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DE L'ÉGLISE. (AN 168e.) 47 par la profession du christianisme, à des feux infiniment plus terribles. Etienne, l’un d’entre eux, sous les tisons et les fers ardents, s’oublioit lui-même, pour encourager sa femme qui souffroit le même supplice. Au moment d’expirer, il recueillit ce qui lui restoit de forces, et à l'exemple de son saint patron, il pria Dieu à voix haute pour ceux qui le tourmentoient avec le plus d’acharnement. Sa prière fut efficace : plusieurs de ces barbares, gagnés par les témoignages d'une bienveillance si nouvelle parmi eux, abandonnèrent leurs dangereux cantons, et se réfugièrent à la mission du Saut, pour y pratiquer en paix les lois de l'Evangile.
Un autre Etienne fut pris par une troupe de quatorze Iroquois, et conduit au bourg d'Onnontagué, où les sauvages s'étoient rassemblés en foule. Ainsi fut-il ménagé, pour ce nouveau martyr, un théâtre digne de son héroïsme. Au bruit de son approche , la multitude, altérée de son sang , alla audevant de lui. Ils étoient armés de haches, de couteaux, de longs pieux, de massues, et la fureur étinceloit dans leurs yeux. L'un d'eux l’aborda néanmoins assez tranquillement , et lui dit : Mon frère, tu es mo:t; mais c'est toi qui t'es perdu, en nous quittant pour les chiens que tu nommes chrétiens. «Il est
} vrai, répondit-il, que je suis chrétien, et il est encore vrai que | je fais gloire de l'être. Faites de moi tout ce qu'il vous plaira :
outrages et tourments , je souffrirai tout volontiers pour mon Dieu, qui a souffert infiniment plus pour moi. »1] n'eut pas fini de parler, que ces bêtes féroces se précipitérent sur lui, et lui firent mille incisions aux bras , aux cuisses, à toutes les parties du corps, qui en un clin d'œil fut tout en sang. Ils lui arrachèrent les ongles, et plusieurs articles des doigts. L'un de ces
. forcenés lui dit ensuite : Prie ton Dieu, si tu l'ases. Oui, je le
» prierai, répondit Etienne ; et levant ses mains liées ensemble, . il fit de son mieux le signe de la croix, disant les paroles ac-
coutumées en langue iroquoise. Aussitôt ils lui coupérent la moitié des doigts qui lui restoient, et lui crièrent une seconde fois : Price encore maintenant. Il fit de nouveau le signe de la
| croix, et à l'instant ils Jui coupèrent entièrement les doigts
jusqu à la paume de la main ; puis le défiérent encore de prier
} Dieu, en vomissant mille blasphèmes. Comme il se mettoit en
devoir de faire de r..uveau le signe de la croix avec les restes sanglants de ses mains, ils lui coupèrent les poignets, lui tail- Jladèrent le front, l'estomac, l'une et l’autre épaule, c’est-à-dire, toutes les chairs qu'il avoit marquées du signe de notre salut. On le conduisit ensuite à un grand feu, où l’on avoit fait rougir plusieurs pierres. On lui mit ces pierres embrasées entre les cuisses, qu’on pressa l'une contre l’autre. Alors on lui cria de chanter à la façon de ces peuples barbares, chez qui les captifs font gloire de braver les plus horribles tourments, et se croyoient dédommagés de tout ce qu'ils peuvent souffrir, par la réputation de courage qu'ils laissent après leur mort. Etienne jugeant avec raison ces bravades contraires à l'humilité chrétienne; au lieu de ces chants d'ostentation, il récita quelques-unes des prières convenables aux approches de la mort. L'un des plus furieux prit un tison ardent, le lui enfonça dans Ja bouche; et, sans le laisser respirer, on l’attacha au poteau. Quand il se vit au milieu des fers rouges et des pieux étince- Jants, montrart une fermeté bien supérieure aux fougues de l'orgueil et du désespoir, il porta un regard tranquille sur tous les monstres acharnés contre lui, et leur tint ce discours: «Re paissez-vous, mes frères, du plaisir que vous trouvez à me faire souffrir, sans craindre de commettre une injustice. Mes péchés méritent beaucoup plus de peines que vous ne m’en faites éprouver, et vos jeux, quelle qu'en soit la cruauté, ne me sauroient nuire. Plus vous me tourmentez, plus vous augmentez le bonheur qui m est réservé dans le ciel. » Ces paroles ne servirent qu'à redoubler leur rage. Chacun d'eux prit des fers rouges, ou des tisons ardents, qu'ils appliquèrent à chacun de ses membres. Ce martyr endura tout sans lâcher un soupir. 11 étoit aussi tranquille que s’il eût été insensible. Lorsqu'il sentit ses forces défaillir totalement, il demanda un moment de trève : on le lui accorda. Ranimant alors toute sa ferveur, il fit sa dernière oraison, recommanda son âme au Sauveur, et le pria de pardonner sa mort à ceux qui n'épargnoient rien pour la lui rendre méritoire. Après un nouvel emportement de ses meurtriers atroces, et des traits encore tout nouveaux de son incompréhensible patience, il rendit paisiblement son esprit à son Créateur.
ec les restes ets, lui tailc'est-à-dire, notre salut.
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s on lui cria chez qui les Jurments, et vent souffrir, s leur mort.
s à l'humilité il récita queles de la mort.
‘enfonça dans ha au poteau.
pieux étince- 1x fougues de quille sur tous discours: «Retrouvez à me injustice. Mes vous ne m'en la cruauté, ne
.» Ces paroles d'eux prit des érent à chacun her un soupir.
ble. Lorsqu'il un moment de sa ferveur, il Sauveur, et le ient rien pour rtement de ses uveaux de son nt son esprit à
DE L'ÉGLISE. (AN 1650.) 49 Une femme nommée Françoise au baptême, montra la
| même force dans les mêmes supplices. Son mari, chrétien fer-
vent aussi-bien qu'elle, préchoit à trois lieues du Saut, où clle étoit restée, lorsqu'on y eut nouvelle d'une ineursion d'Iro-
quois dans le voisinage. Françoise monta sur-le-champ dans
un canot pour l'aller rechercher. Elle arriva heureusement à lui, et tous deux revinrent de même jusqu'à un quart de lieue ë ù A » +
du Saut, où se croyant en sûreté, ils tombèrent entre les mains
* des coureurs. On coupa sur- le-champ la tête au mari, et la
femme, qu'on se promettoit apparemment de pervertir sanÿ peine quand elle seroit seule, fut emmenée captive. On la jugeoit mal, et on le reconnut bientôt. À peine arrivée à Oninontagué, où on Ja fit monter sur un échafaud qui étoit au É milieu de la bourgade, elle professa courageusement la foi chrétienne en nrésence de sa famille, ainsi que de sa nation; elle ajouta qu’elle s’estimoit heureuse de mourir par la mair de
* ses compatriotes, à l'exemple de Jésus crucifié par ceux de sa
pation qu'il avoit le plus chéris. Un de ses proches, qui étoit présent, avoit autrefois entrepris le voyage du Saut sin de la famener à sa peuplade. Il n'en avoit pu tirer que détis réponse : « J'estime infiniment plus ma religion que ma patrie, et que pa propre vie; pour rien au monde, je ne retournerai dans un Jieu où mon salut seroit en péril. » Ce refus lui avoit causé un pessentiment que le temps n'avoit qu'enraciné, et que la prépence de l’objet fit monter à son comble. Furieux, il un sur l échafaud, lui arrache un crucifix qu'elle portoit “+ cou, et lui fit sur la poitrine une incision cruciale, en lui disant: Tiens groilà ce que tu préfères à ta patrie et à ta famille. Je vous 18e mercie, mon frère, lui dit Françoise. Je pouvuis perdre la froix, qu'en effet vous me ravissez, mais vous m'en rendez un que je ne perdrai qu'avec la vie. :
Elle fut ensuite promenée trois nuits de suite par toutes les fabanes, où elle servit de jouet à une jeunesse effrénée Le fuatrième jour, ils l'attachèrent au poteau fatal. Trente « fjuarante forcenés lui appliquèrent sur toutes les parties Fa corps des tisons enflamnés , et des canons de fusils rougis au cu. Ce tourment dura des heures entières, sans que cette L Fes jetât le moindre cri. Le sieur de Saint - Michel, qui
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étoit alors captif à Onnontagué, d’où il eut le bonheur de s'é. chapper au moment qu'il alloit être brûlé lui-même, a rapporté toutes les circonstances de cette exécution, qu'il n'avoit pu voir sans frémir. Quand ces atroces barbares se furent divertis long temps à brüler peu à peu la martyre, ils lui cernèrent avec un couteau la peau de la tête, selon leur coutume, Jui enlevèrent la chevelure, et mirent en place de la cendre chaude ; après quoi la tirant, la traînant, et la forçant de courir, ils la poursuivirent avec des huées épouvantables, et des nuées de pierres qu'ils faiscient fondre sur elle. Insensible à tout, elle se mit à genoux dès qu'elle fut libre, et offrit à Dieu les derniers souffles de sa vie, qu’elle perdit en un moment sous une grèle de cailloux.
Une autre femme, appelée Marguerite, mourut gaiement dans les mêmes supplices, à l’âge de vingt-quatre ans. Depuis sa treizième année où elle avoit reçu le baptème, elle avoit été un exemple de toutes les vertus chrétiennes, et d'une vivacité de foi singulière. Elle regardoit le martyre comme une faveur insigne, et c'étoit là, depuis son baptême, l'objet de ses vœux les plus ardents, et de ses fréquentes prières. Livrée à la populace sauvage, elle fut à l'instant dépouillée de tous ses habits; et tous se jetant pêle-mêle sur cette paisible victime, ils lui déchiquetèrent chaque membre à coups de couteau ; tout son corps, en un moment, ne fut qu'une plaie. Un Français qui a été spectateur de cette horrible scène, regardoit comme un miracle qu’elle n'eût pas expiré sur l'heure. Marguerite, qui le vit attendri jusqu'aux larmes, lui adressa ces paroles : « Vous déplorez mon sort, et il n’y a plus en effet qu'un moment de vie pour moi. Mais Dieu soit à jamais béni pour une si grande faveur ! cessez de me plaindre ; je n'appréhende ni la mort, ni les tourments. Quelle que soit la rigueur de ceux que j'a encore à souffrir, Dieu me traite avec bonté, et selon sa grande miséricorde, en effaçant par-là mes péchés, qui en méritent infiniment davantage. Priez-le qu'il me les pardonne véritable. ment, et qu'il me soutienne dans toutes ses épreuves. » Comme on la brüloit à feux lents, elle sentit à la fin une soif extrême, et demanda un peu d'eau. Mais aussitôt après : Mon Sauveur, dit-elle, ent soif en mourant pour moi; n'est-il pas juste que
onheur de s'émême, a rapa, qu'il n'avoit 5 se furent dire, ils lui cerleur coutume, e de la cendre rçant de courir, les, et des nuées sensible à tout, offrit à Dieu les an moment sous
ourut gaiement atre ans. Depuis ne, elle avoit été et d'une vivacité pomme une faveur bjet de ses vœux Livrée à la popue tous ses habits; victime, ils lui outeau ; tout son n Français qui a rdoit comme un arguerite, qui le paroles : « Vous u'un moment de our une si grande de ni la mort, ni de ceux que j'a et selon sa grande , qui en méritent rdonne véritablereuves. » Comme une soif extrême, s : Mon Sauveur, st-1l pas juste qui
je supporte la même peine P Puis elle pria qu’on nc lui donnât point à boire, quand bien même il lui arriveroit encore d'en demander.
Ses féroces compatriotes la tourmentèrent depuis midi jusqu'au soleil couché. Ils observèrent toutes leurs barbares pratiques, lui arrachèrent la chevelure, lui couvrirent le crâne sanglant de cendre chaude, la détachèrent du poteau, et lui
‘ ordonnérent de courir. L'humble martyre, au contraire, se
| mit à genoux pour prier. Ils lui déchargèrent plusieurs coups de bâtons sur la tête, sans qu'elle interrompit sa prière. L'un d'entr'eux enfin prit un grand couteau, et le lui enfonça dans le ventre : mais le couteau se rompit au grand étonnement de Ja multitude. Un autre arracha le poteau où elle avoit été attachée, et lui en porta un coup mortel sur Ja tête. Comme elle respiroit encore, ils mirent le feu à un gros tas de bois sec, et y jetèrent son corps, qui fut entièrement consumé. . Elleavoitun enfant de deux ans qui avoit été pris avec elle : son extrême jeunesse ne put lui sauver la vie. Le bûcher étant tout en feu; le pctit innocent, près d'y être jeté, appela par trois fois sa mère déjà morte, et tendit ses mains vers le ciel où il sembloit l’apercevoir, comme pour la presser de venir à lui. Toute la férocité sauvage ne put tenir contre un spectacle aussi À ttendrissant, qu'il leur parut merveilleux. L'enfant fut soustrait aux flammes, mais non pas au martyre. Sa mère en avoit pour la grâce pour lui , et qu'il lui fût réuni au plus tôt, de jpeur qu'en lui survivant il ne füt élevé dans l’idolâtrie ou dans “le libertinage. Il prit donc un accès nouveau de férocité à l’un Les ne cn saisit fé pe un pied, et après l'avoir | k q de ins ants par Îes airs, lui fracassa la tête ee de un Pa eaucoup d'autres chrétiens iroquois, à la vue % ? usieurs témoins irréprochables qui en ont déposé, mar- !quèrent la même constanre à confesser Jésus-Christ, sans compter ceux qui furent immolés en bien plus grand nombre
dans l'obscurité de leurs cabanes, et qui n’eurent, outre leurs
“bourreaux, que l'œil de Dieu pour témoin.
* Tels sont les fruits du salut que la semence évangélique «
dproduits dans la terre sauvage, de toutes la plus ingrate. Et
quel triomphe pour la grâce de Jésus-Christ qui les faisuit k
éclore ! quelle force visiblement sur-humaine en des sauvages à peine chrétiens, et qui, avant d'être chrétiens, différoient à peine des brutes ! Dans leurs pasteurs mêmes, et jusque dans les jours calmes où ils n’avoient à vaincre que les dégoûts et les répugnances naturelles, quelle autre vertu que celle d'en-baut put les élever à ce point au-dessus de la nature ? Un mission naire arrivé nouvellement d'Europe où il avoit passé son premier âge dans le sein du goût et de l’urbanité, étoit souvent transplanté à trois ou quatre cents lieues de toute habitation sociale, parmi des sauvages à qui la grâce du baptême n’avoit pas Ôté la rudesse et la grossièreté qu'ils tenoient du naturel, ou d'une longue habitude. La manière seule de prendre leur réfection faisoit bondir le cœur à un Européen qui commençoit à manger avec eux. Ils remplissent de viande et d’eau une grande chaudière ; après quelques bouillons où reste l’écume, ils retirent la viande moins cuite qu'échaudée, et la distribuent sur des écorces qui leur tiennent lieu de plats et d’assiettes. Chacun mord dans sa part, sans couteau ni fourchette, avec la sale gloutonnerie d'un animal carnassier. Il n'est pas à dire qu'on peut se borner à manger du pain, dont il n'est pas question parmi eux. Quand le gibier manque, ils ont recours à la pêche, et au poisson de toute espèce. Il est des missionnaires qui, à leur arrivée dans ces peuplades, ne trouvèrent pour nourriture que des grenouilles ainsi échaudées, sans qu’on en eût retranché aucune partie, sans même qu'on les eût écorchées. Au seul aspect de ces petits cadavres entassés et refroignés d'une manière bideuse, quel que soit le courage d’un ministre évangélique, il marque peu d’appétit sans doute, et ne peut guère se presser de manger. L'humeur bourrue du sauvage, autant que sa naïveté naturelle, le rend incapable de rien taire. Îls ne manquent pas de lui demander pourquoi il ne mange point. En vain se retrancheroit-il sur sa répugnance. Eh quoi, Robe-noire ( c'est le nom qu'ils donnent aux jésuites, et ils y attachent l’idée d'uue vertu capable de tout ), eh quoi, Robe-noire, lui diroient-ils, et ils l'ont dit quelquefois, tu délibères pour vaincre ton goût ! Cela est-il donc si difficile à
8 Lettr. Edif. t, VI, p. 159, ete,
PR A RD Per
auvagcs roient à ue dans its et les en-baut mission Issé son souvent bitation e n'’avoit naturel, dre leur ommen- ’eau une l’'écume, stribuent assiettes.
>, avec la as à dire pas quescours à la ionnaires ent pour qu'on en eût écoret refroiage d'un doute, et rrue du ; pable de quoi il ne gnance.
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DE L'ÉGLISE. (4x 1680.) 55 un patriarche qui sait parfaitement la prière, c'est-à-dire, qui observe en perfection les maximes de l'Evangile ? Nous nous vainquons bien nous autres, pour croire ce que nous ne voyons pas. Alors il n'v a plus à balancer, et tutes les excuses tourneroient en scandales.
A cette abondance dégoûtante, succède souvent une disette extrême parmi des peuples errants sans cesse, qui d’ailleurs ne savent pas ce que c'est que de pourvoir au lendemain 1. Après une caurse de longue haleine, où le pasteur et les ouailles avoiert pensé périr de faim, de froid et de fatigue, ces bons sauvages, de retour à leur peuplade, entreprirent de régaler leur missionnaire, qui étoit le père Râle, pour le remettre de ce long jeûne. Voici en.quoi consistoit le repas, qui dans les circonstances étoit pour eux un riche festin. Ils lui servirent, en premier lieu, une bouillie de blé d'Inde. Pour le second service, ils lui donnèrent une galette de la même farine, avec des glands rôtis, et un petit morceau d'ours. Enfin, le troisième service, qui tenoit lieu de dessert, consistoit en un épi de même blé, grillé ou séché devant le feu, avec une poignée de grains de même espèce cuits sous l: cendre. Cependant le missionnaire se récriant sur la splendeur de ce festin : Ah ! notre père, lui dirent-ils, il y a deux jours que tu n’as rien mangé du tout; il étoit bien juste de te régaler. Que ne sommes-nous en état de recommencer bientôt !
Il y avoit sans doute un autre aliment, et souvent de vraies délices, pour l'esprit qui animoit ces hommes apostoliques 2. Leur charité et leur désintéressement faisoient quelquefois les impressions les plus inespérées sur le cœur de ces barbares, Pour en citer un exemple qui nous épargnera des redites, et qui trouve ici naturellement place, nous anticiperons de quelques années, ainsi que nous l'avons fait dans l'article supérieur, sur le cours des temps. Un des capitaines les plus renommés dans la nation chrétienne des Abnakis, ayant été tué par les Anglais dont les colonies ne sont pas éloignées de cette mission, des Amalingans idolâtres qui s’établissoient dans le voisinage de ces néophytes, et qui vouloient vivre en paix
s Ibid. p. 222. — 3 Ibid. p. 190.
avec eux, leur envoyèrent des députés pour prendre part à leur deuil. Le père Râle, instituteur à jamais mémorable de cette fervente mission, saisit l'occasion qui se présentoit, pour jeter dans le cœur des Amalingans les premières semences de l’'E-vangile. Déjà les ministres de la religion anglicane avoient tenté de la faire embrasser à ces pauvres sauvages : mais avec toute Jeur ignorance, que le ciel éclaira sans doute, ils ne reçurent la proposition qu'avec une indifférence qui tenoit du mépris. J1 en fut bien autrement de l'invitation que leur fit le missionnaire catholique. Après la première ouverture, faite avec une éloquence et une onction tout apostolique, ils s’entretinrent quelques moments entre eux ; puis leur orateur, au nom d'eux tous, donna cette réponse : « Mon père, je suis ravi de t'entendre. Ta voix a pénétré dans mon cœur, comme la rosée du matin ; mais ce cœur n’est pas encore ouvert, et je ne puis te faire connoître à présent ce qu'il renferme, ni de quel côté il se tournera. Il faut que j’attende les capitaines et les sages de notre nation, qui sont absents jusqu'à l'automne prochain. C'est alors que ie t'ouvrirai mon cœur. »
Au terme donné, le missionnaire ne manqua point de demander la réponse. Il commit pour cela un Abnakis plein d’intelligence, qui alloit chercher du blé chez les Amalingans pour ensemencer ses terres. Voici les paroles qu'il lui rapporta : « Nous sommes pénétrés de reconnoissance pour un père qui s'occupe de nous sans cesse; et de notre côté, nous n'avons pas cessé de penser à lui. Nous ne pouvons oublier ses paroles, tandis que nous avons un cœur. Elles y sont gravées si profondément, que rien ne les en peut effacer. Notre père nous convaine qu’il nous aime; il veut notre bonheur, et nous voulons faire tout ce qu'il souhaite de nous. Nous voulons adorer le grand Génie ( c'est ainsi qu'ils nomment le vrai Dieu ); nous agréons la prière qu'il nous propose, et nous sommes tous résolus à l'embrasser. Déjà nous serions allés trouver notre père dans son village, s’il y avoit des vivres suffisants pour y subsister tandis qu'il nous instruiroit : mais ce qui nous afflige doublement, c'est que la faim soit dans la cabane de notre père, et que nous ne puissions pas y aller prendre ses lecons. Si notre père pouvoit ven" passer quel-
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