandants militaires sans en partager les travaux, et la mondanité des femmes sans en retenir la pudeur ; qu'ils tiroient tout le suc de la terre sans rien cultiver, et ne cherchoient qu'un lucre sordide dans l'administration des choses saintes, qu'ils engraissoient les musiciens, les farceurs, les femmes perdues, les chevaux et les chiens, tandis qu'ils laissoient périr de misère les pauvres de Jésus-Christ.
Plas attentifs à l'édification ainsi qu'à la bienséance, les prélats, et le cardinal Pierre d'Ailly entre autres, au lieu de ces déclamations insultantes, ouvrirent des avis lumineux, précis, pratiques, et montrerent que l’art de régir la maison de Dieu n'est pas moins attaché que l'autorité au premier ordre du sacerdoce. Le cardinal s'éleva même avec force contre ces réformateurs subalternes, qui déprisoïent autant la dignité que la conduite des premiers pasteurs, et les avertit d'écarter la poutre qui offssquoit leurs
yeux, avant de rechercher la paille qui gênoit l'æi! de leurs frères, ou plutôt de leurs pères et de leurs maîtres. 1! protesta que le sacré coii'3e aspi-
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roit plus que personne à la rétorme , et que l'église romaine se prêteroit à tous les rég lements que l'esprit de sagesse et de vérité suggéreroit au concile. Mais avec quel courage et quel discernement ne proposa-t-il point aussi les points essentiels d’une réformation solide, la fréquente célébration des conciles, la dirninution des charges et des subsides qu'imposoit la cour pontificale, la suppression des réserves sans nombre qu'elle mettoit sur les bénéfices, de ces exemptions multipliées qui anéantissoient insensiblement le pouvoir des ordinaires? Et avec quelle vigueur ne veut-il pas qu'on procède à faire régner le désintéressement parmi les évêques , surtout dans la collation des ordres et des bénéfices, à les empêcher d'aller à la guerre , à les obliger de résider assidument dans leurs églises? Pour ce qui est des prêtres adonnés aux vices grossiers, telsque la simonie et le concubinage : indiquant les voies efficaces qu'employa depuis le saint concile de Trente : Les censures, dit-il, sont des armes trop foibles; c'est par la privation des bénéfices et la note d’infamie qu'il faut procéder contre ces fronts d'airain. Pour les religieux et les religieuses, il propose l'esprit de retraite et de recueillement, ‘ju’il pousse jusqu'à ne point permettre que les moines aillent étudier hors de leurs monastères, ni qu'ils s'appliquent à des études qui ne tendent pas directement à la fin de leur vocation. Enfin , il n'oublie pas la réformation des simples fidèles ; mais le moyen qu'à bon droit il trouve seul efficace p:1:" la leur faire embrasser, c’est la voie de l'exhortation, soutenue ‘u bou exemple des ecclésiastiques.
Si tous les promoteurs de la réforme avoient procédé avec ce sage tempérament de vigueur , de prudence et de modération, il est à présuxser que les vœux de la chrétienté a ce sujet auroïent été remplis à Constance; mais les nations d'Allemagne et d'Angleterre voulurent qu'on la fit avant l'élection d’un pape agréable à toutes les obédiences, c'est-à-dire, avant le rétahlissement de l'unité parfaite, qui étoit l'objet principal du concile. Elles la presserent avec une hauteur qui aliéna les cardinaux, toute la nation d'Italie , et, ce qui est plus étonnant , les Français eux-mêmes, qui en avoient été jusque là les plus ardents promoteurs. Ce dernier parti prévalut, comme on sait : le concile se contenta de statuer que le pape futur feroit la réformation , de concert avec les Péres, avant la séparation de l'assemblée, et l’on spécifia les articles principaux qu'il y faudroit traiter.
Maïs quand le nouveau pape, Martin V, fut élu, il ne :: crut point soumis à des réglements qui ne pouvoient acquérir force de lois qu'après qu'il les auroit confirmés, lui qui étoit le chef de l'Eglise et du concile même. Au respect qu'imprima aussitôt l'appareil seul de la majesté pontificale, on peut voir, en passant , combien la Providence a de ressources pour maintenir la dignité du siège de Pierre. On ne parloit avant l'élection du pontife, que des cas où il pouvoit être corrigé et déposé : il ne fut pas monté dans la chaire apostolique, qu'on s’en rapporta uniquement à lui pour la matiere et la maniere de la réformation. Bien eloigné toutefois d'abuser de ce divin ascendant, Martin publia dès lors différents points deréforme : il condamna sévérement la simonie, réprima l'inconduite et le faste séculier des ecclésiastiques, révoqua un grand nombre d'exemptions, de dispenses, d'unions de bénéfices , de subsides ordonnés, en faveur de la chambre apostolique, et défendit généralement de lever aucune imposition sur une église, sans le consentement des prélats du pays. 1l s’en falloit bien cependant que
ce fût là tout ce qu'on avoit demandé : mais les Pères eux-mêmes , dirigés enfin par un chef incontestablement légitime , conçurent qu’il n'y avoit rien de plus à craindre que la précipitation dans une matière si délicate: et que dans le foible calme qui succédoit à peine à un schisme de quarante ans, c'étoit beaucoup d'avoir ébauché ce grand ouvrage. On pensoit d'ailleurs que les conciles déjà indiqués pour lasuite, le conduiroient bientôt à sa per fectian.
Celui de Bâle, qui se tint treize ans après ( 1431 ), poursuivit en effet cette entreprise avec beaucoup de chaleur, et fit plusieurs réglements de discipline, auxquels sans doute on ne peut qu'applaudir. Telles furent, entre autres, les peines portées avec précision contre les ecclésiastiques incontinents, privés d’abord des revenus de leurs bénéfices pendant trois mois, et, si à ce terme ils n'avoient pas éloigné leurs concubines, déchus des bénéfices qu'ils possédoient, et de tout espoir d'en obtenir de nouveaux: telles furent encore les règles prescrites pour la dignité et l'édification dans la célébration des saints offices, pour l'abolition des annates, des réserves, des expectatives, des appellations trop fréquentes à Rome, des interdits et de toutes les censures portées légerement : sur quoi il fut sagement déclaré, pour le repos des consciences réduites à une gêne et à des inquiétudes perpétuelles, qu'on ne seroit plus obligé de fuir que les excommuniés , ou dénoncés nommément , ou tellement notoires qu'il ne leur restât aucun moyen de tergiversation. Ce fut de même pour la tranquillité publique, qu'on stataa aussi en faveur de la possession triennale des bénéfices.
Ainsi procéda ce concile au grand avantage de la chrétienté, tandis qu'il se tint uni avec son chef, ou du moins tandis qu’ils en furent l'un avec l'autre au terne du simple mécontentement et des plaintes modérées. Mais qui perdra jamais le souvenir du terme funeste où aboutit ce différend ! Et quand cette fatale rupture fut décidée, quand le chef de l'Eglise eut prononcé la dissolution du concile, et que le concile composé non plus de successeurs vivants des apôtres par la bouche desquels l'Esprit saint, selon sa promesse, pût proférer ses oracles , mais de leurs froides et muettes reliques rangées par l'esprit de schisme et de fanatisme sur les siéges des Pères, et d'un amas tumultueux de äocteurs précaires, de simples prêtres, de curés et de vicaires savoyards ou suisses ; alors, au lieu d'édification et de réformation, on donna dans tous les exces de la révolte et du scandale. Toutefois, à raison du zele que cet inconcevable concile ne cessoit pas de témoigner pour le rétablissement de la ve 0 il fut encore long-temps protégé, ou du moins trés fort ménagé par différentes nations, en particulier par la France, toute scandolisée qu'elle étoit de ses écarts effrayants. De là vint que les réglementsde discipline faits à Bâle, passèrent en grande partie dans la pragmatique-sanction, si long-temps chere aux Français, Par là même cependant, l'Eglise, malgré toutes les manœuvres de l'enfer, avançoit toujours vers la réformation. D'un autre côté, celui qui fait jouer à son gré les ressorts même de la politique, fit servir au maintien de l'autori' é pontificale les ménagements qu'observoit la cour de France, et plus encore la réunion des Grecs au pape Eugène et au concile de Florence.
Cependant le pr À # étoit donné; le respect dû au successeur de Pierre, aux successeurs de tous les apôtres et aux sacrés conciles, étoit prodigieusement affoibli var la continuité des murmures et des riameurs contre
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ie relâchement du chef et des membres de l'Eglise. Du fond sauvage de la Bohème, il s'éleva un homme vain, présomptueux, ami de la nouveaute, non moins hardi à s'avancer qu'incapable de revenir sur ses pas, cabaleur ténébreux, hypocrite habile , et d'une malignité profonde; en un mot, Jean Hus, doué au point suprême des malheureux talents qui font les hérésiarques. Dès le siecle précédent, Wiclef en Angleterre avoit répandu une doctrine qui, sous prétexte de réforme, anéantissoit toute puissance légitime , soit politique, soit eccl ésiastique, qui renversoit, avec le libre arbitre, tous les principes des mœurs, et s'attaquoit même à nos plus sacrés mystères : il mit ce royaume tout en feu, et souvent à deux doigts de sa ruine entière.
Semblable à ces odieux reptiles qui recueillent dans tous les lieux infects les poisons qui font leurs affreuses délices , Jean Hus, au sein de la Bohtme, avoit trouvé moyen de s'abreuver à longs traits de ces sucs impurs, se les étoit appropriés, se les étoit incorporés, pour ainsi dire, et avoit rencontré différents Bohémiens de même goût que lui, spécialement ‘Jérôme de Pr ague, avec le secours duquel , en assez peu de temps, il infecta une bonne partie de cette ville et de son université, qui alors, dans son enfance, étoit peu capable de se tenir en garde.
11 anima d'abord les peuples contre les prètres et les moines, qu'il accusoit généralement d'immorance et de dissolution ; puis contre tout l'ordre hiérarchique, sans épargner les premiers prélats, ni le souverain pontile. On n'a pas oublié qu'il soutenoit en termes expres, que si le pape, ou un évêque, ou tout autre pr'élat, étoit en péché mortel, il n'étoit plus ni pape, ni évêque, ni prélat. Il 1e suffisoit pas même, selon lui, d'être en état de grâce pour avoir part à La juridiction ecclésiastique: mais il falloit être prédestine, puisqu'il comporte l'Eglise des prédestinés seuls; et que pour avoir un caractere d'autorité clans l’ordre ecclésiastique , il faut au moins être membre de l'Eglise. Qu'on se rappelle aussi les images et les expressions injurieuses dont il revêtoit ses dogmes séditieux quand il enseignoit que le pape en état de péché, qu'un prape qui n’est pas prédestiné, doit, comme Judas, être nomme larron, fils de perdition , suppôt de Satan , et nullement chet de la sainte Eglise milit. inte. Au sujet de l'interdit et des autres censures, il publioit que le clergé l'es avoit introduites pour asservir les peuples, ou pour épouvanter ceux quii s'opposoient à sa dépravation, et qu'elles ne provenoient que de l'antechi‘ist. On a vu les fermentations et les animosités que ce genre d'enseignement causa parmi d'ignorantes et farouches peuplades Jean Hus et Jerôme de Prague les expierent enfin par un cruel supplice, mais sons ouvrir les yeu x à leurs compatriotes fascinés.
La secte fit des saints di? ces deux renégats, et, pour les venger, elle excita aussitôt une violente sédition, qui de Prague se répandit par toute la Bohême, et devint pour une longue suite de règnes ou d'anarchies, l'état permanent de cette malhuureuse nation. Le chambellan Trocznou, si fameux depuis sous le nom de Ziska, se mit à la tête d'un vil amas de paysans et de vagabonds, dont il fit Isientôt les plus vaillants, mais aussi les plus atroces guerriers du Nord. Le pil lage, l'incendie, les cruautés ordinaires ne causant plus un plaisir assez v'if à des monstres assouvis de carnage, il fallut à leur goût émoussé des prêtres brûlés à petit feu , ou appliqués nus sur des étangs glacés ; des seigneurs de premier ordre étendus par terre, pieds et mains coupés, et, comme de blé en gerbe, battus à coups de fléaux : des
habitants de villes entières , prêtres et laïques, femme set enfants, brûlés tous ensemble dans les églises , avec les ornements sac rés. L'aspect seul de ces monstres sauvages, leurs regards sinistres, leur démarche farouche, la longueur hideuse de leur barbe hérissée, leur chc:velure horriblement négligée, leurs corps demi nus et tout noircis par le scoleil , leur peau tellement durcie par les vents et les frimats, qu'elle sem'bloit une écaille à l'épreuve du fer ; tout en eux imprimoit la terreur, tout. annonçoit la scélératesse, et le long usage de l'atrocité.
Tels furent néanmoins, à ce qu'ils affirmoient avec : irrogance, les hommes suscités pour rétablir dans l'Eglise la pureté de l'Eva ngile et de la discipline primitive. Ils bâtirent une ville qu'ils nommérent ” l'habor, comme desti. née à la manifestation des vérités les plus sublimes : de la religion. Emules des thaborites, les horébites, ainsi appelés d'une mo utagne qu'ils assimilerent à celle où le Seigneur avoit donné à Moïse les ta bles de la loi, ne s'arrogcrent pas moins d'autorité que n’en avoit eu ce ; oremier législateur du peuple de Dieu. D'autres encore s'établirent dans un , repaire semblable pratiqué au sommet de la montagne qu'ils nommere :1t Sion, comme un lieu chéri du ciel, d'où la vertu et la vérité devoient se ; répandre par tout l’univers. Il n'y eut pas jusqu'aux sales adamites qui ne donnassent pour la réforme de l'Eglise, et pour le renouvellement de. l'innocence originelle, l'usage infâme où ilsétoient d'aller entièrement nus par troupes nombreuses d'hommes et le femmes confondus ensemble ; ce « qui les plongea dans une corruption si affreuse, qu'elle excita l'horreur mé me des autres sectaires, à qui l'intérêt qu'ont toutes les sectes à se tenir ur res contre l'Eglise, fut à peine un motif suffisant pour ne point venger ! la nature si indignement outragée.
Quelles furent donc les ressources de l'Eglise e à des conjonctures si difficiles? Les armes peut-être des princes chrétiens, dont ‘es droits n'étoient pas moins violés que ceux de la religion? Sigism ond, empereur et roi de Bohême, fit à la vérité tous ses efforts pour réd uire ces rebelles impies Cinq fois il marcha contre eux avec de fortes armée. 5 ; mais cinq fois il tourna le dos sans presque avoir envisagé l'ennemi. La ; seau de Ziska, convertie aprés sa mort en tambour, suffitencore pour meti re en fuite cet empereur, trés-hardi contre les prêtres et dans les conciles, 1 nais trés-mal partagé en savoir militaire, et pas mieux en valeur. La politi que fut-elle plus utile à l'Eglise, que le glaive impérial ? L'empereur , plus habileen effet à négocier qu'à vaincre, réussit, à force d'argent et de sac: ‘ifices de toute espece, a gagner Ziska ; mais seulement à la veille du trépa s de cet ennemi terrible,
sans aucun avantage effectit Les députés qu’ ensuite le concile de Bâle “nvoya pour traiter à Prague, avancèrent davant: ige. De vingt-deux articles de réformation ou de subversion que demandoi ent les sectaires, on a vu qu'ils se réduisirent à quatre ; et moyennant la cc cession du premier, qui pouvoit se tolérer, savoir , la communion sous |: :s deux espèces, les moins emnortés d'entre eux agréerent encore les modifit :ations qu'ox, mit aux trois autres. Mais au fond , la condescendance ne dev oit guère plus contribuer que la force extérieure à la réduction de l'héré: ñe; c'étoit par le foible de l'équité mise en contradiction avec elle-même, : que le ciel avoit résolu de la confondre et de la ruiner. Une moitié des sect aires , qui joignoit aux preventions communes les impiétés particulières de Wiclef, fit horreur à
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l'autre. Les calixtins, c'est-à-dire, la noblesse et la meilleure bourgeoisie, contents de la communion du calice, rougirent d’être unis plus long-temps, soit avec les brigands du Thabor, soit avec ceux qui avoient pris le nom d'orphelins à la mort de Ziska ; ils aimérent mieux rentrer avec honneur sous l’obéissance d'un maître auguste, que de rester sous le joug honteux d'un prêtre apostat, du vil et superbe Procope, qui lestraitoit en esclaves. Les calixtins s'étant ainsi réunis aux catholiques, tous les bandits, décorés du nom de réformateurs, furent exterminés, ou du moins dissipés.
La secte, il est vrai, se releva dans la suite à l'aide encore d'un mauvais prêtre à qui toute religion étoit bonne, pourvu qu’elle le conduisit à la fortune. Roquesane, pour parvenir au siége archiépiscopal de Prague, flatta l'ambition du régent Pogebrac, qui de son côté aspiroit au trône de Bohême ; et comme leurs desseins ne pouvoient réussir qu'à la faveur des divisions et destroubles, tous deux appuyérent, chacun à sa façon, de turbulents sec-taires si favorables à leurs vues. Pogebrac, aussi-bien que Roquesane, parvint au terme de ses vœux. Mais que les espérances et les appréhensions de l’homme sont fautives ! Ce qu'on avoit cru devoir consommer la perte de la religion dans la Bohème, en procura le salut. Pogebrac, une fois sur le trône, vit le schisme et les factions d’un tout autre œil que lorsqu'il avoit été question d'y parvenir. Il avoit brouillé par le moyen d'une secte séditieuse, afin d'établir sa uissance : pour assurer cette même puissance , avec la tranquillité publique , il résolut d'exterminer au moins les plus séditieux des sectaires : et Roquesane, toujours moins attaché à l'herésie qu'à la fortune, employa jusqu'à la fourberie contre les hérétiques, pour seconder le projet du nouveau roi. L'Eglise compta peu sans doute sur un tel roi, et sur un tel archevêque, qui, après leur réunion au centre visible de l'unité , retournerent en effet au schisme quand ils le crurent de nouveau favorable à leur intérêt : mais la secte, minée peu à peu par leurs variations, se trouva enfin presque anéantie. Quand ces deux apostats, à quinze jours de distance l’un de l'autre, furent frappés de mort, elle étoit réduite à un tel point d'avilissement, que le vil artisan Pierre Relesiski, sous la conduite de qui elle se rangea, lui parut un chef distingué. Voilà néanmoins l'origine de ces frères de Bohème que Luther s'attacha dans la suite comme un précieux renfort. Mais est-il rien de si étrange qui puisse faire un sujet d'étonnement par rapport à Luther et à sa réforme?
Pour procéder avec ordre à nous en former quelque idée, observons-en un moment les auteurs, l'objet, les moyens, si toutefois il est possible de concevoir ce que nos yeux, témoins de la réalité, ont encore peine à ne point
garder comme une chimère. Les auteurs de la réforme qui entraîna dans l'apostasie le ticrs de l'Europe , furent Luther et Calvin pa excellence : Luther secondé par Mélancton, et Calvin par Théodose de Beze, Zuingle, d'un autre côté, aidé par Œcolampade; puis la troupe des séducteurs en sous-ordre, Carlostad, Bucer, l'impie Osiandre, l'atroce Jean de Leyde, les deux Socins, et tant d'autres blasphémateurs, soit de la divinité de Jésus- Christ, soit des autres points capitaux de la foi chrétienne.
Et quelles étoient les vertus, ou le caractère d'autorité de ces hommes prétendus suscités de Dieu , de ces restaurateurs de l'Eglise, de ces nouveaux prophetes? Luther, moine apostat, et corrupteur d'une religieuse apostate , ami de la table et de la taverne, insipide et grossier plaisant, ou
piutôt impie et sale bouffon, qui n'épargna ni pape, ni monarque, d'un emportement d'énergumène contre tous ceux qui osoïîent le, contredire , muni, pour tout avantage, d’une érudition et d’une littérature qui pouvoient imposer à son siècle ou à sa nation, d'une voix foudroyante, d'un air altier et tranchant; tel fut le nouvel évangéliste, ou, comme il se nommoit, le nouvel ecclésiaste qui mit le premier l'Eglise en feu, sous prétexte de la réformer; et pour preuve de son étrange mission, qui demandoit certainement des miracles de premier ordre, il allégua les miracles dont se prévaut l'Alcoran, c'est-à-dire , les succes du cimeterre et le progres des armes, les excès de la discorde, de la révolte, de la cruauté, du sacrilége et du brigandage.
Calvin, moins voluptueux , comme on l’a remarqué, ou , comme on doit l'observer encore, plus gêné par la foiblesse de sa complexion, puisqu'il ne laissa point de s'attendrir pour Idelette sa chère anabaptiste; moins emporté aussi, moins arrogant, moins sujet à la jactance que Luther, étoit d'autant plus orgueilleux, qu'il se piquoit davantage d'être modeste, que sa modestie même faisoit la matière de son ostentation; infiniment plus artificieux, d'une malignité et d'une amertume tranquilles mille fois plus odieuses que tous les emportements de son précurseur : orgueil quiperçoit tous les voiles dont il s'étudioit à l’envelopper ; qui, malgré la bassesse de sa figure et de sa physionomie, se retraçoit sur son front sourcilleux , dans les regards altiers et la rudesse de ses manières, danstout son commerce et sa familiarité même , où, abandonné à son humeur chagrine et hargneuse, il traitoit les ministres ses collègues avec toute la dureié d’un despote entouré de ses esclaves. Mais sur quoi fondé, ce réformateur s'est-il arrogé sa mission ? Sur le dépit conçu de ce qu'on avoit conféré au neveu des connétables de France, le bénéfice que l'orgueil extravagant de ce petit-fils de batelier briguoit pour lui-même. On peut se souvenir qu'avant ce refus, il avoit déclare que s’il l'essuyoit, il en tireroit une vengeance dont il seroit parlé dans l'Eglise pendant plus de cinq cents ans. Aussitôt qu'il l'eut essuyé, il mit la main à l'établissement de sa réforme.
Le plus recommandable, et tout à la fois le plus aveugle partisan de Luther, Mélanchton, bel esprit , littérateur élégant, et cultivateur iaborieux des langues savantes, n'eut point d'autre titre que ces talents pour s'immiscer dans le régime de l'Eglise, et creuser dans les profondeurs terribles de la religion; encore sa conscience réclama-t-elle sans cessecontre sa témérite, et contre les écarts effra;-ants où le précipitoit son guide. En un mot, on ne peut voir dans Mélanchton qu'un homme foible, entraîné par un furieux qui le fait frémir , et qu'il ne peut abandonner. Bèze , coopérateur agréable du sombre Calvin, montra lui-même le titre de sa mission écrit dans les yeux de la jeune débauchée qui le retint dans ses lacs jusqu'à l’âge de la décréritude.
Que nous ont offert de plus évangélique, et le crapuleux Carlostad , et le frauduleux Bucer , et l’impudent IHosen ou Osiandre ? Carlostad, uniqnement propre à faire tête à Luther dans une hôtellerie, à lui riposter verre pour verre, etinjure pour injure, à répondre au souhait de la roue par celui de la corde ou du bûcher ; Bucer apostat de l'ordre de saint Dominique et de la réforme de Luther, aujourd'hui luthérien, et demain sicramentaire, tantôt laihérien et zuinglien tout ensemble, tantôt d'un raffinement de croyance
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qi faisoit passer sa foi pour un probléme dans tous les partis; toujours complaisant néanmoins, pourvu que son amour infäme pour une vierge consacrée à Dieu fût transformé en amour conjugal, et que les saints vœux qu'il n'avoit pas le courage d'observer fussent mis au nombre des abus. Pour ce qui est d'Osiandre, effréné libertin, blasphémateur insensé, il avoit si peu de titres à l'apostolat, qu'on a vu Calvin lui-même le renvoyer à la classe des athées.
Zuingle, jeuneétourdi, passé tout à coup du métier des armes à l’état eccléstastique, où il ne tarda point à s'ennuyer du célibat, n'eut point de meilleur motif que cette instabilité libertine , pour lever l’étendard de l'impiéte sacramentaire, et point d'autre-droit à l’enseignement, qu'une présomption fondée sur le don d'éloquence ou de verbiage dont il avoit été abondamment pourvu par la nature : ignorant si bouché, qu'il unissoit le luthéranisme avec le pélagianisme; restaurateur si extravagant de la pureté de l'Evangile, qu'il plaçoit dans le ciel, à côté àe Jésus-Christ et de la reine des vierges, Hercule, fils d'Alcmène adultere, Numa, pére de l’idolâtrie romaine, Scipion, disciple d’Epicure, Caton, suicide, avec une foule de pareils adorateurs et imitateurs de leurs vicieuses diviaités. Il eut un coopérateur de tout autre poids, d'un talent vraiment propre à faire la fortune d'une secte, Œcolampade avoit un tour d'esprit si insinuant, un raisonnement si spécieux, une eloquence si douce, tant de politesse et d'aménité dans la diction, que ses écrits, au rapport d'Erasme, avoient de quoi séduire les élus mêmes, s’il eût été possible : mais Œcolampade, religieux d'une insigne piété avant son apostasie, Œcolampade quin'interrompoit qu'à regret ses douces communications avec son Dieu, et qui parloit ensuite avec tant d'onction, qu'on ne pouvoit l'entendre sans être pénétré des mêmes sentiments, aussitôt que son imprudente et présomptueuse curiosité eut ouvert l'oreille aux nouveautés de la réforme, ne fut plus qu'un moine libertin ; il franchit les barriéres du cloître, céda aux attraits d’une jeune effrontée , et, le premier même des réformateurs apostats, revêtit ‘on sacrilége des formes du mariage.
Nous ne pousserons pas plus loin un dénombrement dont chacun peut aisément suivre le fil que nous lui laissons. Tous les anabaptistes en général, aussi-bien que leurs chefs, Storck, Muncer, Jean de Leyde, et tous les impies revêtus du nom de sociniens, d'unitaires, d'antitrinitaires , se sont peints eux-mêmes de leurs vraies couleurs dans l'horrible doctrine qui renverse tous les principes desmœæurs , aussi-bien que les dogmes fon:}::nentaux du christianisme. Leurs œuvres, encore mieux que leurs dogmes, ont fait apprécier leur mission. Finissons donc touchant les auteurs de la réforme; il est temps d'en observer l'objet. Semblable à ces reptiles venimeux, qui, écrasés sur la plaie imbibée de leur venin, en font le plus sûr reméde, l'ouvrage de la séduction, décr:"<rt aux yeux du fidèle séduit , lui fournira le meilleur antidote. Dans i ordre de la grâce, comme dens celui de la nature, l’auteur de toute bonté se plaît à tirc: le bien du mal même.
Qu'entreprit donc Luther de réformer, de supprimer , de détruire, ou, pour parler :!u8 exactement , que n'entreprit-il pas de détruire, sous ombre de réformer! Le croiroit-on, si on ne l'avoit vu dans ses écrits, dans sa conduite, dans les révolutions trop malheureusement fameuses qu'attestent encore tous les monuments les plus dignes de foi? En croiroit -on même à
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tint de témoignages irréfragables, si quatre royaumes, et vingt républiques ou : alédérations, n'offroient toujours ce renversement à nos yeux ? Qui le creireit, juste ciel! qu’on eût donné et reçu pour réforme, pour le rétablissement et la perfection du vrai christianisme, pour le plus pur évangile, la prostitution de cette Eglise vierge, dont la vie angélique fixuit depuis quinze cents ans le cœur du divin époux ? La profanatio: du célibat ecclésiastique , et des vœux sacrés de religion ? le méprisdes Péres , es saints docteurs, des plus célèbres conciles , de toute tradition et de tout esszige ment public? l'abolition de presque tous les sacrements, c'est-à-dire, des canaux salutaires d'où les grâces découlent du ciel sur nous ? le mépris des images et des reliques des saints, du cuite du Saint des saints, du sacrifice adorable de nos autels, de l'ordre sacré du sicerdoce et de tout ordre ecclé-siastique ? la dégradation du mariage chrétien , ravalé à cette bassesse char uelle d'où l’avoit tiré le Dieu qui n'habite qu'avec l'homme élevé au-dessus de la chair? la suppression de la pénitence sacramentelle, de toutes les œuvres de satisfaction, et généralement de toute bonne œuvre comma:..….c? à quoi J'en ue substituoit qu'une foi morte et stérile, ou plutôt chimérique; une foi biarreinent assurée, qui, au moyen de cette assurance imaginaire, communiqauit nue jastice tellement inamissible , qu'elle pouvoit subsister avec tous les crimes” En un mot, saper du même coup la foi et les mœurs, voila ce qu'on ay veloit réforme.
Zningle et Caivui, poussant encore plus loin que Luther, anéantirent tous les sacrements sans exception : Zuingle lui seul, en rendant le baptême inutile par ses dogmes pélagiens touchant le péché originel; Zuingle et Calvin, tous les deux ensemble, en réduisant la présence corporelle du Sauveur dans l'eucharistie, à la simple figure, ou à une simple perception de ta foi. Quelle idée même de sacrement pouvoient conserver, soit Calvin, soit e. brigands sacriléges formés à son école , quand ils embrasoient nos temples et brisoient nos tabernacles, fouloient aux pieds nos redoutables mystères, employoient nos vases sacrés aux plus vils, aux plus sales usages ï Se fussent-ils emportés a ces horreurs, leur eussent-elles attiré les applaudissements de leurs ministres, si la secte eût véritablement regardé l'eucharistie comme un sacrement, conime un signe institué par Jésus-Christ pour la sanctification de nos àines, ou seulement comme une figure, toujours respectable, de son corps et de son sang? Nous ne parlerons point des impiétés plus énormes encore des anahaptistes et des sociniens, désavoués, quoiqu'à tort, par les protestants, puisqu'il est de toute notoriété que ces profanateurs divers sont tous sortis de la même souche. La réforme de Luther a incontestablement enfanté tous ces monstres de réforme.
Pour établir une pareille religion , certes il falloit des moyens bien extraordinaires. L'enfer en procura d'assortis au goût dépravé et à la situation critique de chaque nation; ce qui fut particulièrement sensible en Allemegue, en Angleterre et en France. L'intérêt en Allemagne, le libertinage en Angleterre, la légereté ou l'amour de la nouveauté cx1 France, telles
furent les armes de l'hérétique réforme. On commença p * :‘*:1donner aux princes allemands les biens d'église, tres-considérables ©: rs états, les beaux domaines, le: “hâteaux et les forteresses, les villes * ::; souverainetes qu'y possédoient !:::"êques et grand nombre d .: + Ceux des prélats
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taires de leurs bénéfices, et en transmettoient les titres d'honneur, aussibien que les fonds, à leur postérité. Outre les évêchés sans nombre qui devinrent ainsi des héritages profanes, on vit Albert de Brandebourg, grand maître de l'ordre teutonique, s'approprier la Prusse, qui appartenoit à ces chevaliers, et frayer aux princes de sa maison la route à la royauté. Les villes impériales furent affranchies de la dépendance du chef &: l'empire, et les vassaux ordinaires soustraits à l'autorité de leurs seigneurs. Pour ceux des prêtres, des moines et des religieuses qui s'ennuyoient de la règle et du célibat, ( et à combien d'entre eux la licence des prêches n'inspira-elle point cet ennui honteux! ) on leur ouvrit les portes des cloîtres, on leur offrit des femmes ou des maris; le concubinage sacrilése, l'inceste et l'adultère spirituels furent qualifiés de mariages, et le libertinage, de liberté évangélique. Pour le commun des fideles, on les déchargeoit de ce que la pénitence a de plus pénible, en ne les obligeant plus à se confesser qu'a Dieu seul, de l'ob servation des fêtes, du carême, de tous les jeûnes et de toutes les absti nences de précepte ; en un mot , de toute observance onéreuse.
Avec les princes qui avoient les passions vives, et qu'on avoit un certain intérêt de ménager, la complaisance ne connut aucune borne ; les points les plus claivs et les plus incontestables du droit divin ne furent qu'une barrière impuissante. J'en atteste cette consultation à jamais fameuse, à jamais infâme, où Luther, Bucer, Mélanchtor. et les autres coryphées de la réforme, permirent la polygamie formelle au landgrave de Hesse. Et quel motif allégua-t-on pour accorder cette monstrueuse dispense, dont il n'y avoit pas un seul exemple parmi les chrétiens depuis l'origine du christianisme? Point d'autre que le tempérament du prince, échauffé par le vin et la bonne chère dans les banquets germaniques, où la bienséance ne permettoit point à la princesse sa femme de se rencontrer. Et dans le fond, que pouvoit exiger Luther en matiere de mœurs et de pudeur , lui qui établit généralement ce canon infâme daus son ég'ise de Wittemberg : Si l'épouse est revêche, que ,e mari fasse approcher la servante; si Vasthi résiste, qu'on lui substitue Esther ? C'étoit là foncierement toute la délicatesse de ce nouveau moraliste coucernant le mariage, qu'il avoit déjà traité dans le même goût avec le ro d'Angleterre. Qu'on se rappelle l'anecdote révélée par le landgrave lui-même en sollicitant sa dispense; savoir, que Luther et Mélanchton avoient conscillé au roi Henri VIIL de ne pas rompre son mariage avec la reine sa femme, mais d'en épouser une autre avec elle.
Il fut sans doute des princes et des grands que le ciel préserva de cette séduction grossière. On employa contre ceux-ci la cabale et la violence, les troubles ménagés et fomentés avec artifice, les factions, les séditions, la revolte ouverte, tous les tléaux de la guerre civile prolongée durant deux siccles, et revêtue d'un caractere d'atrorité inconnu jusque-là. C'étoit par principe de religion que l'or: noursuivoit le souverain légitime, et que l'on dechieuit le trie, Contre ia doctrine et la pratique des premiers fideles, qui ne sas” cui que soufirir «? mourir sous les Néron même et les Domitien, il étoit + inaxime dans la rétine, qu'on pouvoit, qu'on devoit se révolter des qu: le prince entreprenoit ou étoit sc:.pçonné d'entreprendre sur les consciences. Et quels furent les fruits de cet enseignement désastreux, en France, en Allemagne , en Angleterre, en Hollande, en Suisse, en Pologne, eu liougrie, en T'ransilvanie! Qu'on se retrace les regnes deplorables des
trois fils de Catherine de Médicis, l'insolence effrénée de Montbrun, les énormes cruautés du baron des Adrets, le sang-froid barbare d'Acier-Crussol, souriant à la soldatesque huguenote, ornée de colliers faits d'oreilles de prêtres, les fureurs de Cnox en Écosse, et du monstre qu'on nomma comte de Mourrai; la guerre inhumaine des paysans d'Allemagne, et le royaume infernal de Munster , la moitié des Belges et des Suisses égorgée par l’autre, le crime et le désastre portés à un tel exces par les sectaires voisins des Turcs, que le sultan Soliman IT écrivit indigné à la reine Elisabeth de Hongrie, que sielle continuoit à souffrir cette secte abominable, et ne rétablissoit pas la religion de ses pères dans tous ses droits, elle ne s'attendît plus à trouver en lui qu’un ennemi déclaré, au lieu d'un constant protecteur.
Le pape, au centre de la catholicité, dans le sein de Rome, ne fut point à couvert de leurs attentats. On sait tout ce qu’eut à souffrir Clément VII dans le saccagement de cette capitale prise par une armée espagnoie, où il se trouvoit quinze à dix-huit mille sacriléges animés par le comte luthérien de Fronsberg : nom insigne dans la liste même de ces hommes funestes que Dieu choisit pour les instruments de sa colère (1527). Fronsberg fut frappé de mort avant d'avoir pu décharger sa rage sur la personne du pontife ; mais d'autant plus furieux, ses nombreux suppôts, par le pillage, par le massacre , et tous les raffinements de la cruauté, par l'incendie, le viol, et des profanations d'une énormité à peine imaginable, firent éprouver à la malheureuse Rome plus de calamités qu’elle n’en avoit jamais souffert de la part des Goths, des Vandales , de tous les barbares ensemble.
Non moins audacieux que les sectaires armés, Luther à sa façon fit la guerre au chef de l'Eglise et à toute la hiérarchie. Son libelle contre l’état ecclésiastique fut comme le tocsin qu'il sonna d'abord contre les évêques, en ordonnant de les exterminer tous sans rémission. Il y prononce doctoralement , que les fideles qui'font usage de leurs forces et de leurs fortunes pour ravager les évêchés, les abbayes, les monastères, et pour anéantir le ministère épiscopal, sont les véritables enfants de Dieu; que ceux au contraire qui les défendent sont les ministres de Satan. Le chef de l'épiscopat, ainsi que de toute l'Eglise, etoit encore plus outragé. Le nom d’antechrist passé de la bouche de l’hérésiarque , dans celles de tous les hérétiques, ne servant plus qu'imparfaitement sa bile contre le pontife romain, aux termes cæœlestissimus et Sancli:simus, qui sont de style pour énoncer l'élévation de la dignité pontificale, il substitua ceux de Scelestissimus et de Satanissimus, très-scélérat, très-diabolique. Les noms de diable, d'âne, de pourceau, répétés sans fin, étoient les figures dont étinceloient les philippiques de ce nouveau Démosthène , ou plutôt les parades cyniques de ce bateleur de carrefour enchanté du suffrage et des ris désordonnés de la populace.
Quelle fut au contraire la conduite de l'Eglise si cruellement outragée ? Non, rien ne fait mieux connoître la main qui la soutient et la régit, que sa marche égale, toujours noble et majestueuse, au milieu de tant d'injures capables de lui faire oublier sa propre dignité. Elle cita froidement l'hérésiarque à son tribunal : il répondit qu'il n'ÿ paroitroit qu'avec vingt-cinq enille hommes armés pour sa défense. Elle lui fit paisiblement les monitions canoniques ; elle les multiplia, elle en prolongea le terme; elle poussa la douceur et la longanimité aussi lain que la prudence le pouvoit.permeitre;
onfin, elle porta son jugement et enhorna la rigueur à retrancher ce membre
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gangrené du corps mystique de Jésus-Christ ( 1521). A la fureur séditieuse, à la frénésie, à toute la rage du séducteur anathématisé, aux progrès de la séduction qu'il pousse avec des efforts et des succès tout nouveaux, elle continue à n'opposer que le glaive de la parole. Le successeur de Pierre s'attache principalement à confirmer dans la foi ses frères et ses coopérateurs de tout ordre; il redouble sa vigilance et sa sollicitude sur toute l'étendue de 12 maison de Dieu ; il ranime l'esprit de foi et de zele dans le sanctuaire, dans les monastères, dans toutes les écoles chrétiennes. Lesuniversités, à l'exemple des évêques, souscrivent au jugement apostolique, et statuent qu'on n'y pourra point contrevenir sans se bannir de leur sein. De zélés docteurs, de savants missionnaires se répandent partout, jusque dans les terres où l’erreur siége sur le trône ; ils confondent les prédicants, ils en convertissent quelques-uns, ils retiennent ou remettent dans le sein de l'unité les peupies chancelants ; et quand le discernement eut été fait, on retrancha irrémissiblement de la société des fidèles tous les opiniâtres et les incorrigibles. Quelques prélats des plus qualifiés, tels que les comtes de Weiden et de Truchses, archevêques électeurs de Cologne, les églises entières de la plupart des villes impériales , les électorats de Saxe, de Brandebourg, du Palatinat , et bien d'autres souverainetés d'Allemagne ; la moitié de la Suisse, et les états généraux de Hollande; les royaumes d'Angleterre, de Suede et de Danemarck, tout fut retranché de l'Eglise, sans nul égard au dommage que portoit cet immense retranchement. C'est au pasteur éternel à marquer les ouailles qu’il a recueillies ; il n'appartient à son vicaire que de les paître et de les régir, après qu'elles ont été incorporées au troupeau. L'Eglise gardienne , et non pas arbitre du sacré dépôt, n’ente:dit à aucune altération, à aucune modification, à aucune composition , il fallut le recevoir tout entier, ou se voir absolument exclus du bercail. Sur les points même qui ne sont que de droit ecclésiastique, dès que la condescendance lui parut favorable à la licence, elle se montra inflexible. Ainsi lui avons-nous vu refuser invinciblement le mariage des prêtres, malgré les demandes si long-temps importunes des princes et des empereurs; ainsi, aprés tous les attentats du luthéranisme et de toutes les hérésies qui en sont issues, avons-nous retrouvé et retrouvons-nous encore aujourd'hui dans la communion catholique, non pas seulement la foi qui n’y changea jamais, mais toutes les observances antiques et universelles. Tels sont, après comme avant Luther, l'eau bénite et toutes nos bénédictions accoutumées, le signe de la croix, l'usage des cierges et de l'encens, les vases et les ornements sacrés, l'ordre des saiu: offices, la majesté de nos cérémonies, et genéralement tous les rites essentiels de nos liturgies anciennes. C’est donc dans son sein, ou dans le sein de Dieu, que l'Eglise puisa les ressources puissantes qui l'ont soutenue contre les atiaques de tant de suppôts de l'enfer déchainés tous à la fois contre elle dans les derniers siécles.
. Les princes cependant portérent la main à l'arche chaucelante, et parurent la soutenir ; mais comme ils passoient les bornes où doivent se contenir les puissances er cstres, ils ne pouvoient que la précipiter. Qui ne se souvient des obs:. ::: interminables suscités par Charles-Quint contre l'ouverture et les opé'ations du concile de Trente, qu'il avoit pressé avec tant de chaleur ? des entraves où il tint les Péres et les légats apostoliques? du despotisme qu'il tenta d'exercer jusque sur les décisions de foi, où du moins sur
le choix des matières qu'il convenoit de discuter et de décider ? de son ressentiment contre le pape Clément VII, abandonné au fanatisme d’un Fronsberg, et surtout de la farce bynocrite où, jouant tout à la fois le pape et la religion, il faisoit pi: . 7 ‘o1i Madrid pour la délivrance de Clément qu'il tenoit prisonnier à Kcie ‘ On n'a pas oublié non plus toutes ces diétes scandaleuses où il ordonnoîit presque souverainement des affaires de la religion, où il accordloit tout aux princes luthériens, pourvu qu'ils lui fournissent des troupes et de l'argent, et signoit sans lire, quand il étoit sûr qu'on
avoit souscrit à ses demandes intéressées. La diete et l'intérim d'Ausbourg
en particulier seront long-temps fameux par le nrojet insensé d'amalgamer ensemble la foi et l'hérésie, par l'ami suit perde avec laquelle on proposoit la foi, et l'on ôtoit à l'hérésie ce qui en éloignoit davantage le peuple
chrétien.
Il en fut de même en France, au moins sous la déplorable administration de la mere des trois Valois. Qu'on se rappelle un instant le fond du systciue politique de l’ambitieuse Médicis : elle vouloit régner sous le nom des foibles rois ses fils ; voilà tout ce qu'elle eut de fixe et de sacré. Huguerots ou catholiques, la messe ou la prêche, peu lui importoit, à ce qu'on à prétendu tenir de sa propre bouche, lequel des partis prévalût, pourvu qu'on ne lui ravit point la domination, son unique idole. On sait encore que pour ne la pas subordonner à leurs caprices, elle empêcha de tout son pouvoir qu'un parti prit jamais l'ascendant sur l’autre , et qu'elle s'étudia constamment à les tenir tous les deux en équilibre. De là, tantôt déclarée pour les Guises ou les catholiques, tantôt pour les Coligny ou les religic:"aires, jamais elle ne souffrit qu'on profitàt de l’occasion décisive qu'on eut plusieurs fois d’exterminer l'erreur. Il y eut enfin un moment où, voyant que le second des rois ses fils alloit lui échapper et transporter sa confiance au chef des calvinistes, elle résolut cette exécution à jamais exécrable, qui chargea les Français de la barbarie conçue dans le sein de cette étrangère! et qui ne fut pas moins dommageable à la religion qu'à la France, par la haine désormais insurmontable qu’elle inspira nour l’une et pour l'autre aux religionnaires échappés du massacre. Rappeilerons-nous encore la lettre vraiment impie que Catherine, sous la dictée de Montluc, évêque calviniste de Valence, écrivit au pape, pour faire ôter les saintes images des églises, abolir la fête du saint Sacrement, et administrer l'eucharistie, comme à Geneve, apres la confession des péchés en général ? Mais qui n'est pas convaincu, sans cela, que la cour sous ces tristes :ègnes, loin d'étayer l'Eglise, n’a servi qu'a lui faire éprouver des secousses plus violentes?
C'étoit le maître suprème, jaloux de ce tribut de gloire doni ii ne souffre point de partage, qui devoit opérer d'un* rnaniere inattendue le glorieux chet-d'œuvre du rétablissement de ‘Eglise. Au moment arrête dans ses ccaseils éternels, il répandit son £: ‘?: sur toute chair; il fit prophétiser les fils et les filles d'Israël: il sus: . une foule de pasteurs, tels que les
Thomas de Villeneuve, les Barthélerai des Martyrs, les Charles Borromée,
les François de Sales, et sur le trône apostolique les Pie V, c'est-à-dire, tels qu'il les donne à son peuple quand il veut répandre sur lui la plénitude de ses miséricordes. Il suscita des patriarches et des apôtres dans les deux sexes , les Ignace de Loyola, les Gaëtan de Thienne, les Philippe de Néri, les Vincent de Paul, les Pierre d'Alcantara, les Jean de la Croix, les Thérèse
famé plus
valeu 1ouil clém aux f querr péné!
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naisss Cinq l'apôt encor sions | ce qu
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istrand du e nom uguequ'on à qu'on e pour ouvoir nstamsur les aires, isieurs second 3 ef des sea les ne fut brmais naires impie lence, a fête pres la cela, ‘a lui
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de Cépède, les Angéle de Bresse, les Françoise de Chantal, et tant d'autres hommes ou femmes de courage également viril, dont lestravaux, lesexemples, et les disciples qu'une sainte émulation attiroit par troupes sur leurs traces, firent en peu d'années refleurir les mœurs ct la ferveur dans tous les états.
Mais aprés qu'on eut réparé les brèches de l'Eglise, ou de sa discipline, les désertions ou les pertes locales qu'elle avoit souffertes, laissoient encore dans son sein, ou dans ses anciennes possessions , des vides immer:ses. Depuis son origine, jamais hérésie, sans excepter l'énorme arianisme, ne lui avoit débauché tant de sujets ; ni ravi tant de provinces ; depuis son origine aussi, jamais le ciel ne lui fraya la route à tant de conquêtes et à tant de triomphes. Les temps marqués dans les prophéties étoient arrivés, où des kommesquin'en avoient que la figure, et que les prophètes confondoient avec les ours et les léopards, devoient se ranger sous la houlette avec la docilité des agneaux. Dieu ébranlale ciel et la terre, pour en rapprocher les contrées les plus étrangères l'une à l'autre. Il inspira une activité nouvelle à l'esprit de l'homme, et une nouvelle énergie à son courage. Alors précisément, comme nous l'avons remarqué, le profond penseur de Ligurie, l'immortel Colomb, conçut que le soleil, durant la moitié de son cours, devoit éclairer de plus dignes êtres que les monstres de l'Océan, et le cœur remparé d'un triple airain , il vogua, pour la découverte, à travers des mers sans terme et sans nom ( 1491 ). Le Chaos se débrouille pour la seconde fois, et un nouvel ordre de créatures paroît sur la scène du monde. "Jne émulation générale fait braver tous les orages et tous les écueils ; le cap formidable des Tourmentes, heureusement doublé, prend le doux nom d'Espérance, et les deux Indes deviennent aussi familiéres aux Européens que leurs terres natales( 1497). Guidés par l'esprit de conquête et de cupidité, ils y commirent sans doute bien des excès et des forfaits : la terre de l'or, pour un terups, dut plutôt être nommée la terre du sang et des larmes. C’est que le ciel met à haut prix ses grâces insignes , afin d'en inspirer une estime qui en fasse recueillir tout le fruit.
Non, sans doute, ce ne fut point pour gorger d'or et d'argent une avarice famélique, qu'il conduisit sur les bords où dorment ces métaux , des hommes plus vicieux, ou du moins plus coupables que ceux qui en ignoroient la valeur ; mais bien pour faire part à ceux-ci des trésors que ne ronge pas la 1ouille, et du solide bonheur qui ne connoît ni mesure, ni fin. Bientôt sa clémence fit succéder la faveur à l'épreuve, et la liberté des enfants de Dieu aux fers de la tyrannie. Des conquérants d’un ordre nouveau, avides uniquement du salut des âmes, franchirent à leur tour l'immensité de l'Océan, pénétrérent dans les terres brûlantes du Brésil, dans les forêts glacées du CanaGa, au sein de l'Afrique réputée si long-temps inhabitable, et bien audelà, dans les continents, les presqu'iles et les îles innombrables comprises sous le nom d'Inde, jusqu'aux rives presque fabuleuses où l'aurore prend naissance; et la rapidité de leurs conquêtes égala celle de leurs courses. Cinquante royaumes ou principautés, gagnés en dix aus à Jésus-Christ par l'apôtre des Indes et du Japon , n’en font qu'une partie. Et quelles conquêtes encore ! Quel surcroît de gloire pour l’Église, que le caractere des conversions et des vertus des sujets nouveaux qui se rangeoient sous ses lois! C'est ce qu'on a vu, avec admiration, dans la constance presque incroyable de
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douze cent mille néophytes japonais durant la perséeution la plus cruelle, la plus insidieuse, la plus longue et la plus continue dont on ait connoissance, sans en excepter celles des premiers siècles. Tandis que lc saint disciple d'Ignace étendoit ainsi l'empire de l'Eglise en orient , saint Louis-Bertrand, sous la livrée de Dominique, l'avançoit avec tant de célérité dans la nouvelle Grenade , dans la terre ferme et l'immense continent de l'Amérique méridionale, qu'il baptisoit en un seul jour, mille, douze cents, et jusqu'a quinze cents idolâtres. A l'exemple de ces véritables apôtres, une infinité de missionnaires soutenant et avançant l'œuvre si heureusement commencée, laissérent enfin peu de contrées où la croix ne fût élevée en triomphe sur les ruines de l'idolàtrie, où elle ne püt au moins servir de signe et de phare aux peuples idolâtres.
Que n’aurions-nous point à dire encore des missions de Turquie, c'est-àdire, de la Grèce, de la Syrie , de l'Arménie, de l'Egypte, de touslesroyaumes et les empires compris sous le nom d’empire ottoman! L'esprit de zele et de retablissement avoit été communiqué à l'Eglise avecune abondance égale à ses pertes et à ses revers. Ce qu'elle n’avoit pas tenté dans les temps les plus calmes, elle l’entreprit avec succès au milieu des plus violents orages. Tandis que son plus bel apanage couroit le risque prochain d'une ruine entiére, sous le regne infortuné du dernier des Valois en France, on vit des troupes d'apôtres sortis de ce royaume, commencer et faire fleurirces vastes missions du levant , qui, sous la protection à peine imaginable d’un empereur mahométan, ou du moins de son aveu, ont plus servi à la réunion sincère des schismatiques de la Grèce, que tout le zèle apparent ou véritable des empereurs grecs d'origine. À ce trait seul, et combien n'en a-t-on pas vu d'aussi frappants! il est aisé de reconnoître les soins d'une providence attentive, non-seulement à soutenir l'Eglise, mais à réparer ses pertes avec avantage.
Ce n'étoit point encore assez pour la gloire de son instituteur adorable : à celui qui a tiré l'être du néant, il appartenoit surtout de tirer le bien du mal, et d'exprimer l'antidote du poison même. Ainsi donc, à la faveur , ou du moins à l'occasion des derniers excès du schisme et de l'hérésie, on vit l'épouse du roi immortel des siècles dont elle partage l'immutabilité, reprendre presque subitement une vigueur, et même une splendeur peu différente peu-être des grâces de son premier àge.
Des essaims de novateurs et de censeurs injurieux criant sans cesse à la réforme, et soulevant les fidèles contre leur propre mére, qu'ils disoient entierement corrompue dans son chef et dans ses membres; cet énorme scandale ranima le zèle dans le cœur des évêques et des souverains pontifes, qui s'appliquérent sérieusement à exécuter , ou du moins à disposer le grand ouvrage de la réformation. On convoqua des conciles provinciaux d’abord; on examina les abus locaux, on en chercha les remedes , on essaya les moyens , et par de sages réglements on traça la route au rétablissement de la régle parfaite. Des lors, et à mille indices divers, on put entrevoir toute l'étendue des vues miséricordieuses du Seigneur sur son Eglise.
Qui put les méconnoître en Allemagne où le mal étoit le plus grand, dans les procédés du concile tenu à Cologne par l'archevêque Herman de Weiden , organe d'autant plus sensible de l'Esprit saint , que ce nouveau Balaam se démentit par la suite avec plus de scandale ? Dans ces nombreux et tres-
siastic imiere jusqu ciers.
prélat pourr contr tie at En d'Alle tinent sacrés nands
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sages décrets, on voit, pour ainsi dire, toute l'ébauche de la divine réformation de Trente. Rien n'y fut oublié de tout ce qui pouvoit conduire à un renouvellement parfait. On n'y proscrivit pas simplement l’incontinence des clercs, mais on leur interdit tout ce qui pouvoit ternir la pureté la plus délicate, ou seulement cette intégrité de réputation qui sied si bien à un ministère angélique. On ne veut pas qu'ils soient en société de demeure avec d'autres femmes que leur mére, leur aïeule, leurssœurset leurs tantes. Ils doivent s'abstenir de la bonne chère, de tout banquet, et ne pas même assister aux noces. Ils ne doivent s'impliquer dans aucun trafic, dans la gestion d'aucune affaire séculière. Le faste, le luxe, tout ce qui ressent Ja mondanité, est défendu aux prélats, comme aux simples prêtres. On va jusqu’à leur prescrire des règles précises de modestie pour leurs vêtements, où la soie ne doit point entrer, même pour les évêques. L'avarice abominable dans un prêtre , la simonie, grossière ou palliée, toute espèce de vénalité, toute vue d'intérêt est traitée comme une prevarication sacrilége. Les fondations intéressées de pratiques singulières de dévotion, de messes composées selon la fantaisie de ceux qui les payoient, n'échappérent point à la vigilance du concile. Préludant même au rétablissement de la saine critique, il défendit de rien insérer d'une maniere arbitraire, soit dans les hréviaires, soit dans les missels , dont il ordonne la correction canonique. Au sujet des prédications , il défend d'y mêler des plaisanteries, des récits apocryphes, de vagues déclamations , et cette fausse éloquence qui ne consiste que dans le brillant des paroles. Pour faire fleurir ies sciences ecclésiastiques, on accorde aux jeunes chanoines qui les étudiert , le gros de leurs prébendes, malgré leur absence ; mais pour les autres qui ne se trouvent point à la messe au plus tard après l'épître, et à chaque heure canoniale aussitôt aprés le premier psaume, on les prive de la rétribution qui y est attachée. On accorda aussi à quelques religieux désignés par leurs supérieurs, la liberté d'aller étudier la théologie dans des universités, à condition néanmoins qu'ils logeroient dans les monasteres. Il fut encore ordonné d'ussigner une prébende dans chaque cathédrale et chaque collégiale, pour l'entretien d'un maître habile qui enseigne les clercs.
On sait qu'il se tint dans les mêmes conjonctures , et pour les mêmes fins, des conciles à Ausbourg, à Mayence et à Trèves. À mesure que les abus se multiplioient , la vigueur et la vigilance augmentoiïent dans les prélats. Ils désiroient la correction avec tant de sincérité, qu'ils constituoient des ecclésiastiques, même du second ordre, distingués par leurs vertus et leurs lumieres, pour faire la recherche exacte de tout ce qu'il y avoit à corriger jusque dans la personne des évêques, et dans l'administration de leurs ofticiers. Le suffragant de l'archevêque de Trèves, qui tenoit la place de ce prélat absent, pria les Péres, en plein concile, de l'avertir des fautes qu'il pourroit avoir commises dans l'exercice de ses fonctions : humilité si peu contrefaite, qu'ayant été repris en effet de quelques manquements, sa modestie à toute épreuve ne lui inspira qu'un vif empressement à se corriger.
En France, le concile de Sens (1528), animé du même esprit que ceux d'Allemagne, statua que les lois anciennes portées contre les clercs incontinents, s'observeroient en toute rigueur ; que l'on ne conféreroit les ordres sacrés qu'apres un tres-mûr examen des mœurs et de la capacité des ordinands; et pour ne pas les exposer à vivre avec indécence, qu'ils seroient
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