‹ Histoire de l'église [microforme] (volume 3)Chapitre 23 sur 178 · CT · texte numérisé non relu

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DE L'ÉGLISE. (An 1678.) 21 l'Eglise leur mère, uù l'on peut uniquementtrouverle salut ! » Il leur représente ensuite, et ilen prend Dieu à témoin, que ces particuliers ont soulevé contre leur congrégation les évêques et les officiaux, les communautés et les universités; qu'au grand scandale du public, ils ont fait croire toute la congrégation janséniste, en publiant qu'on n'y suçoit pas un autre lait que celui d’Arnaud; qu’un homme intrigant et faux, parvenu à l'office de visiteur, avoit employé les plus odieuses manœuvres pour répandre les nouveautés proscrites dans les maisons del'Oratoire ; qu'il avoit dressé pour les colléges une formule de doctrine, où l’on défendoit en général d'enseigner celle de Jansénius, et où l’on prescrivoit en détail le cru jansénisme ; que ce fourbe audacieux avoit combattu lui-même dans plusieurs conférences la grâce suflisante, et réduit la liberté au simple volontaire.

Les oratoriens flamands ayant encore répondu qu'ils étoient fort éloignés des erreurs que portent les cinq propositions, le père assistant répliqua, qu'en parlant ainsi, l’on se justifioit moins, qu'on ne passoit condamnation ; qu'il n'y avoit point de janséniste si outré, qui ne fit très-volontiers ce vague désaveu : défaite misérable, ajoutoit-il, depuis que ces imposteurs en ont fait leur langage ordinaire, afin d’abuser le public. On voit que le père Thorentier connoissoit les ruses et toutes les incohérences du parti. En effet, condamner les cinq propositions, sans condamner la doctrine de Jansénius, que l'Eglise y a précisément condamnée , c'est tenir que l’hérésie du jansénisme est un fantôme ; qu'il n’y a point d'hérétiques jansénistes, ou simplement qu'il n'y a point de jansénistes. Cette manière illusoire de parler, devenue le langage ordinaire d'une secte qui n’en craint que le nom, est la profession la mieux marquée du jansénisme; et par une conséquence évidemment sentie par eux-mêmes, c'est la marque certaine du schisme et de l'hérésic; c’est un mépris déclaré de l'autorité et de toutes les décisions de l'Eglise. On doit conclure encore des lettres du père Thorentier, qu’au moins les membres gangrenés de l'Oratoire n’en avoient pas infecté les parties nobles ; aussi par rapport aux communautés même les plus suspectes , ce seroit une injustice que d'imputer, soit au corps entier, soit aux supérieurs, les égarements des particuliers.

Toutes ces remontrances firent peu d'impression sur le père Piquery : mais des motifs humains Jui tinrent lieu des principes de la foi et de l’obéissance. Il signa le statut, quoique persuadé qu'il ne le devoit pas. Le fait est constant, par une lettre qu’il écrivit au docteur Arnaud, en date du 21 septembre de cette même année 1678. «J'ai signé avec peine, lui marquoit-il, et je vous avoue que l’éclat qu’eût fait mon refus, la juie qu'en eussent eu nos ennemis, et la ruine de notre maison, n'ont pas peu contribué à m'aveugler et à m’affoiblir. J'ai du déplaisir de lavoir fait, et suis tout disposé à révoquer ma signature, si vous croyez que Dieu en soit glorifié. » Etoit-il donc besoin de conseil ? L’oratorien timoré convient qu'il s'étoit aveuglé par des craintes humaines, qu’il avoit signé lâchement une formule contraire aux dogmes de la foi; et il demande s'il est de la gloire de Dieu qu'il révoque cette signature! On ignore quelle fut la décision du docteur; mais il n’est aucun indice que la signature du consultant n'ait pas tenu autant que celle des autres oratoriens, qui presque tous souscrivirent le statut.

Tandis que les supérieurs ordinaires prémunissoient ainsi Jeurs sujets propres contre les nouvelles doctrines, le pasteur chargé de surveiller toutes les parties de l'Eglise, apprit qu’en certains diocèses il s'éloit introduit, sur des principes tout opposés, différents abus dans l'administration de l’eucharistie, On y avoit établi, comme nécessaire, la pratique de communier tous les jours, et le vendredi saint même. On y recevoit le plus saint de nos sacrements, non pas seulement dans les églises, mais dans les chapelles privées, dans les habitations communes, et quelquefois dans le lit, sans y être arrêté par une maladie sérieuse. Certains prêtres le portoient secrètement à ces sortes de dévots ; d’autres, sans être approuvés, les entendoient à confesse, et leur donnaient l’absolution, au moins des péchés véniels. Ils leur donnoient aussi, en les communiant, ou plusieurs hosties, ou des hosties plus grandes qu'il n'étoit d'usage, La sacrée congrégation, interprète du concile de Trente, porta contre ces dévotions bizarres un décret qui fut expressément approuvé par le souverain pontife ; elle ajouta, sur Ja fréquentation de cet auguste sacrement, des règles si

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DE L'ÉGLISE. (AN 167 23 sages , si solides, si éloignées des deux extrémités également vicieuses, qu’on ne peut que nous savoir gré de les rapporter au moins en substance.

On y observe d'abord que les Pères et les saints docteurs, quoiqu'ils aient constamment approuvé l'usage de communier souvent, et même tous les jours, n'ont toutefois déterminé aucun jour par mois, ni par semaine, où l'on füt obligé, soit de participer à la table du Seigneur, soit de s'en abstenir; que le saint concile de Trente n’a pareillement rien prescrit làdessus, et s'est contenté de déclarer en général, qu’il souhaiteroit que tous les fidèles fussent en état de communier à chaque messe qu’ils entendent; qu'en cela il a usé d'une grande sagesse, parce qu'il y a bien des plis et des replis impénétrables dans les consciences, et que, d'un autre côté, Dieu répand bien des grâces sur les plus foibles. Les yeux des hommes, poursuit-on, ne perçant point dans ces ombres, ils ne sauroient prononcer touchant la pureté de conscience d’un chacun, ni par conséquent décider s'il doit recevoir le pain de vie souvent, ou chaque jour. Cet office regarde les directeurs de conscience, qui doivent prescrire à chaque pénitent ce qu'ils reconnoîtront lui être utile par la pureté de son cœur, et par le fruit qu'il retirera de la communion : telle en doit être la la règle et la mesure. On doit donc, non pas interdire généralement à certaines personnes la communion fréquente, ou même quotidienne, ni marquer des jours particuliers où l’on soit tenu de communier, mais s'appliquer à connoître ce qui est expédient à chacun. Les prédicateurs, de leur côté, après avoir exhorté les fidèles à s'approcher souvent de la sainte table, doivent aussitôt leur parler de la préparation nécessaire pour y participer. Ceux qui se sentent de l'attrait pour prendre souvent, ou tous les jours, cet aliment sacré, on les avertira de bien considérer, et la dignité de celui qu'ils reçoivent, et leur propre misère, afin que ces deux points de vue les portent à s'approcher avec autant de respect que deconfiancede la table où la chair du fils de Dieu devient leur nourriture. 1l seroit difficile de rien ajouter sagement de plus particulier sur celte matière délicate.

Innocent XI condamna clans la mème année 1679, snixante-

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Jignité qu'on a vue dans le compte que nous avons rendu de

zinq propositions de morale relâchée, et défendit de jamais les soutenir, sous peine d'excommunication encourue par le seul fait. Elles avoient été dénoncées par les partisans des erreurs courantes, qui avoient plus de besoin que jamais de faire diversion dans l'attaque plus sérieuse qu'alors ils avoient euxmêmes à soutenir. L'archevêque de Malines, et plus de cinquante docteurs des principaux du clergé séculier et régulier des Pays-Bas, poursuivoient la censure de trente-une autres

prôpositions, extraites pour la plupart d'ouvrages mis au jour

par les oracles du parti, lorsque ses délégués arrivèrent à Rome; ce qui fit dire au confesseur d'Innocent XI : Voilà des gens qu'une maligne intrigue amène ici, afin de rendre suspecte la juste plainte des docteurs orthodoxes. Cependant comme ils avoient de puissants protecteurs, ils vinrent à bout de faire condamner les soixante-cinq propositions. Quoiqu’elles fussent véritablement condamnables en elles-mêmes, le décret de condamnation fut rejeté en France par un arrêt exprès du parlement de Paris, soit à raison de la mésintelligence qui étoit alors entre les deux cours, soit parce qu’il donnoit lieu à des imputatians calomnieuses, Le ministre Jurieu, qui avoit en ceci le même intérêt que les jansénistes, attribue cet arrêt au crédit du père de la Claise, confesseur du roir. La chose ne vaut pas la peine d’une discussion. Cependant Innocent XI parut si peu animé contre ce père et contre sa société, qu’il flétrit trois libelles publiés coup sur coup, tendants à prouver que les soixante-cinq propositions étoient tirées d'écrivains jésuites. Ces religieux, de leur côté, firent

imprimer un écrit qui les démontroit opposés à la doctrine

commune de leurs moralistes.

En effet, ces propositions, au moins pour la plupart, étnient ritées, sans autre examen, d'après les lettres de Pascal, ou de pareilles satires. I] n'y a pas lieu de douter que les dénonciateurs n'aient fait l'attribution de la douzième, par exemple, d'après la sijième lettre au provincial, où elle est rapportée comme extraite du jésuite Vasquez, mais tronquée avec la ma-

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DE L'ÉGLISE. (AN 1679.) 25 ces lettres. Il y est question de l'aumône, et des fonds qui doivent y fournir ; sur quoi; au moyen d'une réticence qui change totalement la proposition, Pascal et ses échos font dire à son auteur précisément le contraire de ce qu'il dit en effet. La quarante- cinquième proposition dénoncée, qui regarde la simonie, et qu’on attribue avec la même falsification au père Valentia, est encore citée manifestement d'après la sixième lettre de Pascal. La soixante-deuxième, la soixante-troisième et la soixante-quatrième, concernant le délai de l'absolution, paroissent copiées, tant de la cinquième Provinciale, que de la Théologie morale, autre ouvrage de même fabrique, où l’on accuse le père Bauni d'avoir enseigné qu'on ne doit pas refuser l’absolution aux personnes qui demeurent dans l'occasion prochaine du péché. Le pape condamna sans doute, et très-justement, cette doctrine, mais non pas l’auteur, à qui on l’attribuoit faussement ; d’où l’on doit apprendre à se tenir en garde contre une cabale à qui la calomnie ne coûte rien quard il s’agit de décrier la morale de ceux qui combattent son hérésie. On peut dire de la plupart des autres propositions dénoncées, et avec bien plus de raison que ces faux zélateurs ne l'ont dit des propositions fameuses qui ont mis l'Eglise en feu, qu'elles ont été fabriquées à plaisir, ou du moins tellement falsifiées, qu'aucun des théologiens à qui on les attribuoit, ne les a jamais reconnues; et voilà pourquoi le souverain pontife ne les voulut condamner qu'en elles-mêmes, sans défendre la lecture des auteurs à qui on les imputoit.

Quant à la mauvaise doctrine qui réduit presque à rien l'obligation de faire des actes formels de charité ou d'amour de Dieu, et qui fut réprouvée si justement avec la cinquième, la sixième et la septième de ces propositions dénoncées, l’impartialité demandoit au moins qu'on nommäât indistinctement les écrivains de tout ordre et de tout état qui avoient donné quelque atteinte à ce premier précepte de la loi de grâce, tels que Bannez et le cardinal Cajétan. tous deux dominicains, Molanus, docteur de Louvain, et Jansénius, évêque de Gand, sans compter ceux qui ont moins de célébrité. Pascal cependant, ni aucun de ces compilateurs, n’en a fait mention. C'est qu’il importoit au varti le n'avoir pas tant d’ennemis à la

26 (An 1679.) HISTOIRE

fuis sur les bras; mais il lui convenoit de charger les pères Annat, le Maine et Sirmond, dont toutefois les deux premiers n’ont rien dit de ce qu'on leur fait dire. 1l est vrai que le troisième s’est fort égaré, en avançant que l'amour effectif est un commandement de douceur dont l'inobservation ne fait point encourir les peines éternelles; encore l'équité et la probité même demandoient-elles de ne pas faire entendre au lecteur, comme on l’a fait dans les Provinciales, que ce père Sirmond étoit le même que le célèbre Sirmond, jésuite aussi digne de sa renommée, que l’autre fut obscur.

Le probabilisme poussé trop loin, ou mal appliqué, fut condamné dans les quatre premières propositions, qu'on avoit dénoncées en ces termes : I. Il n’est point illicite de suivre, dans l'administration des sacrements, une opinion probable touchant la validité du sacrement, en abandonnant la plussüre, à moins que quelque loi, quelque pacte, ou quelque danger d’un grand dummage ne le défende ; ainsi l'on ne doit s'abstenir d'user de l'opinion probable, que dans l'administration du baptême, ou quand on confère l'ordre de la prêtrise, et celui de l'épiscopat. IT. Je crois probablement qu'un juge peut juger selon l'opinion la moins probable. IL. En général, c'est agir prudemment que de suivre une opinion probable, quelque foible qu’en soit la probabilité, soit intrinsèque, soit extrinsèque, pourvu que l'opinion ne sorte point des bornes de la probabilité. IV. Un infidèle qui s'appuie sur une opinion probable, sera excusé de son infidélité, en ne croyant pas nos mystères.

Voilà précisément ce qu'Innocent XI a condamné du probabilisme, sans avoir jamais voulu le condamner absolument et généralement, quoiqu'il en ait été pressé bien des fois. Il s’est borné à défendre d'en user par rapport aux sacrements, et à lui prescrire des bornes plus étroites que ne lui en assignoient certains moralistes dont Îles principes ou les spéculations bizarres pouvoient occasioner bien des pratiques abusives. C'est ouvrir en effet la porte au relâchement, et au désordre même, que d'avancer qu'une opinion probable, quelque foible qu'en soit la probabilité, nous met en sûreté de conscience. 1] est visible que dès qu'on croira pouvoir s'ap-

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