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16 (AN 1676.) HISTOIRE un pays couvert etmontueux, qu'onne pouvoit pas savoir d'où venoit une personne, ni où elle alloit.
Là, notre solitaire reprit paisiblement ses premiers exercices, s'arrangea deux cellules dans le creux de deux rochers voisins, et forma entre deux une petite chapelle, qu’elle se plaisoit à orner de verdure et de fleurs champêtres. Ces trois grottes étoient exposées au soleil levant : il y faisoit moins froid que dans sa première habitation, et l'air y étoit moins épais; comme élant moins couverte, et un peu plus éloignée des bois qui les environnoient. L'oraison, la contemplation, les ravissements et les extases furent encore plus sublimes qu'auparavant; et cependant elle s’astreignit toujours à sun réglement de vie, et à ses exercices accoutumés, s'altachant aux routes battues, et se refusant aux voies extraordinaires autant que l'esprit de Dieu lui en laissoit la liberté. Ainsi avancoitelle à pas de géant dans la carrière des vertus, quand sa dixneuvième lettre au père de Bray demeurant sans réponse, elle ne douta point que la mort de ce charitable directeur n’en fût la cause. Ellelui marquoit par cette lettre du 17 septembre 1699, qu'elle se sentoit un désir extraordinaire d'aller à Rome dans le cours de l'année suivante, afin de recueillir avec plus d’'abondance les grâces du jubilé : elle soumettoit néanmoins son projet à la décision de celui qu'elle regardoit comme l'organe du ciel à son égard. Quand elle fut persuadée que ce père étoit mort, elle se crut libre de partir et partit en effet pour Rome; mais on ne sait plus rien d'elle depuis cette époque; on a conjccturé qu'elle étoit morte. En conséquence, et vraisemblablement à la réquisition de son illustre famille, on a fait bien des recherches, par ordre même des premiers magistrats, afin de découvrir sa sépulture, et de rendre au moins à ses restes précieux la vénération qu'ils méritoient. Jusqu'ici l'on n'a rien découvert, et il y a peu d apparence qu'on soit jamais plus heureux. Le ciel aura sans doute voulu remplir dans toute leur étendue, les vœux d'une mortelle dont le monde n’étoit pas digne, en la lui tenant à jamais inconnue.
Combien d'autres prodiges de la grâce n'aurions-nous pas encore à rapporter, si notre plan comportoit le détail de tous ceux qui s'opérent, et qui ne s'opèrent que dans le sein de la
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(An 1676.) 17 véritable Eglise de Jésus-Christ? Les pures lumières qui depuis la divine assemblée de Trente ne cessoient puint de se répandre dans les ordres divers du peuple chrétien, éclatoient dans les arrêts mêmes des tribunaux séculiers. Ainsi doit-on regarder la réformation d'un abus négligé jusque-là, c'est-àdire, l'arrêt à jamais recommandable par lequel le premier par- | Jement de France, sensible enfin aux gémissements de la pu- 4 deur, abolit, le 28 février 1677, les honteuses épreuves du “ congrès, introduites, a-t-on fort bien dit, par l'effronterie des … femmes, et autorisées par la simplicité des hommes.
Le 17 février de l’année suivante, le père Capisucci, do- À minicain, maître du sacré palais, censura, et défendit de lire, “ débiter ou garder un petit livre imprimé sous ce titre : Office “ de l'Immaculée Conception, approuvé par le pape Paul V, À qui accorda cent jours d'indulgence à ceux qui le réciteroient * dévotement. Cette censure, qui donnoit atteinte, au moins
. Windirectement, à la conception immaculée de Marie, et par
conséquent à la persuasion commune de l'Eglise, mit en rumeur toute l'Europe catholique. Bayle dit lui-même : , tout Mguerri qu'il étoit contre les scandales, qu'elle scandalisa une finité de personnes, et qu'en France il n'y eut que les jannistes qui en furent édifiés. Ils l'honorèrent en effet de ma- “nifiques éloges, sans se souvenir qu'ils n'avoient rien omis, “depuis cinquante ans, pour faire mépriser tout ce qui pouvoit pe du tribunal de l'inquisition. L'empereur adressa direclement ses plaintes, sur le même sujet, au souverain pontife. . & Innocent, sur la parole du dominicain, répondit qu'on avoit pérndn l'office en question, parce qu'on y attachoit une indulgence apocryphe, et qu'on assuroit faussement qu il avoit été approuvé par Paul V, mais que la défense ne tomboit pas ur l'office même, qui depuis long-temps se récitoit dans l'Eglise avec la permission du saint Siége. Il ajoutoit qu'on n'ait nullement prétendu affoiblir le culte de la mère de Dieu, hais plutôt l’augmenter autant qu'il seroit possible. Cette explication étoit assurément nécessaire : car à s'en tenir aux fcrmes de la censure, elle tomboit à plomb sur l'office, dont
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18 (An 2678.) HISTOIRE
elle interdisoit la lecture, et non pas sur la publication de l’indulgence, dont elle ne faisoit aucune mention. Le pontife parut enfin douter de la droiture du dominicain, et pensa qu'il falloit rassurer autrement la piété des fidèles. À cette fn, il ordonna que dans les nouvelles éditions qui se feroient de l'of. fice ainsi rendu suspect, on ajouteroit dans l'oraison un mot qui marquoit bien ce qu'il pensoit lui-même de la conception de Marie, c'est-à-dire, qu'aux termes de conception sainte, on ajouteroit celui d'immaculée. Ainsi la joie de ceux qui avoient intrigué pour faire supprimer cet office, se convertit bientôt en des clameurs chagrines qu'ils firent exprimer en ces termés par un auteur célèbre : « Quels biens Innocent XI n'eûtil pas procurés à la religion, s’il ne se fût pas laissé obséder par les ennemis de la France :? Quelle espérance n'en donnat-il point, lorsqu'il abolit l'office dela conception! » La belle espérance en effet , si le sentiment le plus honorable pour la conception de la Vierge est celui de toutes les universités, de toutes les écoles, à une seule près, et de presque tous les docteurs catholiques! si les papes et les évêques empêchent, sous peine d’anathème, de prêcher et d'enseigner le sentiment contraire ?
La prédilection funeste des auteurs de la nouvelle doctrine pour les pères de l'Oratoire, avoit enfin produit son effet. En vain:les supérieurs qui l’avoient prévu s’étoient élevés des prenierscontrecesnouveautésscandaleuses. Dèsle 29 dejuin 1657, le père Bourgoin, supérieur général , avoit donné une lettre circulaire pour obliger tous les pères de la congrégation à signer la bulle d'Alexandre VIT, et le formulaire du clergé de France. Il y marquoit qu'on ne pouvoit refuser de le faire, sans mériter de perdre laqualité de catholique, de chrétien, d'enfant de l'Eglise, et par conséquent de l'Oratoire. Tout ce que cette lettre produisit, selon l'historien des jansénistes », ce fut de bouleverser la congrégation , d'où les sujets les plus estimables, au dire du même auteur, sortirent, ou furent retranchés. On voit par ces paroles, quel fruit y avoit déjà produit la malheureuse amitié de l'abbé de Saint-Cyran et de ses
+ Valesiena, p. 45 et 46. — 2 Hist, du jans. an. 1657.
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DE L'ÉGLISE. (AN 1678.) 19 premiers coopéraleurs. C’est toutefois une imposture que da faire passer pour jansénistes les meilleurs sujets qu'eût alors cette congrégation.
Le père Thomassin, l’un de ses plus dignes sujets sans con< tredit, ne doit pas se compter parmi les sectateurs des nouveautés proscrites. Il est vrai qu'étant encore jeune, et n'ayant étudié saint Augustin que dans les compilations infidèles du parti, il avoit donné dans les nouvelles opinions : mais s’il put commettre une légèreté pardonnable à son âge, il n'eut point l’orgueil et l'opiniâtreté qui convertit l'erreur en hérésie formelle. Non moins recommandable par sa eandeur et sa piété, que par son savoir, dès qu'il eut reconnu par la lecture des œuvres mêmes de saint Augustin, combien Jansénius imposoit à ce saint docteur, ainsi qu'à l'Eglise qui en avoit confirmé la doctrine surla grâce, nul respect humain ne put l'em-
êcher d’en faire une confession pour le moins aussi éclatante que l’avoient été les préventions de sa jeunesse. 1l alla trouver chacun de ceux qu'il craignoit d'avoir engagés dans ses premières opinions, et leur protesta qu'il en étoit parfaitement revenu, comme d'autant d'erreurs essentiellement contraires à Ja foi. Les ouvrages qu'il nous a transmis attesteront à jamais et la réalité, et la sincérité de sa déolaration. Le savant père Morin son confrère et son contemporain, sans parler de bien d'autres, n’étoit pas moins soumis aux décisions du saint Siége sur ces matières.
Ceux mêmes qu'avoit séduits l'amour de la nouveauté, ne sorlirent pas tous de J'Oratoire, ou du moins ils y furent bientôt remplacés par des sujets de même croyance, C'est pourquoi la sixième assemblée générale de la congrégation, de concert avec l'archevêque de Paris, où elle se tint an mois de décembre 1678, résolut de mettre au moins des bornes aux progrès qu'y faisoient les erreurs du temps : elle fit nn statnt formel, pour défendre à tous ses sujets d'enseigner la doctrine de Janséniust. Il fut souscrit par la plupart des oratoriens. Il y
t Ce statut proscrit le cartrsianismne aussi-bien que le jansénisme. Et on ne doit pas s'étonner que cette assemblée ait proscrit le cartésianisme ; car tous les rebelles à l'Eglise se prévalent de ectte doctrine ct de la méthode de riisonnement, « On , pruscrit, dit Quesnel, les opinions philosophiques de Descartes : par quel endroit
20 (AN 1678.) HISTOIRE eut des politiques qui s’absentèrent pour un temps; d’autres se retirèrent pour toujours ; quelques-uns même abandonné rentle royaume. Le fameux père Quesnel fut dunombre de ces derniers. Averti que l'archevêque se disposoit à le poursuivre par les voies canoniques, il se retira d’abord à Bruxelles. Ce qui le révolta, c'est, de son propre aveu', que ses supérieurs interdisoient toute doctrine suspecte des sentiments de Jansénius et de Baïus ; c'est qu'ils empéchoient d'enseigner que les bonnes actions des infidèles , telles que d'aimer et révérer leurs parents, sont des péchés; qu'ils admettoient des grâces suffisantes que la résistance de la volonté peut rendre inutiles. Une fois retiré de France, il s’abandonna sans gêne à sa passion pour la nouvelle doctrine, et signala tellement à ce sujet la chaleur et l’amertume de son zèle, qu'entre tous lesdisciples d'Arnaud, il fut trouvé dans la suite le plus digne de lui succéder en qualité de chef du parti.
Le statut de la congrégation de l'Oratoire éprouva plus de contradictions encore dans les provinces belgiques qu'au sein de la France. Les pères Bahier et Thorentier, celui-ci assistant, et l'autre secrétaire général, pressèrent long-temps, et toujours en vain, leurs confrères de Mons de se soumettre à un décret sireligieux ; ils allèrent jusqu'à menacerles indociles de les traiter en hérétiques incorrigibles. Les coupables répondirent, et le père Quesnel leur servit de secrétaire; d’où l’on peut juger de tout ce qu'énonçoit la réponse. Elle portoit, entr'autres choses, que si on les poussoit * bout, on devoit s'attendre à voir démembrer la congrégation. Le père Thorentier ne laissa pas de revenir à la charge, et marqua son mécontentement en ces termes au père Piquery, supérieur à Mons : « Quoi de plus chagrinant que de vous voir déclamer contre un formulaire de doctrine approuvé par tant de personnages respectables, et reçu de toute notre congrégation, à la réserve de deux ou trois personnes qui, pour se faire un mérite auprès d’un misérable parti, se sont arrachées du sein de
Et pourquoi m'engagerai-je à renoncer à ma raison , à l'évidence, à ma liberté, si je trouve les opinions philosophiques meilleures que les autres ? » Anutumie de la Sentence, pag. 22.
1 Anatomie de la Sentence, page 31.
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