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82 (An 1682.) RISTOIRE
Il parut moins indifférent à l'égard de deux pièces qu’on fit peu après passer en France contre la même déclaration ; savoir, un décret de l'archevêque de Strigonie qui la condamnoit, et une autre sorte d'improbation donnée au même sujet, sous le titre d'Eramen théologique et juridique. Ces étrangers passant au-delà même de leur but, avançoiïent que le privilége du juger en matière de foi appartenoit uniquement au saint Siége. Le parlement, à qui cette assertion fut particulièrement dénoncée, ne voulut pas prononcer de son chef sur une matière purement ecclésiastique, et commença par consulter les docteurs. La faculté répondit que la proposition déférée en tant qu'elle ôtoit aux évêques, et même aux conciles généraux, le pouvoir qu'ils ont reçu immédiatement de Dieu pour juger des controverses de la foi, étoit fausse, téméraire, érronée, opposée à la pratique de l'Eglise, et contraire à la parole de Dieu. Sur cette réponse, l'avocat général demanda la suppression du décret de Strigonie, ainsi que de l’examen théologique, qui renfermoit , disoit-il , les mêmes erreurs. Il ajouta que ces deux ouvrages tendoient également à insinuer que le pape a la domination absolue dans l'Eglise universelle, et qu'il n'est point obligé d'en suivre les règles même les plus respectables par leur antiquité, ni de se soumettre en aucune manière aux canons. Le lendemain 23 de juin r683, parut un arrêt pour supprimer ces deux ouvrages, qui, tout proscrils qu'ils étoien!, mortifièrent sensiblement le prélat qu'on regardoit comme l'auteur principal des quatre articles du clergé !.
fend:a de s'évarter !!! Ce seul fait ne laisse-t-il pas apercevoir comment cette doc trine est devenue celle du c/erge de France P
1 Nous ne répéterons pas avec un critique, que ce prélat n'avoit pas besoin de l'Examen théologique et juridique, et que c'étoit bien asses qu'il fit un peu celui de sa conscience , pour n'être pas tout-à-fait content de lui-même.
« Bossuet , dit M. de Lamennais ; qu'on ne soupçonnera point d'avoir partagé ces viles passions ( celle des évêques qui se precipitent d'un mouvement aveugle du côte où le roi incline }, mais qui n'étoit pas non plus tout-à-fait exempt d’une cer= taine foiblesse de cour, Bnssuet essaya de modérer la chaleur de ses confrères. Il les voyoit près de s'emporter aux plus elrayunts exces ; et il se jeta comme médiateur entre eux et l'Eglise, oublisnt ce qu'en toute autre rencontre , et plus maître de luimême , il auroit aperçu le preinier, que l'Eglise n'accepte point de semblable médiation ; que , n'ayant rien à céder , elle ne traite jamais : et qu'à quelque degré qu'on altère sa doctrine, si elle sttend avec patience le repentir , le momert vicat ou la
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regarlergé.
DE L'ÉGLISE. (An 1083.) 83
La trève qui se conclut le 16 d'août de l'année suivante entre la France et l'Espagne, donna lieu à des propositions, dont la nature et la forme, également originales, peuvent tempérer un moment le sérieux de l'histoire, d'autant mieux que cette sorte d'épisode n'est point étrangère à notre sujet : on y verra jusqu'où se portent les prétentions des gens de secte et de parti, à l'égard même de leurs souverains. Louis XIV avoit envoyé le compte d'Avaux à Ratisbonne, avec plein pouvoir d'admettre à latrève qui s’y négocioit, toutes les puissances qui voudroient y accéder. Or, il prit envie à la puissance jansénienne de s’y faire comprendre. La paix fourrée de Clément 1X avoit bien fait cesser les poursuites contre l'escouade des quatre évêques réfractaires ; mais comme on n'entendoit point donner par cette indulgence le droit d’enfreindre les lois de l'Eglise, la signature du formulaire alloit toujours son train. 1l n'y avoit ni bénéfice à espérer dans les diocèses, ni degré à obtenir dans les universités, à moins de le souscrire avec serment. Les pasteurs veilloient avec d'autant plus de soin sur leurs troupeaux, qu'ils n’ignoroient pas que bien des loups se déguisoient en brebis, et en gardiens même, et que débonnaires au dehors, ils exercoient en secret leurs ravages. Le roi, qui avoit prétendu procurer à l'Eglise une paix véritable et vraiment utile, n’étoit pas d'humeur à souffrir qu'on la lui rendit plus nuisible que la guerre, en y répandant l'erreur avec plus de facilité. La vigilance et la fermeté du monarque ré-
charité appelle elle-même l justice et la presse de prononcer sa sentence irrévocable,
» Afin de laisser aux esprits le temps de se calmer, Bossuet essaya de traîner en longueur; il proposa d'examiner la tradition sur le sujet soumis aux délibérations de l'asserablée. On ne l'écouta point, Le roi vouloit une décision prompte ; ses minis= tres s’opposoient vivement à toute espéce de délai, et les prélats, de leur côté, ne montroient pas moins de zèle à complaire au mnnarque. Dès lors Bossuet ne songca plus qu'à éloiguer le schisme imminent dont la France étoit menacée, en adouci, sant, au moins par les formes de l'ex pression, les maximes qu'il ne pouvoit empêcher qu'on prclamât. Trompé par le louable désir d'éviter un mal présent, ce gra homme ne prévit pas qu'il en préparoit de plus dangereux dans l'avenir, Quelque chose cependant le tourmentoit, et de vagues inquiétudes s'élevoient dans sou ême, ainsi que l'attestent plusieurs passages de son sermon sur l'Unite, En eflet tout l’art des paroles ne pouvoit changer le fond de la doctrine que le clergé avoit l'ordre d'adopter solennellement, » (De lareligion considérée dans ses rapports, elc., uv, 202 et 203. )
duisirent les novateurs les plus inquiets à se retirer dans les Pays-Bas, où ils se promettoient plus de liberté, et de parler, et d'écrire (1684).
Sujets mécontents et à demi rebelles, ces transfuges s’assimilant aux têtes couronnées, et traitant d'égal à égal avec leur propre souverain, dressèrent leurs articles dans une offre de capitulation qui s’adressoit à son plénipotentiaire. Cette entreprise est si extraordinaire, ou plutôt si extravagante, qu’elle passeroit pour une rêverie, ou pour avoir été controuvée malignement, si le monument qui en constate la réalité ne se retrouvoit encore parmi les pièces du procès de Quesnel, imprimées sur l'original en 1704, par les ordres de l'archevêque de Malines. Le père Quesnel convint lui-même que cette pièce n’éloit pas supposée!, parce qu'il savoit très-bien que la minute en existoit, el qu'on éloit en élat de la produire. Tout ce qu'il eut de mieux à répondre, c'est qu'on n’avoit pas eu intention de la publier, et qu'au fond ce n'’étoit qu'une badinerie dont on n'avoit pas fait usage. On peut croire que la lettre qui contenoit ces propositions, ne fut pas remise au plénipotentiaire dont elle portoit l'adresse : tout bien examiné, ceux qui l'avoient écrite trouvèrent bon de la retenir, apparemment dans la crainte de rappeler à la mémoire les malheureux temr ‘:s luthériens d'Allemagne et des calvinistes de France, et d traduire eux-mêmes en chefs de parti qui se croient assez forts pour proposer une trève au roi, et lui imposer des conditions. Mais à qui persuadera-t-on que des hommes du caractère d’Arnaud et de ses amis, uniquement pour s'amuser, aient conçu l'idée d’une lettre si étrange, ct l'aient réduite en articles si convenables à la détresse où ils se trouvoient P Si l'on nie, contre la persuasion commune, que ce grave docteur l'ait dictée au sieur Ernest, toujours est-il incontestable qu'elle fut écrite par un des zélateurs du parti, qui tous , dans ces conjonciures , n'éloient certainement pas d'humeur à rire.
Elle étoit signée, Pos très-humbles et tr'ès-obéissants servitours les disciples de saint Augustin ; et partant de ce titre, on
1 Anatomie de la Sent. du P, Quesnel, p. 131 et 13a.
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DE L'ÉGLISE. (AN 1684.) 85 représentoit au roi l'odieuse partialité dont il encouroit le blôme, s’il traitoit les disciples du plus illustre des Pères de l'Eglise, avec plus de dureté que les pirates de Barbarie, auxquels il venoit d'accorder la paix, et s'il les excluoit d'une trève qu'il offroit à tous les peuples sans distinction de religion ni de mérite. Le secrétaire du parti marquoit ensuite, que tous ses commettants lui avoient donné ordre de manifester leurs vues pacifiques, par les conditions mêmes qu'ils avoient cru devoir proposer, pour ne rien faire contre les formes accoutumées de ces sortes de contrats publics. Suivoient les articles de capitulation au nombre de dix-huit, dont nous ne prétendons pas exposer le bizarre assemblage. Il suffira de quelques traits pris au hasard, pour en faire sentir l'impertinence. Nonseulement on demandoit à Sa Majesté, sans restriction ni modification quelconque, de faire cesser les exils et toutes les voies de fait, mais on lui disoit avec insolence, que ses procédés décrioient sa justice, et déshonoroiïent son nom au dedans et au dehors du royaume. On exigeoit une entière liberté, malgré l'interdit et toutes les censures, pour l’exercice des fonctions ecclésiastiques, et pour défendre avec vigueur les vérités de la grâce, c'est-à-dire, la doctrine condamnée avec l’Augustin d'Ypres. Ils prescrivoient ensuite au monarque les mesures qu'il avoit à prendre pour faire subir aux accusateurs des augustiniens les peines portées contre les calomniateurs. Pour tout cela, ils offroient de se justifier par de bonnes apologies, où ils rendroient raison de leur conduite, et répondroient à tout ce qu'on avoit objecté, soit contre leur manière d'agir, soit contre leur doctrine. Voilà ce que proposoit le parti pour accepter une simple trève : qu'auroit-il donc exigé pour une paix absolue? Et que n’auroit-il pas prétendu , ou plutôt enfreint et violé, si au lieu de l’état de foiblesse et d'humiliation où il se trouvoit, il avoit eu la force en main ? Qu'ont pu les huguenots, qu'ils n'aient point osé ? Des sectes qui ont les mêmes principes, on ne peut attendre que les mêmes œuvres.
C'est ce qu'avoit parfaitement compris Louis le Grand, lorsqu'il résolut enfin d'exterminer l'hydre à jamais renaissante qui s’obstinoit, depuis sept à huit règnes, à ravager l'Eglise et la monarchie française. Des l'année 1661, les religionnaires