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que d'un raffinement de politique et d'intérêt propre. Il leur importoit d'honorer un pape qui n'a point lancé d’anathème direct et général sur le corps de leur doctrine ; encore faut-il paroître n'avoir point contre soi toute la suite des successeurs de saint Pierre, et par conséquent compter pour amis ceux dont les coups ont porté moins d'atteinte. Innocent XI luimême a néanmoins déclaré assez hautement, ou du moins assez souvent, ce qu'il pensoit d’une doctrine si nouvelle à Rome.
Après le nouveau Testament de Mons, il condamna /a Dé- ‘ense de la discipline de Sens, concernant l'imposition de la pénitence publique : ouvrage où les erreurs du temps ne laissoient pas d'être déguisées, mais trop peu, pour échapper à la pénétration de ce pontife.
Quant à celui qu'il proscrivit, en troisième lieu, sous le litre de Miroir de la piété chrétienne, cles y étoient répandues avec si peu de ménagement, qu il auroit fallu se boucher les yeux pour ne les y point voir. L'auteur déguisé sous le nom de Flore de Sainte-Foi, mais trahi par l'amertume unique de son style, le fougueux père Gerberon, y disoit en vingt manières, que Dieu, sans nul égard aux mérites ni aux démérites, a de toute éternité prédestiné la plupart des hommes aux supplices de l'enfer ; que sa volonté seule fait l’affreuse destination de tant de malheureux; que depuis le péché originel, il n'a aucun dessein d'en sauver d'autres que le petit nombre de ceux que sa miséricorde a choisis pour le ciel; que si ceux qui restent dans la masse de perdition n'en sortent point, ce n'est pas toujours parce qu'ils ne veulent point se sauver, mais parce qu'il ne veut pas les sauver lui-même. Telle est la doctrine impie que l'auteur du Miroir de la piété avoit puisée, comme il en fait gloire, dans les livres troisième et quatrième du troisième tome de Jansénius, et Jansénius dans le livre des institutions et le traité de la prédestination de Calvin. Après cela, on ne sera pas étonné de lire dans l'Augustin d'Ypres, que sans une grâce efficace qui fasse faire le bien d’une manière invincible, l’homme, depuis la chute d'Adam, ne peut faire aucun bien véritable, ni éviter aucun mal que par un autre mal; en un mot, qu il n'est aucune grâce purement suffisante.
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Ces opinions sont une suite des précédentes, et de plus, elles se trouvent clairement développées dans le faux Augustin". Qu'on supporte encore ce mot de citation; s'il peut causer un moment d'ennui, il doit servir à confondre les défis de la secte soi-disant fantastique, sans compter qu'il met à découvert la vraie tête de l’hydre. Quoique l'homme, dit l'Augustin prétendu, soit destitué de grâce, et selon ses propres expressions, dans la nécessité de pécher, il pèche néanmoins avec une entière liberté. Sa volonté, poursuit-il, fait nécessairement, quoiqu’avec sa pleine liberté, ce qui lui plaît davantage. Quand le plaisir que la grâce nous inspire ( c'est toujours lui qui parle, et qui marque précisément d'où part tout son venin), quand le plaisir que la grâce nous inspire, est plus grand que celui que la cupidité nous fait trouver à pécher, nous suivons nécessairement, quoique très-librement, son attrait; comme au contraire, lorsque le plaisir du péché est plus grand que celui de la justice, nous sommes nécessairement vaincus et entraînés au mal. C'est ainsi qu’on doit parler, quand pour l'essence de la liberté, quand pour mériter ou démériter ici-bas, on ne demande, après Calvin, que l’exemption de contrainte, ainsi que le fait plus amplement Jansénius dans le livre sixième de son troisième tome. Après cette confession, peut-on sans impudence défier encore de montrer quelqu'un qui ait professé les erreurs des cinq propositions ? Et les premiers écrivains du parti peuvent-ils crier comme la populace, que le jansénisme est un fantôme, ou qu il n'y a point de jansénistes P
En quatrième lieu, Innocent XI condamna le traité latin qui avoit pour titre, Essais de la morale chrétienne et de la morale diabolique, et pour auteur le père Gabrielis du tiers-ordre de saint François (1679). Bien éloigné des sentiments dont les franciscains, si constamment attachés à la sainte église romaine, font une profession déclarée, ce faux-frère avoit inséré dans son ouvrage le baïanisme et le jansénisme le plus cru. D'abord le tribunal de l'inquisition en défendit la lecture en quelque langue qu'il fût, et qu'il pût être par la suite. Cette
1 Jens. t. uit. lib, 2, eap. 3, pages 85, 183, 185.
flétrissure ne parut qu'animer l'audace du père Gerberon, jaloux de se maintenir dans la possession de compter pour rien ces sortes de censures. Il le traduisit en français, toutefois après qu'il se fût mis en champ libre, c'est-à-dire, quand ponr cloître il eut choisi la Hollande. On conçoit aisément qu'il ne chercha point à radoucir les sentiments de l’auteur, encore moins à les déguiser par des équivoques dont sa dure franchise de rendoit incapable. Cependant le reste du parti craignit fort la censure itérative, à l'égard d’une seconde édition qu'avoit î donnée l'auteur même. Quelle que fût la fermeté d’Arnaud, il témoigna ses alarmes à l'ami Valloni, nom de guerre de l'abbé
du Vaucel, qui faisoit à Rome les affaires de la petite église.
En affectant une indifférence, que son affectation même démentoit : « Voudriez-vous, lui écrivoit-il, qu'on se mîten peine à de ce que pourroient faire de pareils censeurs ? Tout de bon, | ie ne m'en soucie guère. Et que faire à des gens qui sont prêls | à condamner toutes sortes de vérités, sur la seule imagination qu'il pourroit y avoir quelque chose du baïanisme ou du jansénisme ? Ce sont des idoles auxquelles il faut que tont soit sacrifié, ou plutôt leur véritable idole est leur propre gloire. »
Voilà ce que sa morale sévère lui faisoit penser charitablement de tous ceux qui se déclaroient contre ses opinions, que la vaine gloire ou l'intérêt propre étoit leur règle unique, et que pour elle, ils fouloient aux pieds toutes les lois de la conscience. Il est bon d'observer qu'il s’agissoit des censures portées sous le pontificat et par les ordres d'Innocent XI. Tà | dessus quelle intention peut-on supposer à ces panégyristes emphatiques de ce même pontife ? Cependant, malgré tout le savoir faire des agents du parti, et bien des sollicitations de leurs puissants fauteurs, le Miroir de la piété chrétienne, ou plutôt jansénienne, déjà flétri par la congrégation de l'inquisition, subit encore la censure la plus atroce, c'est l'expression de l’abbé du Vaucel, de la part de la congrégation du saint office (1683 ).
Toutes ces décisions du pape Innocent XI furent reçues de l'Eglise nniverselle, par le consentement au moins tacite des églises particulières. Il n'en fut pas ainsi de ce qu'il prononça
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DE L'EGLISE, (AN 1679.) 31 contre la dissertation que le sieur Gerbais, docteur de Sorbonne, avoit publiée par ordre du clergé de France, sur les causes majeures qui regardent les évêques ( 1679). L'auteur s’y étoit attaché principalement à établir, premièrement, que les évêques ont droit de prononcer sur les matières tant de foi que de discipline, et d’opposer l'autorité qu'ils ont reçue immédialement de Jésus-Christ, aux nouveautés qui peuvent s'élever dans leur diocèse ct dans leur province ; en second lieu, que selon la discipline du concile de Sardique, si souvent recommandée par les autres conciles et par les anciens papes, les évêques doivent être jugés en première instance dans leur province. Du reste il y avoit dans cet ouvrage plusieurs traits peu ménagés par rapport à la cour de Rome; c'est pourquoi le clergé en ordonna une seconde édition, où l’auteur devoit corriger ce qui avoit pu déplaire justement à cette cour. Mais comme il n’est pas probable, dit le clergé par ses commissaires, que le pape ait voulu donner atteinte aux maximes mêmes qui s'y trouvent établies concernant les causes majeures, nous l'avons jugé digne de notre protection, comme établissant avec besucoup d’érudition une doctrine saine, et fondée sur les canons les plus anciens. Ce ne fut là que le prélude du fameux démêlé qui éclata peu après entre Innocent XI et la France !.
1 Nous donnerons probablement l'histoire de ce funeste démêlé, que les historiens ecclésiastiques français n'ont osé jusqu'ici présenter sous son vrai jour. On y verra qu'il a commencé avant Innocent XI et que les torts ne furent pas du côté du saint Siége.
1 nous remarquerons que le livre du docteur Gerbais déplut à la cour de Rome, non-seulement par les assertions qu'il contenoit sur ce que l'on appeloit libertes de l'Eglise gallicane, mais aussi par la manière dure dont elles étoient exprimées ( Feller ). Cet ouvrage, publié en 1679, avoit été demandé à l'auteur par l'as semblée de 1665, excitée par les gens du roi et piquée de ce que le pape Alexandre VIT avoit condamné la censure qu'elle venoit de faire de quelques propositions tirécs du livre de Guimenius ( d’Avrigny ). La faculté de théologie de Paris, ayant tondamné, l'année précédente (1664), la Defense de notre saint Père le pape, etc., par Jacques Vernant, Alexandre VII prit vivement le parti de l'auteur. Or, il ne faut pas oublier que, de 1662 à 1664, les cours de France et de Rome étoient malheureusement divisées par suite des hauteurs du duc de Créqui, ambassadeur de Louis XIV. Voltaire lui-même dit que ce duc avoit révulté les Romains par son arrogance ; que ses domestiques commettoicnt dans Rome les mêmes désordres que la jeunesse indisciplinable de Paris; que ses laquais avoient chargé l'épée à la maia
Dans l'intervalle, le vicomte Guillaume de Stafford en Angleterre, fut condamné à la mort, sous prétexte d’une conspiration formée cuntre le roi Charles II, qui néanmoins, tout protestant qu'il étoit, mais instruit par l'expérience, avoit beaucoup plus de confiance aux catholiques qu'aux sujets de sa propre religion r. Par mille autres endroits, cette accusation où l'on impliquoit la reine même avec le duc d’Yorck, frère du roi, étoit dépourvue de l'ombre même de la vraisemblance; ce n'étoit qu'une trame brassée par des fanatiques jaloux et trèsaccrédités dans Le parlement, afin de rendre le duc inhabile au trône en haine de la vraie foi qu’il professoit sans respect humais. Quantité de catholiques furent toutefois les victimes de cette absurde calomnie Stafford, personnellement très - cher au roi, fut arrêté sur la déposition de deux scélérats insignes, Oats et Bedlor, et après deux ans de prison, il fut condamné par le parleraent à la peine des criminels de haute trahison (1680). Le roi fit en vain tous ses efforts pour lui sauver la vie; tout ce qu'il put obtenir, fut de commuer son supplice. Ce seigneur, à l'âge de soixante-dix ans, eut la tête tranchée à Londres le 8 janvier 1681. Monté sur l'échafaud avec une fermeté digne
une escouade de Corses qui protégeoit les exécutions de la justice. On connoît les représailles de ceux-ci. Mais, quoique le pape fût lui-même, dit Feller, dans le cas de demander satisfaction, il fut obligé par Louis XIV, devenu singulièrement absolu à l'égard detous lessouverains del'Europe, de casser cette garde, d'élever dans Rome une pyramide avecune inscription qui contenoit l'outrage et la satisfaction, et d'envoyer le cardinal Chigi son aeveu, cn qualité de légat à fatere, à la cour de Versailles, pour y faire des excuses de la conduite des Corscs... Il va sans dire que, durant ce démêlé, Avignon, et le comtat avoient été réunis à la rouronne, par arrêt du parlement d'Aix, comme étant de l'ancien domaine et des dépendances du comté de Provence ; et que la Surbonne et les gens du roi ne ménageoient guêre les théologiens qui se mountroient fidèles aux doctrines du saint Siége. Aussi, un bon bachelier nommé Drouet ayant avancé dans une thèse, que Jésus-Christ a donné à saint Pierre et àses successeurs une souveraine autorité sur l'Eglise ; que les pontifes romains ont accordé des priviléges à quelques églises, entre autres à celle de France; que les cunciles généraux sont très-utiles, mais non pas absciument nécessaires pour extirper les hérésies; la Sorbonne et le parlement (1663) crurent devoir plaire au inonarque absolu en tuut, et supprimèrent la thèse, et ensemble toutes les autres qui contiendroïent parcilles propositions. Dans un tel état de choses, l'ouvrage du doeteur Gerbais, dirigé conire le saint Siége, sous les auspices du clergé ( et de la cour ) de France, n’étuicat-ils pas une aouvelle agression; et le chof de l'Eglise n'usoit-il pas de son droit, ne remphissoit-il pas un devoir en le condamnant
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de la foi qu'il professoit, il fit un discours pour justifier son innocence, et protesta qu’il mouroit volontiers pour la foi catholique, apostolique et romaine : plus heureux qu'autrefois le comte de Stafford, vice- roi d'Irlande, qui, mourant dans l'hérésie, ne fut martyr que de sa fidélité pour son souverain. Le délateur Oatz, et plusieurs complices de son homicide ca- Jomnie, condamnés quatre ans après comme parjures par le parlement même, justifièrent pleinement la mémoire de oelui qu'ils avoient livré à la mort:.
1 Le calviniste Larey, auteur de J'Histoire d° Angleterre , sous Charles IT, s'est eflorcé de prouver la réalité de ce qu'il appelle la conspiration papiste. Mais ilaété victorieusement réfuté par le père d'Avrigny dans les Memuires sur l'histoire de l'Europe ( an 1688 ), et par Arnauld dans J'Apologie des catholiques contre Jurieu. Aujourd'hui cette fable infernale est universellement regardée comme une chimère dont le parlement, dirigé par Shaftsburi (/e plus grand coquin du royaume, suivant Charles 11), s'occupa comme d'une affaire trés-réelle, parce qu'un vouloit exclure de la succession à la eouronne le duc d’Yorck qui professoit ouvertement la foi catholique.
Le caractère des accusateurs et l'invraisemblance de leurs accusations n'arrétérent point le chancelier Shaftsburi. Cet indigne chef de la magistrature, persuadé que les calomniesles plus grossières prennent faveur parmi une populace prévenue, ( et telle étvit toute l'Angleterre contre les catholiques et surtout contre les jésuites ) nomma des juges assortis à ses vices pour instruire le procès, et se charger de le conduire à la fin qu'il se proposoit. On eut soin de ne produire les témoins que les uns après les autres, de manière que les derniers pussent adapter leurs dépositions à celles des premiers, qu'on prenoit soin de leur communiquer, ou qui étoient déjà rendues publiques. Oatz ou Oatés, inventeur de la fable, fit par ses monsunges impudents tout ce qu'il falloit pour la décréditer. I] disoit avoir eu des entretiens à Bruxelles avec Dom Juan d'Autriche, qu'il mettoit de la partie dans la conjuration; on lui demanda de quelle figure étoit ce Prince : Ces’, répondit-il, un grand homme maigre. Dom Juan étoit précisément le contraire, court et replet. Il ne savoit où étoit situé le collége des jésuites de Paris, qu'il disoit avoir fréquenté. Il se vantoit d'avoir eu des liaisons intimes avec le secrétaire du duc d'Yorck; et, placé devant lui il ne le reconnut pas. Il disoit s'être confessé à un nommé Mare Preston prêtre et jésuite ; et ce prêtre jésuite prétendu prouva qu'il n'avoit pas encore trentetrois ans, et qu'il y en avoit quinze ou seize qu'il étoit marié. Il accusa la reine en plein parlement d'avoir consenti à la mort du roi sen mari : sur quoi un des membres de l'assemblée fit observer que, dans une des séances précédentes, après se nommé tous les prétendus complices de |» conjuration, sans faire mention de pr avoit déclaré yu’if n’avoit plus rien à dire contre aucune personne con-
Quelque insensée que parût l'accusation à tout cequ'il y avoit de ' on Angleterre, les deux chambres la crurent ou plutôt More Arped bien prouvée. On mit la bourgcoisie sous les armes ; on désarma les catholiques; on les ohussa " agsia on leur Ôta le droit d'assister au jrarlement , et, pour couble
34 (Ax 1680.) HISTOIRE
La foi romaine faisvit germer la palme du martyre, et ce qui peut sembler ici plus merveilleux encore, le lis de la virginité, jusque dans les terres sauvages du Canada, parmi les Iroquois, : les plus cruels des anthropophages, et tout à la fois les plus abandonnés aux fougues honteuses des passions animales. Le ciel a pris soin lui-même d'illustrer, par la voie du miracle, le nom barbare de Catherine T'egacouila, jeune vierge iroquoise, morte, comme elle a vécu, en odeur de sainteté 1. Il s’est opéré i tant de prodiges à son tombeau, et l'on a reçu tant de faveurs signalées d'en-haut par son intercession, qu’on l'a surnommée ' la Geneviève de la Nouvelle-France.
Elle naquit d'un père infidèle, et d'une mère chrétienne qui étoit fort attachée à sa religion, maïs qui mourut comme sa à fille n’avoit que quatre ans, sans avoir pu lui procurer la grâce du baptême. L'orpheline demeura sous la garde de tantes infidèles, et au pouvoir d’un oncle plongé dans le même aveuglement. La petite vérole lui ayant affoibli les yeux, elle fut quelques années sans pouvoir soutenir le grand jour; ce qui devint pour elle une voie de prédestination. Réduite à passer les journées entières dans sa cabane, elle s’accoutuma insensiblement à la retraite, et fit enfin par goût ce qu’elle avoit d’a-