CAR
PALAU ASS ENTREE
DE L'ÉGLISE. (AN 1680.) 37 et ne connoissant pas davantage l'excellence de la virginité, elle avoit pour cette vertu un attrait invincible. À la proposition du mariage, elie s'excusa d'abord sous. des prétextes tournés avec tant d'esprit, qu’on la laissa tranquille pour un temps : mais on ne manqua point de revenir à la charge, et pour n'en avoir plus le démenti on alla droit au fait, sans l'avoir prévenue. Parmi ces Indiens, les parents seuls ont toute la conduite d’un mariage, sans même qu'il soit libre aux deux parties de s’en mêler. Quoiqu'ils poussent la dissolution des mœurs aux derniers excès, il n’y a point de nations, pour ce qui est d'un mariage projeté, chez qui les bienséances de la pudeur soient aussi rigides en public. Un jeune homie seroit diffamé à jamais, s'il conversoit publiquement avec une personne qu'il veut épouser. Il suffit qu'on parle de marier ensemble deux jeunes gens, pour qu'ils évitent avec soin de s'entretenir et de se rencontrer; mais quand le mariage est agréé par les deux familles, il est bientôt fait. Le jeune homme alors vient le soir dans la cabane de sa future épouse; il s'assied près d'elle, et si elle le souffre, il a tous les droits d'époux.
Les parents de T'egacouita l'ayant donc proposée à un jeune Indien dont l'alliance leur paroissoit avantageuse, et la proposition étant agréée du jeune homme, ainsi que de sa famille, il entra le soir dans la cabane de sa prétendue, et alla s'asseoir auprès d'elle. La vertueuse indienne rougit, pâlit; elle ne consulte que son effroi, fuit de sa cabane, et n’y voulut jamais rentrer qu'il n’en fût sorti. Les deux familles se crurent outragées, et la chaste Iroquoise fut traitée comme la dernière des misérables. On peut juger de ce qu’elle eut à souffrir, par le caractère féroce de sa nation, Elle endura tout avec une patience invincible : sans rien perdre de son égalité d'âme, de son angélique douceur, elle rendit à ses proches les services d'une esclave, avec une soumission, une exactitude, une constance et des manières qui enfin les adoucirent.
Dans ces entrefaites, le père de Lamberville fut conduit par la Providence au village de la vertueuse Iroquoise, qui ne manqua point d'assister aux prières et aux instructions qui se faisoient chaque jour dans la chapelle; mais soit discrétion,
ur DEEE ie ; RL et
RE ES Re me
soit timidité naturelle, elle répugnoit à s'ouvrir en public sur le dessein qu’elle avoit déjà formé de se faire chrétienne. Cependant une blessure qu'elle se fit au pied la retint au village, tandis que la plupart des femmes faisoient dans les champs la récolte du maïs. Le missionnaire prit ce temps-là pour instruire plus librement ceux qui étoient restés dans les cabanes, et il n’oublia point T'egacouita, qui en ressentit une joie extraordinaire. Elle ne balança plus à lui ouvrir son cœur en présence même de plusieurs personnes, sur l'empressement qu’elle avoit à se voir admise au nombre des fidèles, sans toutefois lui dissimuler les obstacles qu’elle auroit à surmonter de la part d'un oncle ennemi du christianisme, mais en montrant une résolution qu'on n'attendoit point de son air de douceur et de timidité. La beauté de son naturel, sa candeur et son ingénuité, la solidité, la vivacité même de son esprit, jointe à la fermeté de son courage, firent juger dès lors au ministre évangélique, qu'elle feroit un jour la gloire de l'Evangile dans toutes ces contrées. Il s’appliqua particulièrement à l'instruire et à la former, sans néanmoins céder sitôt à ses instances redoublées pour obtenir la grâce du baptème. Il est de règle parmi ces volages barbares, de ne l’accorder qu'après de longues épreuves. Tout l'hiver fut employé à son instruction, et à une information rigoureuse de ses mœurs et de ses habitudes. Malgré tout le penchant qu'ont ces sauvages pour la médisance, et plus encore leurs femmes, au moins égales en babil à celles de nos places et de nos carrefours, il n’en fut aucune qui ne fit l'éloge de la nouvelle catéchumène. Ceux même qui l'avoient persécutée le plus vivement, ne purent s'empêcher de rendre témoignage à l'intégrité de sa vertu, sur quoi le missionnaire ne différa plus de lui administrer le baptême, qu’elle reçut, avec le nom de Catherine, le jour de Pâques de l’année 1676.
Catherine, déjà si vertueuse, parut néanmoins depuis une tout autre personne. Peu contente des observances communes et des instructions publiques, auxquelles toutcïois elle étoit la plus assidue, elle en demanda de particulières, afin de se conduire dans les sentiers de la vie parfaite. Ses prières et toutes ses dévotions, ses pénitences et ses macérations, furent réglées,
ARR RE NRA gen à 2